POLAR NOIR

   Autour de 1957...    The Body - Carter Brown: une des éditions du texte original
    les jouets d'Al Wheeler -

    un article de E.Borgers


Les trois obsessions du flic de Carter Brown, telles qu'existantes à son époque (lorsque démarra la série Wheeler, après 1955):
la bagnole, la hi-fi et les dames




Comme on peut le constater dès le premier volume de la série, A pâlir la nuit (The Body - 1958), Al Wheeler fait souvent référence à ses trois passions. Nous allons mieux les cerner en nous reportant aux années 57-59, période des premiers romans de Carter Brown publiés aux USA (et qui furent vite traduits).
Retour donc sur cette période des années 1950 aux États Unis, avec multiples domaines en pleins foisonnement grâce au décollage économique et à la consommation de masse.


 
son AUSTIN HEALEY
Voiture sportive anglaise, décapotable, élégante et rapide, datant du milieu des années 50. Celle de Wheeler est plus que certainement une Austin Healey 100, qui fut exportée en bonnes quantités vers les USA, déclinée en plusieurs modèles. La vitesse de pointe semble anodine de nos jours, mais 160 km/h dans sa version commerciale, pour l'époque, voulait dire: petit bolide. Surtout si on se rappelle l'état des routes des années 50 en Europe, on peut comprendre qu'avec les berlines ordinaires peu stables d'alors, dépasser le 110 km/h tenait de l'exploit et du casse-cou. L'Austin Healey elle au moins tenait la route et avait de la réserve de puissance. Un agréable joujou à deux places (parfois 4, dont deux sacrifiées). L'outil rêvé du dragueur ou du frimeur.... Parfait pour Al Wheeler.

Brèves spécifications
de 100 à 117 CV (selon les modèles) - 2700 cm3 - 6 cylindres ; long. approx: 4 mètres - vitesse max : 165 km/h

              Austin Healey 100 (1957)
Vu l'attitude m'as-tu-vu et agressive de Wheeler, la couleur rouge nous semble indiquée pour son engin routier (ci-dessus, une Austin Healey 100 de 1957). Une exécution bicolore: blanc et bleu émeraude était aussi très populaire aux USA, à l'époque.



son  SYSTÈME Hi-Fi  :   HH SCOTT  ?

Au vu de la voiture annoncée, une Austin Healey, on peut en déduire que Wheeler ne regardant pas trop à la dépense, s’est payé ce qui se faisait de mieux en matériel domestique de reproduction sonore  de disques ; son système « high fidelity » (avec un vocabulaire qui en 1958 pose quelques problèmes au traducteur français par absence d’équivalent dans le public mélomane de France, donc d’exemples matériels équivalents) ne peut donc être en 1957/58 que du haut de gamme, et vu le prestige de la firme  HH Scott pour la qualité de sa production (amplis, tuners, tourne-disques, en modules séparés à connecter pour faire un ensemble), et l’esthétisme moderne de la présentation du matériel de ce fabricant américain, nous pensons que cela aurait pu être le choix  d‘Al Wheeler qui voulait impressionner ses conquêtes et écouter de la bonne musique sur du matériel de prix.

Si vous voulez avoir quelques renseignements sur les origines et la propagation de la hi-fi durant les années 50, lisez notre "encart"



Amplificateur hi-fi HH Scott - USA 1958 Catalogue Scott - appareillage hi-fi Assortiment d'appareils HH Scott - fin années 50
Amplificateur HH Scott - USA, fin années 50
Parmi les meilleurs de son époque pour les systèmes domestiques de hi-fi
Catalogue HH Scott (1960)
La hi-fi de qualité, vu son prix élévé, visait un public aisé dans ses publicités. On remarque ici un meuble discret abritant les divers éléments dont un baffle de grande taille
HH Scott
Exemple de quelques pièces d'époque, conservées pat un collectionneur:  amplis - tuner FM - tourne-disque de précision

Eartha Kitt - "The Bad Eartha" - LP

Eartha Kitt

Chanteuse très populaire aux USA dès le début des années 50. Mélange de jazzy et de voix sexy fortement acidulée. Dès le début, cette chanteuse trimballa une aura de transgression. Parfaite pour Wheeler, personnage voulu non-conventionnel, célibataire, à la coule, et…très sensible au charme féminin.

La chanteuse est citée à plusieurs  reprises dans  A pâlir la nuit.



Encart : Hi-fi et années 50 ??  

