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Crise de panique  

(Panic Attack -  2009)

Jason Starr
Thriller/Outside - Éditions Alphée - 2011
 

C’est à New York, sa ville, que Jason Starr plante le décor servant de cadre de vie à la cellule familiale des Bloom qui est au cœur de son roman. La famille, établie dans le quartier huppé de Forest Hill est du genre b.c.b .g., appartenant au versant riche de la classe moyenne américaine. Le père, Adam, docteur en  psychologie (pas psychiatre !), a un cabinet assez prospère ; Dana, la mère bien conservée, proche de la cinquantaine est assez indépendante, égoïste et exigeante, produit type de sa classe ; la fille unique, Marissa, du haut de ses 22 ans mène une vie dorée, sans responsabilités, noyée de futilités et de faux problèmes, une adolescence prolongée.
La visite de deux cambrioleurs, une nuit, va plonger Adam Bloom dans un cauchemar éveillé : il abattra l’un d’eux d’une dizaine de coup de feu, et rien ne sera plus comme avant. Ses contradictions, ses hantises et son incapacité de traduire ses émotions vont faire basculer toute sa petite famille dans une spirale de problèmes qu’aucun d’eux ne semble vouloir arrêter. Ou semble capable de le faire…
Imbus de leur importance individuelle, fermés aux souffrances des proches,  bourrés de préjugés et de faux altruismes,  manquant d’intelligence la plupart du temps, les membres de cette famille vont devoir faire face à des événements qui bouleverseront leur vie pour le pire.
Le couple qui n’allait déjà pas très bien, enfermé dans son mutisme habituel et les faux semblants, va se retrouver sur les sentiers de la séparation haineuse,  Dana accusant Adam de tous les maux et d’avoir compromis leur famille en abattant le cambrioleur. Pendant ce temps, la fille, autiste sociale, aura le chic pour sélectionner le pire des petits amis. Et tout ça semble secondaire quand on sait que la mort rôde, et qu’on ne retrouve pas la trace du second cambrioleur. Sans parler des soupçons dévoyés et des lenteurs de la police, de l’hystérie des médias qui transforment  Bloom en justicier impitoyable et ne le laissent plus respirer.
En faut-il plus pour que la panique s’installe et qu’un psychopathe  puisse  par ses manipulations diaboliques faire monter la pression à des sommets jamais atteint par la famille Bloom ? …Pas vraiment. La confusion est à son comble et le psychopathe poursuivra ses expériences sanglantes sur la famille Bloom. Avec succès.

Une fois de plus,Jason Starr exerce ses talents sur la description et la dérive de personnages dans l’impossibilité de communiquer normalement avec leurs proches, engoncés dans leur égoïsme forcené et les conventions de la bourgeoisie américaine friquée, qui à la moindre alerte ne peuvent faire face à crise ni la circonvenir. Que la crise soit conjugale, parentale…ou meurtrière. Et ici aussi, dans Crise de panique, comme dans ses romans précédents on retrouve des personnages glacés, sans vraies émotions si ce n’est l’hystérie ou la panique intégrale. On y retrouve aussi cette ironie retenue que Jason Starr sait instiller avec art et discrétion dans son texte qui nous décrit la lente descente aux enfers de ceux qui se croient meilleurs, sont convaincus que tout leur est dû, que rien ne peut leur arriver. Des nantis de droit divin que l’auteur plonge dans le chaos et qui se comportent en vrais tarés quand ce n’est pas en criminels… Ironie grinçante aussi dans le personnage du Docteur Bloom, psychologue, pas psychiatre, adepte d’une des fausses sciences les mieux implantées dans nos sociétés, et qui ne parvient même pas à  se servir de son arsenal de gourou pour lui-même alors qu’il est en plein désarroi et que son pétage de plomb va croissant..
Il ne faut cependant pas perdre de vue le long suspense qu’est Crise de panique, un suspense qui se déploie sur plusieurs fronts avec des chapitres patchwork dont les  parties se recouvrent partiellement l’une l’autre vues du point de vue des divers intervenants. Un suspense feutré, ponctué d’explosions de violence, qui se termine dans une suite de tableaux sanglants et noirs, dignes des drames élisabéthains.
Et Jason Starr parvient à nous tenir intéressés par un mélange d’introspection  et de réalisme, malgré les presque 400 pages du roman ; grâce aussi à son écriture efficace et discrète qui nous mène exactement là où l’auteur a décidé de nous emmener. Sans aucune pitié…

 

EB (avril 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Jason Starr - Crise de panique
 
 
































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Le retoucheur    

-Confession d'un tueur de sang-froid   

(Retoucher - 2008)

Dmitri Stakhov
Actes Noirs - Actes Sud - 20111

 
 

