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Brooklyn Noir  
recueil de nouvelles 

Brooklyn Noir - 2004)

Tim McLoughlin (collectif)
Asphalte éditions -  2011
 

Dans la reprise de certains volumes de la collection américaine publiée par Akashic Books  (série qui publie des recueils de nouvelles d’auteurs contemporains venant de préférence de la ville mise en point central de chaque recueil) Asphalte a choisi de nous présenter ce qui a été un des plus grands succès de la série : Brooklyn Noir. A tel point qu’il existe actuellement chez l’éditeur US deux volumes supplémentaires consacrés à cette partie  de New York, publiés sous la direction de Tim McLoughlin.
Brooklyn, la populaire, qui jusque dans un passé proche était surtout le quartier des émigrants juifs et de leurs descendants, Brooklyn, un des cinq  buroughs (arrondissement, commune) que comporte le Grand New York, abrite près de 2,5 millions d’habitants, bordé par l’Atlantique au sud, Manhattan au nord. Comme les autres, ce borough est divisé en « quartiers » possédant chacun un nom bien défini, selon l’habitude anglo-saxonne pour leurs villes. Dans le premier volume consacré à Brooklyn, celui dont il est question ici, Tim McLoughlin ( auteur lui-même) nous présente 20 nouvelles chacune plus ou moins centrée sur un « quartier » ou  coin particulier de Brooklyn,  des textes qui nous  livrent une vison noire, grinçante et parfois désespérée de la survie dans cette ville multiethnique, écrasante et criminogène. Avec des points communs qui ont pour noms solitude et communautarisme. Avec la destinée partout en filigrane.

Si la qualité générale des nouvelles assemblées ici est haute, on y trouvera aussi quelques perles à l’écriture personnelle et percutante. Des auteurs connus comme Pete Hammill dans Dédicace et Ken Bruen  dans  les 10 pages noires, ironiques et sèches de son   Fake to… Brooklyn,  nous livrent des nouvelles à la hauteur de leur réputation, mais certains textes de nouvellistes sans doute moins connus du public francophone brillent de leurs feux dans les pages du recueil. Comme ces souvenirs d’une petite fille dont le père travaille à la construction des buildings de New York, par Ellen Miller dans L’entraînement, nouvelle à la mélancolie noire et à l’écriture extrêmement soignée ; comme cette nouvelle innovante de Kenji Jasper, Jeudi, qui se déroule dans le milieu Negro et qui comprend un le meilleur paragraphe d’ouverture  de la collection ; comme l’ironie et la mélancolie qui sourdent de Triple Harrison de Maggie Estep, dans un  texte aux apparences classiques et à l’écriture qui fait mouche. A sortir du lot également, Largué, cette nouvelle enflammée et ravageuse de Nicole Blackman, au ton plus qu’inquiétant.
Mais, répétons-le, la majorité des autres nouvelles susciteront l’intérêt certain du lecteur comme le noir Bouffer italien, à la sauce flic, macabre et grinçant, ou encore  Glissant vers les ténèbres de C.J. Sullivan et sa lutte sans issue d’une latino qui avait presque pu échapper au ghetto racial version Yankee ; la liste des réussites est longue et on ne les citera pas toutes car nous savons que le lecteur (-trice) ne sera pas déçu au fil de ses propres découvertes.
Terminons en signalant que ce volume Brooklyn Noir a bien conservé les courtes, et très utiles, notices biographiques relatives aux auteurs, mais on regrettera que le titre anglais original ne soit pas mentionné pour chacune des nouvelles traduites.

N’hésitez pas à découvrir ce melting pot made in New York, plein de sang et de fureur, souvent raconté un sourire aux lèvres, et qui vous plonge au cœur de ce quartier populaire livré aux nouveaux arrivants, ce Brooklyn Noir

PS : l’éditeur a mis sur son blog une liste de morceaux musicaux sensés illustrer ces nouvelles ; vous trouverez cette ‘Playlist’ dans 
http://asphalte-editions.com/?page=catalogue&categorie=fichelivre&num=30

  

EB (juin  2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Tim McLoughlin - Brooklyn Noir
 
 


































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La vacance du petit Nicolas
   
 

Pierre Cherruau & Renaud Dély  
Le Poulpe n°274 - Éditions Baleine - 2011

 
 

