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Amères thunes  


Zolma 
Forcément noir -  Éditions Krakoene - 2012


 
Sur un ton narquois et dans une langue proche du faubourien, le roman nous projette dans le monde ‘moderne’ du travail et nous plonge au cœur de ses sombres agissements prévus, aux conséquences qui ici le sont moins. Pour le moins…
Rémy Baugé vient de subir ce que beaucoup d’autres avant lui connurent et beaucoup d’autres après lui connaîtront : la rationalisation des ressources, la pression à froid des employés, l’évasion des salaires et les profits indécents pour ceux qui tirent les ficelles. Il faut dire qu’il est cadre dans un secteur en pleine voie de ‘rapacisation’ totale : la grande distribution. La grande surface à fondations familiales, gérée efficacement mais en bon père de famille, prospère et gratifiante dans laquelle il a fait toute sa carrière, a été reprise par un grand groupe.
Il ne faut donc pas attendre longtemps pour que l’ancien propriétaire soit remplacé par le garde-chiourme récemment patenté par les grandes écoles de « business ». Et ce sera évidemment le chemin de croix des employés réduits à une masse salariale malléable, et des cadres réduits à l’état de carpettes, dont Rémy. Celui-ci finira par se rebiffer car après une série de basses besognes effectuées pour le directeur, il verra le magasin saccagé au nom de la rentabilité et les derniers cadres survivants poussés vers la porte. Le new directeur, servile et ‘dynamique’, applique toutes les contraintes inventées par la direction du groupe, et encore plus car il parle la même langue d’exploiteur: profits et mépris, tout le reste n’étantt que littérature.
Dépressif, honteux, découragé, chômeur, Rémy, 48 ans, végète, seul car sa femme est partie. Peu d’espoir de boulot… et ce directeur-poupon qui hante ses rêves. De vengeance.
Il finira par planifier un casse dans son ancienne entreprise ; objectif : le coffre et la recette de plusieurs jours. Assez malfaisant que pour entacher la carrière de l’arriviste diplômé en beni-oui-oui qui fait toujours la roue dans la grande-surface, et pour se procurer au passage un petit pécule pour survivre. Lui et les bras-cassés qu’il va recruter. Cassés ? Quoique…
Finalement, la vie et le grand capital avaient été assez dégueulasses pour Rémy ces derniers mois. Attendez de voir la suite ! Y a de quoi se révolter. Même lui !

Raconté à un rythme soutenu qui s’accélère encore durant les arrière-faix du casse, Amères thunes est un polar qui décape tout en touchant à un tas de problèmes réels. L’époque est violente, l’économie est violente : même les plus calmes n’ont plus le choix… faut aller à la castagne. Proprement et en ne se trompant pas trop de cible.
Ironique par moment, souvent rageur, sardonique la plupart du temps, le récit de Zolma emporte le lecteur par son écriture efficace et imagée dans un monde qui n’est pas que caricatural, pour déboucher sur la noirceur des destins de ses personnages les plus positifs, personnages pour lesquels l’auteur nous fait partager toute son empathie…

 

EB (janvier 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Zolma - Amères thunes
 
 


























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Petit Noir (collection)
 
 

Nouvelles noires - divers auteurs 
Éditions Krakoen - 2012

 

En ce début de 2012, Krakoen nous offre une nouvelle collection qui réunit des petits fascicules contenant chacun une seule nouvelle noire d’un auteur francophone.
Cette collection s’appelle ‘Petit Noir’, un titre de collection qui rencontre la même idée-allusion  que celle qui nous amena il y a 2 ans à baptiser « Petits Noirs » notre chapitre de nouvelles publiées dans notre site POLAR NOIR - lien vers notre chapitre.

Destiné à la dégustation immédiate d’une nouvelle, le temps d’un petit noir en terrasse, chaque fascicule comprend 20 pages de texte d’un format pratique permettant la mise ne poche facile. Tout en gardant une présentation attrayante et un couverture suffisamment rigide.
Nous ne pouvons que saluer cette initiative bienvenue qui procure un nouveau canal aux auteurs pour leurs nouvelles, face à un espace qui se réduit de plus en plus dans les publications francophones.

