CANAL NOIR



   
   MICHAEL COLLINS
        ou : Le noir de nos sociétés
 
 
 
Michael Collins vient de décéder, en  août 2005, âgé de 81 ans.
Une perte pour le roman noir hard-boiled (dur) américain moderne, dont Collins avait été une des chevilles du changement moderniste de la fin des  années 1960/70  aux USA. Il est aussi un de ceux qui introduisirent en force dans cette littérature un contenu social plus détaillé que leurs prédécesseurs.


Michael Collins est  un de ceux qui dévièrent les détectives privés vers des vies de moins en moins clinquantes, mais de plus en plus ancrées dans un certain réel du terrain.
La création majeure de Michael Collins sera le détective manchot, d’origine modeste, Dan Fortune, qui, dans une série qui compte 20 volumes publiés, décrit un large éventail des divers milieux de la société américaine et de ses  ethnies, avec leurs problèmes aigus et violents.
Dans ces romans, Michael Collins donnera toujours une grande place à la condition humaine blessée, à la chasse à l’injustice et à une certaine morale naturelle, tous ces facteurs essentiels que veulent ignorer les sociétés oppressives et violentes. Dan Fortune y est son envoyé spécial, le rapporteur et solutionneur de problèmes, capable de compassion et d’humanité, dans des périples où il est constamment confronté à la violence, l’injustice et la mort. Son handicap, ce bras manquant, étant le symbole tangible de la société meurtrie, mutilée, dont il fait partie et à laquelle il se heurte.
On ne sort pas indemne de telles expéditions, et les derniers romans produits par Michael Collins seront de plus en plus pessimistes.  Mais l’auteur n’est pas aigri, et, bien au contraire, toujours prêt à soulever les protections qui nous cachent les disfonctionnements de cette société moderne malade d’argent, de pouvoir et de destruction.
De son vrai nom Dennis Lynds, né en 1924, il n’arrêta jamais d’écrire jusqu’à sa mort récente, que ce soit sous son vrai nom ou sous de nombreux pseudonymes, dont Michael Collins (*) est certainement le plus célèbre. Dans le domaine du roman noir ou du roman littéraire, sans oublier ses nombreuses nouvelles.

Plein d’énergie et de projets, publiant son site Internet, en prise sur son temps, clairvoyant dans ses opinions, rationnel dans l’exposition de ses idées, un écrivain cultivé loin du formatage actuel, tel est le Dennis
Lynds/Michael  Collins que j’ai eu le privilège de « croiser » sur l’Internet par "mailing-list" de discussion interposée. C’était en mai 2005 ; il n’esquivait aucune question, remettait les pendules de son pays à une heure plus humaine, plein d’efficacité et de lucidité dans ses critiques de la politique actuelle.
Ses connaissances littéraires en faisaient un homme au jugement  clair et argumenté ouvert à toutes les discussions sur l’écriture et ses mystères, les auteurs qui importent.
Un grand bonhomme.


(*) ce pseudonyme lui fut inspiré par un personnage historique, patriote nationaliste irlandais des années 1910/20 qui fut tué durant la guerre civile

E.Borgers 
novembre 2005

L'INTERVIEW

Ed Lynskey, collaborateur de la revue spécialisée américaine Mystery*File, a eu l’occasion d’interviewer Michael Collins (Dennis Lynds) durant novembre et décembre  2004, ce qui en fait la dernière qu’a pu accorder cet auteur.
C’est cette dernière interview que nous avons traduite en français, avec l’aimable autorisation de Steve Lewis (Rédac. Chef de la revue américaine) et d’Ed Lynskey, auteur de l’interview.

Mystery*File a arrêté sa publication « papier », mais continue ses explorations pointues du hard-boiled américain dans son site Web,
"Mystery*File On-Line " qui reprend aussi les anciens articles.  (voir adresses en bas de page)
EB-

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-Merci à Steve Lewis et Bill Pronzini de leur aide dans l’élabortion de certaines questions –
Ed Lynskey


Ed Lynskey :

Ce qui distingue le plus le détective privé Dan Fortune de tous les autres détectives privés, c’est évidemment le fiat qu’il est manchot.
Que pouvez-vous nous dire du cheminement de l’inspiration qui vous a mené à cette idée ?
Aviez-vous déjà prévu, dans le développement futur de votre personnage, que cet handicap était un élément crucial, et  si c’était le cas, jusqu’à quel point pensez-vous avoir réussi à faire ce que vous projetiez depuis le début ?
Y aurait-il un parallèle à faire avec le manchot de la série TV très populaire des années 1960,  The fugitive  ?
D’autre part, l’histoire relatant comment Dan Fortune a perdu son bras existe-t-elle ?




