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Les fenêtres murmurent   


Dulle Griet 
Presses de la Cité - 2013
 

Chacun à droit à une seconde chance… C’est ce que nous pensons et appliquons.
Comme nous n’avions pas vraiment été convaincus par la pertinence du précédent roman de cet auteur sous pseudo (voir nos commentaires sur Petits meurtres chez ces gens-là) dans ce qui semble donc bien être une série ayant pour titre « Les Mystères de Bruxelles », nous avons lu le second tome qui vient de paraître, à peine 8 mois après le premier.
Il s’agit de Les fenêtre murmurent, au titre tiré du texte d’une chanson de Jacques Brel. Sans doute pour faire belge… Nous n’avions pas souligné à l’époque, que le premier titre, aussi, évoquait une chanson de Brel (« Ces gens-là »), tellement cela nous paraissait évident !

Dans ce second roman, on retrouve les acteurs principaux du premier : l’improbable inspecteur(e) Lilas Klaus, et l’ex-inspecteur principal Serge Zwanze (sic), de la police judiciaire de Bruxelles. Et cette fois, la commune choisie pour y planter le décor est Anderlecht, située dans l’ouest de l’entité bruxelloise (la commune où résidait Jacques Brel et ses parents, et où il visitait encore son frère, rue de l’Obus, alors qu’il vivait ses premiers succès dans les cabarets parisiens- ndlr).
Si on pouvait craindre le pire, il convient de rassurer le lecteur : l’auteur a réussi à l’éviter.
Et on doit à la vérité de reconnaître que nous nous trouvons cette fois devant un roman assez bien construit,  à l’écriture soignée et qui parvient même à créer un ton.

Toute l’action a lieu autour de la place de la Vaillance, point central de l’Anderlecht historique (… de ce qui en reste), proche de la Maison d’Erasme, cet intéressant bâtiment aux multiples traces historiques et collections. La clinique Sainte-Anne y joue aussi un rôle important, puisqu’un des protagoniste, le trop beau Etienne Vandebiest,  y est directeur et sa femme, Georgette, au physique quelconque, chef de service.
C’est le meurtre de cette dernière sur un parking de la place de la Vaillance qui déclenchera l’enquête de Lilas Klaus et de ses services. L’enquête se portera évidement sur le voisinage, mais aussi sur le seul couple ami des Vanderbiest : Lucien et Martine Raskin, cette dernière très jolie, mais clouée dans un fauteuil roulant. Comme le malentendu s’est installé à propos de Georgette que Lucien semblait « draguer » un soir, comme cette dernière se sentait de plus en plus rejetée par son solitaire de mari, les chassés-croisés d’intrigues et d’hypothèses ne manquent pas et la police espère dès lors un témoignage pour avoir des renseignements sur l’assassin véritable. Peut-être de la part de ce violoncelliste reclus, souvent proche de sa fenêtre ouverte, asocial et jouant tous les jours de son violoncelle devant celle-ci ? Ou encore dans ce petit restaurant sur la place ?

Comme Les fenêtre murmurent présente une certaine cohésion, l’intention de l’auteur- plus palpable-  atteint presque son but : pasticher les intrigues policières, les caricaturer volontairement et les pousser à l’outrance dans leurs clichés. Soit. D’où un ton en toile de fond qui se veut ironique, mais qui n’atteint pas toujours son but.
On se retrouve en finale devant un monde hors de la réalité, presque intemporel, mais on n’y atteint ni le surréel ni l’humour décalé. Ni la vraie parodie. Et on comprend mieux pourquoi il  fallait marquer les chapitres d’une date de la fin février 2012, car tel que présenté tout aurait pu se passer n’importe quand dans  le 20e s.. Ou le 21e
Par contre, et c’est bienvenu, l’auteur a maîtrisé l’usage des références historico-touristiques à propos d’Anderlecht, n’en abusant pas et en les fondant dans le récit pour en faire un complément intéressant. Par ailleurs, si des ambiances surgissent ici et là dans le récit, Anderlecht reste un décor, et le lecteur ira chercher l’âme du lieu ailleurs.
Comme dans le précédant opus, tout se passe dans « la bonne bourgeoisie », au cœur de la jungle qu’est une famille sous l’examen balzacien (et brelien !). Le problème : la famille dans cette classe de nos sociétés a disparu, la classe elle-même est en voie d’extinction. Ce qui renforce ce côté intemporel que nous avons déjà souligné. Et si on y ajoute le style de Dulle Griet, parfois d’un ampoulé proche du suranné…

Les fenêtre murmurent est un roman de bien meilleure facture que le premier de la série « Les Mystères de Bruxelles » (*), même si les désirs de parodie et de caricature ne fonctionnent  pas vraiment (n’est pas Nadine Monfils qui veut), et qui peut se lire comme un whodunit légèrement décalé, souvent convenu  et tout à fait inoffensif.


