POLAR NOIR
 

CASES NOIRES
 



                                                            BD  ET  ROMANS NOIRS   


 
 
Une nouvelle collection BD chasse dans le roman noir

RIVAGES/CASTERMAN/NOIR


 
   

RIVAGES/CASTERMAN/NOIR


                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  Avec cette nouvelle collection qui se nourrit d’adaptions dessinées de romans noirs policiers qui furent publiés dans la collection spécialisée Rivages/noir, Casterman se lance sur une piste qui ne fut jamais vraiment exploitée systématiquement par le monde de la BD. Des romans noirs furent bien déjà adaptés en BD ailleurs et par le passé, mais en ordre dispersé et rarement avec un esprit de collection permettant de restreindre la palette proposée. Les collections qui existaient par le passé se concentraient plutôt sur les grands noms du roman de détection, dans des adaptations souvent sans inspiration : Sherlock Holmes, Agatha Christie, Maigret, séries tirées du Masque...etc : des collections qui, si elles étaient fidèles pour ce qui était des meilleures adaptations, étaient souvent traitées sans grande imagination graphique.
Dans le domaine du noir, on peut se rappeler les adaptations presque toutes réussies des romans de Léo Malet et de sa série Nestor Burma par Jacques Tardi, dans des BD de qualité.
Pour le restant, à part quelques réussites éparses, comme par exemple les adaptations des textes de Thierry Jonquet et de Marc Villard par Chauzy ou, plus récemment, l’adaptation tout à fait honorable de nouvelles d’Ellroy par Ptoma, les réussites de BD s’inspirant des ambiances et thèmes rencontrés dans les romans noirs modernes sont presque toujours le fruit de la mise sur pied d’histoires originales avec des personnages créées pour la circonstance. Dans les meilleures de ces réussites faites sur base de créations originales, on se souviendra de chefs d’œuvres tels la série des Alack Sinner (Munoz et Sampayo), l’album  Griffu (Tardi-Manchette), ou d’autres qui impliquaient souvent des scénaristes à la hauteur (quand ce n’étaient pas des auteurs de romans noirs qui épaulaient des dessinateurs inspirés, tels Jerome Charyn, Daniel Picouly, Marc Villard…).

Comme au cinéma…

La voie choisie dans la nouvelle collection de Casterman est prometteuse, mais semée de problèmes assez semblables que ceux rencontrés dans les adaptations de romans noirs policiers à l’écran ; il est notoire que les chefs d’œuvre du roman noir n’ont jamais trouvé d’adaptateur ni de réalisateur ayant la puissance d’en faire un équivalent filmé, et souvent on se retrouve même avec des producteurs et des réalisateurs dont on se demande s’ils ont compris l’essence du roman à adapter… Quand ce n’est pas confié à des tâcherons qui massacrent le sujet. Trop souvent vécu : qu’on songe au désastre de l’adaptation récente de Black Dahlia  de James Ellroy, passé à la moulinette par un De Palma lâché dans une ligue qui le dépasse. Ou par le passé, les pitoyables adaptations des deux derniers chefs- d’oeuvres de J-P Manchette par des cinéastes hexagonaux  assassins. Et on pourrait continuer la liste affligeante du massacre organisé.
Il faut adapter le roman au média récepteur, aux spécificités de ce média, nous en sommes conscients, convaincus et farouchement partisan. C’est l’évidence même. Mais adaptation implique transposition, transposition de ce qui fait la qualité et l’originalité du roman. Et c’est cette assimilation qui fait presque toujours défaut.
Par contre, et c’est paradoxal, de bons romans, qui ne sont pas des chefs-d’œuvre (parfois même médiocres mais avec une bonne idée), servent souvent de base à des films qui le sont : c’est le génie du cinéaste qui fait la différence, car il y ajoutera une partie de son univers transposé et imbriqué dans le roman adapté. Il ne perd pas la substance, il en ajoute. C’est vrai pour « Le salaire de la peur » par Clouzot, chef d’œuvre absolu, pour « KissMe, Deadly » par Aldrich, « Point Blank » par Boorman, films novateurs…

Comme pour le cinéma, les adaptations de romans noirs risquent de voir des réussites où on les attend le moins et des ratages spectaculaires par des ambitions (ou des légèretés d’estimation du roman) que ne supportent pas les moyens disponibles chez les auteurs de la BD. Le pire est à craindre, le meilleur est à espérer.
Mais, s’il nous paraissait utile de rappeler les écueils d’adaptations inter-médias, nous ne voulons ni préjuger, ni aborder l’expérience de Casterman avec des aprioris trop nettement établis.

Casterman, Rivages, Guérif et  Nolent  

Un résumé de la genèse, et de la mise en œuvre, de cette nouvelle collection BD est donnée par François Guérif dans une interview qu’il a récemment accordée à  notre site POLAR NOIR (fév.08), et où est confirmé que l’idée de base vient d’Alexis Nolent, scénariste connu en BD sous le pseudo de Matz. Guérif et Nolent agissent comme directeurs artistiques, veillant à la bonne tenue de ces adaptations qui doivent toutes être tirées de romans (ou nouvelles) ayant été publiées dans la célèbre collection (format poche) Rivages/noir.