Dans ce roman satirique, on retrouve  Le Poulpe assez curieusement embarqué dans une histoire de disparition de Nicolas Sarkozy et aidant la maréchaussée, section services spéciaux. Tout au long de ses recherches intercontinentales, on assiste à une succession de saynètes égratignantes et burlesques envers la faune politique française actuelle, surtout celle du pouvoir encore en place (2011) Umpiste jusqu’au bout des ongles.
Les portraits tiennent plus du « Guignol de l’info », et véhiculent les clichés mordants auxquels nous ont habitués les rigolos de l’audio-visuel, sans vraiment trouver un angle novateur dans la dérision. Pourtant, ce roman étant une parodie, on aurait pu se lâcher sur ces personnages à l’existence réelle, tout en étant à l’abri de ces malentendants si fréquents dans l’Hexagone, qui, sur des bouts de phrases font des scandales médiatiques et des procès à tout bout de champ, la police de la « bienpensitude » bornée et vicieuse ; la parodie autorise une exagération laxiste dans la caricature et les agissements qu’elle décrit relatifs à des personnages publics.  Il est donc dommage que ce ne soit pas plus mordant et plus délirant à l’intention de leurs excellences politicardes.
Mais comme on est là pour rigoler, alors…faisons.
Il est vrai que l’ensemble n’engendre pas la mélancolie, et les marionnettes du pouvoir et des autres personnages politiques de l’actualité sont assez gesticulantes que pour nous faire sourire tout au long de la quête feutrée de Gabriel Lecouvreur à la recherche du petit Nicolas. Au passage, quelques réussites dans l’outrance et le second degré, que ce soit ce Villepin survitaminé dont l’agitation verbale  décrite dans le roman relègue au monde des escargots celle de sa marionnette sur Canal+, ou encore la tragédie de ce Mormon Noir et bisexuel, perdu dans l’Ouest américain et dans l’humour noir…

Mais il manque un semblant de scénario, car le fil conducteur est très mince, voire absent, absence que la volonté de parodie ne parvient pas à combler. Sont oubliées aussi les conventions encadrant le personnage du Poulpe, qui ici sont tellement ténues qu’on se demande si le Poulpe est présent. Tout ceci étant sans doute conséquence de la volonté des auteurs de privilégier  une caricature irrévérencieuse  du guignol politique français actuel.

Je terminerai sur une note triste : Le Poulpe dans La vacance du petit Nicolas semble même ne pas apporter beaucoup d’attention aux bières qu’il croise ! A ce propos, les auteurs eussent pu s’informer sur les noms de bières plus rares ou recherchées, françaises ou autres, comme Gabriel nous en a habitués par le passé.
Mon dieu, serions-nous en présence d’un brûlot crypto-frontiste ? !!

 

EB  (mai 2011)  

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Pierre Chérruau & Renaud Dély - La vacance du petit Nicolas
 
 



















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É
 
 
 
 

Dashiell Hammett, mon père    

(Dashiell Hammett: A Daughter Remembers - 2001)

Jo Hammett 
Rivages/Noir n°736 - Éditions Payot & Rivages  - 2009
réédition de "Album de famille : Dashiell Hammett" publié chez Rivages en 2002

 

Livre de souvenirs de la fille cadette de Dashiell Hammett, Josephine Hammett Marshall, publié aux USA la même année que le tant attendu volume de correspondance du grand auteur (Selected Letters, Dashiell Hammett 1921-1960 , Richard Layman and Julie M. Rivett, 2001) pour lequel, enfin, les héritiers donnèrent leur accord, dont Josephine Hammett auteur du présent livre. On peut supposer que Jo(sephine) Hammett avait eu envie de compléter le personnage qui apparaissait au travers des lettres à la famille, aux proches  et aux différents éditeurs qui formaient le gros des 650 pages du recueil Selected Letters. Ce personnage qu’elle connaissait comme père et comme confident très occasionnel.