Michael Collins (pseudo de Dennis Lynds) :

La réponse simple à cette question est : non, je n’avais rien prévu pour le futur.
Mais, comme la plupart des questions ayant trait avec l’art de la fiction, la réalité est beaucoup plus complexe… et en général elle n’est pas entièrement comprise par l’auteur lui-même.

Comme je l’ai souvent dit, alors que je vivais à New York et écrivais des nouvelles et des romans littéraires, une des personnes que j’avais commues dans des bars était un détective privé un peu mouche, appelé Harry – je ne me souviens pas de son nom de famille- qui vivait en créant de faux flagrants délits d’adultère pour des cas de divorces, en attrapant des voleurs à la tire et des chapardeurs de monnaie pour des petites entreprises, en remettant des citations à comparaître. Pour faire la plupart des boulots sordides, spécialement les citations à comparaître, il louait les services d’estropiés simplement en partant  du principe que les gens n’agresseront pas un estropié. C’est ce qui m’a donné l’idée de créer un espèce de détective semi-humoristique, personnage ironique à l’attitude désinvolte et procédant à des enquêtes minables. Mais au fur et a mesure de l’écriture des diverses histoires, elles s’animèrent de leur propre vie (Voir la prochaine publication de ces premières nouvelles :  Slot-Machine Kelly: The One -Armed Bandit chez Crippen & Landruu, USA - "Le bandit manchot").
D’abord, les histoires devinrent de plus en plus semblables à mes nouvelles littéraires par leurs sujets et le personnage de Slot-Machine Kelly devint un personnage bien plus complet, plus achevé, un vrai personnage que j’ai rebaptisé Dan Fortune lorsque j’ai écrit mon premier roman de détective, Act of Fear - 1966- (
tad. fr. : « Mon ami JJojo » - 1975, Le Masque- voir nos commentaires sur ce roman dans notre chapitre "Livres")
Durant ce processus, le bras manquant fut un élément ayant sa propre prospective, devenant partie intégrante du personnage, de sa psychologie et de sa philosophie ; finalement un élément devenu le symbole des romans eux-mêmes. Dan fortune est un homme blessé, blessé par le monde dans lequel il vit.
Pour l’autre question, non la série TV n’a aucun lien avec mon personnage.
Enfin, oui dans le premier roman,  Act of Fear , je donne la vraie explication : il perdu son bras en tombant dans les cales d’un cargo allemand que lui et son ami Joe Harris étaient occupés à piller. Ce qui mit un point final à sa carrière criminelle et déterminera le sa vie future. (J’avais utilisé le mot « Dutchman ship » -
en fr. : bateau hollandais, NdT-, car c’était comme cela, « Dutchman », qu’on surnommait les Allemands dans l’argot des rues avant la guerre 40-45, à New York, n’ayant aucune expérience des vrais Hollandais).


EL
Un autre aspect de la série, et qui la rend particulière, est l’attention donnée  dans le  récit aux  thèmes socio-économiques du libéralisme (aux USA, "liberal "= de gauche, NdT), et que l’on retrouve imbriqués dans les romans avec Dan Fortune.  Par exemple, dans  Cassandra in Red  (1992) l’accent est mis aux personnes sans domicile vivant dans la rue et aux excès des fanatiques du militarisme.  Chasing Eights  (1990) examine le problème des étrangers illégaux et l’obsession destructrice de la chasse au dollar tout-puissant.
Pour moi, l’intégration d’idées de gauche dans la saga de Dan Fortune est dans la lignée de plusieurs autres écrivains de romans policiers, tel Ed Lacy. Se pourrait-il que Lacy(1)  ait eu une influence sur vos écrits ?


