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La fille des souterrains   

(Flickan under gatan - 2007)

Roslund & Hellström  
Sang d'encre - Presses de la Cité - 2012


 

Poursuivant notre exploration du thriller noir contemporain, nous avons sacrifié à la vague scandinave qui a envahi les nouveautés depuis quelques années.
Il s’agit cette fois d’un roman suédois à deux mains, qui, s’il est destiné à un public très large, conserve cependant certaines qualités essentielles qui en font un thriller dépassant la médiocre moyenne actuelle, et qui offre d’indéniables aspects du noir à la scandinave.

Avec un style d’écriture très simple, mais aussi une construction alternée plus recherchée, les deux auteurs nous font suivre les enquêtes croisées du commissaire Ewert Grens d’un district de Stockholm et d’une de ses adjointes, Marianna Hermansson.
Si la quarantaine d’enfants habillés identiquement mais trop légèrement pour affronter le cœur de l’hiver suédois, retrouvés errants dans les rues de Stockholm, bloquent tout le commissariat et créent un grande confusion car ils ne parlent que le roumain, le commissaire pris par une affaire de meurtre va finalement  confier la gestion de cette affaire « de fou » à Marianna, sa collègue d’origine roumaine, à la recherche d’une explication et d’une solution socile immédiate.

Le cadavre d’une femme est trouvé dans les sous-sols d’un hôpital, mais tout semble indiquer qu’elle fut tuée ailleurs, à coups de couteau. Grens se rendra assez vite compte que la fille de celle-ci, Jannike, avait été déclarée disparue quelque deux ans plus tôt, jeune fille qui vivait seule avec sa mère.
De son côté, Marianna se débattra au cœur d’un imbroglio international de trafic d’enfants, où même son collègue des services spécialisés allemands patauge et se débat contre le manque de coordination des états et leur indifférence, laissant la porte ouverte à tous les abus des esclavagistes qui exploitent les enfants dans plusieurs pays européens.
Que ce soient des enfants ne change rien à la rigidité des pouvoirs publics et à leur opposition à tout aide sociale pour les jeunes roumains.
Des recherches pénibles et assez longues finiront par orienter Grens vers le réseaux de tunnels qui truffent le sous-sol de Stockholm, tant pour les services des égouts, de l’armée que du métro, et où vivent des déclassés de toute nature : drogués, clochards ou encore psychotiques que l’état suédois a abandonnés sans soins ni encadrement.
Mais en bout de course, la solution du crime sera-t-elle une porte vers un sursaut d’intérêt pour les oubliés des tunnels, soumis à une case sociale qui arrange beaucoup des pouvoirs en place et la bonne conscience des citoyens ?

En conclusion, La fille des souterrains parvient à capter l’intérêt du lecteur dès le début du récit, malgré un commissaire Grens qui ne suscite aucune empathie, personnage bancal mais qui reste plausible dans son enfermement presque caractériel, et malgré ce qui devient un poncif absolu actuellement : les ennuis personnels, de préférence concentrés sur l’épouse (ici handicapée dans un accident grave et qui dans ce volume décline dangereusement suite à une erreur de l’hôpital). On pourrait regretter que l’épisode des enfants roumains se termine en queue-de-poisson, et avec peu de résonnance … mais en finale, dans la vraie vie on ne résout pas tout non plus. Par contre, les descriptions relatives aux tunnels et surtout aux délaissés qui les habitent, vibrent et résonnent, mènent le lecteur dans des ambiances surréelles qui sonnent juste ; certainement les chapitres les plus prenants et les plus aboutis de ce roman au suspense un peu trop construit vers la fin.
On sera également  sensible à cette mise en abyme toujours présente dans le roman d’une Suède qui a oublié sa vocation de havre social et qui, sous les pressions du « libéralisme » ambiant, détourne les yeux face aux plus délaissés de sa société.
Un bon roman qui exploite les eaux troubles du thriller tout en jetant un regard noir et questionneur sur les anomalies qu’il soulève...


EB (janvier 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Roslund & Hellström - La fille des souterrains
 
 


























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L'âge du doute    
-une enquête du commissaire Montalbano

(L'età del dubbio - 2008)

Andrea Camilleri 
Fleuve Noir - 2013

 
 

C’est le cadavre d’un homme défiguré, retrouvé par un bateau de plaisance à bord d’un canot  dérivant près de l’entrée du port qui conduira le commissaire Montalbano à mener l’enquête sur cette mort mystérieuse qui a tout d’un meurtre. Si la recherche de l’identité de cet homme préoccupe d’abord le commissaire, ce sera aussi le comportement bizarre du batrau qui a recueilli le mort, retardé et finalement resté au port pour ennuis de moteur, et que dire de cette nièce surgie de nulle part qui dit avoir rendez-vous avec la propriétaire du bateau, riche veuve qui semble passer sa vie sur son yacht avec un équipage de quelques hommes, et qui disparait aussi sec.
C’est dans ses contacts avec la Capitainerie du port que Montalbano va connaître la très jolie Laura, lieutenant en activité  qui lui fournira de l’aide pour les renseignements nécessaires sur les mouvements de bateaux et les équipages. Il se sentira attiré par la jeune femme, irrémédiablement et complètement, au plus il la côtoie.
Mais l’enquête va le mettre sur des pistes embrouillées qui nécessitent non seulemnt sa vigilance mais aussi tout son instinct.  Et, contre toute prudence, il se compliquera la tache en devenant amoureux transi de la belle Laura, se mettant dans des situations qu’il ne pensait plus être de son âge. Ses démêlés avec le Questeur borné, les risques qu’il prend lui et ses hommes pour infiltrer ce qui ressemble de plus en plus à du trafic illégal via des bateaux de plaisance, tout cela ne semble pas insurmontable pour  commissaire comparé à la folie qui le fait dériver vers la jeune Laura. Lui ! Montalbano, 58 ans…

