ECRANS NOIRS



 
 

                   BRITISH NEO-NOIR
              les films "néo-noirs" du cinéma britannique
 
 
 

S'il n'y a pas eu de grand courant de films noirs par le passé dans le cinéma britannique, il y a eu une série de réalisations qui se hissèrent au premier rang des réussites de genre. Des films tels que Le Troisième  Homme, Le Rocher de Brighton
Les Criminels (The Criminal-1960) ou encore Le Retour de Jack (Get Carter) restent dans toutes les mémoires des amateurs.

Ce n'est que tout récemment que se dessine un courant de renaissance du film noir en Grande Bretagne, pour lequel on peut parler de mouvement sans nécessairement  y distinguer une quelconque école.. Ceci, même si une fois de plus il y a eu de grands films noirs dans la période intermédiaire,  dont les meilleurs semblaient appartenir a une veine "réaliste"  proche du documentaire par leur ton et leur technique de narration, tels que Lost Good Friday (Le racket), Stormy Monday (Un lundi trouble- de Mike Figgis- 1988), ou The Krays (Les frères Kray).

Ce qui émerge des  films plus récents est l'apparition du "néo-noir" * à l'anglaise, qui,  bien que fortement influencé par les réalisations américaines de ces dernières années, a vu l'apparition de films au ton personnel qui manient des données propres à la Grande Bretagne et l'Irlande.
Certains des nouveaux réalisateurs britanniques ont basé leurs films sur des romans d'auteurs modernes d'Outre Manche, tels Colin Bateman ou Patrick McCabe, récupérant et souvent renfonçant visuellement  l'aspect déjanté et l'humour noir des romans dont ils s'inspirent.
Ceci a donné des films de première valeur, qui à notre avis méritent mieux que le second plan dans lequel on les relègue trop facilement.
Nous citerons ici ceux qui  selon nous sont parmi les meilleurs.

 


 
 
 
Affiche- I went down  I WENT DOWN
de Paddy Breathnach (1997)

Pour une affaire de recherche de butin, un jeune
"apprenti-criminel" sortant de prison suit et aide,
maladroitement un malfrat plus chevronné. Suivra une
longue dérive, une espèce de "road movie" insulaire...
Filmé sur le mode réaliste, proche du documentaire
(avec certaines sequences en temps reel), les 
dialogues assez intellectuels échangés entre les
principaux personnages sont le contrepoint de cette
"quasi-réalité" et de la brutalité de certaines
séquences. 
Film qui captive, malgré sa mécanique un peu trop
apparente.
 

Divorcing Jack- photo DIVORCING JACK - 
de David Caffrey (1998)

Le personnage central, un journaliste réputé pour ses critiques ouvertes des personnages en place, est embarqué dans une histoire de meurtre d'une jeune femme qu'il connaît à peine et qui lui remet une curieuse cassette de musique classique avant de mourir.
Le film devient alors une longue poursuite dans Belfast (Ulster). La police, certains truands et même des politiciens font partie de la meute qui essaye de le coincer... Sa femme ne veut plus le voir, ce qui n'arrange rien...
Seuls  un reporter américain Noir et une étrange nonne/nurse maniant le .45 finiront par l'aider. 
Ça tire dans tous les coins et le reporter sait qu'il n'y aura pas de cadeau..... Mais l'humour débridé reste présent tout au long de cet excellent film tiré du roman de Colin Bateman.

Film déjanté, un peu surréel par moment, avec une violence soutenue mais qui ne devient pas le sujet déguisé du film . Si la caricature visuelle tourne parfois à la BD, l'humour noir intensif, le talent du réalisateur et l'incroyable performance de l'acteur principal en font une très bonne satire des moeurs politiques et de l'absurde tels que pratiqués en l'Irlande du Nord. 

