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Meurtre à Waterloo  


Jean-Baptisre Baronian  
Kill and read – Romans de gare – Éditions Luc Pire - 2011


 

Court roman publié dans la nouvelle collection ** publiée par les Éditions Luc Pire (Belgique), Meurtre à Waterloo est plongé jusqu’au cou dans la belgitude sous la plume experte de Jean-Baptiste Baronian, auteur de polars réputé.
A commencer par le cadre on ne peut plus belge, Waterloo, sa morne plaine, ses musées et sa Butte au lion, son agglomération aux airs de banlieue aérée bon chic bon genre, un cadre où aura lieu un premier meurtre. Un meurtre étrange, dans le site du panorama de la Bataille de Waterloo, cette gigantesque peinture abritée sous rotonde. Devant l’absence de résultats de l’enquête de police, Géraldine Maheux, la fille de la victime, belle, intrigante et fatale, demande à un enquêteur privé débutant, établi à Waterloo, un avocat radié, Frédéric Fontaine, de rechercher l’assassin de son père, l’homme d’affaires Jean-François Maheux. Maladroit, sans vraie formation d’enquêteur, mais intuitif, persévérant  malgré un parcours semé de mensonges et de menteurs, Fontaine va suivre les quelques indices qui le ramènent souvent vers ce Cercle des amis de Napoléon dont faisait partie Maheux. Un Maheux qui se dessine de plus en plus en personnage autoritaire et désagréable, pervers, honni de beaucoup de ses connaissances et relations.
Toujours à l’écoute, prenant son temps, ne reculant pas devant un bon repas, c’est en piéton de Waterloo que Fontaine continuera sa quête pour finalement être dirigé vers une solution en clair obscur. Et s’il s’était fait  balader ?

Dans Meurtre à Waterloo, variante ironique, et parfois malicieuse, du « ki l’a fait », Jean-Baptiste Baronian transforme le traditionnel jeu de piste de tout whodunit qui se respecte en un télescopage de demi-mesures, d’actes ratés, et en issues qui sont le fruit d’incompétences diverses, souvent bien dissimulées et toujours de bonne compagnie. Un polar où ce ne sont pas que les cartes qui sont brouillées, les règles du jeu se sont également fait secouer. Pour l’amusement du lecteur qui suit avec intérêt les démêlés de Frédéric Fontaine avec la logique et les évènements.
Au cœur du Waterloo actuel dans lequel Baronian conduit son lecteur avec une précision  des lieux quasi ‘googleesque’. Waterloo, le site d’une défaite napoléonienne majeure, dont, faut-il le rappeler, la partie historique  qui subsiste et les monuments chantent en majorité la gloire de l’empereur, omniprésent ! Là aussi, la logique avait eu le cou tordu depuis longtemps…

 
** nouvelle collection : Romans de gare
En octobre 2011, les Éditions Luc Pire ont lancé une nouvelle collection de romans courts (140 pages), pouvant être lus lors d’un trajet en train. C’est en partenariat avec la SNCB (chemins de fer belges) qui, entre autres choses, distribuera les romans dans ses gares,  que la collection a vu le jour. Elle est constituée de deux segments différents : Kiss and read, romans sentimentaux principalement destinés à un public féminin, et Kill and read, dédié aux romans policiers, dont fait partie le roman que nous vous présentons ci-dessus. Les auteurs sont Belges et les cadres, villes ou lieux au centre des romans doivent se trouver en Belgique…
Deux polars et un roman sentimental sont actuellement disponibles. Les éditions Luc Pire prévoient la publication annuelle de 4 à 6 titres de polars et de 2 à 3 titres de romances.
A noter que la même démarche est entreprise par un éditeur flamand (Belgique oblige), avec des auteurs d’expression flamand
e.


