ECRANS NOIRS - les films


  

 


   






James Ellroy : American Dog (docu)























James Ellroy s'expliquant




JAMES ELLROY :  
AMERICAN DOG  (2006 - documentaire)

de Klara et Robert Kuperberg

DVD Arte Video - env. 1h40 (y compris  bonus)

 
 
Le film documentaire tourné avec la collaboration de James Ellroy se situe dans le Los Angeles de 2005 où l’écrivain venait de se réinstaller après son divorce (voir déclarations d’Ellroy dans la rubrique Interviews de Polar Noir).

Un des intérêts de ce documentaire est l’intelligent équilibre entre les commentaires d’Ellroy et sa présence physique dans l’image filmée au cœur de la ville qui l’a inspiré, ce Los Angeles dans lequel il a passé la plus grande partie de sa vie, y compris son enfance et son adolescence qu’il se plaît à  rappeler en détail. Comme souvent, Ellroy s’y livre à celui qui sait écouter au delà de l’auto ironie et d’une certaine exagération voulue dans son auto promotion qu’il pratique par moments, séquelles de ses réactions face à l’attitude d’une certaine presse américaine qui a voulu le diaboliser lors de ses premiers succès littéraires.
Ellroy rappelle évidemment cette tragédie que fut le meurtre de sa mère et l’obsession personnelle qui en découla, les lieux qui y sont liés, ses contacts avec la police pour examiner les dossiers, le parallèle avec le meurtre du Dahliah Noir (Elizabeth Short) de la fin des années 40 qui alimenta plusieurs de ses écrits.
Plongé au cœur de la ville, Ellroy se raconte en soulignant ce qui fut les déclencheurs de certaines de ses œuvres, ses intentions, sa vision de la corruption et de l’impossibilité de rédemption, sa fascination pour les meurtres réels non résolus. Le tout entrecoupé de témoignages venant d’archives, d’intervenants actuels que côtoya Ellroy et de brefs reportages divers.
La qualité de la photographie et du montage, alliée au ton quasi incantatoire d’Ellroy, donnent un côté envoutant à ce film documentaire réussi. De plus, il est exemplaire quant au portrait immédiat et réussi d’un écrivain, ce qui le rend indispensable à tout réel amateur de romans noirs de James Ellroy.
Evitant superficialité et clinquant facile, American Dog est une réussite que nous nous devons de recommander.

PS : voyez le documentaire en version anglaise, sous-titrée en français, afin de bénéficier de la voix d’Ellroy ; à notre avis, une partie de son style écrit n’est pas étranger au débit et aux intonations de son parler.

 
Bonus
-deux dîners  d’Ellroy et ses amis : réalisateur, flic, écrivain, actrice, au Pacific Dining Car, à Los Angeles ( régulièrement fréquenté par cet auteur)
-lecture publique d'un extrait de American Tabloid par Ellroy
-la remise du prix Jack Webb à Ellroy par la Police de Los Angeles.
-deux galeries de photos : anciennes cartes postales  de Los Angeles et photos de scènes de crime

 
Un extrait du documentaire est disponible  (VO ST-FR) à :
http://fr.youtube.com/watch?v=gwAhkDWai8o

 
Comme souvent, ARTE offre dans ses pages Web d'intéressantes informations sur les auteurs  qu'il présente dans ses programmes TV. 
Ce qui est le cas pour James Ellroy.     Allez à:  

Le crime selon Ellroy -  site ARTE
http://www.arte.tv/fr/Echappees-culturelles/James-Ellroy/1358156.html


EB (décembre 08)

copyright E.Borgers 2008


 vers le sommaire  du chapitre cinéma  >>>>











Hollywoodland - DVD









Hollywoodland - Adrien Brody











George Reeves - superman à la TV
George  Reeves  -   Le célèbre Superman de la télé américaine




HOLLYWOODLAND  (USA - 2006)

de Allen Coulter

DVD Miramax - env. 2 h


Le scénario du film est entièrement basé sur les faits réels extraits de la vie de Geoge Reeves, cet acteur qui incarna Superman à la TV américaine dans les années 50 et qui mourut d’une balle de pistolet. Mort controversée par la suite qui donna lieu à plusieurs enquêtes, sans jamais donner de conclusion définitive.
C’est en plein foisonnement du Hollywood des années 1950 qui, sentant la menace de la télévision, lutte pour sa survie ;  un Hollywood en plein renouveau du film de genre, du film à prestige impliquant le plus d’acteurs très connus possible, et essaye d’innover techniquement avec le Cinemascope et les autres grands formats pour attirer les foules de plus en plus asservies à la TV à domicile.
C’est ce chambardement qui touche aussi les acteurs de cinéma car l’ère du contrat perpétuel et de l’embauche comme salarié des studios est bien finie, ce qui les précarise tous et les oblige à pister les producteurs, les projets, leurs relations dans les studios.

