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À tous et à personne   

(Di tutti e di nessuno - 2009)

Grazia Verasani
Suite italienne - Éditions Métailié - 2012


 

Dans ce roman on retrouve l’enquêtrice privée Giorgia Cantini, déjà personnage central de deux romans précédemment traduits chez le même éditeur. On y retrouve aussi Bologne, sa ville, mais cette fois sous la pluie et le temps trop froid d’un automne qui s’étire. Quant  à l’enquêtrice elle est toujours face à ses démons : la solitude, l’âge qui ronronne en début de quarantaine, célibataire de fait peu faite pour le couple, une vie quotidienne assez terne. Sans parler de son éternel manque d’argent. Et toujours avec  le regard sans concession qu’elle est capable de porter sur elle-même.
Ce qui la maintient à flot, à côté de son réseau d’amis et de contacts fiables, c’est son sens de l’observation et de la compréhension de la personne humaine, toutes choses utiles pour le métier qu’elle exerce…

C’est sous les traits d’une dame venant d’un milieu assez aisé que viendra le salut fiancier : elle demande que girogia examine les faits et gestes de sa fille de 18 ans, Barbara, qui sans rien dire ne suit plus les cours du lycée et semble mener une vie hors du milieu familial depuis plus de deux mois. Si Giorgia enquête sur la jeune fille et la suit pendant plusieurs jours, elle ne découvre rien de répréhensible ou de dangereux, mais détecte une grande difficulté de vivre chez Barbara. L’enquêtrice se rendra vite compte que Barbara est dans l’impasse et risque de sombrer, tout en ne parvenant pas  à en trouver la cause. Mais Giorgina s’accroche et poursuit ses recherches. Pour mettre fin à la détresse de Barbara…
C’est aussi durant les débuts de ses recherches, que son père, ancien gendarme, associé et fondateur de son agence, lui impose plus ou moins une jeune assistante qu’elle ne peut se payer, mais Genzianella, l’empotée aux allures de chaisière qui veut acquérir de l’expérience dans le milieu du travail, preste sans salaire et lentement se révèlera fort éloignée de la cruche qu’elle semblait être.

En parallèle, la détective privée va suivre l’enquête que mène la police à propos du meurtre d’une femme retrouvée poignardée dans un petit parc car elle connaît la femme en question, Franca Palmieri, surnommée la Femme aux Crapauds, issue tout droit de son adolescence et liée au quartier de Bologne qu’habitait certains de ses amis aussi jeunes que Giorgia à l’époque. Connue pour ses aventures avec les jeunes adolescents du quartier, Franca déjà trentenaire  n’avait jamais bénéficié d’une réputation flatteuse auprès des gens qui la côtoyaient, y compris de la part des jeunes qui couchaient avec elle. Vieillissante, dépressive  et solitaire, Franca Palmieri se déclarait voyante et hantait un petit bar de quartier populaire où elle recevait des « clients », encore peu de temps avant sa mort violente. C’est plus que surement dans les relations ambigües au sein de la bande de jeunes qu’elle côtoyait que Giorgia pense trouver des pistes et un début d’explication à cette mort, ce qui la mettra sur les traces de plusieurs de ses anciens amis, devenus des hommes adultes pris par la vie, mais tous restant plus ou moins hantés par le passé.

A tous et à personne se perd parfois dans des méandres d’intrigues aux circonvolutions multiples au détriment de la cohésion, et n’est pas toujours bien servi par son texte français.
Plus que les intrigues, on retiendra les ambiances populaires de la ville parcourue par Giorgia, Bologne, et les lieux de rencontre qu’elle hante ; de même qu’un regard nostalgique et lucide de l’auteure Grazia Verasani  sur les difficultés de l’adolescence, qu’elle soit contemporaine ou appartenant au passé, et les problèmes que se créent les adolescents grandissant qui ne perçoivent pas quelle sera leur place dans des sociétés préoccupées par de faux problèmes.
Le tout parsemé de remarques et observations acérées sur les différentiations sociales, les fossés que crée l’argent et les types de vies des individus  toujours fort dépendant de la classe à la quelle ils appartiennent. Dans un roman qui reste attachant.