Le titre de la collection BD, c.à.d. RIVAGES /CASTERMAN/NOIR, s’explique donc et est logique. Vu le principe adopté, les albums seront chacun un one-shot (volume unique), puisque le choix des auteurs BD qui participeront reste ouvert, et ils peuvent choisir eux-mêmes le titre à adapter dans la collection Rivages-noir.
On connaît le soin apporté par Casterman à la réalisation de ses albums BD, et on le retrouve dans cette nouvelle série, présentée en format « souple » de 18,5x26 cm, un format très « mode ». Personnellement, vu l’emploi de la couleur et la tendance qu’ont les dessinateurs actuels de se répandre en cases « illustratives », donc n’acceptant pas la petite dimension pour leurs cases dessinées, le risque d’inadéquation est grand. Comme on le verra, peu savent vraiment s’adapter et tirer un vrai parti d’un tel format d’album.
Par contre, ces albums Casterman ont tous aux environs de 80 planches, généreux et suffisant pour la plupart des adaptations.

Première rafale…

Courant mai 2008, les quatre premiers albums sont sortis conjointement.
Si la série trouve son public, on nous en promet d’autres. Une série à suivre donc.

Que peut-on dire de ce premier jet ?
Nous l’examinerons ici avec une double échelle de valeur, qui à notre avis s’impose vu les buts et les ambitions de la collection : celle de l’adaptation du roman de base et celle du résultat en histoire graphique. Une constatation dès à présent : tous ceux qui ont participé à ces quatre albums BD, dessinateurs et scénaristes, sont des professionnels expérimentés.


Les quatres premiers titres de la collection RIVAGES/CASTERMAN/NOIR 

NUIT DE FUREUR de Miles Hyman et Matz                    >>> commentaires

PAUVRES ZHÉROS de Baru                                              >>> commentaires

PIERRE QUI ROULE de Lax                                              >>> commentaires

SUR LES QUAIS de Georges Van Linthout et Rodolphe   >>> commentaires

E. Borgers  (juin 2008)

 copyright E. Borgers 2008




Titre : NUIT DE FUREUR
Auteur du roman noir : Jim Thompson (USA, 1953)

Scénario : Matz
Dessin : Miles Hyman



Il s’agit d’un roman de très bonne qualité d’un Jim Thompson prolifique, auteur emblématique américain et à qualité variable.
Heureusement Nuit de fureur  (Savage Night – 1953) n’est pas l’un de ses meilleurs, ni d’un de ses chefs-d’œuvre, car cet album est la déception de cette première livraison.

Mis à part un scénario bavard, sans cesse contredit par l’immobilisme et la raideur du graphisme, le dessinateur n’a su faire passer quasiment aucune émotion, et les quelques ambiances pointant ici et là ne soutiennent pas vraiment le développement du récit.
De plus, le parti-pris des couleurs uniformes, s’il renforce l’unité de l’album, il le cantonne aussi dans une monotonie de mauvais aloi qui se répercute sur la continuité de l’histoire qu’on veut nous raconter. Point positif : Hyman a évité le piège des cases inadaptées, et il les module adroitement.
Les techniques graphiques de Miles Hymans, illustrateur de formation et de métier, ne sont pas bien adaptées à un récit BD ni à l’exposé d’une histoire avec des creux et des moments très forts, que la froideur et l’hiératisme de son dessin ne traduisent pas.
Et pourtant, que ses couvertures faisaient merveille dans la défunt série du Poulpe chez Baleine...
Ici, trop de Hyman et pas assez de Thompson. On ne retrouve pas vraiment un équivalent BD aux ambiances et aux délires qu''un Thompson pouvait créer dans ses romans.

Adaptation du roman/scénario :  2,5/50,5 etoile
Adaptation graphique  :               2/5 
BD dans son ensemble    :           2,5/50,5 etoile

E. Borgers


 
Jim Thompson - Nuit de fureur

LE  ROMAN

NUIT DE FUREUR - Mile Hyman/Matz_BD

LA  BD

case de la pg 12

UNE  IMAGE  (réduite)



Titre : PAUVRES ZHÉROS
Auteur du roman noir : Pierre Pelot (France, 1982)

Scénario : Baru
Dessin : Baru



La surprise du lot.
Tiré d’un roman très noir de Pierre Pelot, auteur français multiforme et prolifique. Un roman  qui parut initialement dans la collection « Engrenage » du Fleuve Noir en 1982, et vient d’être republié chez Rivages.
Baru a su s’adapter, et il nous raconte une histoire bien découpée, articulée, vive à souhait. Il a fait feu de tout ses moyens et les a mis au service d’une bonne histoire, en restant lui-même mais tout  en ayant saisi les buts et les obsessions de Pelot dans le roman, qu’il transpose de manière plus que satisfaisante. Avec ambiances adéquates et un dessin au service de l’histoire et de sa continuité. Un dessin remarquable d’efficacité dans sa simplicité apparente.
Ici rien n’est obstacle, car Baru maîtrise le problème des cases et la lisibilité qui en découle. Même la couleur participe habilement au récit.
Une réussite.
Un album qui trouverait sa place dans des collections de qualité purement BD.

