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L'ange du porno   

(Money Shot - 2008)

Christa Faust
Outside - Éditions Alphée - 2011
 

Une ex-actrice du porno américain, Angel Dare, s’est reconvertie en agent pour danseuses exotiques et strip-teaseuses à Los Angeles. Son sérieux et sa connaissance des milieux qui peuvent faire appel à ses services, permettent  à Angel de vivre décemment et en proposant de jolies filles qui se sentent en confiance. Sans trop de problèmes, et ce à un âgé où la plupart des actrices du X finissent camées, alcolos, pétasses racoleuses, quand ce n’est pas dépressives au dernier degré. Beaucoup cumulent…
C’est pour rendre service à son ami de longue date, Sam, producteur de porno, actuellement  dans une mauvaise passe, qu’elle accepte de tourner une séquence de film X ; Sam veut tabler son film sur une promo qui ferait appel au nom d’Angel Dare, actrice réputée en son temps.
De plus, elle n’est pas insensible au fait que l’acteur mâle principal, Jesse Black, coqueluche du porno, aurait spécifiquement demandé qu’elle participe. Faut dire qu’elle n’est pas insensible au jeune étalon aux yeux bleus.
Se rendant sur les lieux de tournage, elle va être assaillie et imbriquée dans une montée de violence qui tourne autour de sa personne et de tous ceux qui la côtoient. Recherchée pour le meurtre  de Sam, et à deux doigts d’être exécutée, sa séance de torture et le tabassage en règle qu’elle a subi, lui semblent soudain être très accessoires.
Poursuivie par ce qui ressemble de plus en plus à un gang de malfrats, sa descente en enfer va se poursuivre, et ce sera aidée par Malloy, un ex-flic que son agence utilise comme garde du corps, qu’Angel va essayer de rester en vie. Mais ça ne fait qu’empirer : les meurtres s’accumulent autour d’elle et son univers bien organisé bascule entièrement dans le chaos, réduit à néant. Elle continue cependant à rechercher ceux qui sont derrière tout ce qu’il lui arrive , et Jesse, ce salopard aux yeux bleus. Avec une seule idée en tête : se venger.
C’est sans compter sur la détermination sanglante de ceux qui tirent les ficelles, sans états d’âme. Et qui feront un vrai chemin de croix du parcours d’Angel.

L’ange du porno  est la première incursion de Christa Faust dans le roman policier, mais l’auteure avait déjà une solide expérience de romancière dans d’autres littératures de genre. Et le résultat  s’en ressent. Positivement. Très.
D’ailleurs d’autres que nous avaient dû en penser autant de bien puisque l’original américain, « Money Shot », publié dans la fameuse collection « Hard Case Crime », avait été retenu dans les sélectionnés pour les Edgar, récompense la plus estimée sans le monde des « crime writers ».
Sous sa facture très classique de roman hard-boiled des belles années, Christa Faust parvient cependant à assombrir suffisamment le sujet de L’ange du porno que pour déboucher dans le roman noir. Angel fait face à des retournements de situations dans des épisodes violents et voit, dans une intrigue habilement menée, la mort s’installer autour d’elle tout en tout en sachant qu’elle est vraiment en danger. Dans un récit, conté par son personnage central, Angel (en français, Ange), sur un ton en partie désabusé, en partie agressif, tout en évitant les exagérations. Et on est pris par ce personnage féminin qui reste réaliste tout en ne se comportant pas comme une caricature de dur à cuire mâle; une Angel qui réagit en femme, une femme dont la vie courante n’a pas toujours été de tout repos et qui a pris l’habitude de se débrouiller. Et de se défendre.
Ajoutons au crédit de l’ensemble,  que le roman ne donne pas du monde du porno une description qui tombe dans les clichés ou les idées toutes faites ; l’expérience de Christa Faust, qui côtoya les milieux US des « danseuses exotiques » d’assez près, y est sans doute pour quelque chose.
L’ange du porno,  un bon roman à l’écriture vivante. Traditionnel, sans servilité ni pastiche abusif du hard-boiled classique des années 50.
Le second polar de Christa Faust est annoncé aux USA pour le dernier trimestre 2011.

