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La terreur de vivre  

(The Terror of Living - 2011)

Urban Waite
Actes Noire - Actes Sud - 2011
 

Premier roman d’un jeune auteur qui semble plus que prometteur, un roman publié en primeur par Actes Sud, avant une édition américaine.

Dans la région de Seattle, état de Washington,  au  nord des USA et proche du Canada, Phil Hunt, la cinquantaine bien entamée, tient un petit ranch d’élevage de chevaux avec sa femme Nora, ce qui leur permet à peine de vivre. Pour assurer des rentées plus conséquentes, depuis de nombreuses années et à la demande de son copain de longue date Eddie, il aide une organisation de passeur à amener de la drogue du Canada vers les USA. Son ramassage de sacs de drogue largués par avion dans des endroits montagneux peu accessibles proches de la frontière n’est possible qu’à cheval et par des sentiers difficiles que peu connaissent. Jusqu’au jour où, ramenant une cargaison dans les montagnes, avec un acolyte jeune et inexpérimenté fourni par l’organisateur, ils se font interpeler par un jeune shérif adjoint faisant de l’excès de zèle et qui s’était posté en pleine nature. La confrontation tourne au désastre, mais Phil parvient à s’échapper sans que Drake ai pu l’identifier ou voir nettement ses traits. Pourtant ce n’est pas une victoire : l’acolyte est capturé et la drogue est perdue. L’organisation, très cloisonnée, fait comprendre à Hunt et Eddie qu’ils sont redevables pour le fiasco et qu’au titre de réparation Hunt devra passer régulièrement de la drogue avec son bateau, sur instructions et pendant une durée indéterminée. Pas moyen de leur échapper et ils sont dangereux, très. Eddie sait qu’ils l’ont déjà prouvé.
De plus,  l’adjoint Drake qui poursuit son enquête avec l’aide du département anti-drogue, patiemment, en pisteur efficace et déterminé, croisera rapidement la route de Hunt. Et l’organisation vient de lancer le tueur à gages professionnel, virtuose du couteau à découper, psychopathe sanguinaire à la poursuite de tous ceux qui connaissaient l’existence  du trafic.
Tout ce que Hunt sait c’est qu’il n’ira plus en prison…  et qu’il est prêt à tout pour protéger sa vie avec Nora. Lui qui a déjà passé dix années de sa vie en prison pour meurtre. Il ya vingt ans.

Roman prenant et parfaitement structuré, La terreur de vivre fait évoluer ses personnages dans une nature omniprésente, tout en établissant assez rapidement un climat de violence ouverte qui sous-tend une bonne partie du récit. Un thriller noir et efficace qui met en scène des personnages dont la part d’ombre  les ronge et fatalise leur vie, influe leur destin et les met en permanence en position de survie. Le tout raconté dans le style d’écriture clair et travaillé d’Urban Waite, qui captive  et crée les ambiances en peu de mots.  On y trouvera également une réflexion intéressante sur les notions de culpabilité et de rédemption, dans le comportement du shérif Drake et la finale atypique du roman.
Par contre, comme le reconnaît l’auteur, et comme le souligne l’éditeur, on constate l’influence qu’ a eue  Cormac  McCarthy  dans l’écriture du roman et particulièrement dans l’élaboration réussie et affinée du personnage du tueur psychopathe dont le modèle de base est tout droit sorti de Non ce n’est pas pour le vieil homme -No Country for Old Men ( voir notre chapitre Livres) de Cormac McCarthy. Cette petite réserve émise, il reste que La terreur de vivre est un excellent roman noir, laissant très loin derrière la cohorte de thrillers faits sur mesure que nous subissons actuellement. Recommandé à tous les amateurs.