 

EB (juin 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Grazia Verasani - A tous et à personne
 
 


























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Prise directe  
 
(Plugged - 2011) 

Eoin Colfer
Sérine Noire - Gallimard - 2012

    

On vous l’a trouvé le livre pour l’été. C’est un roman de Eoin Colfer, plus connu pour ses écrits S-F et ses romans destinés à la jeunesse (dont la célèbre série Artemis Fowl). Cette fois le romancier irlandais explore les rives du hard-boiled, version déjantée, mêlant humour noir et réalité délirante.   

Le point de départ du roman, départ somme toute assez classique, met en scène Daniel McEvoy, un ancien soldat des forces irlandaises de l’ONU qui en a vu de toutes les couleurs lors de plusieurs campagnes au Liban et autres pays au tourisme armé des environs ; il a quitté l’armé après 12 années sanglantes de service dans des sections spéciales des troupes de premières lignes. L’armée qui lui paye un suivi psychologique d’un psychiatre pour atténuer son côté tueur surentraîné dans le civil ;  ce sera le seul à qui il confie ses délires de temps en temps… Mais Dan est un survivant : il n’abdique pas vite et n’est pas dupe.

Ayant quitté son Irlande natale, il a choisi de s’établir à New York et finit par se stabiliser en servant de portier à un casino minable, avec entraîneuses et putes, d’une petite ville du New Jersey. C’est là, suite à sa défense d’une des serveuses  qu’ un client libidineux voulait attaquer au fessier, que tout va déraper. Faut dire que Dan n’est pas insensible au charme de la dite dame.

Nous nous abstiendrons de vous raconter quoi que ce soit de la suite, mais sachez que Dan accorde beaucoup d’importance à ses nouveaux implants capillaires qui tardent à pousser, que le docteur Zeb qui est le docteur véreux qui s’occupe de sa future chevelure est un aimant à embrouilles et un arnaqueur de première, que le chef de la pègre locale, un Irlandais, va trouver motif à se plaindre vigoureusement et que deux officiers de police femelles, Noires et féroces, vont tenter de mettre tout le monde d’accord. A coup de flingues.
Faut dire que les cadavres vont commencer à faire désordre et que les éclopés de toute sorte vont pulluler dans la petite ville et ses environs.
Grand, baraqué, instinctif et surtout très entraîné, Dan n’est pas le dernier à faire monter les primes d’assurance du lieu ! Lui qui avait choisi une petite vie pépère de videur à castagne réduite, va se trouver au cœur de la tourmente. Lui, qui fait des efforts de normalité et d’adaptation,  ne peut empêcher son fond altruiste et affamé de justice immédiate de refaire surface dans tout ce micmac délirant qui lui tombe dessus. Aidé par ses poings et son arsenal.  Et son grand désir de paix. 
Sale temps pour les affreux…

Sans vouloir chercher des références à tout prix, on sait que le délirant est partie intégrante de la littérature noire irlandaise moderne (comme chez Ken Bruen ou Colin Bateman), que les excès de violence sont souvent apanage des auteurs USA (violence mise ici au service du délire), mais c’est du côté des séries TV les plus réussies qu’on doit regarder pour trouver les vraies influences qui poussèrent Eoin Colfer vers ses personnages déjantés  et ses scènes très graphiques (de Justified, en passant par Breaking Bad et même les épisodes les plus outranciers de Shield…).
Signalons qu’Antoine Chainas, le traducteur de ce roman, ne s’en tire pas trop mal face au délire verbal et aux inventions de vocabulaire de l’auteur qui truffent le texte original anglais.
Assemblage de personnages picaresques et allumés, dans des situations où l’humour n’est jamais absent, ni une espèce de folie domestiquée qui entraîne des  péripéties toujours à la limite du rationnel, Prise directe n’a pas été conçu pour engendrer la mélancolie… Et il y réussit.
Bref, amateurs d’humour excessif, de second degré et d’ironie noire, vous jubilerez !