L’apparition des tourne-disques électriques à aiguilles piézoélectriques (parfois appelées « quartz ») ainsi que, début des années 1950, la mise sur le marché de disques longue durée en vinyle (les fameux LP, « long playing ») permirent de faire entendre une musique de meilleure qualité à domicile et ce  avec des durées raisonnables sans devoir changer de disque ou le retourner. Un vrai progrès : approx. 35 minutes de musique pour un diamètre de disque de  25 cm, jusqu’à 50 minutes pour le 30 cm qui suivit de peu.

En parallèle, le développement de l’électronique à tubes (lampes) permit de produire ceux-ci à des prix assez  abordables que pour pouvoir envisager de complexifier les appareils grand-public, comme récepteurs de radio et combinés (= tourne-disque et radio).  Regency - hi-fi sur mesure - milieu années 1950
Mais très vite, des amateurs enthousiastes se mirent à bricoler des amplificateurs à tubes qui « sonnaient »  bien mieux si on les couplait avec les haut-parleurs adéquats, s’inspirant et améliorant le matériel de monitoring des studios de radio. Le résultat sonore de ces bricolages onéreux était stupéfiant comparé à ce qu’on entendait d’habitude dans les années 40 ou début 50 via radio et disques.  Le concept « haute fidélité » était né… La recherche du graal sonore !

Le niveau de vie s’étant nettement amélioré aux USA et en Europe de l’Ouest dès le milieu des années 50, la musique enregistrée et des combinés radios de bonne qualité, même si réputés chers pour l’époque, entrèrent dans de plus en plus de foyers. De plus, on pouvait entendre ici et là des installations professionnelles qui appliquaient les concepts d’amélioration de la fidélité de la musique reproduite, comparée à l’original avant enregistrement ; très cher, mais impressionnant. De la musique en relief !!
Aussi l’idée s’installa que ces appareils professionnels, légèrement modifiés, domestiqués, mieux présentés, pourraient très bien trôner dans le salon des classes moyennes qui pouvaient se les payer. Et, au-delà de la performance sonore, ce serait de plus  un signe d’aisance ou de statut social.

Cela faisait assez de monde que pour attirer des firmes qui vont se spécialiser en matériel sonore de haute fidélité, la fameuse hi-fi. De l’amplificateur au tuner FM, en passant par le tourne-disque et les têtes de lectures de plus en plus sophistiquées (devenues "magnétiques" avec une plus grande fidélité de lecture). De ces années sortiront des noms de prestige et d’innovation comme : Fisher, Marantz, HH Scott, Lansing, McIntosh, Shure, Altec - pour les USA, Garrard, Goodmans, Revox, Tannoy, Quad, Leak,  Elac, Ortofon, Thorens – pour l’Europe.
Au début, (à partir de 1953) une constatation : beaucoup de firmes américaines ou anglaises, et des prix ‘très’ élevés pour ces appareils complexes aux caractéristiques serrées, le haut de gamme d’alors de la reproduction sonore domestique…

Vers 1956 apparaîtront les premiers disques stéréo à prix abordable , enregistrements stéréo dont la qualité technique ira en s’améliorant dans les années qui suivirent . La stéréo donnera un coup de fouet au matériel d’écoute qui se diversifiera et s’améliorera encore plus.
Le point faible, et hors de prix pour un début de qualité, restera longtemps les haut-parleurs et leurs baffles (enceintes) ; au point que beaucoup d’amateurs éclairés construiront les enceintes eux-mêmes. 
Très vite cependant, les grandes firmes entreront dans la course pour produire des composants de meilleure qualité destinés au marché de la hi-fi : Philips, Siemens, RCA, Telefunken, et on en passe. Et dès les années 60/65, une production de matériel haute fidélité moins cher fera son apparition, pour « exploser » début  des années 1970  avec l’apparition  du transistor à bas prix remplaçant le tube, et du matériel japonais.  Puis ce sera le CD (milieu des années 80) et la disparition des défauts inhérents aux disques vinyles, avec en plus les avantages d’une gamme de fréquences énorme, presque plus de distorsion ni de bruit de fond dans la musique reproduite.

En parallèle, des constructeurs plus confidentiels, resteront spécialisés en haut de gamme, cherchant à repousser toujours plus loin le réalisme et la fidélité dans la reproduction de la musique…et son enregistrement. Et ce jusqu’à nos jours, alors que l’invasion actuelle du MP3 dans le public ordinaire renvoie le plus souvent l’écoute musicale vers la médiocrité et entraîne la  prolifération de matériel sonore dégradé.

Mais, en 1957, Al Wheeler pouvait jouir d’une écoute de qualité, inhabituelle pour l’époque, grâce à au système « high fidelity » installé dans son appartement, système qui alors ne pouvait être que du haut de gamme. Et cher.

