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Dictionnaire des assassins et des meurtriers    


François Angelier et Stéphane Bou   (directeurs de publication - collectif)
calmann-lévy – 2012


 
Le but de ce dictionnaire n’est pas d’être complet et on pourrait dire qu’il s’agit plutôt d’un « dictionnaire raisonné » aux prétentions encyclopédiques  modestes.
Les entrées donnent lieu à des articles ou min-essais, d’une dizaine de page maximum chaque, donnant le point de vue de l’auteur sur le sujet choisi.
Il ne s’agit donc pas d’un dictionnaire factuel ou donnant la synthèse des cas examinés.
Les 44 auteurs participant à cet ouvrage de 600 pages examinent 80 personnages, tous figures réputées du meurtre et de l’assassinat, sortant pour une grande partie  des anales historiques ou récentes, le restant étant dédié à des personnages de fictions célèbres, voire des mythologies. De Caïn à Raskolnikov, mais aussi de Jacques Clément, assassin de Henri III, à Michel Fourniret, tueur en série contemporain.

Ce qui frappe de prime abord, c’est le manque de structure directrice partant d’une idée assez généreuse : laisser la liberté la plus totale quant à la manière de traiter chaque sujet abordé par les divers auteurs. Comme souvent, cette liberté génératrice de textes de valeur ou innovants pour la plupart, fait ressortir encore plus l’étroitesse de vue et la maigreur d’idée chez un certain nombre d’autres. Cruellement.
D’ailleurs le côté un peu hétéroclite qui apparaît dans la juxtaposition des traitements divers des sujets les plus variés, n’échappa pas aux deux directeurs de publication de ce dictionnaire, ainsi que l’absence de ligne directrice pour l’ensemble, comme le laisse transparaître leur préface.
Mais dans cette auberge espagnole, on se contentera de ce que les auteurs y ont déjà apporté, le lecteur devant simplement y ajouter ses centres d’intérêts, ou ses obsessions, pour explorer la matière assez riche de cet opus.

Et des articles, il y en a de très bons…
Tel celui sur M le maudit (film de Fritz Lang) par Marianne Dautrey, ou sur Jean-Jacques Liabeuf (anarchiste « naturel ») par Frédéric Lavignette, ou encore l’excellente synthèse sur La bête du Gévaudan, par Michel Meurger.
On se doit aussi  de souligner le texte de François L’Yvonnet qui, s’attaquant à Meurssault, personnage de L’étranger de Camus, parvient à donner un intéressant éclairage sur le roman et son crime central- et dieu sait si les exégètes de tous bords nous ont déjà inondés de commentaires plus ou moins incisifs sur ce roman souvent mal compris. Le même s’attaque brillamment par ailleurs à démonter le personnage de Gide, Lafcadio, et ses intentions.
Il y en a d’autres, évidemment : à vous de les découvrir…

Côté déceptions, en ce qui nous concerne, on regrettera par exemple la tiédeur et le peu d’innovation du texte consacré à Fantômas,  ou l’article sur Dracula qui méritait un traitement plus profond… Mais ce n’est rien comparé au ratage complet de la notice consacrée à Jeckyll / Hyde, restant en surface, ou celui de l’article consacré à la Secte des Assassins (un excellent sujet, tué par l’excès d’informations secondaires et l’absence de vision de synthèse - défauts que l’on rencontre également dans le second article du même auteur sur Alî Ibn Abî Tâlib); nous ne nous appesantirons pas plus sur les quelques autres textes laissant à désirer.
Le volume comprend bien entendu une liste récapitulative des articles, mais surtout une liste des plus utiles de brèves notices consacrée aux divers auteurs ayant participé au dictionnaire.
Signalons aussi que la plupart du temps la bibliographie fournie pour chaque entrée est des plus intéressantes, et devrait permettre à nombre de lecteurs intéressés de compléter leur information.

Répétons-le : ce gros volume  qu’est le Dictionnaire des assassins et des meurtriers a un bilan penchant nettement vers le positif, et reste une bonne source d’informations si on ne réclame pas un recensement des faits et malfaiteurs, ni une vision exhaustive du sujet (ce qui n’est pas le but de l’ouvrage, comme déjà mentionné).