 (1)Ed Lacy (1911-1968) : auteur de romans policiers à fortes notations sociales. Traduit principalement à la Série Noire et dans Un Mystère. L’auteur de l’interview, Ed Lynskey, lui a consacré un article assez remarqué, analysant en profondeur le monde de cet auteur. NdT

MC
Les récits centrés sur le social est dans la tradition d’une grande partie de la littérature américaine depuis la Guerre Civile, lorsque l’industrialisation envahit notre pays et le reste du monde. Le socialisme est somme toute né en même temps que le Grand Capitalisme.
Dreiser, Norris, Crane, Jack London, Dos Passos, Cain, Goodis, McCoy, Burnett; des écrivains naturalistes aux romanciers prolétaires. Hammett relève de cette tradition, Chandler et Ross Macdonald à un degré moindre, et moi, à un degré plus élevé- même que Hammett.
C’est une tradition ancienne dans les écrits américains, qui atteignit un sommet à la fin du 19e et au début du 20e siècle, puis à nouveau durant la Grande Dépression (
à partir de 1929 et durant la plupart des années 30 - NdT). Ce n’est plus à l&’ordre du jour actuellement, comme tout ce qui ne permet pas de faire de l’argent rapidement, en écrasant votre voisin, ou en pillant économiquement et en asservissant le monde.
Je n’ai pas été influencé par Lacy, car je ne me souvient pas de l’avoir lu, mais j’ai été fortement influencé par tous ceux que j’ai mentionnés et spécialement par Nelson Algren, qui reste pour moi l’un des plus grands écrivains américains.



EL
Concernant vos anecdotes et vos commentaires à propos de Ken Millar (
véritable nom de Ross Macdonald -NdT) que l’on trouve dans l’excellente biographie de Ross Macdonald écrite par Tom Nolan, comment Millar influença-t-il, ou aida, votre carrière d’auteur de littérature policière ?

MC
Ici, encore un fois, je n’avais pas lu Ken avant d’emménager à Santa Barbara (Californie), donc il n’a pu m’influencer au début. Disons que nous avons été tous deux influencés par les mêmes écrivains qui nous avaient précédés, et après avoir lu et admiré son œuvre, j’ai certainement été influencé, comme –peut-être- il fut influencé par moi.


EL
Quels sont les autres auteurs qui vous ont le plus marqué, vous en tant qu’auteur ?


MC
Comme je l’ai déjà dit : les naturalistes américains, les « muckrakers » (=
ceux qui investiguent et rendent public la corruption politique ; littéralement : fouille-merde, NdT) et les prolétariens, principalement Nelson Algren. Les autres, plus pour leur style, sont Conrad, Hemingway, Zola et un tas d’auteurs européens et sud-américains.

EL
Vous employez plusieurs techniques de narration et du récit dans les Dan Fortune, comme déplacer le point de vue de la première à la troisième personne pour faire avancer les choses.
Certains éléments historiques sont ajoutés, tel le chapitre décrivant l’opposition entre Thomas Edison et George Westinghouse dans 
Chasing Eights . Jusqu’à quel point peut-on pousser ce genre d’approche pour garder le roman de détective privé moderne, innovant et évolutif, tout en ne perdant pas sa crédibilité aux yeux du lecteur ni ce qu’il attend des normes du genre policier ?



MC
En paraphrasant Flannery O’Connor : vous pouvez la pousser aussi loin que vous pouvez tant que c’est accepté, et vous ne savez pas où est la limite jusqu’à ce que vous essayez.
La seule raison pour pousser l’approche dans ce sens, est de trouver de nouveaux et meilleurs moyens de raconter votre histoire, de faire comprendre au lecteur ce qu’est vraiment cette histoire, ce qu’elle essaye de nous dire à propos de la condition humaine.
Le narratif seul n’est pas l’histoire. L’histoire, c’est ce qui se trouve derrière le narratif, ce qui est à l’origine du récit, c’est tout ce qu’il y ajoute.
Lorsque je mets Dan Fortune dans mon nouveau roman, j’ignore ce que les dix dernières années me feront faire. Peut-être que je ferai marche arrière ou bien j’irai dans une direction différente.  Déjà dans les nouvelles, j’ai plongé Dan dans le passé et dans ce que les vies de son père et de son grand-père signifient pour lui.



EL
Dans l’ensemble, vous avez eu un succès de longue durée avec vos romans de la série des Dan Fortune. En chiffre, cela s’apparente a celle du « Nameless Detective » (le détective sans nom,
NdT) de Bill Pronzini et celle du Spenser de Robert B. Parker. Comment un auteur fait-il pour insuffler assez de puissance et d’intérêt dans le personnage central d’une série, pour  permettre à cette série de durer ?