Disques vinyles hi-fi
L’introduction des disques vinyles de meilleure qualité permettent de faire passer l’idée de « fidélité » de la musique enregistrée vers le public -une musique de plus grande qualité sonore- et ce dès le début des années 1950. A partir de 1955, l’appellation hi-fi (=high fidelity – haute fidélité) suggère que le maximum de soins a été donné à l’enregistrement de la musique. Quelle qu’elle soit.

Et on voit apparaître le mot « hi-fi » même dans les titres des LP américains, pas rien que dans les labels. Hi-fi est devenu fortement vendeur.

LP 1957: Gerry Mulligan et Chet Baker Disque américain LP pour Noël - Hi-fi dans le titre LP Harmonica -Tous les genres musicaux succombent à la hi-fi



son dada : LES DAMES

Autour de 1957, quel genre de filles croisaient  la route de Wheeler à Pin City, USA ?

Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, la pinup américaine aux formes généreuses s’est répandue comme image iconique de la jeune femme sexy, délurée, voire affranchie. Mieux acceptée aussi du grand public qui en voit de plus en plus les images dans les affiches publicitaires, les couvertures de livres, les magazines…etc. Mais jusqu’à un certain point, car les images trop provocatrices, trop audacieusement sexy sont toujours officiellement décriées.
Même le cinéma mise de plus en plus sur les silhouettes aguichantes de jeunes dames aux formes engageantes, malgré la chape de plomb de la censure américaine en vigueur à Hollywood. pinup des années 50

Beaucoup de ces jolies dames des années 50 se prélassent dans les « girlie magazines » et autres « for men only » de plus en plus présents dans les kiosques, des magazines qui garderont encore jusque loin dans les années 60 un parfum de transgression et de pornographie. Le relais sera pris par les « glossy magazines » -de meilleure tenue, mais toujours avec les même buts basés sur le voyeurisme et les appétits du mâle- envahissant le domaine du girlie, Playboy en tête dès fin 1954, offrant des ‘nudies chic’, et une aura de style de vie qui se veut sybarite et cultivé. Cela vous rappelle quelqu’un ?  Al Wheeler, bien sûr… le personnage du tombeur, du sybarite et du gars dans le coup, mis au point par Carter Brown.

Moins sévèrement censurés, les romans de la littérature générale commencent à véhiculer des scènes d’amour torrides, suggestives, avec des dames consentantes (ou  pas) et décrites avec précision. Le roman hard-boiled, se voulant réaliste ne pouvait lui aussi que véhiculer cette tendance toute droite issue d’une littérature naturaliste américaine moderne et contemporaine, y mélangeant souvent une couche de perversité féminine supplémentaire dans ses personnages de femmes fatales.
Carter Brown, pastichant et caricaturant cette littérature de durs-à-cuire, se devait d’accentuer les présences féminines : toutes les dames que rencontre Al Wheeler sont des canons, sexy, affriolantes  et souvent délurées ; le récit étant de plus émaillé de nombreuses scènes se voulant émoustillantes (scènes par ailleurs présentes dans nombre de romans hard-boiled des années 50).

Les quelques photos rassemblées vous donneront une idée de l’air du temps pour les dames, babes et autres sweethearts qu’aurait pu croiser et pourchasser Wheeler.

Intéressés par les « babes » des années 50 ? Internet vous permet sans difficultés de prolonger cette plongée dans le temps et de découvrit de nombreuses autres photos et magazines d’époque, un ratissage qui sort du domaine habituel des préoccupations de Polar Noir.

 EB (août 2010)

Illustration à la Vargas, typique des années 50 et 60  nolie blonde -couverture de mag le sexy de la fin des années 50 : dans les "glossy" magazines"for men" "girlie magazine" américain traditionnel (mi-50)
Pinup dans le style Vargas
(fin années 50)
Tiré d'un "glossy" magazine "for men only"
(couverture -  1958)
Glossy mag :  pub inspirée par  le type de filles  exposées dans "Playboy"  (1959) Classique "girlie" magazine
pinups généreuses- et souvent plus torrides dans les pages intérieures  (1955)

                                                                                                                                                                         

©copyright 2010 E.Borgers  pour les textes et mises en page


                                                             
Retour vers chap/page
                                                                                                                                                                                          <<<<    Vers la liste de nos Dossiers Noirs

©Copyright 2010 E.Borgers. Les illustrations restent la propriété des ayants droit.
L'information et les textes sont présentés de bonne foi et l'auteur ne peut être tenu pour responsable d'éventuelles erreurs et imprécisions.
Polar Noir n'est pas une entreprise commerciale et n'est soutenu par aucun commanditaire.