livres
 
 

Odyssée Odessa   


Serge Dounovetz  
le dilettante - 2012
(réédition - l'édition d'origine: 1999, chez Fleuve Noir)


 

Il s’agit du second roman de Serge Dounovetz mettant en scène ses deux antihéros Youri, le jeune Ukrainien, et Kleber, surnommé le TV Killer. Si Youri sort de prison, Kléber, lui est resté actif. Très. Avec une poignée de complices ils ont attaqués avec succès une banque bien garnie. L’ennui vient de ce que malgré les masques qui les déguisaient, un des malfrats a pu être reconnu lorsque le sien glissa furtivement. Qui parmi les visiteurs de la banque, allongés sur le sol sous la menace d’armes de gros calibre a bien pu reconnaître Kléber ? Car, manque de pot  il s’agit bien de lui…
Manque de pot encore : c’est le commissaire principal Mérou qui est chargé de l’enquête. Mérou et ses méthodes gestapistes, Mérou et son nain à la gueule de pitbull chargé des basses besognes, Mérou et ses combines sanglantes…
Ne croyez pas que Youri sera épargné : il sort de cabane et rejoint son pote de toujours, Kléber ; une proximité des plus malheureuses, surtout face à la meute de rapaces mise en appétit par le nombre astronomique de millions qui furent extraits de la banque.
Kléber qui voulait que ce soit son dernier coup, essaye de se concentrer sur son garage spécialisé dans la vieille bagnole et sur sa relation durable avec Eva, tandis que Youri s’évertue à se réadapter à la vie civile et à ce qui ressemble à de l’amour
Jusqu’à ce que cette cassette de caméra de surveillance surgisse, avec une vue sur Kléber en pleine action dans la banque, masque glissant. C’est certain, on cherche à faire chanter Kléber et à rafler son magot par la même occasion.
Les acolytes de Kléber vont devoir assurer et Youri est pris dans l’engrenage avec le restant. Les nuisibles qui les coursent ne leur ficheront pas la paix, ça va flinguer à tout va ! Tous azimuts… ça va saigner à tous les étages et tout le monde, proches compris, va morfler.
Noir programme…

Le récit caracolant des malheurs et emmerdes noires que subissent, mais souvent suscitent, et ce de manière répétitive, Youri et Kléber dans Odyssée Odessa, est soutenu par un style et une langue très vivante, maniée avec brio par Serge Dounovetz. Langage parlé, argotique, phrases télescopées, expressions tellement imagées qu’on les voit en couleurs, alliés à une truculence et à une ironie souvent noire font de ce texte un régal pour le lecteur. Avec en prime un méchant king-size d’anthologie, une horreur vraiment horrible et une violence scandée à l’arme lourde… Le tout emballé avec un parfum d’humour, d’érotisme, de poésie noire (souvent présente en filigrane chez Dounovetz, et aussi dans ce roman datant de 1999), et de nihilisme.  A lire.


EB (mars 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>



 
 
 
 
 
 



 
 

Serge Sounovetz - Odyss&e Odessa
 
 

















Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 

Trois vautours   


(Tres buitres- 2007)

Henry Trujillo  
Actes Noirs - Actes Sud - 2012  
 
 

Bien que la littérature noire semble être en pleine expansion dans le monde hispanique, il n’est pas courant de se trouver face à un roman d’origine uruguayenne, en provenance d’un pays dont les mérites n’évoquent pas instantanément la littérature, encore moins la noire.
C’est pourtant le cas de ce court roman écrit dans un style qui se voudrait behaviouriste et est de fait sous influence de divers procédés et courants littéraires distants de ce style typique du hard-boiled, et du noir policier, principalement parmi les auteurs anglo-saxons.
L’histoire véhiculée par Trois vautours est relativement simple avec son personnage central, Javier Michel, qui pour se procurer l’argent nécessaire pour séjourner en Espagne, a fait entrer illégalement en Bolivie un 4x4 volé à Buenos Aires. Arrivé en Bolivie,  il compte le revendre à des trafiquants locaux qu’on lui a indiqué. Si le passage de la frontière est périlleux, il réussit néanmoins à amener le véhicule à bon port et à en obtenir le prix qu’il espérait.
Mais on lui volera son passeport, ce qui complique son retour vers Montevideo, un événement contrariant, mais pas autant que ceux que lui amèneront sa rencontre avec Paula. Et sa famille dans un second temps.
Végétant dans des endroits retirés et oubliés du monde latino-américain, Javier ne parviens pas à s’enfuir alors qu’il en est encore temps et qu’il sent l’étau d’un complot auquel il est étranger l’enserrer avec les autres proies. Et toujours, cette attraction qui le pousse vers la très belle Paula. La vénéneuse Paula.

