livres
 
 
Un jambon calibre 45   

(Un jambón calibre 45 - 2011)

Carlos Salem
Actes Noirs - Actes Sud - 2013 
 

Ce nouveau roman de Calos Salem est dans la lignée des précédents, un mélange subtil de picaresque, de personnages rocambolesques et allumés, dans un récit flirtant avec le surréel.
Hors de notre réalité, devrions nous dire. Car réalistes, ils le restent tous dans cette histoire de vagabond intercontinental mis en danger par son hôtesse trop généreuse et par sa propension à cueillir le jupon. De plus, Nicolás Sotanavsky, Argentin perdu en Espagne, presque sans ressources, est un dragueur passif, un tombeur malgré lui. C’est ce qu’il essaie de nous faire croire dans son récit aux péripéties incessantes alors que des truands locaux le coursent dans l’espoir qu’il restitue un butin inconnu. Tout cela  sous prétexte qu’il habite maintenant dans un appartement temporairement non occupe, à Madrid, chez cette Noela  partie en vacances sans qu’on sache où, et qu’il ne connaît pas. Pas plus que ses activités.
Heureusement, il fait la connaissance de la meilleure amie et associée de Noela, la très belle Nina, aux appétits sexuels insatiables, et qui semble l’avoir à la bonne. Au point qu’il finit par croire qu’il pourrait encore tomber amoureux… Lui le déçu qui fuyait sa dernière relation, « …largué, mais content ».
Menacé de mort s’il ne livre pas Noela ou le butin dans moins d’une semaine, les maffieux lui ont collé un tueur format mastodonte aux basques, chargé de l’abattre en cas de problème, ou à l’échéance. Un malabar, un ex-boxeur aux doigts gros comme des jambons, nommé (tenez-vous) Serrano. Mais sur la piste de Noela il rencontrera un privé effacé détenteur d’infos cruciales, nommé (tenez-vous bien) Felipe Mar López… qui va essayer de l’aider. Comme aussi cette amie réservée et attentive qui lui procure des informations.
Dans le chapelet de déboires et de coups durs qu’il ne manque pas d’expérimenter, Nicolás sera heureusement sermonné par un chat noir et blanc, philosophe et railleur qu’il croise régulièrement.
Tout cela ne le fera toujours pas marcher droit, lui qui ne sait pas résister aux femmes, à un petit verre ou à sa sacro-sainte indépendance. Ni  à Nina.
Buenos Aires lui semble de plus en plus lointaine, home et refuge inatteignable.
Mais tous ceux qui veulent lui faire la peau sont bien réels…

On l’a compris, on retrouve dans Un jambon calibre 45 une galerie de personnages décalés, attachants, propres à l’univers de Carlos Salem. Tous s’agitent sous le soleil impitoyable de l’aout  madrilène, prisonniers d’un monde ou tout peut arriver. Un tueur amoureux sensible à la poésie, un chat qui parle, une jeune femme qui se veut schizophrène pour libérer sa libido, un héro perdu dans ses propres fantasmes, une érotomane prévenante et on en oublie.
Au-delà de l’humour évident et de certains aspects parodiques, on retrouve tout ce qui fait l’intérêt d’un auteur comme Carlos Salem : rythme du récit, ton narquois, écriture contrôlée et efficace, bienveillance pour tout ses personnages.
Et aussi ses obsessions, que nous avions déjà soulignées pour les romans précédents : personnages aux personnalités multiples et révélation soudaine de la vraie nature de certains autres, sans oublier la musique (même si ici elle joue un rôle moins développé que dans les romans précédents).
Faites-vous plaisir, lisez Carlos Salem.

 

EB (février  2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>

 
 
 
 
 
 
 
 

Calos Salem - Un jambon calibre 45
 
 



























Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 
Balancé dans les cordes  
 

Jérémie Guez
J'AiLu - n° 10152 - Flammarion - 2013
(a été publié précédemment chez La Tengo, 2012)
 
 

Ce roman a directement été remarqué dès sa sortie en 2012, au point de recevoir le Prix des Lycéens et de se retrouver sélectionné pour le prix Polars SNCF 2013.
Il faut dire qu’il tranche sur les productions hexagonales actuelles, non pour son côté noir ou social, mais par son écriture minimaliste assez bien contrôlée et son caractère existentiel dans lequel baigne tout ce récit fait à la première personne, et au présent pour en accentuer l’immédiateté.
Si le trajet de Tony, ce jeune des banlieues qui trouve une voie et un exutoire dans un entraînement régulier et serré à la boxe, n’est pas une trame très originale dans le domaine du policier noir, il faut admettre qu’il n’est pas fréquent dans le polar français, et encore moins avec ce traitement que lui applique Jérémie Guez qui rappelle plus les romans américains behaviouristes de la grande époque que le polar à la française.