Etrange roman que ce roman qui se veut thriller paranoïaque et sanglant, mais aussi eau trouble et tranquille, et  qui, par excès de construction ne parvient pas à révéler toute la richesse de l’intrigue telle que conçue par l’auteur.
Dans la Russie actuelle on assiste aux démêlés d’un photographe professionnel indépendant, Heinrich, avec son passé et sa jeunesse, dominés par les images de son père distant et de sa petite amie Liza, morte par sa faute semble-t- il. S’il est presque certain que son père a appartenu à la police d’état, il découvre petit à petit que le don de photographe-retoucheur exceptionnel de ce dernier était ce que ses supérieurs voulaient exploiter. Pour le pire. Pour faire disparaître les personnes des photos officielles, opération qui mettait aussi fin à la vie de ceux-ci. Heinrich est persuadé d’avoir hérité du don de son père et constate que des personnes proches tentent de le manipuler, de le guider malgré lui vers les tâches du retoucheur de négatifs. Très vite, comme dans un cauchemar éveillé, Heinrich sera confronté à la  mort des personnes qu’il retouche sur les clichés. Morts violentes, sanglantes. Et ce sera en plein schizophrénie, entouré de personnes qui abusent de la vodka et dont il sait qu’elles le manipulent, qu’il aura la certitude de l’appartenance passée de son père au KGB. Mais à quoi jouent tous ces personnages de pouvoir, acteurs des coulisses, agents de l’ombre, qui ne voient en Heinrich qu’un moyen aisé d’aboutir à leur fins. Sans traces pour eux. A grands dommages pour Heinrich, ses proches et ses connaissances… Mais, c’est confirmé, le terrible don qu’avait son père se retrouve en lui. Incontrôlable. Mortel.

Grâce à l’écriture très soignée du roman, le récit d’Heinrich se lit avec intérêt, et ce malgré les zigzags constants du fil de l’intrigue, et sa partie immergée qu’on ne peut reconstituer qu’en avançant dans le roman. Mais nous avons l’impression que l’auteur a voulu trop en faire et obscurcit parfois inutilement  l’intrigue de base, sans laisser assez d’indices pour le lecteur.
De plus l’ensemble reste assez glacé, distant, ce qui a pour résultat qu’aucune empathie ne s’établi, le lecteur ayant toujours l’impression de rester en surface du récit.
C’est un peu dommage et pourrait être le résultat des réelles facilités littéraires dont dispose l’auteur, Dmitri Stakhov,  des facilités mal canalisées qui ne débouchent ici que sur une certaine « brillance » et, par moment, l’artificiel.


EB  (mai 20011)  

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Dmitri Stakhov - Le retoucheur
 
 










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L'obscure mémoire des armes    

(La oscura memoria de las armas - 2008)

Ramón Diaz-Eterovic  
Métailié Noir - Éditions Métailié - 2011

 
Dernier paru (2011) de la série mettant en scène le détective privé chilien Heredia et son chat, Simenon, L’obscure mémoire des armes nous plonge au cœur de la mémoire d’un des héritages lucifériens du Chili : la dictature de l’armée sous la conduite de Pinochet qui mit le pays en coupe sombre de 1973 jusqu’à la fin des années 1980 avec un régime basé sur la terreur politique et sociale, et les crimes de sang. Comme on le sait, si la démocratie a eu finalement le dessus, les collaborateurs actifs du régime ne furent jamais vraiment pourchassés ni les criminels avérés qu’ils comprennent dans leurs rangs très étendus, de la police aux juges, des industriels à l’Eglise chilienne, des responsables de l’armée aux services « spéciaux ». Sans oublier les tortionnaires…

Heredia, dans une passe peu active, se consacre à divers petits boulots, attendant dans son appartement vieillot du centre de Santiago, l’affaire qui lui permettra de reprendre son métier d’en quêteur privé. Celle-ci va finalement se présenter sous la forme d’une femme d’âge mur  qui prétend que son frère, Germán Reyes, qui travaille dans une grosse quincaillerie de la ville, n’est pas mort victime d’une attaque de malfrats qui aurait mal tournée, sous prétexte qu’il s’était préoccupé des questions de vols au sein de l’entreprise.  La police a d’ailleurs classé l’affaire.
Il apparaît vite que le frère s’il avait une vie rangée, obscure, falote, marquée par les sévices qu’il avait subit lors des interrogatoires de l’armée, sous la dictature Pinochet, il avait entreprit des recherches à titre privé sur plusieurs personnages n’ayant aucun rapport avec sa profession. Les recherches de Heredia le mèneront vers des cercles qui recherchent les criminels tortionnaires de la dictature pour les faire comparaître en justice, et sur les traces d’un deuxième crime déguisé en accident et qui fit disparaître un témoin d’un de ces procès.
Par ailleurs, Heredia retrouvera les traces d’une bande organisée qui pillait la quincaillerie et il se met à la recherche de complicité éventuelles, car les deux affaires semblent avoir des points communs en dehors de Reyes..
Aidé par son ami de la police, soutenu par son ami de toujours,Anselmo, qui tient le kiosque à journaux de son quartier, aiguillonné par les remarques pleines de bon sens de son chat, toujours fourré dans les petits bistrots du vieux Santiago, vivant de peu et rêvant beaucoup, Heredia va pénétrer dans ce monde que les Chiliens essayent d’oublier, celui des tortionnaires et criminels de l’armée qui se cachent ou qui se sont reconvertis dans des activités lucratives, et qui, la plupart du temps, ont changé de nom. Des criminels qui jouissent toujours du soutien d’une partie des autorités et de certains membres influents de l’armée.
La partie semble inégale vu le peu de moyens de Heredia, mais il pourra petit à petit bénéficier du soutien de certaines anciennes victimes, de gens du peuple à la recherche de justice, de citoyens ordinaires.
Il en aura bien besoin car si son enquête progresse, il se dirige tout droit vers des ennuis sans fin et des milieux qui n’hésitent pas à supprimer les obstacles de son genre.

