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Rouge Connemara  

(Red Dock - 2001)


Seamus Smyth   

Fayard Noir - Librairie Arthème Fayard - 2011


 
Ce roman originellement publié en 2001 est entièrement basé sur les exactions couvertes par la Justice et les autorités de la très catholique Irlande : les réseaux de bagnes pour enfants qui sévissaient depuis toujours dans ce pays, sous le couvert d’orphelinats, de refuges ou encore de maisons « de redressement » qui n’osaient pas avouer leur nom. Tout un système géré par l’Eglise au travers de diverses congrégations religieuses. Dans un pays où l’abandon d’enfant était encouragé sous prétexte de moralité pour les filles-mères, ou pour les parents jugés indignes ou encore les indigents, et où la justice protégeait la « bien-pensance » ultra-catholique qui tenait lieu de loi ordinaire et sanctionnait en son nom. Le tout perdura dans l’omerta la plus totale jusque loin dans les années 1990, avec un système irlandais archaïque qui rendait quasi impossible le suivi dépôt de plainte et qui condamnait d’office les quelques  plaignants qui s’y sont risqués. Maltraitance continue, travaux forcés, sous-alimentation, brutalités innommables, sévices sexuels, étaient le menu quotidien de dizaines de milliers d’enfants irlandais des deux sexes abandonnés de tous. Dans un pays rétrograde et soumis aux diktats d’une Eglise catholique sans pitié et  ivre de pouvoir.

C’est sur les cas d’êtres broyés par ce système, détruits psychologiquement quand ce n’est pas physiquement, que se penche Rouge Connemara, sur deux psychopathes produits par le système d’orphelinats-bagnes.
L’un, Red Dock, jumeau, survivant  à la mort de son frère Sean âgé d’à peine  10 ans, suite aux mauvais traitements et à l’absence de soins, a juré de le venger ; c’est ce qui le maintiendra en état de rage constante contre les protagonistes du système qui les a conduit dans l’enfer de leur jeunesse. Dès sa libération à 16 ans il recherche les traces de sa famille qui les a abandonnés lui et son frère, les oubliant  après que leur situation se fut améliorée. Sur les traces aussi du policier Winters qui s’était chargé d’enlever les jumeaux à leur mère, les abandonnant nouveau-nés aux réseaux catholiques. Intelligent, insensible, retors et organisé, Red Dock est même devenu un caïd d’importance dans la pègre locale, aisé et craint, allié sûr de ceux qui tirent les ficelles illégales du coin. Ce qui lui facilitera les violences nécessaires pour achever sa vengeance âpre et obstinée sur Lucille, la fille du flic qu’il avait enlevé et abandonné anonymement aux religieuses plus de vingt ans plus tôt. Lucille doit maintenant être  l’instrument qui lui permettra de détruire la famille Donavan, cette famille qui les a reniés son frère et lui.
L’autre personnage produit par le système des abandons est celui d’un psychopathe total devenu serial killer tout en se prétendant artiste. Sa matière travaillée étant la chair humaine et la mort… Recherché par la police, auteur d’au moins douze meurtres abominables, le tueur va se retrouver sur la route de Red Dock, après s’en être pris à une jeune femme, orpheline, qui fait partie de la mouvance de Red Dock qui a réussi à en faire une prostituée occasionnelle dans un bar contrôlé par un de ses coéquipiers.
Cette rencontre va réveiller le Mal absolu, et armer les ressorts du processus diabolique imaginé par Red Dock pour venger son frère et assouvir ses besoins de punition et de dégradation de ceux qu’il a jugé coupables de l’enfer qu’il a vécu.
Manipulateur et froid, Red Dock, parviendra à comploter contre ce qui aurait dû être s   famille, qui l’avait abandonné lui et son frère, se servant de Lucille, du psychopathe serial killer, s’arrangeant pour que le flic assiste au grand finale macabre.