EB (sepembre 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Dictionnaire des assassins et meurtriers (2012)
 
 


























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41  

(41 - titre mexicain - 2010) 

Rogelio Guedea  
Ombres noires - 2012

 
 

En 2002, à Colima, État de Colima, ce tout petit état du Mexique donnant sur la côte pacifique, on retrouve un cadavre dans le coffre d’une voiture. Assassiné de toute évidence, et ayant du, entre autres, encaisser une balle de calibre .41 .
Ce dernier point ressemble à d’autres meurtre ayant en lieu à d’autres endroits, comme une signature. Signature assez symbolique puisque le chiffre 41 évoque, au Mexique, les milieux homosexuels. De fait, de réputation l’assassiné, Ramiro Montes appartient bien à ces milieux, un ingénieur discret qui fait tout pour ne pas exposer ses tendances.  Ce qui mettra la police en émoi, plus que le crime lui-même, sera le fait que Ramiro est le frère d’un des candidats au poste de gouverneur, un candidat plutôt bien placé. Cette police, à tous les niveaux, va immédiatement subir des pressions précises pour ne pas révéler les liens du mort avec le futur gouverneur, et encore moins souligner ses liens avec les milieux homosexuels. Pourtant comme le supposera un des enquêteurs de terrain, la possibilité d’un coup tordu visant plus le politicien que son frère ne serait pas à exclure. Loin de là.
Finalement, après les enquêtes de deux équipes pourra-t-on y voir clair ?
Le voudra-t-on ? C’est le Mexique, Pablo !.. la racaille politique s’y éclate avec la complicité des flics et même des mafieux. La corruption y est le nerf de la paix, et les citoyens n’ont qu’à la boucler et se garer des balles perdues. A chacun son rôle…

Récit en forme de patchwork et style réaliste donnent à ce roman mexicain des allures de chronique de la corruption et de la pourriture, rencontrées aussi bien dans les milieux abandonnés et paupérisés que dans ceux où on s’accapare le pouvoir,  l’argent, et où on pratique la luxure exacerbée, une lubricité sans limite, autre forme de domination…
Si le cadre est bien planté, si les personnages semblent sortis de la cour des miracles la plus proche, il ressort cependant de l’ensemble un sentiment rugueux de poésie sensuelle et noire à certains moments, de surréalisme speedé à d’autres, et de délire macabre et nauséeux la plupart du temps. Seuls les flics ordinaires semblent normaux, et encore, car une partie de leurs agissements laissent transparaître la corruption institutionnelle qu’ils rencontrent en permanence et dont ils doivent bien s’accommoder. Voire y participer.

A ce roman sec et dur, Rogelio Guedea insuffle une écriture qui ressemble à une incantation criée les dents serrées et le regard allumé. Mais l’auteur ne souligne rien, guide à peine le lecteur qui devra faire lui-même la synthèse des divers éléments livrés en guise de récit.

Intéressant et prenant, 41 est une plongée au cœur de la corruption et du pouvoir détourné, de la crétinerie mortifère à tous les niveaux.
Contrairement à beaucoup de romans, il demande au lecteur de sortir de son rôle passif de voyeur, et de combler les non-dits. Au risque de le perdre.

  

EB  (octobre 2012)  

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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41 - Rogelio Guedea
 
 



























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404 not found   

Hervé Decca
Actes Sud - Actes Noirs - 2012

 

