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La maison des tocards  

(Slow Horses - 2010)

Mick Herron  
Sang d'encre - Presses de la Cité - 2011


 

River Cartwright a loupé son test de fin de formation qui devait le mener dans les bureaux du prestigieux MI5 à Londres, au cœur du contre-espionnage et de la sécurité intérieure anglais. Enfin, loupé c’est pas comme ça qu’il le voit River, plutôt saboté par son copain de session, arriviste et retors, Spider Webb ! Quoi qu’il en soit, la conclusion est la même : il se retrouve au Placard, ce bâtiment délabré qui sert de poubelle aux ressources humaines du MI5 quand un agent a foiré dans les grandes largeurs, ou commis un faute grave qu’on ne veut pas ébruiter. Pour River c’est le foirage qui l’a mené là : arrêter la plus grande station de métro du cœur de Londres, en pleine journée, sur une erreur… ticket garanti pour la porte, puisqu’il n’était même pas encore nommé à un poste. Le Placard a été une clémence arrachée par son grand-père, ancien espion en chef à la retraite, toujours estimé par ses pairs. C’est sous les ordres diffus et inutiles de Jackson Lamb, obèse taciturne et crade, que River se retrouve dans l’équipe de la dizaine d’employés mis à la casse à divers titre par le MI5, tous occupés à des tâches de bureau fastidieuses et invraisemblables, sans enthousiasme, tous encore habités par la volonté de pouvoir réintégrer les services normaux. Tous, sauf peut-être  Lamb ? Tous encore et toujours habités par les réflexes de base de discrétion, et tous d’un individualisme à toute épreuve.
Les Tocards du Placard ignorent aussi pourquoi les autres ont été relégués dans ces oubliettes, mais certains se doutent que Lamb et celle qui lui sert actuellement de secrétaire ne doivent pas être là pour de petites entorses vu leurs importantes fonctions passées, il y a bien longtemps.
Tout va basculer quand une branche de la Direction  demande un coup de main au Placard pour scanner un journaliste d’extrême-droite sur la touche. Ce sera l’occasion pour certains agents du Placard de reprendre  avec enthousiasme du service sur le terrain. Mais il est glissant, ce terrain-là…Très !
Assez vite, Richter et Lamb vont comprendre qu’on les a mêlés à un leurre qui ne rapporte aucune info sur le journaliste, sauf confusion et violence. Pour se tirer des flûtes, l’équipe du Placard se met alors en tête de retrouver la victime pakistanaise d’un enlèvement par un groupuscule de l’extrême-droite nationaliste anglaise. Lamb est persuadé que les deux incidents sont liés et qu’on veut impliquer ses collaborateurs et lui, pour le pire.
Le temps presse car sur Internet, le groupe nationaliste annonce que dans quarante-huit heures ils trancheront la tête du jeune Pakistanais. De son côté le MI5 dans la personne de la sous-directrice Taverner, arriviste retorse et manipulatrice,  met tout en œuvre pour faciliter la capture des ravisseurs, affirmant que ses services ont des données précises sur ceux-ci…
Lamb et ses collaborateurs vont dès lors mettre les bouchées doubles, River en tête : leur instinct leur dit qu’il y a urgence pour leur survie. Mais jusqu’où pourront-ils aller avec cette équipe de bras-cassés ? Bras-cassés ?? vous seriez étonnés de ce qu’il peuvent encore faire en agitant leurs plâtres…

Mick Herron a pris les codes de base et quelques poncifs à la peau dure qui se retrouvent au cœur des romans d’espionnage, leur tord le cou, ou mieux, les retourne comme un vieux gant abandonné par les Experts. Quand ce n’est pas pour les pousser au bout des raisonnements qui les soutiennent. Pour notre plus grand plaisir…
Mais si le ton du récit est ironique, pince-sans-rire, on est loin de la farce pure ou du déjantage. ‘Tongue in cheek, my dear…’. Et loin de la bonne tenue des personnages. L’auteur peut se le permettre, grâce à une écriture aboutie qui dans  La maison des tocards a un ton, un ton juste et ironique là où il faut.
Débordant d’imagination, attendez-vous à des retournements de situation qui ont tout de la culbute. A répétition.

Bien écrit, avec un regard malicieux sur le genre, agréable à lire et plein de rebondissements…On ne peut que le conseiller !
Prolongez vos vacances, lisez ce roman réussi.