Captivant et très noir par les intentions des personnages pervers qu’il nous décrit, le roman de Seamus Smythe se développe par les voix alternées des personnages principaux qui nous relatent chacun leur vécu du récit et ce qu’ils en font. Témoins non fiables donc, mais dont les voix conjuguées servent le récit avec brio. Seul bémol, mais à notre avis il est de taille : malgré le personnage de Red Dock, admirablement cerné par la forme du  récit et par son comportement dans ses actions, de même que celui de Lucille, des articulations de roman feuilleton un peu trop appuyées et des ressorts de machinations proches du rocambolesque entament l’éclat noir du roman. D’autant plus gênant que le ton de l’auteur dans Rouge Connemara sonne juste, que son écriture véhicule un style réel, qualités qui capturent vite l’attention du lecteur.
A lire pour la construction du personnage de Red Dock et l’écriture soignée de Seamus Smyth.

 


EB (décembre 2011)

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Seamus Smyth - Rouge Connemara
 
 


























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Milieu hostile  
 

Thierry Marignac  
Éditions Baleine - 2011 

 
 

Une intrigue aux données assez simples nous est racontée ici en une succession de zigzags temporels et géographiques dans un roman au ton assez marqué par un style d’écriture qu’on pourrit qualifier par moment d’ « ornementaliste ». Le personnage central de traducteur-baroudeur, Dessaignes, un français ayant roulé sa bosse, et qui, au long du roman semble de plus en plus livré à lui-même, souvent perdu dans les méandres du récit.
De l’Ukraine à la Lituanie, en passant par la Biélorussie et des villes oubliées telle Sebastopol, l’auteur nous entraîne dans les replis de ces endroits rongés par le soleil et la corruption. Car la corruption, ces pays de l’ex-Est en connaissent un bout, du haut de l’échelle au niveau le plus bas, rencontré à chaque tournant de rue. Officialisée, elle se nourrit le plus souvent des gâteaux immenses que sont les subventions de l’UE, jusqu’à celles attribuées pour des causes sanitaires ou humanitaires. Rien ne les arrête, les magouilles ils connaissent, avec ou sans la complicité de certaines ONG. Procédés maffieux, enrichissements personnels, détournement de fonds public, rien n’est trop beau pour les apparatchiks et politiciens en place. Comme cette crise montée de toutes pièces, une épidémie de syphilis qui n’est d’épidémie que dans les rapports déformés qui parviennent aux instances de l’UE. Tout le monde attend avec intérêt le moment où le gouvernement ukrainien annoncera officiellement une épidémie, un fléau national. Ce sera le signal pour la manne financière de l’UE et les stocks des laboratoires pharmaceutiques impliqués, complices de la falsification. Mais la combine va foirer, et les émissaires comme Dessaignes, qui ne sait plus bien pour qui travaille son supérieur et vaguement ami Loutrel, vont se retrouver en danger, sur le territoire de magouilleurs à positions officielles, concurrents directs de ceux avec qui il devait collaborer.

Avec une ambiance quotidienne de ces pays éloignés bien rendue, ainsi que les ramifications de la corruption dans la vie courante de leurs  citoyens, les dangers de la rue et les ravages de l’alcool, on sent que l’auteur est en grande partie familier de ces mentalités des républiques bananières issues de l’ex-URSS (comme le laisse supposer sa note biographique). Si Thierry Marignac parvient à maintenir notre intérêt dans les épisodes impliquant des péripéties sur le terrain et les divers affrontements, on reste un peu plus réservé quant au déroulement de l’intrigue générale tel qu’on nous le présente, ou encore face à des aspects que nous avons trouvés surchargés, sur-écrits, comme la relation de Dessaignes et de l’infirmière, par exemple. Mais Milieu hostile reste malgré tout intéressant par ses relents noirs et par la présence constante, sous-jacente, de ce sentiment de  pourriture qui grignote les êtres, leurs actes et même leurs lieux de vie, pour déboucher dans le criminel ou l’abdication.

 

EB  (décembre 2011)  

(c) Copyright 2011 E.Borgers 

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Thierry Marignac - Milieu hostile
 
 






















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Mise à jour:  9 janvier 2012