MC
J
e suppose que la réponse de premier abord est que vous devez créer un personnage qui d’une certaine manière est suffisamment intéressant que pour que le lecteur y revienne encore et encore. A l’heure actuelle, la plupart de auteurs essayent de faire cela en construisant une vie complète au détective privé avec une multitude de relations, et ce au-delà de l’enquête en cours, ou des diverses enquêtes,  et ce en plus des personnages existants dans  les diverses enquêtes.  Pour moi, c’est de l’arnaque.
A mon avis, il est presque impossible de rendre intéressants la vie privée ET l’intrigue immédiate du livre- donc l’enquête et ceux qui y sont mêlés.
Par exemple, je me fiche totalement de comment évolue la relation entre Spencer et Suzan  Silverman, livre après livre après livre.
Je suis de l’ancienne école, pour laquelle les situations et les personnages de l’immédiat du roman, l’histoire spécifique des personnages mêlés au crime, sont les centres d’intérêt principaux. Le problème et ce qu’il dit de nous et du monde qui nous entoure. Ceci veut dire que c’est l’histoire de chaque roman, et comment Dan réagit au sein de celle-ci ou la commente, comment il en tire des leçons, qui sont les éléments qui maintiennent l’intérêt.
Dan est une VOIX, un certain regard sur le monde, et c’est cette voix qui doit faire que les lecteurs reviendront. Nous ne savons rien de la vie privée du Continental Op
(2) , et très peu de celle de Sam Spade (le  célèbre détective privé du « Faucon maltais » de Hammett - NdT)  à l’exception de ses relations avec la femme de son associé Miles et avec Brigid O’Shaughnessy. Chandler disait, à propos de la vie privée de Marlowe : « Je me fiche de sa vie privée ». Macdonald disait que si on avait mis Archer, son détective privé, de profil, il disparaîtrait. C’était un observatoire, un observateur et un commentateur. Ce qui compte c’est l’intérêt intrinsèque de chaque histoire particulière contenue dans chaque livre.
Ce que vous trouverez dans mes livres, écrits sous mon pseudonyme ou sous mon véritable nom, peu importe, c’est une histoire d’un groupe d’êtres humains pris dans une mauvaise situation que Danny essaye de comprendre et de montrer au lecteur. L’intérêt doit être soutenu par la voix et les actions de mon détective qui font que l’histoire des autres personnages soit importante et signifiante pour chacun des lecteurs.  Si je ne vous fait pas RÉFLÉCHIR à ce qui vous lie aux évènements et aux gens, et comment, alors j’ai échoué.


(2)
 Continental Op est le surnom donné à un enquêteur créé par Dashiell Hammett dans une série de nouvelles, personnage dont on ne connaîtra pas le véritable nom, NdT

EL
Un héros de série devrait-il évoluer en fonction du temps écoulé, comme le « Nameless » de Bill Pronzini, ou rester presque inchangé comme la Kinsey Millhone des romans policiers de Sue Grafton ?


MC
Je ne pense pas que ce soit important, sauf par rapport au genre d’écrivain que l’on est.
Bill et moi  nous avons tendance à écrire sur des situations actuelles, pour cela nos protagonistes doivent prendre de l’âge. Le seul problème, bien évidemment, est que nos détectives vont finalement être fameusement âgés, quand on a la chance d’arriver aux âges que nous avons nous-mêmes. Dan est maintenant fichtrement  âgé, et je vais avoir besoin de trouver un moyen d’en tenir compte. « Nameless » n’a pas encore ce problème, étant donné que Bill  est bien plus jeune que moi, mais si il atteint l’âge que j’ai (
80 ans- NdT)- et j’espère bien que ce sera le cas-  il sera face au même problème.
Sue préféré maintenir une Kinsey d’un âge à peu près constant, mais ça crée aussi un problème, du fait que tous ses romans se passent il y a 20 ans elle ne peut y traiter des grands titres de l’actualité. Je crois que je n’avais jamais prévu d’écrire sur Dan aussi longtemps, ni de vivre si vieux, mais maintenant je dois m’en accommoder.
Probablement en faisant se dérouler les romans dans le passé, et/ou en « trichant » comme je l’ai fait dans mes nouvelles récentes avec des histoires à propos de Dan et de son père et grand-père. Ces récits avec le père et le grand-père sont racontés par Dan.


