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Je cherchais une rue  

( I Was looking for a Street  - 1988)

Charles Willeford
Rivages/Noir n° 826 - Inédit - Éditions Payot & Rivages - 2011
 

Livre autobiographique dans lequel Charles Willeford relate sa jeunesse et une partie de son adolescence. 
Ce grand auteur américain de romans noirs nous détaille ses souvenirs d’enfant assez choyé, qui fut longtemps élevé par sa grand-mère, et qui fréquenta une école de qualité comme interne. Si la vie familiale, même tronquée, eut une grande importance sur le futur du petit Charles, au même titre qu’un enseignement scolaire qui assura à la fois une prise en charge personnelle et de bonnes connaissances générales, ce sera dans ses années d’adolescence que se formera le Charles Willeford que nous connaissons.
En 1932,  Charles quitte sa grand-mère qui après bien des déboires ne pourra plus assurer son entretien, et il se jette sur les routes en quête de revenus. Il a 14 ans.
Si sa grand-mère se trouve sans ressources c’est à  cause de la consolidation de la Grande Crise de 1929 qui continue la démolition des emplois, des habitats et des familles, dans une Amérique que cette crise paupérise à des allures record.
Avec une bonne partie de la classe ouvrière sur les routes, la petite classe moyenne disloquée et sans ressources, une vie régulière, un emploi stable ressemble de plus en plus à une utopie dans un pays où les divers Etats connaissent leurs priorités en accentueront plus que jamais la chasse aux « Rouges », aux syndicalistes et autres anarchistes. Avec fureur et dans le sang ( même si cela n’apparaît pas dans le récit de Willeford, il est bon de le souligner pour que le tableau soit complet- le lecteur intéressé pourra se reporter au formidable roman de John Steinbeck, En un combat douteux, ou aux nombreux essais et études  consacrés au syndicalisme américain dans la première moitié du 20e siècle).
L’autre conséquence seront les problèmes sociaux énormes que créeront les millions d’Américains errant sur les routes, dans les trains de marchandise et dans les villes de l’Ouest à la recherche de travail ; problèmes sociaux qui recevront parfois une solution des autorités locales, soucieuses de se débarrasser au plus vite des migrants et d’éviter des troubles de masse.
C’est dans ce contexte de désarroi et de survie que se retrouve le jeune Willeford qui s’initie à la dure vie des hobos, du SDF voyageant clandestinement par les trains de marchandise.
C’est dans cette seconde moitié du livre qu’on retrouve toute la force de l’auteur Charles Willeford qui nous décrit magistralement les conditions de vie on the road et la lutte journalière que le jeune Charles doit livrer pour manger et survivre.
Heureusement, Charles aura un peu de chance dans son malheur, et s’il peine dans cette vie de trimard, aucune situation ne le mettra en danger irrémédiable ni aux prises avec le mal ou la violence extrême que peut engendrer le désespoir chez ses congénères.
En route vers son âge d’homme, s’il aura appris à vivre,  il aura aussi appris la liberté, la vraie. Celle qui vous laisse face à la route, sans rien, sans attaches, sans responsabilités envers des proches…

L’original US de ce livre fut publié en 1988, année de la  mort de Willeford, mais chronologiquement il précède un livre tout aussi autobiographique, « Something About a Soldier » (1986)-non traduit à ce jour-  dans lequel il relate son expérience dans l’armée américaine où il s’engagea par manque de ressources en 1935, partie de sa vie qui prend place peu de temps après la clôture de Je cherchais une rue.
Je cherchais une rue, petit volume autobiographique que Rivages a eu l’excellente idée de publier, intéressera tous les fans de Willeford ; aussi beaucoup d’autres pour son côté vécu dans une période trouble des USA. Et comme je l’ai souligné, tous y retrouveront la force et le talent d’écriture de ce maître du roman noir.

Lisez Willeford !

PS :Il existe une bonne biographie de cet auteur : « Willeford » (1997) de Don Herron- non traduite, à ma connaissance

 

EB (juillet 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Charles Willeford - Je cherchais une rue
 
 





























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La poubelle pour aller danser  
 

Philippe Huet
Le Poulpe n° 273 -  Éditions Baleine - 2011

 
 

Cette fois, Le Poulpe ira fouiller dans les poubelles nucléaires du côté de La Hague et de sa fameuse Usine de traitement de déchets. Appelé par un copain activiste, Mouloud,  fort de sa petite cellule contestataire locale  au style baba cool attardé, mais qui peut être empoisonnant comme un nid de frelons, Gabriel Lecouvreur va les aider à y voir clair dans le décès très douteux d’un ingénieur de l’Usine. Ce qu’on essaie de faire passer pour un décès par suicide, ressemble à s’y méprendre à une exécution par balle de l’ingénieur Lejudec, fraîchement à la retraite, et apparemment rongé par le remord d’être au courant de dangereux enfouissements de déchets qui se répandent dans le sous-sol depuis des années.
Ce qui éclaire la mort de l’ingénieur sous un angle fort glauque, c’est de savoir qu’il avait rendez-vous ce même soir avec Mouloud, pour lui remettre un dossier contenant les preuves des dissimulations de déchets dangereux, faits qui furent toujours niés par les autorités gérant l’Usine. Et par l’Omerta d’une région qui vit grassement  de la manne nucléaire. Même si c’est au prix de la santé et de la survie des habitants…