(*) Les Mystères de Bruxelles : une facilité que s’accorde l’auteur. Nous ne pouvons croire qu’il avait Eugène Sue et son constat social en tête ! Quant à s’inspirer du titre de la série de Léo Malet, « Les Nouveaux Mystères de Paris » qui, lui, effectivement décrivait Paris quartier par quartier (via les arrondissements), cela s’arrête là. Car à moins de ne rien lire,  il est impossible de prétendre que le monde de Malet dans sa série, noir, vécu et populaire, soit  celui de Dulle Griet !!

 

EB (février 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Dulle Griet - Les fenêtres murmurent
 
 











































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Mortels desseins   
 

Serge Radochévitch 
Borderline - Territoires Témoins - 2013
 
 

Deuxième roman de cet auteur dans la collection Borderline, toujours avec Simon Bielik  comme personnage central (voir dans Polar Noir pour le précédent). Cette fois, si on a l’impression d’entrer à nouveau dans un jeu de piste mariant le whodunit et la petite ville de province pleine de secrets, dans Mortels desseins, en compagnie du reporter-enquêteur Bielik, on se retrouve propulsé dans des territoires moins bien balisés dès le second tiers de l’intrigue.
Passé trouble, lâcheté et noirceur font irruption et ne lâchent plus le lecteur jusqu’à la conclusion.  

Un clown sinistre s’attaquant au jeune notaire de  Bricourt, c’est déjà étrange, mais quand on apprend qu’il lui a coupé un doigt, la terreur s’installe doucement dans la petite ville tranquille. Surtout qu’un dessin étrange, sans signification, est laissé à la victime. Un dessin dont une copie va se retrouver dans d nombreuses boîtes aux lettres…
Quand ce sera au tour du marchand de meuble, attaqué et mutilé, la parano s’empare des citoyens, car il y a encore un mystérieux dessin, du même genre que le précédent.
Avec l’aide d’un ami peintre, vivant sur place, Bielik va diriger son enquête vers ceux qui ont côtoyé un trio d’amis assez spécial dont faisait partie les victimes. Abus et sexualité débridée étant deux des activités chuchotées dans la ville à leur propos.
La petite amie du journaliste essayera de lui donner un coup de main dans ses recherches, mais elle sera fort impressionnée par le bel auteur brésilien résidant momentanément à Bricourt. Au point que Simon la voit déjà dériver, loin de lui, alors que les indices piétinent et que les recherches s’enlisent.
Mais ce sera lorsque les témoignages divers lanceront Bielek sur la piste de la jeunesse du trio et d’autres du même âge, plus de 20 ans auparavant, que la personnalité de certains apparaîtra sous son plus mauvais jour. Et que l’enquête et l’obstination astucieuse de Bielek seront récompensées par de vrais indices. Et que les violences continuent dans Bricourt…

En évitant quelques écueils du roman de serial killer, et en variant la construction de son récit, Serge Radochévitch parvient à intéresser son lecteur jusqu’à la fin se ce court roman, même s’il sacrifie à la renaissance actuelle  de « l’événement (et/ou personnage) du passé qui explique le présent » de plus en plus présente dans les romans policiers les plus divers.
Le mélange de whodunit discret, de violence contrôlée et de noirceur affirmée fonctionne dans Mortels desseins.  Allié à une écriture plus recherchée que dans le premier roman,  cela nous donne cette fois un excellent compagnon de vacances.

 

 

EB  (février 2013)
 

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Serge Radochévitch - Mortels desseins
 
 

























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Une balade dans la nuit   

(The Cut - 2011)