 

EB (février 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Christa Faust - L'ange du porno
 
 


































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Les vacances d'un serial killer  
 

Nadine Monfils
Belfond - 2011

 
 

L’air marin de la côte belge est réputé riche en iode. Mais devait y en avoir un peu trop quand la famille Destrooper, emmenée par son chef, Alfonse, le roi de la boulette sauce lapin, vint y passer ses vacances du côté de Blankenberge. Speedés qu’ils étaient, des plus jeunes à la plus vieille, par cet excès d’halogène revigorant, prêts à bouffer du lion. Bien qu’à la côte, ce soit difficile à trouver, même à Blankenberge.
Car il ne faut pas vous laisser leurrer, Alfonse, dit Fonske,  avec sa Josette d’épouse et la mémé Cornemuse, voyante qui perd la boule, viennent bien de la capitale belge, même si les boulettes sauce lapin est une des grandes spécialités liégeoises. A la côte belge, c’est comme ça, un coin pour chacun : les Bruxellois à Blankenberge, les Wallons autour de La Panne, les Anversois ailleurs, les m’as-tu-vu à Knokke  et les racistes flamingants partout.
Aïe, aïe, aïe… Les vacances rêvées par Josette vont vite partir en quenelles : on lui vole son sac dès le départ, la mémé change d’amant plus vite que de chaussettes, ses deux moutards en pleine crise d’adolescence se prennent pour les Lelouch du digital, version très louche, et l’hôtel de charme se révèle un infâme boui-boui. Le temps qui se déglingue, la pluie faisant intimement partie du ciel, ça, au bord de la Mer du Nord, c’est normal, la seule chose qui ne la surprend pas trop.
Et tout ça c’est rien si on sait que les cadavres les plus divers vont être enterrés un peu partout, qu’un malfrat aux gros bras va essayer de se refaire sur le dos de la famille, que Fonske sera répudié, et que tout le monde veut beaucoup trop d’argent.

Une fois de plus, Nadine Monfils nous plonge dans son univers sans frontières, fait de kitsch beauf, de belgitude, de rêves des populations d’en bas, de vieilles dames tellement indignes qu’elles atomisent le politiquement correct d’un seul de leurs regards, un univers fait de folie ordinaire qui s’emballe puissance 4 et suinte le surréalisme noir. Dans le présent roman elle y ajoute aussi une pincée de nostalgie, et quelques pages pleines de mélancolie en grisaille face à la Mer du Nord.
Il y a aussi l’humour qui, chez Nadine Monfils, fait des pieds-de-nez aux mots d’esprit, jure en bruxellois et se tient mal à table. Dois-je rappeler qu’il est, de plus, macabre et noir ?
En lisant  Les vacances d’un seriel killer, c’est donc avec un sourire complice qu’on devient spectateur  des déboires des Destrooper dans ce bout de Belgique où règnent encore la frite, la moule, la babelutte et le roi Albert II.

 

 EB  février 2011)  

(c) Copyright 20011 E.Borgers 

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Nadine Monfils - Les vacances d'un serial killer
 
 



















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Guerre sale  

Dominique Sylvain
Chemins nocturnes - Éditions Viviane Hamy - 2011

 

