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La Petite Fêlée aux allumettes  


Nadine Monfils 
Belfond  - 2012


 

Nadine Monfils nous ramène une fois de plus à Pandore, cette contrée onirique où  il pleut des pétales de roses et où les toiles de Magritte se retrouvent dans le paysage.
Oui, bon, ça c’est pour les dépliants touristiques.
Ce qui flanque tout en l’air c’est qu’il  y a toujours l’un ou l’autre serial killer qui y exerce ses talents monstrueux, ou une Mémé Cornemuse en délire, sorte de grand-mère tellement indigne qu’aucun qualificatif ne peut désigner ce mélange fait de ses appétits divers, son érotomanie torride, son penchant à donner la mort et sa volonté sans faille à se marrer selon ses propres règles… (on l’avait d’ailleurs déjà rencontrée dans l’opus précédant, de joyeuse mémoire : Les vacances d’un serial killer)
L’inspecteur Lynch ayant pris sa retraite, c’est Cooper qui le remplace, flanqué de  son assistant Michou qui est homo comme un phoque.
Il y a aussi Nake jeune fille un peu paumée, à qui il semble qu’un sort soit jeté alors que sa grand-mère qui s’occupait d’elle vient de mourir, ce qui complique grandement sa recherche à propos du père qui serait mort depuis longtemps, lui. Entretemps, les visions que lui procurent les allumettes sont toutes des scènes de contes pour enfant, détournées et transformées en scènes de meurtre. Le pire c’est que cela semble prémonitoire ! Alors que l’inspecteur et son assistant pédalent toujours dans la choucroute épaisse à propos des meurtres consécutifs que connait Pandore et qui ressemblent aux visions de Lake. Mais ils recevront l’aide bénévole et attentive de Mémé Cornemuse qui parvient à se faire passer pour un élément officiel de la police, et les assiste dans les tâches de bureau. Entre autres et à sa manière. Elle qui est adepte des aphorismes et de la philosophie des palissades, chers à son Jean-Claude préféré, Van Damme pour les génériques, va s’appliquer à remonter le moral des troupes et à ficher un souk d’enfer dans le commissariat. Tous aux abris ! Non !! pas en dessous du bureau !…
Remarquez qu’avec ce qui se passe ces derniers temps dans Pandore, cela ne se remarque presque pas, tandis que la quête familiale de Lake, l’enquête de l’inspecteur Cooper et les initiatives de Michou vont avoir des intersections démentielles qui évoquent plus la géométrie tordue de Moebius et la quatrième dimension, que les gentilles galipettes d’Euclide.

Comme vous l’aurez compris, La Petite Fêlée aux allumettes vous propulse dans l’univers très surréel de Nadine Monfils fait, comme c’était le cas pour nombre de ses romans précédents, de kitch popu et ringard, d’humour noir, de second degré et de belgitude rampante. Le tout noyé dans des intrigues d’une noirceur d’enfer débouchant toujours sur le Grand-Guignol et le politiquement incorrect proche du sacrilège, trempé de bout en bout dans un humour ravageur.
Laissez-vous tenter.


EB (février 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Nadine Monfils - La petite fêlée aux allumettes
 
 






















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Nuoc mâm Baby  
 

Jan Thirion 
Forcément noir - Éditions Krakoen - 2012

   

C’est dans le cadre des aventures du Calmar, surnom d’Azraël Zirékian, enquêteur occasionnel et indépendant, personnage lancé par Max Obione dans Calmar au sang (Krakoen), que Jan Thirion nous livre ce petit roman plein de rebondissements, d’ironie et - faut-il le préciser ? - de parodie.
Cette fois, comme le suggère le titre, le Calmar va être plongé dans la fish sauce vietnamienne pur jus, ce condiment apprécié des gourmets et dont l’origine remonte aux Romains avec leur garum.
Le roman met en toile de fond  le vrai problème du rapt de très jeunes enfants en Asie du Sud-Est et même en Chine, pour la revente dans des pays plus riches dans des filières d’adoption. Cependant, Calmar et humour noir obligeant, la dérive du sujet tire vers le surréel et le thriller à goût d’horreur, combiné à une ironie bien présente dans les situations ou les observations du Calmar. Il est sur  le sentier de la guerre notre Calmar, à la recherche d’enfants  disparus au Vietnam, à la demande de la femme vietnamienne d’un ami.
On suit en parallèle le récit d’une jeune adolescente vietnamienne violée et kidnappée,  qui accouchera en France sous l’aile protectrice d’un gang qui semble vivre du commerce d’enfants.
Les deux récits se rejoindront pour aboutir à une fin mêlant roman-feuilleton, horreur, humour débridé et parodie, dans un cocktail que nous ne pouvons vous révéler ici pour ne pas gâcher votre plaisir de gourmets.