George Pelecanos 
Robert Pépin présente - calmann-lévy - 2013

 
La reprise de la série de publications ‘Robert Pépin présente…’ depuis environ deux ans, nous a donné une suite de romans souvent intéressants d’auteurs divers, beaucoup très connus, mais avec des découvertes fruit de choix pertinents. Tous dans les domaines noir, hard-boiled ou thriller.
Cette fois, il s’agit de Georges Pelecanos, (A noter : l’excellente biblio française jointe, détaillée et complète, comme souvent chez calmann-lévy), un auteur bien connu des amateurs de romans noirs et de séries télévisées de grande qualité (dont The Wire, Treme) qui s’est attelé à un roman d’action très proche du thriller, tout en gardant de fortes connotations de roman noir et de réalisme dans les ambiances.
Cependant, Une balade dans la nuit ne brille pas par son originalité, ni dans l’intrigue (ni dans son titre !),  ni dans les fondements du personnage central, Spero Lucas, ex-guerrier des forces spéciales des US Marines, recyclé en enquêteur musclé mais prudent et organisé,  à la solde d’un ami avocat. Un enquêteur mercenaire, sans licence, payé à la tâche ou à la commission, et pas toujours regardant quant aux recherches qu’on lui demande d’effectuer. Ni au profil des commanditaires.
Comme cette recherche des colis de drogue volatilisés, livrés par des courriers express genre Fedex à des adresses anodines dans la ville de Washington où des complices les interceptent.
Sauf que lors des dernières livraisons, les colis avaient disparus avant qu’on puisse les récupérer ! L’organisateur du trafic, Hawkins, est toujours en prison attendant son jugement, ce qui n’empêche pas Spiro d’accepter : la paye sera bonne. 40% de la valeur des colis récupérés… La part normale que réclame Spiro.
Obstiné et accrocheur, pragmatiques, connaissant beaucoup de monde, Spiro va se lancer sur la trace des colis en fouillant dans ce monde interlope de Washington vivant d’expédients et de rapines. Quant ce n’est pas de meurtres. Côtoyant aussi la pègre Black dans des quartiers à population noire, ce qui ne le dérange pas vraiment, lui qui vient d’une famille où les adoptions diverses avaient mélangé les couleurs des gosses (Rappelons que Washington en fin de 20e s. était devenue la plus grande ville noire des Etats Unis- ndlr)
La route prise par l’enquêteur sera sinueuse, on s’en doute, et dangereuse. De plus en plus au fur et à mesure que Spiro cernera le cœur du problème. Et finira dans la confrontation ouverte et les duperies les plus meurtrières.
Mais Spiro Lucas en a vu d’autres et il connaît bien sa Washington délinquante. Trop bien.

Heureusement, si le cœur de l’histoire que nous raconte ce roman n’est pas très innovant, il y a le talent de Pelecanos qui l’emplit de connotations sociales précises, de milieux familiaux qui sentent le vécu et d’ambiances journalières ancrées dans ce Washington que l’auteur connait si bien pour y vivre. Comme ces milieux de descendants d’immigrés grecs, dont il fait partie, et qui sont récurrents dans son œuvre. Il ajoute un brin de modernisme au texte comme souvent en faisant appel à la musique pop de genre, mais ici il cite aussi quelques références à des romanciers que les aficionados du noir identifierons immédiatement. Il y a aussi cette volonté de décrire avec précision les itinéraires et noms de rues, tout en soulignant à l’envi les marques de fringues et les magasins où s’habillent les divers personnages croisés dans le récit. Une espèce de soulignement de réalisme, qui dans les histoires filmées du même ordre, est souvent présent dans l’image.
Si la traductrice, heureusement, décode nombre de références de la culture populaire actuelle et les mouvements divers présents à Washington dans des notes bienvenues, on reste assez réservé quant à la traduction qui nous livre un texte français assez plat, manquant souvent d’inspiration (*). Ajouté au côté serial-thriller conventionnel un peu trop prononcé, cela ne fait pas de Une balade dans la nuit un des meilleurs Pelecanos. Mais ce roman se laisse lire sans problème, et le métier confirmé de George Pelecanos conjugué à son réel talent, en font un thriller sombre au dessus de la moyenne.

 (*)… et qui de plus, page 131, nous livre un calibre improbable : «  …son arme de service, un Glock calibre 17 ». Nous sommes persuadés qu’il s’agit du modèle 17, le plus célèbre de cette marque ! Pour compléter la doc d’Elsa Maggion, ajoutons qu’il tire du 9 mm, ce pistolet… Pauvres de nous. Pour comprendre l’ampleur de ce genre d’inepties, encore trop présentes dans l’édition française actuelle, vous pouvez vous reporter à notre article détaillé La valse des calibres, dans Polar Noir.