EL
Certains des premiers Dan Fortune - parmi ceux que j’ai lus, comme The Brass Rainbow (1969) et Shadow of a Tiger  (1972) – se déroulent à New York et les suivants en Californie. Quelle est la cause de ce changement de lieu géographique?


MC
J’ai quitté New York (
en 1965 – NdT). Cette ville était mon terrain d’action depuis le collège jusque dans la quarantaine lorsque je me suis réinstallé à Santa Barbara (Californie) avec ma femme et mes deux gosses ; c’était un endroit où je m’étais déjà réfugié pour y écrire mon troisième roman non policier.
Après douze romans avec Dan Fortune, malgré mes visites fréquentes à New York, j’ai senti que je perdais l’emprise sur cet endroit, celle qui se crée en y vivant longtemps ; par contre je commençais à tellement  bien connaître Santa Barbara et la Californie que je pouvais me permettre d’y propulser Dan. C’était aussi le reflet de la grande mobilité américaine, réalité de la fin du 20e et début du 21e siècle, et une enquête sur un crime peut vous mener dans n’importe quelle partie du pays, et le fera. Le régionalisme pur et dur a presque totalement disparu. C’est ainsi que, suite à  des circonstances que je considère réalistes, l’immeuble de Dan est détruit par un incendie, et comme sa petite amie était alors sur la côte Ouest, il décide de s’établir là-bas.


EL
Quelles différences et similitudes voyez-vous entre ces histoires de détectives privés de la Côte Est ou Ouest ?


MC
Je ne vois pas de vraie différence, sauf pour le paysage et le climat, ainsi qu’une certaine aura et attitude des « pionniers » dans la campagne éloignée et dans les Mountain States (
états américains dans et proches des Rocheuses – NdT). La TV, les autoroutes, les liaisons aériennes ont toutes participé à rendre le pays bien plus homogène, plus même qu’il y a cinquante ans.

EL
Au fil des ans vous avez dû vous faire une idée de l’industrie de l’édition, à la fois bonne et mauvaise. En finale, comment pensez-vous vous en être sorti dans vos accords avec les éditeurs ?


MC
Je n’ai pas eu beaucoup d’éditeurs, mais ceux que j’ai eus sont à peu près tous les mêmes.
Chacun d’eux avait ses points positifs et négatifs. Aussi longtemps que vous vous rappelez qu’ils sont des entreprises commerciales –et que leur loyauté primordiale va à l’entreprise et non à vous- vous vous rendrez compte qu’ils sont assez cohérents.
La publicité et les annonces de relations publiques sont en général le problème le plus grave, à moins que vous réussissiez tellement bien que vous n’en avez pas besoin. Même des avances sur droits plantureuses ne garantissent pas un bon programme d’annonces en relations publiques.



EL
Quelle fut la réaction de la critique pour vos livres ?


MC
Excellente, de manière générale. Critiques et rédacteurs m’aimaient. Au contraire des éditeurs, car selon eux je n’ai jamais eu un lectorat assez important, spécialement pour les éditions de poche.

EL
Et quel genre de réactions avez-vous eu directement  des lecteurs ?


MC
Généralement bon, aussi. On m’a dit que mes livres faisaient réfléchir le lecteur, qu’il devait prendre son temps pour les lire. Pur moi, c’est le plus grand des compliments qu’on peut me faire, mais je ne crois pas que c’était à prendre complètement comme un compliment. Ils veulent aussi dire que mes livres ne sont pas des lectures faciles, pas du genre qui vous accompagne à la plage, ou dans les déplacement, ni dans la salle d’attente du dentiste.


EL
Est-ce que certains de vos Dan Fortune ont été adaptés pour le cinéma ou la TV ?
Quels sont les titres qui, d’après vous, conviendraient le mieux pour être adaptés en films ?



