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La France tranquille   

Olivier Bordaçarre 
Fayard Noir - Fayard - 2011   
 

La petite ville de Nogent-les-Chartreux dans la Beauce, 20.000 habitants, naturellement paisible et assoupie va connaître une crise profonde lorsqu’elle est confrontée à un tueur en série, qui, s’il prend son temps pour parcourir sa série meurtrière, s’applique avec cruauté et acharnement à tuer ses victimes.

Dès les deux premiers cadavres, ceux de gens pourtant tout ce qu’il y a d’ordinaire, le commandant de la Gendarmerie locale, Paul Garand, est désemparé. Son inactivité habituelle, son obésité, et son désintérêt perceptible pour sa fonction, lui ont fait une réputation de fainéant et d’incapable chez ses concitoyens de Nogent. Quand ce n’est pas chez ses collaborateurs directs. Pourtant Garand se rend bien compte de la gravité inhabituelle de ces crimes que rien ne lient en apparence et dont la procédure est à chaque fois différente.
Atteint de dépression chronique depuis que sa femme l’a quitté pour un médecin il y a dix ans, vivant seul mais tenant le contact avec son fils de 25 ans aux ambitions modestes, Paul Garand est cependant beaucoup plus intelligent que l’air qu’il se donne et on sent qu’avant qu’il ne baisse les bras devant son fiasco familial, il était quelqu’un d’intéressant.
Comme les crimes s’enchaînent, les autorités supérieures veulent aider en envoyant des forces spéciales ou l’armée, ce qui provoque une montée de panique dans le public, prévue par Garand, que personne n’écoute. Panique créant des réflexes d’autoprotection, de milices de garde chez les boutiquiers. La vente d’armes et de systèmes de protection explose… comme l’ambiance de la petite ville qui devient dangereuse face aux initiatives malheureuses et meurtrières de certains de ses habitants. Tout le monde finit par en découdre avec tout le monde. La liste des morts grandit de jour en jour, ponctuée de nouveaux meurtres du tueur fou.

Si on comprend très vite l’intention de l’auteur, qui est de se servir d’un état de tension extrême dans une communauté (la petite ville de Nogent) pour révéler les travers et surtout les dérives sécuritaires, auxquels s’ajoute la connerie dangereuse de certains qui en profitent pour exacerber racisme et violence, on assiste vite à une suite de situations dont le décodage est fort apparent et même souligné ce qui, nous semble-t-il, enlève une grande partie de l’effet recherché sur le lecteur. Et de la tension du récit.
Comme ce récit ne touche pas au fond du problème de la violence, on reste assez extérieur au danger du « serial killer » provincial qui nous y est décrit. Et les violences beauceronnes semblent assez anecdotiques.
Reste un roman de lecture assez agréable, dont les péripéties se suivent avec intérêt, et surtout un personnage réussi, celui du commandant Garand.

  

EB  (septembre 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Olivier Bordaçarre - La France tranquille
 
 





















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Lâches déraisons  
 

Nick Gardel
Le Poulpe n° 275 - Éditions Baleine - 2011

    

Le Poulpe, dans les jours qui précèdent Noël va se retrouver à Colmar, en Alsace, pour aider un copain, Adrien Ziegler, immobilisé par un accident banal. Il est chargé de lui ramener des albums photos et une trousse d’artisan,  souvenirs de famille, car le frère de Ziegler, Ernest, s’est semble-t-il suicidé à la cloueuse. Ce qui laisse certaines personnes perplexes, dont Adrien, car son frère Ernest est un militaire à la retraite. De plus, de ses enfants dispersés, les deux frères qui sont restés dans les environs de la maison de famille, sont deux jeunes hommes primaires et assez remuants, imprévisibles, bien connus des services sociaux et de la police. D’où la mission de récupération de Gabriel Lecouvreur, alias Le Poulpe, Adrien sachant qu’il ne peut atendre que malveillance et refus d’aide de la part de ses neveux.
Gabriel, sur place et visitant la maison familiale des Ziegler,  se frottera vite à l’un des frères et comprendra que le décès du père est plus que suspect, sauf pour la police.
Dans le froid, loin se sa coiffeuse préférée réfugiée en séminaire technique sous les tropiques, Le Poulpe s’accrochera à un détail qui le confortera dans ses recherches, encouragé par un journaliste local. Mais le neveu Ziegler semble cacher de plus en plus de choses. Des choses de plus en plus troubles aux yeux du Poulpe qui en a marre de se les geler.