Film qu'il faut avoir vu, ne fut-ce que pour l'excellent David Thewlis absolument génial dans sa manière de rendre le côté d'éternelle demi-cuite, de "mal dormi", du personnage central et sa sensation permanente de vivre un  cauchemar éveillé.
Ennemis de l'absurde, du 2ème degré et de l'humour noir: s'abstenir!
 

Butcher Boy- acteur principal
BUTCHER BOY (1997) - Le garçon boucher- 
de Neil Jordan
(scénario basé sur le livre de Patrick McCabe)

Un jeune garçon crie le récit de sa vie, d' une manière souvent proche du petit personnage mis en scène dans "Le tambour" de Gunther Grass. Mais ses intentions  sont différentes. Il raconte ses déboires avec sa famille (épisodes proches du tragique), ses démêlés avec les autorités de tout poil, ses intuitions géniales qui lui permettent de jouer certains rôles que les gens acceptent plus facilement que sa vraie nature. 
Iconoclaste et envoûtant!
Film exemplaire mêlant satire, humour très noir et scènes d'horreur grinçantes.
Film sur la folie et le meurtre, chronique démente et morbide de la réalité telle que perçue par le jeune garçon proche de la paranoïa.
Le ton du film ne plaira certes pas à tout le monde, et la nécessité de décrypter les divers degrés des intentions des auteurs tout au long du récit filmé sera un obstacle supplémentaire pour certains.
Mais tous les amateurs de vrai cinéma se doivent de voir (et revoir) ce film superbe et sans concessions.
 

Heaven's Burning- Australie - poster
HEAVEN'S BURNING (1997) 
de Craig Lahiff

Bon.. bon! Techniquement ce n'est pas British, mais Australien.
Par contre c'est bien dans la même mouvance.
Excellent film raconté sous forme de conte au deuxième degré, par un réalisateur qui a compris le film noir, même s'il le parodie la plupart du temps. Humour très noir et grands moments visuels dans ce "road-movie" en forme de longue poursuite dans le bush australien, avec des ploucs plus vrais que nature et la violence qui attend les personnages à tous les prochains tournants. 
Avec Russel Crowe en pleine forme, en casseur de banques anarchiste, juste avant qu'il ne soit englouti par l'entonnoir hollywoodien. 
A ne pas rater  si ce film passe sur une quelconque chaîne  TV proche de vous!
 


Et maintenant, l'envers du décors:
Au pilori!

Lock, Stock and Two Smoking Barrels (1998) 
de Guy Ritchie

Film porté aux nues par une certaine critique.
Ce pénible pastiche de film noir réalisé dans la mouvance de "Pulp Fiction" de Tarantino, appartient- tout comme son modèle américain- à cette tendance récente faite de réalisateurs "flashy" capables de rendre visuellement des images qui semblent sensationnelles, mais qui de fait viennent en droite ligne de films du passé d'auteurs de qualité.
Ceci serait encore mineur comme reproche comparé à la totale incompréhension du genre policier/Noir qu'affichent ces aspirants "golden boys", pour n'en retenir que les mécanismes les plus outranciers  qui deviennent dans leurs mains la substance même de leurs films, films qui ne sont, de fait, que pastiches aux récits tellement creux qu'on en a le vertige. 
On joue "à faire comme", mais on ne comprend pas ce qui fit l'originalité des films noirs et policiers de qualité qui furent tournés par de vrais auteurs..

Je n'ai rien contre un bon pastiche, mais je ne peux applaudir lorsqu'on essaie de me faire croire que le pastiche, débouchant souvent sans le vouloir dans la parodie, est le genre lui-même.
Ou lorsqu'on essaie d'imposer des réalisateurs qui confondent manque d'inspiration et dérision.

Après le jazzy en musique, voici l'ère du "noirish" au cinéma...
Tout le monde aux abris!!!
 

Vers debut de chapitre
Vers debut de chapitre
 

                                                                                                                                        Mise à jour  de cette page: 6 janvier 2001



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