Il est sans doute inutile de souligner le parallèle possible entre la fameuse série du Poulpe, rédigée par des centaines d’auteurs depuis sa fondation par J.-B. Pouy et le Calmar de Krakoen. Mais ce Calmar n’est pas du plagiat, c’est un pastiche qui parvient à détourner et à parodier par moment les traits principaux du Poulpe -surnom de Gabriel Lecouvreur.
En hommage à Pouy, grand canulardeur devant l’éternel, Thirion nous sert dans son roman la fausse philosophie inventée par le maître dans la mouvance de son fallacieux philosophe autrichien Arthur Keelt (voir Le Merle – 2002).
L’efficacité de l’écriture de Jan Thition nous fait suivre les aventures vietnamiennes et parisiennes du Calmar sans déplaisir, une écriture qui retrouve toute sa verve et son inventivité dans le dernier quart du récit et les séquences finales par moment dignes du burlesque le plus outré, tout en gardant un mordant propre à l’auteur. Et un style d’écriture qui place toujours l’ironie aux bons endroits.

 

 

EB  (février 2012)
 

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Jan Thirion - Nuoc mâm Baby
 
 
























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Le champ du potier  
-une enquête du commissaire Montalbano

(Il campo del vasaio  - 2008)

Andrea Camilleri 
Fleuve Noir - 2012 

 

A  Vigàta, le commissaire sicilien Montalbano est confronté à une mystérieuse affaire de dépeçage de cadavre, un homme  assassiné et retrouvé en trente morceaux dans un champ de terre glaise. Remontant à plusieurs mois, l’identification du corps est quasi-impossible, et Montalbano doit concentrer toutes ses ressources sur cette affaire qui, à première vue, par les indices apparents quant à la mort par balle dans la nuque et une certaine mise en scène, pue la Mafia à des lieues.
Bien plus frustrant que le piétinement de son enquête sera la crise d’antipathie que l’inspecteur Mimi Augelo fait subir à tous ses collègues, Montalbano en tête. Mimi, ce collaborateur proche et ami de Montalbano.
La mauvaise humeur de Mimi contrarie fortement le commissaire, et encore plus depuis que sa fiancée Livia fait pression sur lui pour qu’il libère Mimi de surveillances policières nocturnes à répétition, jugées abusives par la femme de Mimi.
Surviendra une trop jolie espagnole, Dolorès, mariée à un capitaine de marine local et qui rapporte la disparition possible de ce dernier, soupçon né d’un manque de nouvelles du capitaine embarqué vers l’Amérique du sud. Tout se corse quand, un peu plus tard, Montalbano est quasi certain que Dolorès est la femme qui a failli se faire écraser la nuit le long d’une route, fait rapporté par un témoin oculaire il y a peu.
Et Mimi de mauvaise humeur en mauvaise humeur ira jusqu’à se plaindre de la gestion de Montalbano et à réclamer la direction de l’enquête sur le mort découpé. Avec insistance, impertinence et mauvaise foi. Alors qu’en avançant dans la récolte d’information, le commissaire est de plus en plus convaincu que l’affaire est loin d’être simple et que le rôle de la Mafia n’est peut-être pas celui qu’on veut lui faire croire.

Dans Le champ du potier, le commissaire Montalbano ressent le poids de son âge et l’approche de la soixantaine lui est dorénavant pesante. Les sentiments personnels remontent plus vite, le corps répond moins bien, la fatigue s’installe, morale et physique, constatations qui accompagnent Montalbano tout au long du roman et le minent lentement. Même si son intérêt pour son métier et la recherche de la vérité ne sont pas entamés, il accuse le coup devant la défection de Mimi, celui qu’il considérait un peu comme son fils, un ami digne de confiance et plein de potentialités. Et c’est malgré cette atteinte à leur relation que le commissaire essayera de protéger Mimi contre lui-même, et qu’il parviendra à mettre bout à bout des éléments disparates qui le feront avancer dans son enquête et dans ses intuitions.
Comme souvent, la Mafia se profile derrière une bonne partie de l’intrigue, mais cette fois elle ne jouera pas le rôle que tout le monde lui attribue, avec raison, elle qui contrôle une bonne parie de la vie sociale et économique de la Sicile et qui fait partie de son quotidien.
Avec ce roman de la trahison et des apparences, de l’amitié réelle et des faux-semblants, symbolisé par le « champ du potier » de l’Evangile qui reçu sur son sol les 30 deniers de la trahison suprême de l’apôtre Judas, Andrea Camilleri nous livre un volume de qualité de la saga de Montalbano, introspectif, loin de la routine sérielle. A conseiller aux fans du commissaire. Les autres, également, ne seront pas déçus.

 
 
 

EB  (mars  2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Andrea Camilleri - Le champ du potier
 
 






























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Mise à jour: 10 mars 2012