Avec Lâches déraisons, Nick Gardel nous livre un bon petit Poulpe classique, linéaire, qu’on suit avec intérêt jusqu’à la fin grâce à l’écriture nerveuse et efficace de l’auteur.
On ne cherchera pas ici une intrigue imprévue, mais on y trouve cependant un récit monté avec soin, même si on a l’impression que le dénouement à un peu la forme d’une queue de choucroute. Au poisson, naturlich.
Un bon petit roman qui remplit son contrat Poulpe. Compagnon à emmener Gare de l’Est si des envies de Ballons et de brasseries vous taraudent et vous lancent sur le dur.

 

EB  (octobre  2011)
 

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Nick Gardel - Lâches déraisons
 
 













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Le Bloc   

Jérôme Leroy  
Série Noire -  Éditions Gallimard - 2011 

 
Chronique du fascisme ordinaire, version années 2010, Le Bloc nous raconte en détail ce qui ressemble à une veillée d’armes pour  deux membres importants d’un populaire parti d’extrême droite français, nous offrant deux récits simultanés et entrelacés se rapportant à chacun d’eux.
D’un côté, Antoine Maynard, mari d’Agnès Dorgelles, présidente et chef incontestée du Bloc Patriotique, le parti qu’il a soutenu depuis longtemps, avant même qu’il ne devienne écrivain et dont il est devenu un membre important faisant partie du directoire.  Un  parti qui fut mené en bon ordre et d’une poigne ferme par l'ancien baroudeur mercenaire, Roland Dorgelles, dit le Vieux, avant que poussé par l’âge et la nécessité politique il ne passe la main à sa fille. Une Agnès qui, aussi combative que son père mais plus présentable et plus policée, a su préserver les acquis politiques du Bloc et même à les faire fructifier, jusqu’à se retrouver aux marges du pouvoir.
S’il a rejoint définitivement les structures du bloc, Antoine ne voit que son amour fou pour Agnès qui ait pu l’y pousser. Lui, issu d’une famille aisée de la clase moyenne, bâti en athlète, intellectuel combatif, perméable aux thèses de l’extrême droite depuis sa jeunesse de lycéen. Lui qui aime lire. Lui qui aime aussi la baston et qui tout au long de son existence n’a pu que difficilement réprimer ses accès de violence et presque jamais reculer devant l’intimidation. Lui, Antoine, cet individualiste dans l’âme.
D’un autre côté Stankowiak, dit Stanko, ex-homme de main des milices de ‘maintien de l’ordre’ du Bloc, ex-militaire devenu par ses compétences personnelles, son sang froid et son profil de tueur, un dirigeant de ces milices, pour finir comme organisateur et responsable des sections spéciales, surentraînées, obéissant aux ordres. A tous les ordres. Et sans états d’âme. 
Pour Stanko, aujourd’hui, l’équation est simple : le Bloc veut sa peau, et vite, car il est devenu un personnage trop encombrant dont le passé peut mettre à mal la réputation de ce Bloc nouvelle version, prêt à prendre le pouvoir. Un préfet, ancien flic, réclame d’ailleurs sa peau comme condition essentielle de la poursuite des négociations politiques avec le gouvernement actuel.
Stanko est en cavale dans Paris, mais pour combien de temps ? Ce sont ceux de ses propres sections spéciales qui sont à ses trousses. Tous dangereux. Tous mortifères.
Il en sait quelque chose, c’est lui qui les a entraînés.

