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Vérité  

(Truth  - 2009)


Peter Temple   

Rivages/Thriller - Éditions Payot & Rivages- 2012 


 

Ce roman australien plonge le lecteur dans les environs de Melbourne, durant l’été 2009 (donc en début d’année, hémisphère sud oblige…), alors que l’état de Victoria subissait de violents incendies ravageurs et meurtriers. Ces incendies servent d’ailleurs de fond constant au récit que nous fait l’auteur, Peter Temple, des problèmes professionnels et personnels qui  préoccupent le commissaire Stephen Villani, devenu chef de la prestigieuse brigade des Homicides.
Rigide, efficace et foncièrement honnête, il ne veut en rien participer aux incuries et magouilles diverses qui sont le mal endémique de la police de Melbourne, se faisant une idée personnelle, mais encore empreinte de justice, de la mission qui lui incombe. Depuis son incorporation. Même lors de son passage remaqué dans une brigade de la police de Melbourne. Pourtant il s’efforce de vivre avec sa part d’ombre, son inferno personnel qui le tourmente, le consume à petit feu, comme ce meurtre-arrestation de son copain le lieutenant Dance, il y a quelques années… Comme le ratage de sa famille : sa femme, ses enfants… devenus des quasi étrangers, tandis qu’il sacrifiait tout pour ce métier de flic qui lui donnait la sensation de vivre, avec obstination et en rendant les coups. Sa famille qui n’est plus qu’une addition d’individualismes, d’égotismes divers. A commencer par lui. A tel point qu’il découvre trop tard la déchéance de sa cadette, droguée, errante, voleuse. Peut-être le mal remonte-t-il à plusieurs années, alors qu’officier actif il ne reculait pas devant ce que lui offrait toutes les opportunités : femmes faciles, alcool et un démon personnel : le jeu. Rarement présent pour sa famille, une épouse qui comprend de moins en moins, ou alors trop bien…
C’est écartelé entre les relents de sa jeunesse, solitaire hantée par l’image de son père toujours vivant, mais toujours absent à l’époque, et sa fonction présente de commissaire où presse, politiciens et pouvoirs en place, essayent de se servir de lui jusqu’à la trahison, qu’il aborde deux affaires sinueuses et piégées qui lui tombent dessus : celle des trois crimes crapuleux et écoeurants probablement liée  à la drogue et aux bandes organisées, et celle de cette jeune fille dans un appartement non occupé d’une tour de luxe, inaugurée récemment, hyper-sécurisée, hyper-chère, exclusivement pour hyper-friqués…

Ce qui, résumé et raconté en termes simples, ressemble à s’y méprendre à un thriller convenu trempé de police procedural… mais alors ne rend pas grâce à l’essence de ce roman qui est beaucoup plus complexe et fouillé que ses péripéties policières. La richesse du personnage central qui est balayé sans cesse de petit éclairs de souvenirs venant en droite ligne de son passé lointain ou proche, additionné aux personnages de policiers secondaires, finement modelés, forment un monde sombre qui fait face et essaie de résister  à la lie de l’humanité, celle qui entretient une véritable géhenne dont les atrocités sont sans limites… Ces petits flash back divers qui émaillent les pensées du commissaire, éclairent sa vie et celle de tous ceux qu’il côtoie, tirera le lecteur vers une vision d’ensemble qui fascine. Et c’est surtout au style d’écriture et au talent de romancier de Peter Temple que nous devons un tel degré de réussite (traduction française très honorable, de Simon Baril, qui parvient à conserver la force du roman original). 440 pages qui ne lassent pas, qui toutes semblent utiles à la construction de ce tableau d’une vie de policier.
On notera que certains des personnages du roman, dont Villani et Joe Cashin, (inspecteur aux Homicides et son ami) étaient déjà présents dans un autre roman de Peter Temple : Séquelles –Série Noire, 2008 - ( The Broken Shore - 2005), roman traitant déjà des problèmes au sein de la police- mais Vérité n’en est pas la suite.

Il faut suivre la saga de Stephen Villani à la recherche de lui-même, du sens de sa vie et de son rôle social, sa quête existentielle lucide et sombre qu’il ne peut nourrir que de ce qu’il connaît. De ce qu’il fait. De ce qu’il est. En la vivant intensément. Sans intellectualisme mal placé…
Il faut lire Vérité, roman puissant et prenant.


EB (juillet 12)


(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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PeterTemple - Vérité
 
 


























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Mauvaise herbe
 
 

Léonard Taokao 
Borderline - Éditions Territoires Témoins - 2012
 
 

Ce petit roman de Léonard Taokao appartient en plein à ce courant postmoderne qu’on rencontre souvent dans le polar français actuellement, courant non organisé, organique et parfois militant. L’auteur qui pourfend avec une saine vigueur, et avec raison,  dans cet opus tout les « ismes » politiques, philosophiques et autres, m’en voudra probablement  d’y en avoir introduit un autre, et par le ‘post-‘…
Mais ne vous y trompez pas, car le récit est loin de l’intellectualisme (encore !) et flirte du début à la fin avec l’ironie grinçante, l’humour noir et un certain surréalisme (…encore !!) speedé que je n’ose qualifier de punk (pour éviter l’amalgame avec le côté musique rock qu’il évoque chez la plupart). C’est que Yann et la bande de désoeuvrés qu’il pratique sont la plupart du temps sous influence. Sous influence de tout ce qui se boit, se sniffe et s’ingurgite pour atteindre et maintenir un état de lévitation  sensorielle permanente.
C’est ce même Yann qui a décidé d’écrire un roman, persuadé que cela devrait l’aider à vivre. Oui, oui… mais ce n’est pas aussi simple. Comment discipliner la feuille blanche, alors que lui, Yann, ne contrôle rien du tout et s’évertue à foutre le binz dans tout ce qu’il touche ?
Anar, rebelle, viscéralement anti-facho et surtout revenu de tout pour aller nulle part, Yann survit de tout petits boulots et via quelques magouilles, épaulé parfois par Yaume, ami proche, champion de la bibine et du buvard LSD, colosse irritable et je-m’en-foutiste, toujours prêt à en découdre et à réfléchir après. Heureusement il supporte Yann et ses frasques, et aide ce dernier dans les coups durs… Et il y en aura !