PS : Mick Herron a terminé un second roman avec les mêmes personnages centraux et l’idée du Placard. A paraître en GB en mai 2013.

 

EB (août 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Mick Herron - La maison des tocards
 
 


























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Tueurs en exil  

 (Devils in Exile - 2010)

Chuck Hogan  
Robert Pépin présente - calmann-lévy - 2011
 
 

Du côté des thrillers d’action, ce roman made in USA qui flirte avec quelques obsessions du roman noir et qui reste des plus lisibles.
Si les données de base font partie des poncifs  des romans d’action  Tueurs en exil est centré entièrement sur le destin d’un « soldat perdu », Neal Maven, un guerrier super entraîné des forces spéciales, revenu d’Irak et tout à fait déboussolé par une vie civile qu’il ne maîtrise plus. Et par un environnement américain pour qui il n’existe pas, lui et ses congénères, ceux qui ont servi leur pays. Le salut viendra sous forme d’un groupe mené par un ex-officier de l’armée qui se pose en glaive vengeur dirigé contre les gros trafiquants de drogue qui opèrent dans la région. Le groupe est constitué d’anciens soldats comme Neal, tous excellents dans leur ancien métier, et tous dévoués à ce chef qui leur propose une espèce d’idéal fait de justice et de vengeance. Royce les lance dans des opérations coup de poing, minutieusement préparées et documentées,  toutes dirigés contre les trafiquants et destinées à détruire la drogue saisie en grande quantité lors d’échanges importants entre fournisseurs et distributeurs locaux. La prime est le partage de l’argent qui devait acheter la drogue en gros entre Royce et le groupe. Des sommes faramineuses.
Tout semble pour le mieux, la vie de Neal semble avoir un but et le côté matériel est assuré, le tout géré par un Royce qui se targue en privé  de raffinement et de vie entourée d’un certain luxe, toutes choses qu’il veut partager avec son groupe, et surtout avec Neal en qui il voit sa meilleure recrue.  Tout un nouveau monde pour Neal… Sauf que la petite amie de Royce, Danielle, superbe jeune femme entretenue, a été la fille dont il était amoureux au collège, il y a très longtemps, et qu’il retrouve au bras de ce chef qu’il estime. Hautaine et dédaigneuse, elle finira cependant  par  accorder un peu d’attention à cet amoureux dédaigné de sa jeunesse.
Les coups audacieux et sanglants se multiplieront, jusqu’à un dérapage dommageable pour nombre des membres du groupe… et la confiance aveugle qu’avait Neal dans cette mission de justicier urbain. Et dans les méthodes de Royce.
Mais jusqu’où peut-on être perdant ? Neal va bientôt le découvrir. Par la méthode qui ne permet pas de voir le bout du tunnel.

Il est certain, qu’au-delà d’une écriture simple mais efficace, Chuck Hogan pensait cinéma pour la finalité de son roman : scènes d’action délibérément violentes, machisme primaire, personnages secondaires à peine esquissés, justice assimilée à la vengeance  et une psychologie un peu convenue qui pointe souvent le bout de son nez, quand ce ne sont pas certaines exagérations de mélodrame. Les recettes du thriller made in Hollywood. Prêt à filmer… 
Même une fin très noire est rendue ‘acceptable’ par les dernières  pages (Oops ! j’allais écrire :images).
Mais on doit reconnaître une certaine originalité à l’histoire qui est à la base de ce roman, et au traitement efficace des scènes d’action, et parfois un petit coup d’œil critique sur cette société américaine qui ne reconnait que ses réussites.
350 pages de lecture qui se laissent suivre et qui font de Tueurs en exil, roman pas trop formaté, un bon compagnon SNCF ou vacancier

EB  (août 2012)  

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Chuck Hogan - Tueurs en exil
 
 





























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Le braconnier du lac perdu   

(The Chessmen  - à paraître...)