Tandis que dans un même temps, des émeutes sans fin ponctuent la vie quotidienne des Français, tandis que le pouvoir en place joue la répression faisant par son incompétence progresser la liste des morts de jour en jour, la France se trouve au bord de la guerre civile. Au point que le pouvoir, pour trouver une solution immédiate,  doit négocier avec le Bloc Patriotique qui voit là son ticket d’entrée dans la direction de la France, par la grande porte, en promettant de tout résoudre s’ils font partie du gouvernement. En masse.
C’est ce qu’Agnès négocie tout en sachant que le gouvernement en place n’a pas le choix, suite à ses gaffes répétées et à l’hostilité ouverte de la population qui a perdu toute confiance.
 Agnès sait aussi que l’issue ne peut que lui être favorable, le temps travaille pour elle et pour le Bloc Patriotique.  Déjà 800 morts.

En chapitres alternés, par la voix de Stanko et les réflexions d’Antoine, Jérôme Leroy nous plonge au cœur de la mécanique fascisante d’un parti d’extrême droite, ses conflits internes, sa culture de la négation de la démocratie, son culte de la force brutale.
Au cœur aussi des conceptions de la vie et du monde qui les entourent, telles que ressenties par ces deux militants actifs, responsables à des degrés divers dans le parti qu’ils défendent.
Que ce soit Antoine, le petit bourgeois, ou Stanko, le sous-prolétaire, le quasi déchet de la société, punk violent dans sa jeunesse, para par esquive et amour de l’ordre, tous deux abritent en eux la violence nécessaire et la haine de la société actuelle qui les font trouver des justifications à leurs excès dans l’existence de groupes jugés nuisibles leur servant de boucs émissaires. Des étrangers aux gauchistes. Ne pouvant exister qu’en s’érigeant « contre », contre la démocratie, contre le dialogue, contre la compassion, contre ceux qui s’opposent à eux, n’entrevoyant comme solution unique que l’annihilation de l’adversaire, quel qu’il soit.
Même si Antoine se trouve par ailleurs des justifications d’intellectuel dans les publications et la littérature d’extrême droite qu’il collectionne, son incapacité à vivre normalement, son inadaptation à la société, sa distanciation, sont aussi grandes que chez un Stanko, primaire et violent, et sont certainement des moteurs de son engagement aussi puissants que celui de l’amour pour sa femme, Agnès, dont il se berce.

Il est certain que Le Bloc se nourrit de références à peine voilées à la vie politique française de 2011, et que c’est sans peine qu’on peut identifier au Front National ce Bloc Patriotique** qui dans le roman va prendre le pouvoir, extrapolation de l’auteur, plausible face à l’indigence actuelle de la droite extrême. Une droite extrême qui se cache dans les plis de partis de la droite « démocratique » et qui, à cause de ses agendas cachés et de sa bêtise, se gargarise de slogans et de propagande appartenant à l'extrême droite, dignes du Reich futur (remarquez qu’à la tête de l’Europe, c’est la même clique interlope de droite extrême -non élue pour sa plus grande partie- qui tient les rennes depuis quelques années, avec les résultats que nous connaissons et un grand capitalisme sans frontières qui ronronne d’aise).
C’est plus que sûrement le parallèle évident avec la scène politique française actuelle et l’histoire du Front National qui ont suscité l’intérêt en masse de la presse et des commentateurs divers pour ce nouveau roman de Jérôme Leroy, roman qui ne pouvait tomber mieux vu la crise, l’avancée massive du Front National  et le désarroi des citoyens. En France et ailleurs.

Radioscopie des acteurs d’un phénomène actuel, sous forme de fiction, Le Bloc interpelle sans sombrer dans le roman à thèse, tout en éclairant avec lucidité les mécanismes du fasciste ordinaire dont nous vivons la banalisation au quotidien par médias et propagandes officielles interposés.
Le tout emmené par le talent de Jérôme Leroy et son style efficace de narration, gardant la première personne et le présent dans le récit de Stanko, et une plus difficile, mais très réussie, seconde personne tout au long des confidences d’Antoine, procédé qui souligne habilement la distanciation de cet intellectuel perdu.  
Un roman de qualité qui ne peut que captiver le lecteur, bien au-delà du suspense que l’intrigue véhicule. Recommandé.