Tony, soutenu et poussé par son oncle depuis sa jeunesse sans père, va passer aux combats de boxe de pro et donc doit s’entraîner d’arrache-pied. Sa vie dans les cités d’Aubervilliers est relativement simple car, travaillant dans le garage de son oncle,  il est resté à l’écart des magouilles et trafics que les immeubles abritent, certains de ces trafics étant même dirigés par un des rares amis qu’il ait jamais eu. Par contre, sa mère avec qui il vit seul est en proie à tous les démons du désespoir : alcool, drogue et amants de passage. C’est d’ailleurs dans le ramassis de demi-sels de toutes ethnies auxquels elle s’accroche le temps d’une soirée que Tony va rencontrer son destin alors qu’il veut se venger de l’un d’eux qui a fait tabasser sa mère. Devant faire appel à Miguel, le caïd d’Aubervilliers, et sa bande, pour assouvir sa haine, il devra en contrepartie leur rendre beaucoup plus : une partie de son âme et ce qui lui reste de destinée…

Ce n’est pas par hasard que David Goodis, roi de la destinée ratée et du roman noir couleur bitume, est cité en exergue. Le rythme soutenu de Balancé sans les cordes, porté par le style d’écriture dont nous avons parlé, emporte vite le lecteur dans son univers sombre et froid, et ne le lâche plus, en roue libre vers le fracas des destins.
Ce court roman (et ce n’est pas un point négatif…) examine le parcours de ce jeune boxeur de banlieue sans complaisance et sans chercher l’embellie ou le clinquant. Roman sobre, retenu, où on est mis face à toutes les étroitesses de vue des protagonistes livrés à eux-mêmes et le peu d’espoirs que leur laisse une société qui ne peut que les ignorer. Se basant sur des codes simplissimes, ces acteurs de tous les drames se retrouvent vite confrontés au sang, à l’injustice et à la mort. Dans l’indifférence totale.

Un bon retour aux sources du roman noir à l’américaine, et la confirmation d’un auteur, Jérémie Guez, au potentiel plus que prometteur.

PS : Ce roman est le deuxième volet (après Paris la nuit) d’un triptyque annoncé, consacré au grand Paris

 

EB  (mars 2013)
 

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Jérémie Guez - Balancé dans les cordes
 
 



























Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 

Le coup de filet   

(Rizzagliata - 2009)

Andrea Camilleri 
Fayard  - 2012 

 
Roman qui ne met pas en scène le commissaire Montalbano (de la série du même auteur), mais fait partie des nombreux autres ouvrages publiés par Andrea Camilleri dont une bonne partie a finalement été traduite en français.
Le coup de filet  nous est raconté en suivant les faits et hésitations de Michele Caruso, directeur du journal télévisé de la RAI régionale à Palerme. Devant rapporter ce qui se sait de l’assassinat d’Amalia Sacerdote, la fille d’un puissant politicien local en vue, et de la mise en examen de son jeune fiancé, Manlio Caputo, fils d’un député de gauche très influant, Michele est en alerte : à la fois son instinct et sa grande expérience des dangers potentiels d’une info diffusée impliquant des politiques, même de manière indirecte, l’obligent à redoubler de prudence et à multiplier les tractations dans les coulisses. Michele agissant surtout pour Michele, et pour ne pas déplaire aux vrais tireurs de ficelles, les vrais dangereux.
C’est un monde que Michele connait bien, ayant lui-même épousé la fille d’un politicien manipulateur, qui ne fut pas étranger à ses succès professionnels. Mais tout est compliqué par la présence d’Alfio Smecca comme présentateur des journaux télévisés, qui dans les coulisses devient de plus en plus retors et indépendant. Alors qu’il n’a pas l’envergure nécessaire, le tout étant compliqué par le fait  que, Michele, séparé de sa femme, vit une liaison passionnée et occulte avec Giuditta l’épouse de Smecca ! Mais tout cela n’a rien d’un vaudeville à la française…
Les enjeux sont élevés, la politique prend le dessus comme dans le cas de Manlio, ce coupable de circonstance que tout le monde sait innocent… Avec l’aide de la police, de certains juges, et de pressions habilement exercées, tout semble possible. Au point de déstabiliser tous ceux en rapport avec cette affaire.
Officiellement on recherche activement un assassin, officieusement  Michele Caruso sait très bien que les enjeux en sous-main sont plus importants et peuvent se révéler dangereux pour les curieux. Ou les maladroits.
Mais Michele a l’habitude de survivre dans ce vivier de requins. Sans état d’âme, dans cet amalgame politico-médiatique où les nominations n’ont rien à voir avec les compétences. Où les relations amoureuses ne sont que des marchepieds pour carriéristes, ou des centre de renseignements. Un monde où on souffle le faux et où on dissimule toutes ses intentions.
Où certaines affaires peuvent faire couler le sang plus vite que l’encre….