Au départ d’une intrigue somme toute assez classique, l’auteur nous plonge rapidement au cœur du problème : la connivence de ceux qui en vivent localement avec les responsables des manquements de sécurité graves dans l’élimination des déchets nucléaires, porte ouverte à tous les excès. Si on est un peu déçu par le glissement de l’intrigue dans la deuxième partie  de ce court roman, Philippe Huet nous tient dans le filet de son texte par son écriture vive et expressive, ce qui nous fait suivre malgré tout les péripéties régionales avec intérêt.
Très agréable à lire, bien construit, La poubelle pour aller danser est un compagnon de plage idéal. C’est aussi un Poulpe très proche du canon d’origine.

 

EB  (juillet 2011)
 

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Philippe Huet - La poubelle pour aller danser
 
 











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Des rats et des hommes   


Tito Topin 
Rivages/Noir n° 813  - Inédit - Éditions Payot & Rivages - 2011


 

Truand et marginal rangé, Kubitschek vit dans l’opulence comparé au sort de la majorité des Parisiens qui l’entourent qui pour la plupart vivent de peu dans des logements devenus insalubres ou rien ne fonctionne. Il y a aussi les rats qui ont envahi l’espace des humains et qu’on rencontre partout. Même eux se font la guerre, ceux aux yeux rouges étant les plus agressifs. Et puis, pour tout le monde il y a des monceaux d’ordures qui obstruent les rues et les avenues ; envahissent les bâtiments, faisant que pestilence et nuisances sont le lot journalier des habitants.
Kubitschek est assez fortuné, ce qui lui permet de vivre à l’aise dans un appartement préservé, d’avoir une vieille gouvernante-cuisinière dévouée, de rouler en Bentley et de passer certains caprices à sa fille. Mais Kubitschek, malgré son âge certain, a mal digéré qu’on essaye de le délester de ses objets personnels lors d’un casse opéré dans une salle de jeu huppée  par une petite bande de malfrats. Ce qui le vexe encore plus c’est qu’ils ont pris le collier d’Olga, jeune femme qu’il vient de prendre sous sa protection.
Dans ce Paris invivable, où le moindre déplacement est une aventure, Kubitschek                 dont la santé est plus que vacillante, va relancer ses contacts et anciens amis, y compris parmi les pourris de la police, prêt à tout pour retrouver l’idiot à cagoule qui voulait sa montre et dont il a reconnu la voix.
Il est pressé Kubitschek, car la camarde lui souffle dans le cou.  Il s’en fout des conséquences, les moyens il les a, l’expérience des truands aussi, alors pourquoi vouloir jouer au plus malin ? Ca va saigner de partout. Lentement. Au milieu de la puanteur. Sous le regard des rats aux yeux rouges. Dans cette ville agonisant sous ses ordures.

Sans vouloir user de clichés faciles, nous dirons qu’avec Des rats et des hommes, nous nous trouvons face à un curieux roman crépusculaire. Tout y semble à l’image de ce Paris étouffant sous les ordures et livré à la hargne des rats : la vie du contre-héros qui se sait en fin de course, les personnages qui le côtoient  et qui n’ont pas de vrai futur, un passé qui n’est que confusion et désespoir. C’est malgré tout la tête la plus haute qu’il le peut, que Kubitschek anticipera sa fin, règlera ses comptes et tentera de protéger ceux qui ont encore un semblant de signification dans sa vie.
Longue spirale qui met en scène un monde subissant une apocalypse avortée, le roman de Tito Topin véhicule un désespoir qui ne se trouve plus de justification dans ce  monde qui sait que seul lui reste le nihilisme, son ultime fatalité. On y retrouve le style direct, souvent percutant, de l’auteur avec en prime des dialogues comme seul il sait les faire, et ses pointes d’humour noir bitume.
On regrettera sans doute une certaine longueur de l’ensemble, qui, si elle supporte la nécessité de faire comprendre la déliquescence ambiante et le désarroi du personnage principal, opère au détriment de l’impact. Mais l’écriture de Tito Topin garde sa force et on retrouve à plusieurs endroits du récit des fulgurances qui secouent le lecteur, pour aboutir à ces deux derniers chapitres, exemplaires de retenue et de non-dit mélancolique et noir.
Tito Topin, une des plumes importantes du noir à la française.

PS : Petite curiosité numérologique-
Ce volume de la collection Rivages/Noir porte le numéro 813, et au-delà le symbolisme évident de ce nombre pour certains (813, nom de l’Association des Amis des littératures policières, lui-même inspiré du célèbre roman avec Arsène Lupin), on peut constater que Rivages/Noir comporte un deuxième volume à la numérotation identique, L'héritage de Guillemette Gâtinel de Joseph Bialot. Un nouveau mystère 813… bicéphale.

 

EB  (juillet 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Tito Topin - Des rats et des hommes
 
 


























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Mise à jour: 19 juillet 2011