Adaptation du roman/scénario :   4 / 5
Adaptation graphique  :                4,5  / 50,5 etoile
BD dans son ensemble    :            5 / 5

E. Borgers



 
Pierre Pelot  -  Pauvres Zhéros  (Rivages/noir)

LE  ROMAN

Pauvres Zhéros - Baru  (Casterman)

LA  BD

case pg 9_album BD

UNE  IMAGE  (réduite)

Titre : PIERRE QUI ROULE
Auteur du roman noir : Donald Westlake (USA, 1970)

Scénario : Lax
Dessin : Lax



A priori on ne voit pas l’intérêt d’adapter en BD ce roman de Donald Westlake,  Pierre qui brûle,  Série Noire – 1971 (The Hot Rock- 1970)- republié par Rivages sous le titre  Pierre qui roule , roman  à fortes connotations humoristiques qui avait déjà été adapté pour le cinéma (The Hot Rock – « Les Quatre malfrats» - 1972, film de Peter Yates) , et plutôt bien adapté. C’est le roman qui introduit Dortmunder, chef de bande de casseurs, marqué par le destin qui lui en veut au travers de la ribambelle de bras-cassés sensés l’aider. Il en résultera une série de roman fort amusants mais qui dans les dernières livraisons débouchèrent sur les redites et la facilité. Cependant les premiers romans de cette série,  bons  et assez bien écrits, valaient surtout par leur humour féroce et des scènes hilarantes formidablement contées par Westlake.
Vous ne retrouverez rien de tout cela dans cet album BD presqu’illisible d’un Lax qui se fait sans doute plaisir, mais que des dessins obscurs et embrouillés  ne donnent pas envie de lire.
Ne parlons même pas du côté humoristique, qui, s’il est présent, est bien caché…

Le ratage de cette première livraison.
Malhabile et inefficace.
Pauvre Westlake… Lisez-le dans le texte et oubliez ce qu’en a fait Lax.

Adaptation du roman/scénario :  2,5/50,5 etoile
Adaptation graphique  :               1 / 5 
BD dans son ensemble    :           1,5 / 50,5 etoile

E.Borgers


 
Donald Westlake - Pierre qui roule  (Rivages/noir)

LE  ROMAN

Pierre qui roule - Lax_BD

LA  BD

cases de la page 9

UNE  IMAGE  (réduite)

Titre : SUR LES QUAIS
Auteur du roman noir : Budd Schulberg (USA, 1955)

Scénario : Rodolphe
Dessin : Georges Van Linthout



On peut faire la même remarque que pour  Pierre qui roule  quant au choix d’adapter une histoire comme Sur les quais , qui, plus qu’un roman, est un film de qualité (On the Waterfront – 1954 ; le scénario de Schulberg fut inspiré par une série d’articles de la presse de 1948 suite à une enquête sur la corruption dans les docks faite par un journaliste qui reçut le fameux prix Pulitzer pour ces articles). Mais dans ce cas-ci c’est même un classique du cinéma, fait par des valeurs telles  Elia Kazan (réalisateur) ou Marlon Brando dans un de ses rôles emblématiques. Un film connu de presque tous, heureusement toujours disponible et souvent reprogrammé en TV.
Tellement film, que le roman original (titre : Waterfont - 1955) n’est que l’adaptation du scénario de Budd Schulberg, scénariste américain  de premier plan (il publia d’abord, en 1954, une nouvelle tirée de son scénario : Murder on the Waterfront ).
La comparaison s’arrête, car ce  Sur les quais  BD n’est pas le ratage du  Pierre qui roule  de Lax.

Le choix de Van Linthout de se limiter au noir et blanc dans ses dessins, avec ajoutes de  nuances de grisés, est loin de déforcer le récit ou le format des pages. D’autre part, le soin donné à la continuité du récit rend cette BD assez attirante. Le récit d’origine est évidemment respecté, et à certains moments des plans du film sont reproduits graphiquement, ce qu’on peut comprendre mais qui affaiblit le rendu en faisan perdre de l’originalité à la BD. Mais il ne faut pas mal me comprendre : l’ensemble reste plus qu’honorable, avec un dessinateur connaissant ses limites et qui en tient compte.

Adaptation du roman/scénario :  3,5 / 50,5 etoile
Adaptation graphique  :               3 / 5 
BD dans son ensemble    :           3,5 / 50,5 etoile

E.Borgers


 
Budd Schlberg - Sur les quais  (Rivages/noir)

LE  ROMAN

SUR LES QUAIS - Georges Van Linthout/Rodolphe_BD

LA  BD

cases tirées de la page 10  (Casterman)

UNE  IMAGE  (réduite)

 
 
 

Vers Dossiers Noirs   vers chapitre  Dossiers Noirs

Mise à jour: 9 juin 2008



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