MC
Non, malgré qu’au début il y ait eu beaucoup de marques d’intérêt.
Je crois que le problème est triple. Je ne faisais pas des best-sellers, les gens de Hollywood ne voient rien au-delà de ce qui est immédiatement apparent et un manchot les rebutait (Spencer Tracy mis à part, la plupart des acteurs refusent de jouer le rôle d’un handicapé), et mes romans étaient très « écrits » parce qu’ils reposent sur le narratif et le ton du protagoniste et de l’auteur. La manière dont je raconte mes histoires est aussi importante pour les apprécier que ces histoires elles-mêmes.
Pour les adaptations au cinéma, je n’ai pas d’idée. Sauf le nouveau thriller que je viens de terminer. Comme ce thriller est un roman isolé, ne faisant pas partie d’une série, il est beaucoup plus facile pour le cinéma.



EL
Le Dan Fortune le plus récent est  Cassandra in Red , publié en 1992. Mais un recueil de nouvelles,  Fortune’s World,  a été publié en 2000. Dans un message récent vous nous avez dit que vous veniez juste « ...d’envoyer un nouveau roman à New York, mais hélas pas un Dan Fortune, mais ce sera mon prochain projet ». Beaucoup de lecteurs seront contents de l’apprendre.
On peut diffuser officiellement cette bonne nouvelle ?

MC
Le thriller dont je parlais, The CEO , est à l’heure actuelle chez mon agent et il commencera sa prospection en janvier (
2005).
Et, oui, j’ai l’intention d’utiliser à nouveau Dan Fortune dans mon prochain roman


EL
Vu que le retour de Dan Fortune est confirmé, pourriez-vous dire un mot à propos des nouveaux thèmes, ou causes, dont il s’occupera au début de ce 21e siècle ? Sera-t-il mêlé, par exemple, aux problèmes de l’après-11 septembre et à la guerre en Iraq et en Afghanistan ?


MC
Je ne peux pas l’imaginer comme n’étant pas impliqué dans ce qui se passe actuellement, surtout dans ce qui est devenu clairement un moment critique de notre Histoire. Mais, étant donné son âge, je vais devoir trouver un nouveau moyen pour le faire agir dans l’époque actuelle. J’ai quelques idées pour résoudre cette question, mais aucune ne m’a vraiment conquise pour l’instant.


EL
Sur votre site Web, j’ai remarqué que vous publiez régulièrement des nouvelles dans des magazines à diffusion réduite ou des magazines littéraires, tels que   Carolina Quarterly  et South Dakota Review . Pourriez-vous exposer vos projets actuels et futurs pour vos écrits littéraires (romans ou nouvelles). Comment équilibrez-vous votre œuvre littéraire et votre production pour le genre policier ?


MC
J’ai toujours écrit pour les deux domaines, essayant d’écrire pour le littéraire et pour le policier par lots, mais il m’arrive de passer brièvement de l’un à l’autre. J’ai toujours des idées pour les deux genres qui se bousculent dans ma tête ; mais les romans littéraires viennent bien plus difficilement, ce qui fait que j’en ai écrits moins. J’écris bien plus de nouvelles littéraires que de romans littéraires. Les romans de détective privé et les nouvelles littéraires semblent bien me convenir.
Durant les dix dernières années, j’ai publié un court roman, Talking To The World  (
En parlant au monde- NdT), et j’ai récemment terminé un autre : Pictures On A Bedroom Wall  (Photos au mur d’une chambre à coucher –NdT), qui cherche maintenant un éditeur.
J’ai travaillé à un roman plus long , Gung-Ho, Sam, and Maxine , et ce depuis des années et des années, mais je ne parviens pas à le mettre correctement en forme.
Evidemment,ce qui s’est passé au fil des ans est que les deux formes d’écriture on eu tendance à se fondre. Et maintenant, j’ai tendance à écrire à écrire mes romans de détective et les nouvelles dans une veine bien plus proche de la littérature générale, et vice versa.


EL
Pourquoi avez-vous pris Michael Collins comme nom de plume  pour la série des Dan Fortune ? Pourquoi, d’une manière générale, il y a autant de vos œuvres publiées sous autant de pseudonymes différents ? Comment choisissez-vous dans les divers cas, ou alors était-ce l’idée des différents éditeurs ?