 

EB (mars 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Urban Waite -  La terreur de vivre
 
 

























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L'ironie du short
 
 

Max Obione
Éditions Keakoen - 2011


   

Recueil de 18 nouvelles dont  8  inédites, par un des  plus talentueux nouvellistes français actuels. Heureusement pour nous, il écrit la plupart du temps des textes appartenant au monde de la littérature noire, et parfois policière. Par la qualité de ceux-ci,  il est devenu un auteur francophone incontournable
Si les nouvelles que nous propose Max Obione sont souvent écrites avec des contraintes stylistiques qu’il s’impose et qu’il surmonte avec succès et efficacité, on est toujours certain d’y trouver une écriture soignée servant admirablement le propos. Un homme de style.
Et c’est par cela qu’il nous tient et nous plonge immédiatement dans les univers qu’il nous propose. Sans compter l’invention et l’originalité que le lecteur découvre dans la plupart de ces textes. Nous en avions déjà parlé dans Polar Noir, lorsque sortait son premier recueil chez Krakoen en 2007, La balistique du désir (voir nos commentaires à propos de ce livre).

Si le présent recueil, L’ironie du short, est moins noir dans son ensemble que le précédent, nous y trouvons cependant à nouveau des nouvelles faisant appel à l’humour noir, la nostalgie tendre, l’ironie (souvent et en divers grades) ou à la noirceur marquée, dans lesquels baignent les instantanés exposés par Obione.
Parmi les récits qui méritent toute l’attention du lecteur, soulignons les  excellents Misty Sleeping et Crâne d’œuf (cette nouvelle glaçante  à ambiance proche du fantastique est disponible dans Polar Noir, dans notre chapitre « Petits Noirs »), ou encore le noir L’ironie du short qui a donné son titre au recueil, L’écrivailleur et sa structure en tiroirs qui en fait ressortir toute l’ironie mordante, ou la tranche de nostalgie des années cinquante qu’est l’impeccable Les micochonnes et son humour bon enfant, ou  Attention à la marche à la sombre ironie et au climat irréel.
Ce qui ne veut pas dire que toutes les autres nouvelles soient sans intérêt. Loin s’en faut ! 

Si vous ne le connaissez pas encore, lisez Max Obione.
Pour tous les autres, ce conseil est inutile !

EB 

 

Nous terminerons en signalant :

Boulette     

Max Obione
In 8 - Les Editions de l’Atelier -2011

 
Dans cette plaquette de petit format, publiée dans une collection spécialisée dans les  volumes ne comportant qu’une seule nouvelle, Max Obione nous livre Boulette où il nous décrit en une vingtaine de page les espoirs d’une jeune fille obèse, et les magouilles liées aux immigrants clandestins transitant par la France. Noir, pathétique et sans appel.

 

 EB  (mars  2011)
 

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Max Obione - L'ironie du short
 
 






Max Obione  -  Boulette   (nouvelle)








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Lennox    

(Lennox - 2009)

Craig Russel 
Robet Pépin présente - calmann-lévy - 2011
fut réédité

 
Glasgow, 1953. Un enquêteur privé, Lennox, franc-tireur indépendant, pas vraiment ami de la police, est sollicité par le survivant des jumeaux McGahern, pour trouver qui a tué son frère. Petites frappes qui ont réussi à monter un réseau de petites combines juteuses, les McGahern ne font pas d’ombre aux vrais dirigeants de Glasgow : les Trois Rois, trio de truands expérimentés et violents qui gardent sous leur coupe la totalité des activités illégales dans la ville, ainsi que quelques politiciens et flics véreux.. Ce sera par eux que passera Lennox, après avoir décliné l’offre  de Frankie et déclenché la haine de celui-ci face au refus de Lennox : Frankie retrouvé mort à son tour, la police a mis Lennox en tête de la liste des suspects et lui rend la vie impossible…
Un des Rois l’engagera pour retrouver l’assassin des jumeaux et le motif ou le complot qui serait derrière ces meurtres. Lennox accepte car il sait que les Trois Rois ne sont pas derrière l’élimination de McGahern. En parallèle, Lennox s’accroche à une affaire de fugue de femme mariée, dont le mari, assez aisé, met subitement fin à l’enquête alors que Lennox venait de retrouver ses traces et la preuve d’une double vie. 
La mission parrainée par le Roi, avec les soutien de ses deux associés, est dans l’esprit du caïd un job à temps plein : 24/24 h, 7 jours sur 7.  Il a d’ailleurs les gorilles qu’il faut pour rappeler à tout le monde qui dirige, comme ce géant expert de la manucure au coupe-boulon, dont le seul voisinage rend tout le monde nerveux. Lennox y compris.
Si Lennox en a vu d’autres,il faut dire que cette fois ce sera ardu : les flics, certains truands et ceux qui ne veulent pas voir aboutir ses recherches, tous semblent vouloir lui faire la peau.
Dans le meilleur des cas on se contente de lui flanquer des raclées à tuer un bœuf.
Dans le pire, on fait tout pour ne plus le revoir. Sans compter que l’affaire de la femme fugueuse va le plonger dans un autre sac d’embrouilles tout aussi mortifère et dangereux pour Lennox. Comme il le dit souvent : Glasgow n’est qu’un village. Tout se sait, tout le monde connaît tout le monde. Et tous lui en veulent. A mort.