EB (novembre 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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J.-B. Baronian - Meurtre à Watrloo
 
 


























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Mélancolie des corbeaux  

 

Sébastien Rutés 
Actes Noirs - Actes Sud  - 2011
 
 
 

Dans ce véritable bestiaire moderne, Karka, un Corbeau Freux ayant beaucoup vécu, nous raconte l’émoi créé par l’annonce de meurtres d’animaux avec éventrement, de disparitions en nombre important qui se seraient produits dans les bois autour de Paris.
ll semble qu’un, voire plusieurs Lions soient coupables. Des Lions dans Paris !! C’est l’urgence pour le Conseil des animaux qui doit agir et calmer les diverses factions animalières pour empêcher la panique et le flux des animaux vers la ville et ses parcs. Un surpeuplement d’animaux ne peut que créer des ennuis graves avec les Humains, même si les Lions n’ont pas encore pénétré les rues.  Le conseil des animaux de Paris, cet organisme créé collectivement par les animaux de Paris essaye toujours d’imposer aux animaux des règles de conduites et des  mots d’ordre, pour éviter que l’Homme ne prenne en grippe les animaux errants ou libres qui peuplent la capitale. L’Homme est très dangereux s’il se sent attaqué, ou en danger. Le Conseil rappelle donc aux dives groupes qu’ils peuvent devenir rapidement les coupables désignés qui seront pourchassés par l’Homme en cas de crise sécuritaire.
Mais cette fois, l’alerte est très sérieuse car de Lions ils ne connaissent que le vieux Léo, toujours en cafe au Jardin des Plantes.
Le vieux Grand Corbeau, membre du Conseil convoquera Karka, ce Freux individualiste, refrogné, longtemps mis à l’écart,  pour lui confier une mission délicate : rechercher l’origine et la présence des éventuels Lions, tout en déjouant les manœuvres qui commencent à se dessiner de la part du groupe des Chiens errants ou des Chats sournois.
C’est avec sa grande expérience de la vie animale et surtout grâce à la mémoire vivante que sont les Corbeaux que Karka quitte le Parc Montsouris et son arbre favori en quête de ces Lions mystérieux prêt à faire face à ceux qui l’en empêcheront. Rien ne l’arrêtera, ni les jeux politiques des diverses factions, ni l’amour d’un joli et jeune volatile. Ni son aile handicapée.

Bien sûr les animaux parlent, mais on est loin de Walt Disney. Si on retrouve une très lvaguesimilitude avec le sujet de la prise de pouvoir des chiens dans le fameux Demain les chiens , la similitude s’arrête à l’organisation mise sur pied par les animaux eux-mêmes, car on ne se trouve ni dans le fantastique ou la SF avec Mélancolie des corbeaux. On vous l’a dit d’emblée, Sébastien Rutès fait appel aux procédé des bestiaires en littérature, et comme certains de ceux-ci  son roman a tout du conte moral. On pourrait même dire philosophique, car comment qualifier autrement le monologue du Freux endurci, monologue qu’il poursuit tout au long de son récit et qui en ponctue nombre de moments forts.
Les grandes questions existentielles ne sont pas étrangères à notre Corbeau aguerri qui jette tout au long du livre un œil désabusé sur les finalités de l’existence animale tiraillée entre l’instinct naturel et les règles de vie, la loi, une notion acquise pour survivre auprès des Humains. De même que sur la dure nécessité de vivre.
D’une prose captivante, au vocabulaire parfois suranné, Sébastien Rutés nous plonge au cœur de son monde animal tiraillé entre sauvagerie et civilisation, cruauté et pacifisme.  Disert mais loin du pédantisme, le texte agit sur le lecteur comme par magie. Réaliste et poétique, Mélancolie des corbeaux rejoint du bout de l’aile, par son empreinte existentielle, les grandes plaines  du roman noir.
Recommandé.