MC
Vous devez être fatigué de poser des questions aux auteurs, car vous ne recevez presque jamais des réponses simples !
Bon. A l’époque, en 1967, j’avais publié deux romans « littéraires » :  Combat Soldier , basé sur ce que j’ai vécu durant la deuxième guerre et qui avait pris dix années pour être écrit (J’ai terminé entre-temps un roman contemporain qui ne fonctionnait pas bien et que j’avais mis au rebus), et Uptown Downtown un roman « beat », en partie basé sur ma vie à New York. Aucun de ces titres n’étaient de moi, NAL mes les colla. J’avais aussi publié une douzaine de poèmes- dont l’un, un narratif de 23 pages à la manière de Robinson Jeffers dans  Epoch -  et approximativement dix nouvelles dans des magazines littéraires.
Sur cette base, j’ai quitté mon boulot de rédacteur et je suis devenu un écrivain à plein temps. Je me suis aussi remarié, et très vite j’ai eu deux enfants. J’avais besoin d’argent. Mon quatrième roman « littéraire » ne semblait pas fameux. J’ai commencé à écrire des histoires policières. C’est ainsi que j’ai écrit mon premier roman avec Dan Fortune. Comme j’étais cet auteur littéraire, j’ai décidé de réserver mon vrai nom pour cette activité. 
En même temps, Dodd Mead, qui avait acheté le livre, ne voyait pas Dennis Lynds (
le vrai nom de Michael Collins–NdT) comme un bon nom pour un auteur de « hard-boiled » (romans policiers "durs" – NdT). C’était, rappelez-vous une époque différente. Donc nous avons opté pour un pseudonyme et j’ai choisi un des héros de mon enfance : Michael Collins- un homme que mon père avait connu à Dublin. C’était une grosse erreur, car il apparut vite que c’était un nom irlandais très commun et cela s’est retourné contre moi plus d’une fois, et spécialement tout récemment avec un autre Michael Collins qui vient de débuter dans le roman policier.
Après tout cela, l’amoncellent de  pseudonymes est la conséquence d’avoir tant à dire, tant d’idées et d’histoires à raconter que c’était trop de livres pour un seul éditeur, et chaque éditeur voulait un autre pseudonyme pour chacune des diverses autres séries !
A cause de cela, j’ai choisi mes autres noms : William Arden pour la série Kane Jackson publiée par Dodd Mead, et pour mes romans pour la jeunesse chez  Random House; Mark Sadler pour ma série Paul Shaw chez Random House; John Crowe pour ma série du Buena Costa County chez Random; Carl Dekker pour mon livre hors-séries chez Bobbs-Merrill.
En plus de cela, comme je devais nourrir ma famille, j’ai fait un grand nombre d’ouvrages sur commande dont un grand nombre sous des pseudonymes appartenant  aux séries. De plus, de temps en temps j’avais des textes qui étaient publiés simultanément dans le même numéro d’un magazine, et je devais alors utiliser des pseudos que je n’avais pas déjà utilisés précédemment.
Comme je l’ai dit, c’était une tout autre époque. De ce temps-là, presque tout le monde qui écrivait avait au moins un pseudonyme en plus de son nom réel. Beaucoup en avaient même plus que moi, comme John Creasey. Certains écrivains n’ont jamais utilisé leur vrai nom, comme par exemple Samuel Clemens.
Donc, en résumé, cela s’est passé comme ça : un ego un peu disproportionné, un climat de l’édition qui ne faisait pas encore qu’un nom d’auteur doive être une espèce de marque déposée, trop d’imagination et trop d’idées pour ma propre tranquillité, et du travail sur commande sous des noms d’emprunt qui appartenaient à l’éditeur.
Pour l’instant, Point Blank Press corrige le tir en rééditant pratiquement tout sous le nom de Dennis Lynds et en indiquant à chaque fois le pseudo qui a été utilisé dans le passé.
De plus, au fil des années, mon œuvre « littéraire » et la policière ont eu tendance à s’unifier et à se ressembler. Par exemple, ce qui  m’a valu d’être sélectionné pour le prix Edgar Poe a été écrit comme un texte littéraire, mais publié comme histoire policière et remarqué par le prix Edgar Poe comme telle.


EL
Pour terminer, pourriez-vous dire un dernier mot sur Dan Fortune ?


MC
J
e ne voulais pas écrire une série sur un détective privé, mais je voulais faire des livres qui exploraient la société dans laquelle nous vivions. Nous sommes tout liés les uns aux autres, et la manière dont nous le faisons détermine le genre de société, de pays, de monde et d’univers que nous aurons.
Il est apparu que c’est dans les histoires de détectives privés que j’ai trouvé la meilleure forme d’expression pour le faire. Au fond, un écrivain est une espèce de détective et le roman noir est le véhicule parfait pour les commentaires sociaux, pour le sociodrame.