Roman particulier dans la série Heredia, L’obscure mémoire des armes véhicule une espèce de spleen non explicite, différent des problèmes existentiels habituels de Heredia et qui semble découler des rappels des taches sombres qu’ont laissé dans la société chilienne les agissements criminels des complices de la dictature de Pinochet. Heredia se réfugie encore plus dans ses citations littéraires, erre encore plus dans le dédale des petites rues de Santiago, toujours prêt à explorer la moindre gargote, vivant au jour le jour,questionnant de plus en plus son âge, la vie et le monde qui l’entoure. L’injustice et le macabre qui se sont insinués dans l’après-Pinochet agissant comme résonateur sur le parcours existentiel de Heredia, le marquent implicitement tout au long du récit.
Jusqu’au dénouement de  l’intrigue qui semble en pâtir mais qui n’est que l’image de ce que subit la société chilienne : un déni de justice et une diversion orchestrée par les coupables et leurs alliés toujours en place.   
Par ailleurs, l’auteur  semble se contenter lui aussi des aboutissants de son intrigue, une quête qui reste en surface du vrai problème qu’est le fascisme ordinaire. Celui présent partout et qui pave la voie du totalitarisme brutal.
Mais Eterovic lui-même n’en est sans doute que peu satisfait, d’où le  questionnement de son rôle exact dans le rapport des exploits de Heredia, de son rôle d’auteur. C’est ce qu’il fait de manière détournée, en faisant apparaître son double dans le roman, le Scribouillard, qui dialogue régulièrement avec son détective. Et à qui un Heredia désabusé annoncera en finale  ne plus vouloir l’alimenter en intrigues…
Peut-être pas le meilleur roman de la série, mais un livre au climat attachant qui plongé dans un Santiago populaire et vécu, tout en sondant les plaies cachées d’une société au passé totalitariste.

 

EB  (mai 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Ramon Diaz-Eterovic - L'obscure mémoire des armes
 
 



































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Une ville sous influence  
 

Serge Radochévitch
Borderline - Territoires Témoins - 2011
 
 

Le Vetoit, une petite ville de Lorraine dont la mairie vient de  passer sous la coupe de l’extrême droite, voit la liste de ses malheurs  s’allonger à vue d’œil avec la disparition de deux SDF/clochards et la mort par accident douteux  de leur fossoyeur porté sur la boisson, chasseur et braconnier. Les divers incidents semblent  manquer de point commun, mais la liste des morts va s’allonger, avec des meurtres évidents et des mises en scène grotesques qui ne font que brouiller les pistes. La police, vigilante et assez présente laissera faire deux enquêteurs malgré eux, un journaliste-écrivain de polars, Simon Bielik et son ami René chez qui il était venu passer quelques jours de vacances à Le Vetoit, dans l’espoir que ces deux curieux puissent plus facilement recevoir les confidences de certains citoyens, peu ou prou impliqués.  Les deux compères, aidés par la femme de René, vont lever quelques pistes qui rendent le tout encore plus étrange, laissant soupçonner des activités illégales et souterraines sur le territoire de la petite ville si tranquille jusque là. Mais les recherches de Bielik ne semblent pas au goût de tous, et la mort va continuer son œuvre dans des circonstances de plus en plus suspectes.
D’une certaine façon, tout cela aide Bielik qui se sert des meurtres et de son enquête pour démarrer l’écriture d’un polar, lui qui semblait en panne de sujets à son arrivée chez René.
Tout ce qu’il vivra lors de son séjour lui permettra de boucler le roman. Un roman plus agité que ce qu’il aurait pu imaginer.

Malgré une accumulation de morts suspectes, Une ville sous influence penche fortement vers les territoires du whodunit, tendances cosy. Le ton général du récit évoquant d’ailleurs plus le Club des Cinq, version jeunes adultes, que le suspense maillé de noir que l’intrigue aurait pu faire surgir, et ce  même si certains chapitres raidissent un peu le propos. J’y ai aussi retrouve parfois  du Tintin, dans le héros face au mystère et dans les péripéties qui en découlent, jusqu’au climat de certains passages ou la construction de certains « méchants ». Ce Tintin enquêteur, détective de circonstance, que nous avons tous aimé dans nombre d’aventures qui l’ont rendu célèbre.
Mais la lecture du roman reste agréable, et on suit sans réticences le jeu de piste qui nous est offert dans l’intrigue supportée par un style simple et clair. Un bon compagnon SNCF.

  

EB  (mai 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Serge Radochévitch - Une ville sous influence
 
 















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Mise à jour: 25 mai 2011