Peter May
Rouergue Noir - Éditions du Rouergue - 2012

 

Troisième et dernier volet de ce qui est devenu la « Trilogie écossaise » (parfois qualifiée de ‘trilogie de Lewis’, du nom de cette île des Hébrides où se déroulent les trois romans), Le braconnier du lac perdu est donc le point final de la saga de Finlay Macleod (voir les comptes-rendus des deux premiers dans Polar Noir) . Ancien inspecteur de police gradé, revenu s’établir dans son île natale après les événements tragiques dont bon nombre sont liés à son histoire familiale, actuelle et passée, Fin va devoir affronter un pan de sa jeunesse et de sa vie de jeune adulte qui lui reviendront de plein fouet après la découverte spectaculaire d’un cadavre dans un petit avion de tourisme immergé depuis plus de quinze ans dans un lac situé dans un coin perdu de l’île.
Engagé comme chef de la lutte anti-braconnage sur les terres où faune terrestre et surtout poissons sauvages sont protégés, et où la pêche est sévèrement contrôlée, et qui sont devenues  la proie de prédateurs industriels, c’est en compagnie d’un ami de longue date, John Angus Macaskill, dit Whistler, qui lui sauve la vie une fois de plus,  que Fin fera la macabre découverte. En toute logique il devrait s’agir d’un ami commun fréquenté du temps de leur jeunesse étudiante, Roddy, membre d’un groupe de rock celtique devenu très célèbre et toujours adulé des foules et disparu dans des circonstances jamais éclaircies, aux commandes de son petit avion. Si la police penche pour une simple découverte du lieu d l’accident, Fin est persuadé que l’homme de l’avion a été tué. Mais clui qui semble encore plus bouleversé par cette découverte est Whisler, qui participa à la formation de l’orchestre alors que Fin n’était qu’un « roadie » qui suivait le groupe et leur servit d’accessoiriste et de chauffeur lorsque le succès pointa le bout de son nez. Et comme Whistler, taciturne, caractère indépendant ayant refusé de poursuivre ses études malgré une intelligence supérieure, vivant de peu en reclus, n’a pas que des amis, il sera très difficile à la police ou a Fin d’apprendre par lui quoi que ce soit de neuf sur l’accident de Roddy.
En parallèle Fin essayera d’aider son ancien ami Donald, pasteur suspendu, convoqué devant une cour religieuse suite à la défense de sa famille fusil au poing ( voir : L’homme de Lewis), tout en confortant ses liens avec le fils illégitime qu’il a eu de Marsalis, son grand amour de jeunesse et qu’il avait quittée à l’époque, mais avec qui il vit aujourd’hui.
Mais c’est du passé que resurgiront des faits sombres  que beaucoup voudraient oublier et qui finiront par avoir des répercussions sanglantes sur le présent et l’entourage de Fin. De ce passé mettant en cause les relations entre les membres du groupe rock et notamment sa belle chanteuse sans cœur dont Fin avait été éperdument amoureux depuis le collège. Sans oublier le destin de Whistler qui n’avait pu se reconstruire une vie depuis la mort de sa femme qui l’avait quittée et dont la sauvage liberté dérange plus qu’on ne le croit.

Cette dernière partie de la trilogie consacrée à l’île de Lewis et au difficile parcours de vie de Fin Macleod, si elle est toujours baignée par la dureté du climat de l’île et son caractère minéral extrême, ainsi que de l’influence de ces caractéristiques sur certains modes de vie des insulaires, est un roman qui n’a pas le même degré d’âpreté que les deux précédents. Certes les événements sont tragiques et  la destinée aveugle, mais il nous a semblé que ce qui était déclenché ne demandait pas l’état d’urgence qu’on rencontrait dans les épisodes précédents. Comme nous l’avons déjà souligne, c’est le passé, une fois de plus, qui recèle la clef de certains destins et l’explication de leurs manquements, et si on reste accroché à l’histoire (aux histoires devrions-nous dire) que déroule Peter May dans cet opus fermant la trilogie écossaise, les rappels du passé des protagonistes se font souvent dans des zigzags narratifs qui peuvent introduire par moment une certaine confusion chez le lecteur.
Dans Le braconnier du lac perdu, on  perçoit cependant que Fin Macleod est plus le spectateur de sa vie qu’il n’en est  l’acteur principal et que souvent, à partir de son adolescence, ce sont les décisions et actions des autres qui auront la plus grande influence sur son destin et le reste de sa vie…
Malgré un sentiment du tragique moins présent que dans les épisodes précédents et  l’événementiel qui prend le dessus sur l’existentiel, cette conclusion  reste un roman attachant qui ne dénature pas la trilogie, un roman sombre d’une qualité nettement au-dessus de la production actuelle.

 

EB  (août 2012)

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Peter May - Le braconnier du lac perdu
 
 



































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Mise à jour: 6 septembre 2012