A ce jour (janvier 2012), 5 titres sont disponibles, chacun par un auteur différent :

1.      Gun   Max Obione

2.      Super haine  - Jeanne Desaubry

3.      Pigeon d’hiver – Claude Soloy

4.      Rouge sur blanc – Georges Streiff

5.      Sniper bleu – José Noce

Dans cette première tournée de petits noirs, on notera la plume experte et incisive de Max Obione dans son Gun d’excellente facture, la fracture sociale exacerbée par le style très direct de Jeanne Desaubry, et Pigeon d’hiver sorte d’enfant naturel de Franz Bartelt et Nadine Monfils. On y détecte aussi le potentiel certain de José Noce qui pointe dans son Sniper bleu  Et Krakoen vous en servira d’autres bientôt

Collection à suivre et à soutenir.
Et à déguster comme un pur Arabica.

Note : la nouvelle adresse du site Web des éditions Krakoen est  

http://krakoen.net 

 
 

EB  (janvier  2012)  

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Max Obione - Gun  (Petit Noir)
 
 




Jeanne Desaubry -  Super haine (Petit Noir)











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Un endroit discret    

(Kikanakatta basho - 1983)

Seichô Matsumoto
Actes Noirs -  Actes Sud - 2010

 

Tsunemo Asai, la quarantaine bien entamée, fonctionnaire chef d’une section du ministère de l’Agriculture à Tokyo, mène une petite vie ordonnée et industrieuse, très pris par son travail comme tous les japonais de la fin des années 1970. C’est en mission d’aide aux coopératives qu’il apprend le décès inopiné de sa seconde épouse, Eiko, plus jeune que lui. Lorsqu’il apprend qu’elle est morte d’une crise cardiaque quasiment en rue, il découvre qu’elle était alors dans un quartier éloigné de son domicile. Quartier qu’il ne savait pas qu’elle fréquentait.
Ce sera après les funérailles, toujours intrigué par la présence de sa femme dans ce quartier huppé où elle est morte, que Asai va rassembler les seuls éléments dont il dispose : les centres d’intérêt de sa femme, changeants mais limités et toujours dans le domaine artisanal ou artistique, ses rares amies, sa passion pour les haïkus au point d’en rédiger régulièrement.
Aussi cette très petite boutique de parfums où elle rendit son dernier souffle et sa très discrète propriétaire qu’il finira par interroger. Explorant plus en détail, il se rendra compte que le quartier comporte nombre de maisons de rendez-vous, discrètes, bourgeoise et feutrées, que les Japonais nomment ‘villas’. Sans vraiment y croire, il ira rechercher des traces possibles de Eiko dans celles-ci tout en se plongeant dans l’atmosphère des lieux fréquentés par Eiko et dans le trajet qu’aurait effectué sa femme avant de mourir.
Miettes par miettes, pas à pas, Asai se lance dans une véritable enquête personnelle pour essayer de lever le doute qui le tenaille : Eiko était-elle infidèle ? Aussi pour savoir qui aurait pu être responsable de sa mort, car son problème cardiaque n’était pas aigu.
D’autant que plus il s’obstine car la thèse du hasard n’explique ni le pourquoi ni l’endroit de cette mort. Prudemment il cherchera a en savoir plus tout en protégeant sa position de fonctionnaire apprécié. Mais ces recherches de la vérité le conduira sur une voie qu’il n’aurait sans doute jamais dû prendre.

Engoncé dans les conventions sociales japonaises qui devaient être encore plus vives à l’époque de ce roman que de nos jours dans la petite classe moyenne, le personnage central de Asai s’engluera fortement dans les mailles de celles-ci en essayant de se débatte pour résoudre son obsession : comment sa femme est-elle morte ? Jouet du destin et de la rigueur sociale japonaise, son parcours le mènera dans des zones sombres, à commencer par celles qu’il abrite en lui-même, pour finalement  déboucher dans l’angoisse et la déviance.
Il est certain que Matsumoto véhicule dans Un endroit discret  des traits de construction et un « grisé » qui rappellent ceux de Georges Simenon dans ce récit d’une quête qui dérape et qui apportera plus que la vérité recherchée, débouchant sur la noirceur d’une fin ironiquement dramatique.
Le tempo plutôt lent du récit aidé par une écriture très directe et une structure habile, ne l’entravent pas et le servent au mieux ; une histoire qui autrement n’aurait été qu’un ‘whodunit’ parmi tant d’autres.
Un bon roman qui en dit long sur la mentalité japonaise, à  nous  diables d’étrangers, une mentalité qui est le ressort finement manié par l’auteur tout au long de ce récit tragique. 
On soulignera aussi la qualité du texte français.
À lire.

 

 EB  (janvier 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Seichô Matsumoto - Un endroit discret
 
 
































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Mise à jour: 12 février 2012