Ce premier roman avec le personnage de Lennox est, disons-le d’emblée, une réussite.
Si le personnage du privé dur à cuire n’est pas nouveau, loin de là, on assiste ici à une variante créée par Craig Russel (auteur d'origine écossaise) qui donne de la densité et de l’épaisseur à son anti-héros ; malgré les nombreux côtés qui rappellent les meilleurs personnages hard-boiled américains des années 1950.
Il s’agit ici de l’Ecosse et de Glasgow plus particulièrement, dont l’auteur se sert avec efficacité, tout en gardant une part de tendresse bienveillante pour ses habitants et les travers de cette ville dure à vivre et qui devait l’être encore plus au sortir de la deuxième guerre mondiale. Cette ville industrielle, fort détruite,  à la population paupérisée, se remet lentement de cette guerre qui a laissé le Royaume Uni exsangue, criblé de dettes. En 1953,le rationnement sévit toujours, et même s’il est levé pour certaines denrées courantes, celles-ci restent rares er chères. La vie quotidienne n’est pas facile, avec une population décimée, marquée par les séquelles de la guerre, et trop d’hommes abîmés moralement et physiquement. Si la ville est dure, ses habitants le sont tout autant, avec pour seuls refuges la violence et l’alcool des pubs.
Mal dégrossis, presbytériens convaincus, les Glaswégiens  ne sont pas à confondre avec les habitants d’Edimbourg l’anglicisée, et ses habitants maniérés, comme nous le rappelle Lennox dans le cours du récit. Un récit raconté par l’enquêteur, avec pour résultat, un roman noir âpre, souvent violent, teinté de vécu et de réalisme, écrit dans un style prenant  qui sert habilement le récit, renforcé par l’usage de la première personne.
Si le roman est assez long, il n’y a pas de longueurs, et on suit toujours avec intérêt les divers milieux dans lesquels nous propulse Craig Russel à la suite de Lennox, et les multiples ressorts de l’intrigue. Et, comme nous l’avons déjà souligné, un Glasgow vivant, noir, est omniprésent dans le roman, comme pour faire mieux ressortir la justesse des notations sociales et historiques liées aux divers personnages croisés dans le récit. Un des atouts majeurs de Lennox. Mais rendons aussi justice à ce personnage de Lennox, d’origine canadienne, issu d’une jeunesse aisée, durci à la violence de la guerre et de la rue, combinard, à la marge de la loi, opportuniste peu scrupuleux qui a appris à survivre, souvent insensible mais encore capable de déceler les vrais salauds et de leur faire un sort. Où qu’ils soient.
Lennox, notre guide dur et violent dans un monde violent.

Lennox, un roman recommandé aux amateurs du genre.

Craig Russel vient de  publier en Angleterre, fin 2010, un deuxième roman utilisant le même enquêteur.

 

EB  (avril 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Craig Russel - Lennox
 
 



































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Conte d'exploitation
 
 

Dominique Sigaud
Actes Noirs - Actes Sud - 2011
 
 