C’est aussi le sort de George Reeves, cet acteur ayant eu un rôle de personnage secondaire dans Autant en emporte le vent, avant la deuxième guerre, et qui depuis n’a pu se faire un nom et continue de tourner dans des séries B, ou fait seulement des apparitions dans des films mieux financés. Il court le cachet, et sa liaison de longue durée avec Toni Mannix (rôle joué par Diane Lane), femme d’un des directeurs de la MGM, ne semble pas l’aider vraiment à franchir le pas dans sa carrière. En désespoir de cause, il se rabattra sur des épisodes de séries faites pour la TV, et en 1951 la chance se profile : il est sélectionné pour jouer Superman dans une série d’aventures du super héros faite pour la télé. Il en fera plus de 100. Ce sera la gloire par petit écran interposé et pour un public de jeunes tout à fait conquis. Mais ce n’était pas ce que rêvait Reeves pour sa carrière : un travail de comédien réduit à sa plus simple expression, mal payé, pas de reconnaissance comme pour tout ce qui touche à la TV de la part des professionnels du cinéma. Il se retrouve proche de la cinquantaine et du mauvais côté de la barrière, à une époque où un transfuge vers le cinéma était impensable pour des acteurs TV considérés tous comme de seconde zone par les studios.
Alcool, intrigues amoureuses turbulentes, l’impression d’avoir raté sa carrière et sa vie auront raison de George Reeves. Il meurt en 1959 d’une balle dans la tête, au faîte de sa gloire. La police conclut au suicide. La mère de Reeves n’acceptera pas cette conclusion et chargera Louis Simo, un détective local paumé (un Adrien Brody tout en finesse et en retenue), d’investiguer plus en détail pour prouver qu’il y a eu meurtre ; la presse à scandale s’en mêle, et les studios sur la défensive essayeront d’intervenir.

Dans une Amérique West Coast des années 50 remarquablement bien reconstituée, le réalisateur Allen Coulter nous raconte la dernière décade de la vie de George Reeves, incarné par un Ben Affleck impeccable, loin de ses rôles habituels, dans une prestation qui révèle ses vrais dons de comédien. Fresque en demi-teintes véhiculant une atmosphère prenante tout au long de son développement, film noir intimiste qui nous plonge dans un Hollywood qui a disparu avec la fin des fifties et qui nous fait assister à la lente descente au purgatoire d’un George Reeves qui rêvait de destins de star. Un échec mis en parallèle avec celui de Louis Simo, ce privé usé par la vie, qui sait qu’il n’existera que par les medias, maladroit, imprudent et essayant de conserver un fond d’honnêteté vis-à-vis de lui-même ; un personnage complexe qui détourne et floute  les clichés courants du privé décalé qu’on trouve dans le roman noir.

Un excellent film, à fin ouverte (ce qui n’est pas nécessairement un défaut…), défendu par des acteurs du calibre de Bob Hoskins et de Diane Lane, exceptionnellement bien intégrés à leur personnage. Tous soumis à l’usure… de Hollywood, de la vie, de leurs existences factices. Recommandé.

Bonus
Sans être tout à fait inutiles, les bonus offerts sont quelconques.
On se demande pourquoi les producteurs du DVD n’ont pas inclus un épisode des Aventures de Superman (ou de larges extraits), ce qui aurait été l’illustration complémentaire parfaite, voire indispensable. Ou un court documentaire sur cette série.