 

 
EB  (novembre 2011)  

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Sébastien Rutés - Mélancolie des corbeaux
 
 





























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Les griffes du passé   

-la deuxième enquête de Leonid McGill

(Known to Evil - 2010)

Walter Mosley
Éditions Jacqueline Chambon - 2011

 

Comme le sous-titre l’indique, on retrouve dans ce roman le détective privé atypique Leonid McGill, Noir, la cinquantaine entamée, ex-boxeur, ex-malfrat, ayant un peu trop de connexions avec la pègre de New York, essayant tant bien que mal de contrôler ses accès de violence et de rage. C’est d’ailleurs un ponte semi-officiel de la ville, Rinaldo, aux ramifications certaines vers l’illégalité, un ponte qui depuis longtemps contrôle à distance toutes les activités illégales  dans la métropole et qui lui demande d’intervenir pour lui dans la recherche d’une jeune femme, Angélique, pour renouer contact avec celle-ci. Le motif semble trop ténu pour Leonid, ce qui le met mal à l’aise, mais avoir rencontré le grand homme en personne pour lui faire part de sa demande, ça ça lui flanque une vraie trouille !
Avec Rinaldo comme demandeur, et cette preuve de confiance absolue en Leonidc qu’il a montrée, la bourde ou le faux pas est impensable et impardonnable. Voire mortel. Mais comme par le passé Rinaldo lui a sauvé la mise dans un coup dont il n’aurait pas dû sortir indemne, Leonid lui est redevable. Lui qui est de la vieille école, celle qui paie ses dettes et qui sait reconnaître qui mène le jeu. Tout en priant pour que les dés pipés, s’il en découvre,  ne lui soient pas imputés.
Dans le même temps, les deux fils de Leonid ne donnent plus signe de vie, après que le plus âgé, Dimitri, discret, et solitaire soit tombé amoureux d’une jeune call girl contrôlée par la maffia russe. Une absence de nouvelles qui se fait longue, même si de savoir son plus jeune fils  enrôlé dans l’affaire le rassure, ce jeune Twill tout en finesse d’esprit, roublard, limite truand et plein d’imagination. De plus, sa femme qui l’avait quitté il y a presque deux ans, revenue au bercail pour sécurité matérielle, se ronge les sangs sachant sa progéniture exposée aux dangers de la vie, ce qui rend la positon de Leonid encore plus délicate, lui qui tient absolument à la vie de famille et à une certaine stabilité. Surtout depuis que sa maîtresse l’a plaqué…
Dans la quête de McGill, au cœur de ce New York populaire, interlope et souvent hors-la-loi, on se retrouve face à une galerie de portraits secondaires bien mieux maîtrisée que dans le premier volume (voir nos commentaires pour ce premier volume), dans cette ville dont l’auteur saisi très bien les ambiances en quelques mots à chaque tribulation de l’enquêteur. Un enquêteur de la veine ‘très dur à cuire’, ne reculant jamais devant la violence provoquée, tout en essayant de donner un sens à la vie qu’il mène et d’oublier sa précédente condition d’homme de main, de petit truand dangereux et amoral. Le tout ponctué de citations occasionnelles  tirées des penseurs et philosophes marxistes, slogans qui reviennent à l’esprit de McGill, fruit de l’enseignement de son père qui était un marxiste militant convaincu ; la mémoire et une certaine lucidité face au chaos social entretenu qu’observe Leonid tout au long de ses recherches. Lui qui fut nommé Leonid à cause des convictions de son père…

Dans ce récit bien construit, Walter Mosley en profite pour injecter quelques oubliés du catéchisme libéral américain, et d’autres qui  à cause de leurs faibles moyens ne peuvent s’en sortir que par la violence et l’individualisme forcené. La soupe à la grimace de la survie urbaine made in America.
C’est aussi une plongée dans cet univers des Noirs, ses codes, ses traditions, ses classes… un univers pas toujours familier, surtout pour le lecteur européen ; une plongée cautionnée par la négritude de Walter Mosley lui-même, ce qui nous en garantit une certaine cohérence.
Les griffes du passé est surtout un roman à la trame quasi-chandlérienne, avec un personnage de privé qui s’essaye à enfiler ‘son armure scintillante’, un personnage  trop marqué par la vie que pour être le frère de Philip Marlowe. Son cousin, peut-être, et de la branche bâtarde, serait plus approprié en parlant de Leonid McGill.
Les amateurs du genre ne bouderont pas leur plaisir.

 


 

EB  (novembre 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Walter Mosley - Les griffes du passé
 
 

































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Mise à jour: 20 novembre 2011