On est bien d’accord avec Jo Hammett, son père est difficilement saisissable car très réservé tout au long de sa vie, peu enclin au surmoi, accordant plus d’importance à ses actes « nécessaires » qu’à de longs discours. Déterminé il n’hésitait jamais devant ses responsabilités importantes : même séparé de sa femme et de ses deux filles, il ne cessa jamais de s’occuper d’elles ni de les soutenir financièrement, devant le Comité des Activités Antiaméricaines il savait qu’il était plus important de préserver ses droits de citoyen quelles qu’en soient les conséquences (ici, la prison décrétée sur ordre de ces commissions fascisantes avec la complicité des juges du moment), pacifiste il voulait quand même aider son pays en guerre malgré son âge et sa très mauvaise santé. Il se devait de faire ce qu’il fallait faire, quel qu’en soient les conséquences pour lui-même.
Cet aspect important de la personnalité de Dash a bien été perçue par sa fille qui au cours de ce volume de mémoires souligne à plusieurs reprises cet aspect de l’homme Hammett.
Pour le reste, c’est aussi la vision d’une petite fille très vite séparée de ce père un peu particulier, dès l’âge de trois ans, car la tuberculose qui le minait était devenue contagieuse, l’obligeant à vivre éloigné de sa famille. Dès lors on comprend que les souvenirs de Jo ne peuvent que se raccrocher à de petites choses et que sa soeur Mary, plus âgée de quatre ans, fut plus proche de ce père évanescent, apparaissant comme telle aux yeux de la petite Josephine jusqu’à son adolescence.
Le couple Hammett, finit par vivre une vraie séparation, en 1929, sans divorce, après 8 ans de mariage ; c’était la période où Dashiell Hammett commençait a jouir d’une certaine réputation d’écrivain hard-boiled, et un peu plus tard, vers 1931, Lilian Hellman, auteur de théâtre,  s’installa dans sa vie comme compagne et parfois régente. Cette dernière s’incrusta dans la vie de Hammett avec ses obsessions et sa volonté de « protéger » l’auteur. S’il est vrai qu’elle resta avec lui jusqu’à la fin, en 1961, elle fut souvent un vrai frein aux recherches sur l’auteur Hammett et une créatrice de légendes quant à son rôle dans la vie de l’écrivain. Sans parler de l’embargo qu’elle mit en place sur le fonds Hammett, après la mort de celui-ci.
Il est curieux de constater que la famille Hammett se soit inclinée très tôt devant Hellman, lui laissant le champs libre, et éprouvant pour cette femme à la fois du respect et de l’exaspération, toutes choses qui sont bien détaillées dans les description que fait Jo Hammett de sa relation ambiguë avec Lillian
Au-delà de l’aspect « album de famille », normal pour une fille qui raconte son père, on retrouve des détails qui parfois éclairent Hammett sous un jour peu connu : facétieux et amateur de canulars assez gros, claustrophobe, ennemi des trajets en avion…
Comme la mort était programmée très tôt pour Dashiell, miné par la tuberculose, il vécut sans trop se soucier des excès avec un alcoolisme persistant et un penchant marqué pour les femmes ; le tout facilité par une aisance matérielle soudaine après le succès du Faucon de Malte, en 1930. Et la jeune Jo assistera plusieurs fois aux excès de ce père en goguette, qui la traînait avec lui dans certaines mondanités : désagréable lorsqu’imbibé, allant jusqu’à draguer les dames qu’il croisait, lui si retenu en temps normal.
Dashiell Hammett, malgré ses très graves problèmes de santé, s’éteindra en janvier 1961, dans sa 67e année, ayant fait mentir les prononstics les plus opstimistes concernant ses chnces de survie…

C’est donc la vie de Jo en compagnie de ce père qu’elle ne comprenait pas toujours, dont la grandeur et l’importance ne lui apparut que bien plus tard. Une fille cadette qui se raconte, qui raconte sa famille.
Ce Dashiell Hammett vu par le petit bout de la lorgnette, dans une vision qui mélange le futile et l’inutile avec des vues pertinentes et des conclusions assez fines  faites par sa fille Jo la plupart du temps, est intéressant car s‘y révèle une partie de l’homme dépouillé de son aura et de ses attributs d’écrivain.  Jo qui nous fait assister souvent à l’impact direct sur Hammett de son succès et de son engagement politique, ainsi que des virevoltes de Lillian Hellman.
Comme Jo Hammett le souligne, elle n’a pas voulu faire une biographie de son père, mais plutôt un recueil de souvenirs, avec lequel elle parvient à intéresser le lecteur. Pour une biographie détaillée, celle de Richard Layman (Dash, Fayard, 1981) reste une référence de base et fait toujours autorité. Layman et Julie Rivett on par ailleurs assisté Jo Hammett dans la mise au point de son recueil de souvenirs, le même tandem qui sélectionna et analysa les lettres de Hammett.

Dashiell Hammett, mon père, un petit volume qui aidera à encore mieux saisir la personnalité de Dashiell Hammett et qui devrait intéresser tous ceux qui connaissent la valeur de cet écrivain.
Un complément utile aux Selected Letters et à la bio rédigée par Layman, d’autant plus que Rivages a eu la très bonne idée de conserver l’iconographie de l’édition grand format dans cette réédition au format de poche.
 