L’ambiance résultant du roman est assez curieuse, et, je pense, ne correspondant pas à ce que voulait arriver à faire Henry Trujillo avec ce récit qui me paraît plus proche du roman existentialiste que du roman noir (genre de roman qui pourtant s’il est de qualité, véhicule toujours une composante existentielle). L’évanescence et le mystère sans épaisseur du personnage principal alliés à une absence de ton du roman rendent l’ensemble artificiel par moment. Et  le lecteur reste toujours sur le bord du récit, sans empathie avec le personnage ni angoisse ou malaise réels suscités par les événements.
D’autre part, le texte français semble approximatif et hésitant dans nombre de ses chapitres, vraisemblablement à cause de la traduction, ce qui n’arrange pas le côté artificiel de l’ensemble. En m’avançant un peu, il me semble de plus que le théâtre n’est pas absent dans la construction de ce roman et sa succession des scènes, même s’il n’y a pas excès de dialogues. D’ailleurs, les références discrètes à Hamlet ne me paraissent pas tout à  fait innocentes…
Il est dommage que ce roman manque de densité, car c’est un récit de bonne facture qui parvient même à capter l’intérêt.

Un second roman de Henry Trujillo devrait nous permettre d’affiner notre jugement. 
Ou le confirmer.

 

EB  (mars 2012)
 

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Henry Trujillo - Trois vautours
 
 
























Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 

Quelque chose pour le week-end    


Sébastien Gendron 
Éditions Baleine - 2011 
 

C’est dans le Yorkshire, région bien connue des polardeux pour ses serial killers et sa police trop zélée, que l’auteur a placé le cadre de son roman. A Kirk Bay pour être plus précis, petite ville balnéaire, tranquille, ennuyeuse, pluvieuse et so British.
Il ne faudra pas beaucoup pour perturber tout cet ordre, à peine une centaine de kilos de coke échoués sur le littoral, une invasion de pingouins de grande taille, un chef de police locale qui a des ambitions sécuritaires démesurées, un maire tellement politicard que rien n’arrête sa boulimie de réélection, et une population qui ne brille pas par ses initiatives livrée à elle-même. Le pire est à craindre, me direz-vous. C’est encore au-dessous de la vérité comme nous le montrera la suite et la fin des événements.
Ah ! j’allais oublier : il y a aussi ce cadre de la banque locale, Lawrence Paxton, exemplaire, entièrement dédié à son métier, maintenant à la retraite et se rendant compte qu’il ne supporte plus sa femme, Lynn ! Non seulement il ne la supporte plus, mais il rêve de s’en débarrasser. De la tuer.
Comme il ne sait pas trop comment s’y prendre, il imagine de faire appel à quelqu’un d’autre pour y arriver. En l’obligeant par des moyens peu recommandables, mais qu’il entrevoit comme efficaces et sans appel. Et bientôt, un nouveau Lawrence va émerger : manipulateur, audacieux, affabulateur. Démoniaque. Et…chançard ! Car il lui en faut de la chance et de l’à-propos pour survivre à l’imbroglio qui se crée dans la petite ville à cause des pingouins et des services de police qui tous pullulent dans le coin. Remarquez qu’il n’a rien contre une petite aide de sa nouvelle amie : la fée blanche, celle qui se sniffe et qui lui donne la niake. Et des intuitions fulgurantes. Voire mortelles.
Entretemps, la petite ville de Kirk Bay implose littéralement sous les délires de ses habitants et des officiels. Il est vrai que la priorité est noble, politiquement correcte et économiquement rentable : préserver les pingouins et faire de Kirk Bay leur nouvel havre…
Mais nous savons tous que l’enfer est pavé se très bonnes intentions. Un enfer qui ne va pas tarder à débarque à Kirk Bay. En force…

Dans Quelque chose pour le week-end,  Sébastien Gendron nous invite à un gigantesque bal des frustrés dont la musique est fournie par la connerie intrinsèque des gens, allant des sans grades insignifiants aux grandes gueules officielles. Parmi ceux qui évoluent sur la piste, la frustration est omniprésente : pingouins frustrés par manque de cocaïne, Lawrence frustré par l’attitude négative de sa femme à son égard, officiels frustrés de n’administrer qu’un petit patelin sans envergure, population frustrée par son ennui, ses convenances  et ses habitudes confites de banalité…
Toutes ces frustrations ne pouvant mener qu’à des explosions d’agressivité, de violence et de destructions dans ce petit lopin d’ "anglicitude" qui n’en peut plus et craquera de toutes parts. Pour notre plus grand plaisir. Car le récit nous est présenté par l’auteur dans un texte au style faussement alambiqué, « à l’anglaise », avec une dose d’humour noir certain et un ton tongue- in-cheek du meilleur effet. A sa lecture, on sent littéralement le plaisir jubilatoire et feutré que prend l’auteur à nous raconter cette Angleterre où tout tourne en eau de boudin, et où le flegme et la bonne compagnie sont dilués sans vergogne dans la crétinerie et l’hémoglobine. Toutes choses qui devraient sortir le lecteur de sa mélancolie…

Si le titre du roman évoque une expression imagée et ambiguë du langage populaire anglais, nous ne pouvons que la reprendre au sens littéral pour vous suggérer la lecture se ce roman.
Vous passerez un très bon week-end.

 


 

EB  (mars 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Sébastien Gendron - Quelque chose pour le week-end
 
 



































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 

                                                                                                                                            Autres livres >> 


Mise à jour: 31 mars 2012