On  retrouve dans ce roman, Lola Jost, ancienne commissaire de police en retraite, assez solitaire, portée sur un petit verre, et Ingrid Diesel, l’amie américaine vivant à Paris, masseuse le jour et strip-teaseuse la nuit. Guerre sale est le cinquième roman qui met en scène ce duo féminin improbable qui se mue régulièrement en enquêtrices indépendantes.
La présente intrigue tourne autour de ceux qui servent de lien pour les ventes d’armes en Afrique, ceux qui, un pied dans le gouvernement français, l’autre dans les sphères du pouvoir de certains pays d’Afrique, servent d’intermédiaires et de préparateurs aux transactions souvent secrètes, toujours à l’abri de la presse. En l’occurrence, dans le roman,  un cabinet d’avocat d’affaires qui va se trouver sous le regard indiscret de la police, après le meurtre assez atroce de l’assistant du grand organisateur officieux qu’est  Maître Richard Gratien, l’intouchable. On avait tué l’assistant de Gratien en enflammant un pneu qu’on lui avait mis autour du cou. L’assistant, Florian Vidal, est aussi avocat, brillant et intelligent, considéré par son patron comme le fils qu’il n’a jamais eu, et son héritier. D’autre part, la carrière assez louche de Gratien lui a créé assez d’ennemis de tous bords que pour en remplir un annuaire, ce qui ne simplifie pas du tout la tâche de la police.
Par-dessus le marché, les Renseignements Généraux se mettent à agir en parallèle, allant jusqu’à essayer de s’immiscer dans l’enquête de police, manœuvre ne plaisant pas au responsable de la Crim’, qui heureusement peut compter sur le beau Sacha Duguin, qui vient d’être nommé Commandant dans ses services, pour s’acharner à poursuivre l’enquête de police et faire obstruction aux services de renseignements d’Etat, dont cette nouvelle DCRI, qui deviennent de plus en plus envahissants : un carnet de note reprenant transactions et noms de ses relations d’affaire, confié par Gratien à son assistant a disparu. La répercussion pourrait être grande, politique et même judiciaire, car ce pourrait être la clé qui mène aux personnages officiels impliqués, et aux fameuses commissions occultes impliquant rétro-commissions vers les véreux made in France, argent dont on a jamais su retrouver le parcours.
Dès le départ de l’enquête, la similitude entre la manière dont on s’est débarrassé de Florian Vidal  et la mort horrible qui fut réservé cinq an auparavant à Toussaint Kidjo l’adjoint de Lola Jost, alors toujours en fonction dans la police. Les enquêteurs devront rouvrir l’ancien dossier Kidjo pour  essayer d’y retrouver des pistes ignorées dans  cette affaire jamais élucidé. Lola, sera bien évidemment recontactée par la police, mais aussi tenue à distance : elle ne fait plus partie d la Maison. Mais l’ancienne commissaire encore et toujours culpabilisée par la mort de son adjoint Toussaint, ne peut laisser passer, et va rassembler tous ses moyens et tous ses anciens contacts pour mener de son côté une enquête non officielle sur le meurtre récent et dans les miettes résiduelles du premier. Avec l’aide de sa copine Ingrid, embarquée un peu malgré elle, et en trimballant Sigmund (*), le chien d’un psy, Lola va essayer d’y voir clair dans  l’écheveau malsain qui semble relier les deux meurtres, tandis que Sacha s’accroche à sa mission sur des pistes qui sentent de plus en plus la mort.  
(*)Une petite note spéciale pour le chien Sigmund. Comme le disait je ne sais plus quel acteur : « Il ne faut pas accepter d’être accompagné par un chien ou un gosse dans un film, après il n’y en a plus que pour eux… », et au cours du roman,  il semble que Sigmund encombre plus qu’il ne participe au récit.

L’intrigue très touffue de Guerre sale, roman assez long, a tout du suspense tirant sur le thriller, avec des allers-retours entre police procedural et enquête privée, tout en se révélant en finale comme tissée sur un drame d’inspiration shakespearienne avec ses trahisons, ses luttes de clans, ses vengeances, ses tragédies  et ses multiples péripéties sanglantes. Une intrigue qui par moment risque de perdre son lecteur dans le dédale des personnages et de leurs vécus multiples, personnages presque tous tiraillés entre deux plans temporels de leur vie. Tout en étant déjà en pleine dualité eux-mêmes (comme Ingrid, Américaine/vit en France, masseuse/strip-teaseuse ; Lola : flic/enquêtrice privée ; Sacha dans ses amours et d’autres personnages importants dont nous ne pouvons donner les détails, au risque de déflorer l’intrigue – tous sont doubles. Ce qui semble être une des clés se l’univers que Dominique Sylvain nous a mis en place dans son roman).
On pourrait même prétendre que Lola et Ingrid sont les deux faces d’un unique personnage, un personnage qui contemple son passé actif et surtout sa jeunesse dans le dynamisme d’Ingrid, et qui au travers de Lola assiste avec beaucoup de craintes à ce qu’elle sera dans quelques années : vieillie, délaissée, empâtée, solitaire…

Si l’histoire racontée dans Guerre sale est assez sombre dans son  ensemble, il faut souligner la finale enlevée avec une certaine maestria, débouchant sur une fin ouverte (mais sans trop d’ambigüités) digne d’un roman noir, et qui, par l’écriture et le ton, fait écho au chapitre d’entrée.

 

EB  (janvier 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Dominique Sylvain - Gierre Sale
 
 



































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Mise à jour: 26 février 2011