Même si l’ombre de Simenon plane en permanence sur les enquêtes de Montalbano, L’âge du doute est certainement un des volumes de la série qui le plus ouvertement s’inspire du Simenon des Maigret, pour en bâtir l’intrigue et le cheminement de l’enquête.
Bien sur, on y retrouve le monde de Montalbano et la vie privée du commissaire sicilien, dans un épisode qu’on pourrait qualifier de maritime et qui pourrait porter le sous-titra de « Montalbano Amoureux »…
Même si Camilleri donne des habits de rêveries et de spleen à son héros quinquagénaire prononcé, si la fin du roman est assez sombre, on ne se départira pas d’une impression de survol  fournie par l’ensemble du récit. D’ailleurs le roman est assez court et est fait  presque à 95% de dialogues. Certainement une volonté expéditive de la part de l’auteur, même si on connaît son habileté à mettre en place des dialogues de qualité, naturels et bien construits…

Une intrigue pas tout à fait exploitée dans ses possibilités romanesques et un récit court sur pattes, ne font pas de ce volume un des meilleurs de la saga. Mais cela reste de qualité, un roman capable de capter toute l’attention du lecteur. Et de combler les inconditionnels du commissaire.

 
 
EB  (janvier  2013)
 

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Andrea Camilleri - L'âge du doute
 
 



























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Heureux veinard   

(Lucky Bastatd  - 2012)

S. G. Browne 
Série Noire - Gallimard - 2012
 

Curieux sujet pour ce roman qui se veut humoristique, et qui l’est par moments : la chance. Mais pas comme notion abstraite ou sujet de superstitions, mais comme commodité matérielle qui habite certains et qui peut être volée  par d’autres, une espèce de classe de privilégiés : les braconneurs. Mais ces derniers doivent normalement en faire bénéficier d’autres et ne peuvent garder cette précieuse marchandise pour leur usage personnel. Il en existe aussi divers grade de cette chance, de la Pure à la très commune de base.
Braconneur c’est le métier non avouable de Nick Monday qui est aussi détective privé à San Francisco, une bonne couverture mais aussi un métier qui lui sert dans les techniques de recherche de cette chance qu’il peut monnayer très cher. Très cher selon sa qualité.
C’est un don  héréditaire qui se transmetdans les familles, qui est à la base de cette occupation étrange : vider les chançards de leur trop plein de chance et la revendre…
Cela crée évidemment des envieux, des vocations de malhonnêtes qui veulent se servir de lui, et d’autres pour voler la chance de personnalités riches et discrètes, comme cherche à le faire ce vieux chef de la mafia chinoise.
Mais il y a encore d’autres prix à payer : une solitude quasi absolue, le rejet par sa propre famille qui sait de quoi il retourne, l’absence de vraie vie amoureuse, et on en oublie.
Les compensations : une vie aventureuse, pleine de rebondissements et de coups de pieds au cul, la fréquentation de jolies filles, et, j’allais oublier, un pouvoir absolu sur les serveuses de café dans fast-foods et officines à caféine diverses, des sommes d’argent rondelettes dont on n’a pas le temps de profiter…
Ce roman qui se déroule presque entièrement dans le centre de San Francisco, parmi artères, places et lieux très connus de cette city by the sea, évoque souvent les romans hard-boiled US des années 50 et leurs travers, jusqu’aux poncifs, mais il n’y a pas la rapidité voire la sécheresse de ton de l’époque dans ce texte. Et l’humour, s’il et parfois insidieux dans Sacré veinard, n’est que rarement mordant, au contraire des ses racines que nous avons invoquées. Mais ne vous y trompez pas, tout est campé dans un San Francisco hyper actuel, dégoulinant de modernité vulgaire (dont joue assez bien l’auteur, notamment en faisant de Nick un écumeur de tout débit de café genre Starbucks et autres lieux standardisés).

Un comble : le roman est souvent bavard dans ce récit que nous fait Nick de ce qui lui arrive ou est arrivé, ce que ça l’inspire et ses craintes. Il s’évertue aussi à nous expliquer et à nous détailler les techniques, exigences et précautions qui doivent accompagner tout transfert d chance. Jusqu’à la répétition.
L’humour est présent, nous l’avons signalé, mais il nous semble que cela manque un peu d’audace et que l’auteur hésite devant lr déjanté, alors que son sujet tel que traité est déjà du côté farfelu de la farce ! Dommage, car il tenait, je pense, de quoi faire du Marx Brothers…
Il faut dire que la traduction, assez hésitante, fait paraître l’ensemble encore plus en retrait .
Mais le comique de situation y a ses moments, de même que quelques flambées d’humour, ou encore des passages qui font entrevoir un bonne lucidité mordante de la part de l’auteur face à la modernité made in USA. A ce propos je ne résiste pas et vous cite la page 120 :
« …surtout aux Etats-Unis, où juger ses voisins est un croit divin, où la peur est propagée par les médias, où le désir est affiché sur des panneaux de huit mètres et fait l’objet de pauses publicitaires. »

Même si le roman se lit sans trop de déplaisir,  les 340 pages nécessaires à son traitement actuel auraient pu avantageusement être réduites de moitie, et ainsi éviter la dilution. Le format très longue nouvelle (novella) aurait suffit  amplement à l’intrigue et aurait pu renforcer le côté ironique et comique, voire second degré, du roman.
Pas de chance !

 
 

EB  (janvier 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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S.G. Browne
 
 



































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Mise à jour: 29 janvier 2013