Les familiers des hoquets d’Internet auront reconnu dans le titre la phrase fatale qui apparaît dans leur browser (feuilleteur) en explorant les adresses de sites et de pages stockées dans cet espace qualifié de virtuel. Bref, on vous a niqué la page que vous cherchiez : n’existe pas… ou plus. 404 not found, « 404 pas trouvé ». Démerdez-vous…
Roman écrit en français, 404 not found, nous propulse sans beaucoup de ménagements dans l’univers du lycée Ravel, dans une cité de banlieue, où les jeunes subissent l’enseignement, font la loi, et où les dérives multiples sont le quotidien des enseignants peu aidés par une direction enrobée de directives paperassières et qui veut éviter les conflits retentissants à tout prix. Même au prix de la santé des enseignants, de la sécurité des élèves et de la quotité quasi nulle de ce qui est absorbé par les jeunes face à cet enseignement officiel bancal. Les premières victimes sont évidemment ces jeunes, les destructeurs et les détruits.  Même les flics ont difficile avec la cité, où il est monnaie courante de caillasser flics, pompiers, corps constitués de tous ordres…
Ce n’est pas l’état de siège, mais c’est l’incivilité à tous les niveaux, alimentée en permanence par l’incurie bien connue des pouvoirs publics gérant les cités, et même de l’enseignement au niveau national.
Et comme si ce n’était pas assez, il y a les traditions exogènes de toute origine, souvent mal digérées, mal appliquées qui transforment les esprit faibles en clowns sanglants. Comme le machisme obligé de ce jeune frère musulman qui essaie d’asservir une sœur mille fois plus intelligente que lui, elle qui aurait une petite chance de sortir de ce ghetto à la française qui n’ose pas dire son nom. Ou ces gosses qui sombrent dans la drogue par ennui et mimétisme. Ou cette rivalité entre cités qui remplace le nationalisme le plus aigu, le plus borné, auprès de ces jeunes sans repères, sans vraies racines.

Et partout l’affrontement verbal et physique, les codes d’une société primaire qui ne veut donner sa chance à personne… Les victimes innocentes, le sang répandu par bêtise et rage de primitif non bridé… Le désespoir se déguisant en fatalité, les conditions sociales qui écrasent, la pauvreté d’esprit et l’analphabétisme de fait qui s’installe dans les nouvelles générations, l’école qui ne peut plus jouer son rôle d’égalisateur et de formateur, en grande partie du fait de ceux pour qui elle serait le seul début de remède. La boucle est bouclée…
Le tout rejoint par une pauvreté matérielle sans issue.
Le sort des classesociales  inférieures actuelles.
C’est tout cela que vous trouverez dans 404 not found, un roman de la veine du néo-polar à la française des années 1970/80, revivifié et trempé dans la réalité du 21e siècle, avec un souci d’écriture que ses prédécesseurs n’atteignaient que rarement.
Une jeune fille, Déborah Rahmi, a disparu, on ne la voit plus au cours du lycée. Les flics finissent  par enquêter tout en se heurtant aux difficultés de ce milieu de jeunes, hostiles, sur les garde, enfants d’immigrés peu enclins à se confier.
L’équipe d’enquêteurs a ses propres soucis, ses conflits internes, une hiérarchie parfois aveugle, un collègue fortement atteint de racisme viscéral, mais dans son ensemble elle tient à faire son boulot dans les règles, et avec conviction. Pas toujours si simple, comme on le verra de leur côté. De plus, sur leur chemin ils croiseront des apprentis-terroristes minables, et plus de victimes innocentes…
La cité a des ressources sans fin pour produire les violences, les injustices et les malheurs du quotidien de leurs habitants. Ces flics le savent, les habitants le savent, sans qu’aucun d’eux ne puisse y changer quoi que ce soit.
Paris est loin. Très loin. De l’autre côté du pont…

Le roman de Hervé Decca est un sombre constat de l’échec humain et social de ces cités et de l’enseignement malmené. Sans être tout à fait nihiliste, le récit est d’un pessimisme constant, un compte-rendu réaliste des violences engendrées par le système, le tout vu de l’intérieur même du chaudron du diable.
Decca évite, la plupart du temps, les clichés et on sent le réalisme vécu de beaucoup de situations au sein du lycée, ayant été lui-même enseignant durant 10 ans dans le Val-de-Marne.
Une écriture serrée et précise, donnant lieu à un style concis mais très efficace, sachant planter ambiances et personnages sans en surligner les traits, accompagnés de dialogues qui font mouche,  nous donnent un roman à la lecture prenante et nous plongent immédiatement au cœur du récit. Et nous font vivre de très près cette chronique du désastre annoncé. Et de la violence ordinaire.
Un excellent premier roman que nous ne pouvons que recommander.

 
EB  (septembre 2012)

(c) Copyright 2012 E.Borgers 

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Hervé Decca- 404 not found
 
 



































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Mise à jour: 16 octobre 2012