 

EB  (juillete 2012)
 

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Eoin Colfer - Prise directe
 
 




































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Petits meurtres chez ces gens-là   


Dulle Griet 
Presses de la Cité - 2012
 

Un roman policier belge inédit est une denrée tellement rare que cela mérite qu’on s’y attarde.
Non seulement l’auteur nous est présenté comme étant Belge, mais son roman est trempé du début à la fin dans une sauce bruxelloise qui se veut brussellante…

Un homme injustement condamné pour pédophilie à 15 ans de prison, Arnaud Vandenbroeck, est relâché après avoir purgé sa peine. Il a toujours clamé son innocence, d’autant plus que sa condamnation n’aurait été possible que grâce aux mensonges conjoints de sa fille et de sa femme. Architecte très actif il a fini par soupçonner sa femme de vouloir se débarrasser de lui pour mettre la main sur son patrimoine. A peine sorti, il est embrigadé par une âme anonyme qui lui fourni appartement, viatique et… Glock 9 mm.
L’autre pôle du roman est centré sur un ex-flic enquêteur de la Criminelle, expulsé des services de police, Serge Zwanze (sic), qui végète depuis cinq ans, pleurant sa femme bien-aimée morte écrasée, et qui ne socialise plus qu’avec un autre flic, à la retraite, ancien chef de son service, et qui tient un petit bistrot improbable  à Uccle.
Au cours de l’enquête qui est lancée suite au meurtre d’un juge, Zwanze sera relancé par une jeune enquêtrice de la police pour l’aider à suivre des traces qui semblent mener à l’architecte. Si ce n’était la mise en scène avec poupée ensanglantée retrouvée sur les lieux du drame, dans le Palais de Justice de Bruxelles. Poupée ensanglantée qu’on retrouvera aussi à côté d’un deuxième trucidé…

D’entrée, soulignons que la sauce ne prend pas.
On se trouve face à un roman qui court après les codes du genre dit policier, et qui se veut belge à outrance et de manière pas toujours très subtile, parfois proche de la caricature, toujours convenue. Pourtant qu’on ne s’y trompe pas, il ne s’agit pas d’humour noir, ou d’une autre teinte, et encore moins de second degré. Et ce n’est même pas un pastiche ironisant ou satirique. Encore moins parodique. C’est bien le drame de ce roman qui ne sait pas vraiment ce qu’il veut ou ce qu’il est. La psychologie des personnages est souvent mal appropriée et tout dans le roman est donné en face value, dit et souligné, aucun non-dit…
On ne fait pas de la littérature de mauvais genre en polissant du bon genre et du bon sentiment pour que ça brille en surface.
Le lecteur ne sera jamais happé par l’intrigue ni par les personnages, très superficiels. Il sera même peut-être énervé par des textes dignes de guides touristiques  les plus guindés qui parsèment le roman et qui sont sensés faire découvrir Bruxelles aux ignares (je ne parle pas de notes de bas de page qui peuvent se justifier). Jusqu’au bruxellois (ce dialecte qui se perd peu à peu, mais dont il reste à Bruxelles des traces dans le vocabulaire courant) qui est trop souvent présent dans les dialogues, un usage exagéré ne tenant pas toujours compte du contexte social qui pourrait le justifier !
Manquant de cohésion, ce roman a cependant un texte lisible, correctement articulé au sein d’un même chapitre, preuve d’un certain métier de la part de l’auteur. Personnellement j’ajouterais que le minimum de vraisemblance et de réalisme, qu’on est en droit d’attendre d’un roman policier qui ne se veut pas « second degré », n’est pas atteint dans Petits meurtres chez ces gens-là. Et le Bruxelles de pacotille décrit n’a pas d’âme… Un roman qui donne en finale l’impression, en le refermant, de premier jet, de roman qu’on n’a pas retravaillé et dont on n’a pas revu la construction. Ni la vraisemblance.
Bruxelles et les Bruxellois méritaient beaucoup mieux.

 

Note sur les patronymes
-Dulle Griet : pseudo de l’auteur pour ce roman ; il prend le nom (= Margot la Folle) d’une mégère/égérie d’un célèbre  tableau de Bruegel l’Ancien, donc un lien avec Bruxelles à cause de Bruegel qui y vécut.  Mais le nom de Dulle Griet ou l’expression sont peu utilisés dans la tradition bruxelloise. Au Nord peut-être, dans le folklore flamand. Alors ?
-Serge Zwanze : zwanze= blague, carabistouille…-en bruxellois. L’auteur reste libre, mais c’est comme si dans un roman italien on rencontre l’inspecteur Spagetti ou pire ! A noter que Zwanze n’est pas un nom de famille bruxellois existant. Même pas drôle…


 

EB  (juin 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Dulle Griet - Petits meurtesr chez ces gns-là
 
 



































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Mise à jour: 6 jillet 2006