Au delà de la grisaille et des bitures quotidiennes, ponctuées de quelques séances de baston, Yann va devoir abandonnerson vieux chien et  sa vieille caravane qui lui sert de home pour trafiquer de l’herbe, et pour finalement être mêlé à une fraude de cigarettes venant d’Espagne en passant par les Manouches locaux. Le problème c’est que l’origine espagnole est contrôlée par des Albanais, et que le deal foire en grandes pompes avec castagne de première. Tout ça pour ne pas se faire massacrer par les Manouches, lui et Yaume, suite à un incident qui avait fichu le chef du campement en rogne. Maintenant avec les Albanais au derche, vicieux et rancuniers, le parcours sera de plus en plus sanglant. Et si la police les recherche activement pour diverses bricoles de taille, lui et Yaume, c’est le moindre de leurs soucis face aux tueurs de toutes provenances. Yann n’aura d’autre solution que  d’essayer de disparaître, car il sait qu’il est devenu une cible mouvante pour tous ceux qu’il a croisé dans cette histoire de trahisons diverses et de machisme. Disparaître ?

Excessif ? parfois. Déjanté ? pas plus que raison n’exige. Potache ? pas du tout. 
Le nihilisme destructeur du personnage central et l’absence totale de « normalité » de tous ceux qu’il côtoie régulièrement, procurent à  Mauvaise herbe une vitalité à toute épreuve. Ajoutez à cela un style d’écriture serré, efficace, associé à une langue inventive et à des remarques assassines, et vous aurez ce roman enlevé et revigorant, gardant un  regard acerbe mais narquois sur les contradictions mortifères et liberticides de nos sociétés humaines. Sans grandiloquence, et à toute allure…

 

EB  (août 2012)
 

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Léonard Taokao - Mauvaise herbe
 
 


























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La mauvaise femme    

(La mala dona - 2008)

Marc Pastor  
Éditions Jacqueline Chambon - 2012

 

Comment passer à côté d’un bon roman  noir policier ? Ou noir tout court ?
La réponse vous l’avez en 250 pages dans La mauvaise femme de Marc Pastor.
C’est la chronique de la finale d’une ère de terreur (fin 1911 et début 1912- et non 1917 comme indiqué en 4ème de couv.) que fit régner sur les classes populaires de Barcelone un monstre surnommé le « vampire » soupçonné non seulement d’enlever les jeunes enfants mais de les vider de leur sang. Toujours dans les couches les plus défavorisées, marquées par la pauvreté, la maladie et le manque de scolarité. Filles de prostituées, orphelines, bébés volés… Quand vous saurez que tout est bâti sur les faits avérés d’une certaine Enriqueta Marti Ripollés, guérisseuse-herboriste, personnage ayant existé et personnage du roman, que les autorités s’en fichaient des disparitions sans importance d’enfants sans importance et que c’est sous la pression populaire grandissante, associée à une vraie panique, qu’un semblant d’enquête fut finalement instaurée par la police, vous comprendrez que tout est là pour obtenir un récit plein d’ambiance, de retournements sur fond d’injustice sociale et de mort des innocents.
Ajoutez à cela la bonne idée de l’auteur de faire intervenir la Mort comme personnage et voix off, ajoutant un commissaire de police tout à fait incorrect et frondeur, et de raconter son histoire vue des assassins et vue de ce commissaire… Et bien, non, cela ne fonctionne pas.
Marc Pastor en a fait un récit chaotique et confus, aidé en cela par la traduction  (du catalan…) qui ajoute sa part de flou, si ce n’est d’aberration. On lit du mauvais roman feuilleton, bourré de bonnes idées mal exploitées, mal explorées. Et l’humour, s’il y en a, est involontaire (*). On passe aussi à côté de l’explication du blocage des autorités et d’une critique sociale (à peine effleurée dans le roman)… Le tout avec un manque de style évident et une construction romanesque ratée.

Tous les ingrédients de l’affaire réelle permettaient de faire un roman noir existentiel, dur, sombre, ou même une chronique noire de l’épouvante, mais Marc Pastor ne réussit rien de tout cela, même pas le chemin qu’il a choisi de prendre pour nous raconter l’histoire qu’il veut faire passer. La mauvaise femme : le massacre d’une bonne idée.

(*) Exemple, tiré de la page 184 : « …Il n’attendait rien de Vaquer. Il l’a laissé suffisamment vivant pour ne pas avoir à le tuer mais suffisamment  mort pout qu’il ne semble plus vivant. »
(on suppose que la traduction y est pour beaucoup…EB)

PS :Je vous conseille de lire l’article Wikipedia, extrêmement bien documenté qui vous donnera une bonne idée de cette sombre affaire Enriqueta Marti, et du potentiel de cette macabre histoire réelle.

 

EB  (juillet 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Marc Pastor - La mauvaise femme
 
 



















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Mise à jour: 6 août 2012