Régine Partouche, commissaire approchant la cinquantaine et subissant le crise quasi existentielle qui va avec, doit de surcroit affronter le remaniement de la division de police à laquelle elle appartient. Le pessimisme, l’amertume et une certaine indignation personnelle face à l’esprit nouveau qu’on veut installer dans tous les services, au nom de l’efficacité, sont ressentis par la commissaire dont on a fait éclater la cellule de collaborateurs. Sont visés : l’indépendance de manœuvres, le travail d’équipes soudées, le minimum d’humanité qui subsistait dans les rapports entre les niveaux de la hiérarchie. Dorénavant : tous jetables, tous remplaçables, tous sous la coupe de faux jugements standardisés d’efficacité visant seulement à rendre absolu le pouvoir  de la Direction et des échelons supérieurs.
Si les vingt années d’expérience dans la police peut servir le commissaire Partouche et l’aider à résister à sa manière, en continuant d’agir par la bande, une affaire curieuse va la mettre exactement là où le système ne voudrait pas qu’elle agisse, l’affaire du cadavre d’un travesti brésilien qui est retrouvé dans une poubelle devant la librairie du mari de Régine. Comme cette affaire, par sa mise en scène et le type de victime, rappelle furieusement celle qu’avait élucidé la commissaire quelques années auparavant (voir L’inconfort des ordures, 1997 -commentaires dans Polar Noir), elle pensait pouvoir suivre celle-ci avec plus d’efficacité que d’autres collègues. Mais son directeur lui enlève rapidement l’affaire sous prétexte qu’elle aurait pu être visée, ou son mari. L’énormité de ces déclarations et des menaces utilisées pour l’écarter par Pucheu, son nouveau directeur aux allures de cadre dynamique, froid et manipulateur, combinard servile, assoiffé de carrière rapide, vont persuader Régine de chercher malgré tout des indices dans cette affaire, à titre personnel et en faisant jouer ses anciennes relations. Tout en étant consciente du risque qu’elle prend pour sa carrière. En parallèle, elle suivra scrupuleusement l’affaire de remplacement que lui a collée Pucheu : le meurtre d’une artiste peintre, dans son atelier à Paris et qui obligera Régine à explorer plusieurs pistes, dont une en Allemagne. Ténacité, clairvoyance, éthique, sont les qualités qui permettent encore à Régine de poursuivre vaille que vaille un métier qu’elle a toujours aimé, au milieu du bourbier autoritaire et sans conscience  créé par la hiérarchie qui n’aime pas les vérités qu’elle ne pourrait plus contrôler.
C’est à ses risques que la commissaire ira fouiller dans les poubelles du pouvoir. Jusqu’au bout de sa conscience. Sans illusions.

En dehors des deux enquêtes assez habilement menées par la commissaire  Régine Partouche dans ce livre de Dominique Sigaud,  Conte d’exploitation est surtout une habile déconstruction des méthodologies actuelles et des effets pervers qu’ont les abus de pouvoir institutionnalisés et les absences d’états d’âme sur ceux qui doivent les subir quotidiennement de la part d’une hiérarchie aui n’est redevable que de résultats dictés par le sommet. Un sommet qui est de moins en moins responsable de ses actes. La doctrine du résultat à tout prix.
On assiste dans le quotidien du récit que nous fait Régine Partouche à une très fine analyse du pouvoir exercé dans les structures du travail, par un middle management au service entier de ses supérieurs, prêt à tout pour arriver, sans aucune éthique, jouissant sans limite du pouvoir sur les autres, fuyant et niant toute responsabilité qui n’est pas celle du résultat imposé. Les dérives du modèle libéral dogmatique.
Également très bien rendus, l’usure de cette femme de cinquante ans, son désarroi amplifié par l’écroulement de son monde professionnel dans lequel elle s’était vraiment investie. Assez réaliste, elle ira cependant de désillusions en désillusions en se heurtant à des réseaux d’influence de plus en plus établis et de plus en plus agissant, telle la franc-maçonnerie que lui conseille vivement son ex-patron pour trouver aide et protection, ou encore ces circuits politiques ayant tous une main dans l’exécutif.
Le tout supporté par une écriture habile et efficace, créant un style immédiat et prenant qui renforce l’urgence et le désarroi du récit fait par Régine Partouche.

Pour l’analyse fine du pouvoir dans les hiérarchies, et pout une écriture qui renforce l’impact des propos (une écriture mieux cadrée que dans le premier roman avec la commissaire) nous n’hésiterons pas à recommander Conte d’exploitation de Dominique Sigaud.

  

EB  (mars 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Dominique Sigaud  -  Conte d'exploitation
 
 



































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Mise à jour: 15 avril 20011