EB  (juin 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Jo Hammett -  Dashiell Hammett, mon père
 
 



































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Signé : Allison Murrieta    


(L;A. Outlaws - 2008)

T. Jefferson Parker   
Robert Pépin présente - Calmann-Lévy  - 2011
 
 

Ce roman de T.Jefferson Parker véhicule une forte volonté d’hommage aux hors-la-loi légendaires de l’Ouest qui firent preuve d’altruisme dans leur carrière de renégat, tel ici ce Joaquin Murrieta qui sert de modèle à la très contemporaine Suzanne Jones qui serait la descendante de ce bandit de Californie , abattu en 1853. La légende l’auréole de plusieurs faits à son avantage, sans compter sa réputation de redistributeur aux pauvres qu’il croise.
Suzanne Jones ayant hérité du carnet de note de l’illustre truand et d’autres artefacts qui lui ont appartenu est convaincue que presque tout ce qui est positif dans la légende de son ancêtre a bien été réel, et elle reprend à son compte cet altruisme charitable qui fit une part importante de la renommée de Joaquin. Enseignante, prof d’histoire en lycée, Suzanne qui mène une vie privée de mère célibataire avec un  esprit libre et indépendant,  a résolu son besoin de justice sociale en imitant aussi le comportement de son ancêtre : elle braque des chaînes de magasins et vole des voitures puissantes faciles à revendre pour redistribuer ses revenus à des organisations caritatives de son choix. Elle agit masquée lors de ses braquages, et laisse toujours une carte avec son nom : Allison Murrieta. La presse dans on ensemble lui est plutôt favorable car les gens voient en elle une espèce de Robin des Bois moderne qui dévalise fast-foods et chaînes de magasins à bas prix, sans violence et sans mort jusqu’alors. Malgré le gros calibre qu’elle pointe sur les employés sous-payés de ces temples américains du capitalisme forcené et moralisateur.
Toujours à l’affut d’un bon coup pour alimenter ses fonds, Suzanne/Allison ne résistera pas à la tentation de s’approprier les diamants qu’un marchand s’apprêtait à proposer en partie pour le  payement pour ses dettes de jeu. Un coup qui devrait rapporter 45.000 dollars à Suzanne, à la revente. L’ennui c’est que deux bandes se sont affrontées sur le lieu de rendez-vous du marchand. Résultat : dix morts, pas de témoins… enfin pas tout à fait, car Lupercio, un tueur à la solde du Taureau, chef malfrat impitoyable qui truste tous les trafics, a vu Suzanne s’éloigner du lieu de la fusillade. Si la police la cuisine un peu car un contrôle de routine d’un flic a repéré Suzanne et sa voiture rapide non sur une route proche de l’incident, ce sera heureusement par l’intermédiaire du séduisant Charles Hood, jeune flic qu’on vient de nommer à la cellule d’enquête, celui-là même su contrôle routier. Celui-là qui est loin d’être indifférent au charme et à la beauté de cette jeune femme, témoin un peu particulier. Par contre, Lupercino ne chôme pas et sur les traces de Suzanne/Allison, il laissera des traces de plus en plus sanglantes, fidèle à son image du découpeur à la machette.

Malgré tous les ingrédients conventionnels du thriller moderne que semble rassembler Signé : Allison Murrieta, on est agréablement surpris de trouver dans ce roman américain des traces libertaires évidentes, allant au-delà de l’emblématique Allison au symbolisme transparent. La vie privée de cette dernière, totalement libre dans ses relations sociales mais responsable, l’obstination à effectuer des casses qui semblent minables en pillant les caisses de ces « entreprises génératrices de pauvreté » en parlant de Burger King et consort, le jeune flic à la démarche équivoque préférant suivre son instinct et ses sentiments plutôt que le manuel sont quelques uns des ingrédients non conventionnels que l’auteur y a injectés. Comme l’écriture est assez soignée, que T. Jefferson Parker a de vraies dispositions de conteur, on oublie vite quelques aspects peu crédibles du personnage de Suzanne. A souligner,  une fin assez noire qui surprend le lecteur, et qui change brusquement de centre narratif pour son ultime conclusion.
Un roman attachant qui se démarque de la moyenne  des thrillers actuels et dont les qualités narratives en feront un excellent compagnon de vacances estivales.

 EB  (septembre 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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T. Jefferson Parker - Signé : Allison
 
 































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Mise à jour: 25 juin 2011