EL
Nous vous remercions pour le temps que vous avez consacré à nous parler, spécialement durant cette période fort chargée de l’année. Ce fut un vrai régal.


MC
Merci. Ce fut un réel plaisir ! J’aime bien me repenser de temps en temps.
C’est étonnant comme on se sent obligé d’être plus honnête dès que ce sera  couché par écrit. Vous vous demandez alors : « Qu’est-ce que je pense " vraiment " à propos de ça ? »




Interview réalisée par Ed Lynskey, publiée en anglais
Traduction française : E.Borgers  (nov.2005)

© 2004 Ed Lynskey, pour le texte anglais
© 2005 E.Borgers, pour la traduction française




 commentaires de romans  de Michael Collins dans               Polar Noir :  voir dans nos Carnets Noirs



 
 
 


 


 

   Michael Collins (Dennis Lynds)    

           Michael Collins             



































ED LYNSKEY
Auteur de l'interview
Se deux premiers romans - mettant en scène le détective privé Frank Johnson, The Blue Cheer (chez point Blank/Wildside Press) et The Dirt-Brown Derby  (chez Mundiana Press) vont paraître en 2006. Un troisième titre, Pelham Fell Here  sera publié en 2007. Ses nouvelles ont  été publiées dans l’ Alfred Hitchcock Magazine (USA).
Ed Lynskey est également  l’auteur de nombreux article sur les auteurs hard-boiled américains et leurs œuvres
.
 
     -EB-


















Michael Collins - the Nignt Runners

Série Dan Fortune
The Night Runners
(1978)




Bibliographie partielle


Série Dan Fortune


A notre connaissance, tous les romans ne furent pas traduits en français.
Le plus grand nombre de ceux-ci furent publiés par la SN chez Gallimard.

-Mon ami Jojo,  Le Masque,1975
(Act of Frear, 1967)
-La nuit des crapauds, SN 1398, 1971
(Night of the Troads, 1970)
-Le vent mauvais, SN1507, 1972
(Walk a Black Wind, 1971)
-L’ombre du Tigre, SN1603, 1973
(Shadow of a Tiger, 1972)
-Hautes oeuvres, SPN 28, 1975
(The Silent Scream, 1973)
-L’égorgeur, Rivages N, 1993
(The Slasher, 1980)
-Virus en tous genres, SN 2056, 1986
(The Nignt Runners, 1978)
-Le taré, SN 1934, 1983
(Freak, 1983)
-Le fou au flingue, SN 2138, 1988
(Minnesota Strip, 1987)
-Rosa la Rouge, Atalante, 1992
(Red Rosa, 1988)

Autres Séries et romans

Série Noire a publié la plupart des autres titres de Michael Collins qui furent traduits.
Ce qui est peu en regard de la production de Dennis Lynds/ Michael Collins.
Ce fut sous les pseudonymes suivants:
William Arden
Mark Sadler
John Crowe



Bibliographie complète
en anglais
La biblio complète des oeuvres de Dennis Lynds, -sous le pseudo de Michael Collins et sous ses nombreux autres pseudonymes, et dans tous les genres qu'il aborda- se trouve dans le site de Mystery*File On-Line . De même que dans le site Web, toujours disponible, qu'a tenu l'auteur jusqu'à sa disparition.
Les adresses sont reprises
au bas de cette page.

EB









Michael Collins - La nuit des crapauds  - SN 1398

Série Dan Fortune
SN 1398
















































Michael Collins  - Red Rosa  

Série Dan Fortune
Red Rosa
(1988)


 








Michael Collins - Hautes oeuvres - SPN 28  

Série Dan fortune
SPN  28






















































Michael Collins - Castrato  

Série Dan Fortune
Castrato
(1989)

 
 
 
   
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
   


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  Michael Collins - L'ombre du tigre - 1603
  Série Dan Fortune
   SN 1603


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  
Liens sur le Web:

Michael Collins (Dennis Lynds) site Web personnel
Mystery*File On-Line  (magazine Web)

Gallimard : site de l'éditeur avec le catalogue de la SN


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Création: 10 décembre 2005


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