 

EB  (février 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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George Pelecanos - Une balade dans la nuit
 
 



































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Le dernier roi de Brighton
   
 -la trilogie de Brighton 2 

(The Last King of Brighton  - 2011)

Peter Guttridge
Rouergue Noir - Éditions du Rouergue - 20013
 
 

Second volet de la trilogie criminelle consacrée à Brighton, célèbre ville balnéaire anglaise,
Après les démêlés de chef de la police locale, Robert Watts, avec les corruptions des divers pouvoirs régentant la ville, débouchant sur sa démission (voir commentaires sur le premier roman dans Polar Noir), on le retrouve cette fois comme conseiller et enquêteur non officiel sur des affaires qui ont trait aux meurtres à la malle non élucidés, et qui remuent une nouvelle fois un passé obscur mêlant police, pègre et un père auteur à succès ayant eu une vie dissipée et souvent irresponsable. Mais les recherches de Watts se déroulent dans un arrière-plan actuel qui est secondaire dans ce tome-ci de la trilogie, si ce n’est que pour croiser en finale , brièvement, ce qui est au cœur du roman : l’ascension et la chute du Roi de Brighton, ce truand discret et cultivé qui régenta toutes les activités illicites de la ville de 1970 jusqu’à nos jours.

John Hathaway, fils de Dennis caïd régnant sur les affaires louches de Brighton, en action depuis l’après-guerre, était pourtant tenu à l’écart des activités de son père durant toute sa scolarité. Au point de former en 1963, avec son pote Charlie,  un petit orchestre de rock comme beaucoup de jeunes de l’époque. Les Avalon auront assez vite du succès dans la région, et au fil des mois John se consacre de plus en plus à la musique et à cet orchestre. Jusqu’à ce qu’il expérimente le pouvoir de son père, en découvrant que c’est lui qui impose de plus en plus l’orchestre dans des salles et pubs. Que c’est lui qui est derrière la liaison torride qu’il entretient avec Barbara, jeune femme plus âgée que lui et que c’es lui qui a introduit des vendeurs de drogues diverses dans le circuit des concerts. Un pouvoir qu’enfant il soupçonnait déjà, tout en sachant instinctivement que le sujet restait tabou dans la famille.
Mais l’argent facile, la vie décalée de la nuit, les tentations des groupies, le respect qu’il lit dans les yeux de ses opposants… autant de sujets actuels qui le font écouter de plus en plus attentivement son père et ses acolytes aux activités illégales. Jusqu’à y prendre part, de loin mais efficacement, en évitant toute compromission dans les crimes de sang. Mais la vie de truand, même intelligent est-elle aussi simple, aussi protégée ? Surtout que Charlie qui l’a suivi sur la piste illégale, semble bien plus froid, bien plus violent, bien plus efficace…
Jusqu'au jour où dans les années 2000, on retrouvera le comptable des affaires légales et autres de John, empalé sur un énorme pieu sur la plage, au vu de tous.
Une fin atroce, une lente agonie. Comme l’histoire de John Hathaway ?

Mieux maîtrisé que le premier tome dans sa construction et dans son écriture (bien que nous ne comprenons pas pourquoi nombre de paragraphes  d’introduction et de jonction entre récits différents soient d’une écriture aussi simpliste, contrastant avec la bonne tenue du restant), Le dernier roi de Brighton décortique habilement la vie atypique d’un truand de haut vol à la vocation assez tardive. Une analyse faite avec  lucidité dans un cadre très bien documenté, dont le Brighton d’alors, et surtout le milieu rock anglais des années 1960, avec de nombreuses références à des groupes et de la musique de cette époque (de plus, les chapitres relatifs à ces années, portent tous comme titre un titre de chanson rock ou pop de l’année concernée).
Une destinée sombre et dramatique décortiquée dans ce qu’elle a de sinistre, de perte de sens moral et d’autodestruction. Dans un cadre de société amorale, assoiffée de pouvoir, d’argent facile et de satisfactions personnelles à tout prix.
Si Peter Guttridge laisse une fois de plus cours à son penchant aux intrigues familio-mélodramatiques dans les intrigues secondaires tournant autour de Watts, elles ne sont plus aussi envahissantes, même si les relations entre les familles et protagonistes restent complexes.
Un bilan plus que positif : Le dernier roi de Brighton est un roman prenant, bien que n’évitant pas toujours les excès ; il nous plonge au cœur de la vocation criminelle sans l’alibi facile de l’enfance tragique ou de la perversion innée…

PS : le troisième tome de la série est déjà publié en GB sous le titre « The Thing Itself »

 

EB  (février 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Peter Guttridge - Le dernier roi de Brighton
 
 





























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Mise à jour: 23 février 2013