EB (décembre 08)

copyright E.Borgers 2008

 

 vers le sommaire  du chapitre cinéma  >>>> 









Crank - DVD





















Crank - scène de l'hôpital



CRANK  (
USA - 2006)

(Hyper tension - vfr)

de Mark Neveldine et Briain Taylor

DVD - 2007 - env. 1h30

Chev Chelios est jusqu’au cou dans une emmerde qui pourrait bien être la dernière : Ricky Verona, son rival et ennemi de toujours, a réussi à lui injecter un poison mortel, le Beijing Cocktail qui devrait faire son effet en quelques heures. C’est que le métier de tueur à gages d’élite ne fait que des envieux. Et tout ça juste au moment où il avait décidé de laisser tomber le crime organisé et sa spécialité, pour pouvoir se consacrer à sa petite amie, la délicieuse Eve.
Absent, le docteur de Chev qui le soigne dans les coups durs, peut lui indiquer par téléphone que s’il n’y a pas d’antidote connu au poison injecté, il peut cependant  lui conseiller de rester actif. Très actif. Les poussées d’adrénaline ralentissent l’effet du poison. Rien qu’à la pensée de ce qui lui arrive et grâce au désir de vengeance qui le consume, Chev est déjà pas mal chargé en adrénaline. Alors pensez à ce qu’il est capable de faire pour se tenir encore plus éveillé et en pleine action : castagne,  poursuites dignes d’un cascadeur fou, meurtres en tout genre… Full speed et toujours bille en tête.  Aidé par les conseils directs et pragmatiques de son toubib de l’ombre, et aussi par un ami fidèle qui lui fournira un coup de main, Chev veut remonter la filière pour retrouver Verona et ses éventuels commanditaires. Et il y a aussi sa petite Eve, toujours aussi amoureuse et attentionnée, qui, restant à ses côtés sera en danger permanent. Mais elle peut compter sur sa protection totale, sans limite, et sur son amour ardent et survolté par les drogues et le poison.
Ça déménage ferme, et gare à ceux qui vont essayer de l’arrêter ! Des inconscients ! Car c’est contre la montre, contre la mort que Chev se bat. Sans répit, sans pitié. A fond la caisse.
A 250 images par seconde…

Il faut voir Crank si on aime l’humour iconoclaste et  visuel, les situations extrêmes, le second degré intelligent… et le cinéma qui bouge. Toujours à la limite de la parodie, enfermé dans sa propre logique poussée à l’extrême, ce film vous emporte comme l’étaient capables ces excellents dessins animés venant des studios de Tex Avery, maniant absurde, violence irréelle extrême, humour noir et poursuites déjantées. Avec ici, en plus, une authenticité et une efficacité extraordinaire découlant de l’habileté des metteurs en scène et le fait que les acteurs et l’équipe y « croient ». Pas de pieds de plombs, pas de clins d’œil inutiles vers le public, pas de cabotinage… tout au service du film. Un film dont la qualité de la réalisation est à souligner, et qui se paye ce qui, pour moi, seront des séquences d’anthologies ; telle cette furieuse séquence d’hôpital au montage impeccable, d’un humour dévastateur et noir, qui dynamite les clichés des centaines de scènes d’hôpital vues dans des films d’action et thrillers divers, en poussant ces clichés à l’extrême de leur violence et de leur logique, quelles que soient les conséquences, sans s’arrêter à mi-parcours, je vous l’assure.
Ou encore certaines cascades de l’acteur principal, Jason Statham, qui par ailleurs colle à la peau du personnage toujours en position turbo et dont la silhouette  monolithique renforce le réalisme des scènes mouvementées.
Bien sûr le point de départ n’est pas original, ne fut-ce que par l’existence de D.O.A. (1950) petit classique du film noir, et d’un remake plus récent de celui-ci, mais Crank pousse le spectateur vers d’autres territoires dans lesquels  un personnage ultra speedé passe la réalité qui l’entoure à la moulinette. Crank, qui signifie d’ailleurs en argot américain : le speed ou  un agité…Rationalistes : s’abstenir.
Une réussite dans son genre, portée par l’enthousiasme de l’équipe qui l’a réalisé, des scénaristes aux acteurs.
Ne ratez pas le bonus qui, contrairement à ces bonus convenus dont on nous inonde,  éclaire bien l’esprit de ces artisans, leurs moyens et ce qui les motive.

(un Crank 2 est en postproduction actuellement- croisons les doigts afin que les réalisateurs conservent leur état de grâce dans ce second volet…)

 ****1/2

EB (décembre 08)

copyright E.Borgers 2008

 

 vers le sommaire  du chapitre cinéma  >>>> 


Vers debut de chapitre
Vers debut de chapitre
 

                                                                                                                                        Mise à jour  de cette page: 5 janvier  2009



©Copyright 2009 E.Borgers .Les illustrations restent la propriété des ayants droit.
L'information et les textes sont présentés de bonne foi et l'auteur ne peut être tenu pour responsable d'éventuelles erreurs et imprécisions.
Polar Noir n'est pas une entreprise commerciale et n'est soutenu par aucun commanditaire.
  1