Dans ce roman centré sur ce directeur de service télévisé, et se déroulant durant un laps de temps assez court, ce ne sont pas tellement les dessous d’une organisation omniprésente et au pouvoir presque absolu comme une chaîne de TV et son service d’infos qui intéressent Camilleri, mais bien ceux de la collusion et des échanges subtils qui peuvent exister entre le pouvoir politique, avec ses membres influents, et les journalistes impliqués, ainsi que les gestionnaires tapis dans les coins moins éclairés de la chaîne. Et on sent que Camilleri se complait dans la description clinique  du  machiavélisme ordinaire de tous les intervenants, leur arrivisme pervers et leur amoralité totale.
Mais on est en Italie. Il est vrai qu’en France (ou ailleurs) ce ne serait pas possible : pas de journalistes épousant des politiques en vue, pas de nominations à soutien politique, pas de journalistes alliés à l’argent… !
Le nœud de vipères sicilien s’agite, les occupants mordent tout ce qui bouge, mais jamais vers le haut, jamais ceux qui exercent une quelconque influence.
Et l’auteur s’amuse à observer froidement les plus malins qui ont au moins deux coups d’avance et qui savent retirer leur épingle du jeu toujours au bon moment. Mais la crainte du faux pas hante leurs journées, même si au petit jeu des devinettes politiques ils excellent. Ils peuvent esquiver, mais pas vraiment contrer les puissants tireurs de ficelles, alliés à la mafia,  à l’argent, inégaux devant les enquêtes de justice et ne reculant devant rien.
C’est un roman.

  

EB  (mars 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Andrea Camilleri - Le coup de filet
 
 



































Listes livres
 
 
 

 


 
La vieille qui voulait tuer le bon dieu   
 

Nadine Monfils 
Belfond - 2013
 
 

Réjouissez-vous, il s’agit de Mémé Cornemuse  3.0 ! On retrouve l’inénarrable vieille dame indigne, trash et kitsch, des deux précédents romans (rencontrée dans l’opus de joyeuse mémoire : Les vacances d’un serial killer), qui, après ses démêlés avec la police dont elle se voulait auxiliaire prête à tout dans le volume précédant, se retrouve ici concierge d’un immeuble à appartements multiples de la ville de Pandore. Une ville où tout peut arriver, et où tout arrive…

La vieille allumée, tout aussi érotomane et vertement acariâtre que par le passé, se trouve confrontée à un immeuble dont elle s’occupe à ses moments perdus, sauf pour ce qui est de la correspondance de ses locataires qu’elle lit assidument. Si ses passions habituellement mortifères pour son entourage semblent plutôt calmées, elle n’en reste pas moins prête à en découdre ou à dépecer des cadavres si sa logique l’exige. Comme avec le mari de Ginette, épouse obéissante qui entretient son imbécile de mari macho et fainéant, et qui retrouve soudain le cadavre de son non-amé dans son appartement, mains et pieds coupés. Mémé a bien dû se porter volontaire pour s’occuper du  désossage final, pour aider Ginette… mais surtout pour empêcher que la police ne débarque alors qu’elle fait creuser un tunnel à une grande brute demeurée pour cambrioler la bijouterie voisine.
Et ne croyez pas que le restant de cet immeuble lui fiche la paix à Mémé : entre une schizophrène, un bouseux qui entretient une ferme basse-cour d’appartement, les deux cinglés qui préfèrent leur chien à n’importe quel enfant, la Ginette qui se transforme en enquêtrice à la cervelle de piaf … c’est à peine si Mémé Cornemuse a l’occasion de se livrer à ses occupations préférées : vols, espionnage, chasse aux godelureaux bien montés, clairvoyance rémunérée… Ses hobbies de prédilection. Et ça va pas se calmer, croyez-nous. Si on vous disait que la vieille se découvre soudain une fibre familiale ?  Vous prendriez vos jambes à votre cou… Et vous auriez raison. Car elle n’a pas cessé d’être terrible, la Mémé ! Toujours sans renoncer à sa belgitude (*soyez rassurés, les bas de pages permettent aux ignares de suivre les finesses du vocabulaire d’Outre-Quiévrain sans problèmes…).Toujours sous l’œil attentif de son idole, mâle absolu et philosophe du néant : JCVD !

Dans ce troisième roman consacré à sa Mémé trash et délurée que nous offre Nadine Monfils sont reprises la plupart des recettes qui ont fait la renommée des précédents : humour noir et décalé, paillardise de collégiens, Grand Guignol sanguinolent, kitsch popu, personnages en mal de neurones mais pas d’imagination. Mais parler de recette est trop simple car il y a aussi l’écriture de l’auteure qui nous tient au tournant des pages tout en distillant une ironie continue et un climat de conte onirique pour barjots.
La vieille qui voulait tuer le bon dieu réussira peut-être dans ses entreprises, mais le roman, lui, réussi à emporter le lecteur vers des rivages faits de rigolade, de jeux de mots ringards, de péripéties dignes de l’Almanach Vermot, de ricanements malsains devant le sanguinaire, de la transgression toujours politiquement incorrecte. Que demander de plus ?

 

EB  (mars 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>

 


 
 
 
 
 
 
 
 

Nadine Monfils - La vieille qui voulait tuer le bon dieu
 
 



























Listes livres
 
 
 

 


 

                                                                                                                                             Autres livres >> 


Mise à jour: 15 mars 2013