** Bloc : on ne peut s’empêcher de voir dans ce mot la référence directe à un autre parti fascisant d’extrême droite,  raciste, xénophobe et incivique, le Vlaams Blok (Bloc flamand) qui sévit en Belgique et qui est devenu le Vlaams Belang (Intérêt flamand), il y a peu, changeant de nom pour contourner l’interdiction suite à un jugement avec condamnation pour racisme.
Il s’agit d’une extrême droite colportant les problèmes des années 1930, anti-francophone, pseudo-nationaliste flamingante, anti-belge, prônant la violence et le culte de l’autorité, héritière directe des collaborationnistes actifs flamands des deux dernières guerres (qui furent par ailleurs pro nazis aidant l’occupant, durant la seconde). Il est à noter qu’en Belgique, actuellement, les fonds des partis politiques en provenance de l’étranger ne sont soumis à aucun contrôle…
Ce Vlaams Blok/Belang est un parti qui  fait de bien meilleurs score en Flandre belge que le FN en France. Et il y a d’autres partis de la même veine qui ont un succès équivalent dans cette même Flandre en pleine dérive anti-démocratique.

 

EB  (octobre 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Jérôme Leroy - Le Bloc
 
 
































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Bettý  

 
(Bettý - 2003) 

Arnaldur Indridason  
Métailié Noir - Éditions Métailié  - 2011 
 
 

Si l’auteur islandais Arnaldur Indridason est plus connu en France pour sa série du commissaire Erlandur (plusieurs romans de cette série commentés dans Polar Noir), il a néanmoins écrit dans d’autres domaines et du policier hors cette série. La plupart du temps ce sont des livres datant d’avant la série ou d’avant le succès avéré de celle-ci. C’est le cas de Bettý, un roman noir publié en Islande en 2003 et qui vient d’être traduit (2011).

Disons d’emblée que dans ce roman Indridason a mis sur pied une variante aux avatars du trio infernal et à ses amants diaboliques qui étaient au cœur du chef-d’œuvre novateur de James M. Cain : Le facteur sonne toujours deux fois, publié aux USA en 1934 -(voir commentaires dans Polar Noir). Il ne s’en cache pas, puisque il a mis en exergue une citation tirée du roman de Cain.
Ici tout est islandisé, et la seule chose qui soit grecque sont les cigarettes de la tentatrice…

Le récit nous est fait par la  personne emprisonnée, sous forme de souvenirs personnels rétrospectifs et de ses réflexions sur l’origine du meurtre pour lequel on attend la fin de l’enquête et le jugement. Une personne qui clame son innocence, tout en se repliant sur elle-même, se disant et se ressentant victime de trahisons.
Il m’est très difficile de donner des détails sans ruiner l’effet que le romancier a prévu vers le milieu du récit de son témoin non fiable et incarcéré. L’effet escompté par l’auteur est réussi, et le retournement survient sans s’annoncer, dans l’imprévu le plus total. Il faut dire que la lenteur expectative de la première partie ne laissait pas prévoir de révélation essentielle et soudaine.

En conclusion, on se rend compte qu’on se trouve face à un roman habilement construit, d’une noirceur « classique », mais dont l’habileté de la construction, surtout de la première partie, finit par constituer un handicap en rendant le roman trop froid et parfois un peu mécanique. Comme par exemple la passion des amants, qui est dite et redite, mais qui n’est pas exprimée assez dans les faits tels que décrits, alors qu’elle devrait être dévorante…
Bettý reste malgré cela un roman attachant, à l’écriture soignée et aux péripéties savamment distillées par l’auteur ; il appartenant en plein au domaine du roman noir, mais n’atteint pas la richesse de son modèle américain.

PS : nos connaissances de la langue islandaise sont limitées, mais il nous semble que le traducteur, Patrick Guelpa,  s’en est brillamment sorti et a su éviter les pièges que le français pouvait mettre à tous les coins de phrases dans la première partie du roman. Tout en produisant un texte français de qualité.

 
 

EB  (octobre 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Arnaldur Indridason - Bettý
 
 























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Mise à jour: 30 octobre 2011