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Fleur de cimetière   

(Cemetery Girl - 2011)

David Bell 
Actes Noirs - Actes Sud - 2013
 

Ce roman en forme de long suspense est le récit que nous fait Tom Stuart, prof d’université, de son incapacité d’oublier sa fille de 12 ans, disparue quatre ans plus tôt. Sa femme, Abby quant à elle a décidé de tourner la page et pour marquer l’événement de faire ériger une stèle funéraire dans le cimetière proche, ce qui permettrait à elle et son mari de faire définitivement le deuil de leur petite fille, Caitlin . Avec l’aide du pasteur dont se rapproche de plus en plus Abby, la cérémonie est préparée. Mais Tom n’accepte pas l’idée de cette rupture définitive, fait de plus en plus pression sur l’inspecteur chargé du dossier car il a eu vent d’une vague témoignage d’une jeune strip-teaseuse qui prétend avoir vu Caitlin, avec un homme âgé.
Et ce sera le coup de théâtre, la police retrouve une Caitlin en bonne santé, mais négligée, abandonnée. Et qui refuse de parler ou de mettre en cause un éventuel ravisseur. Même chez elle, avec son père elle poursuit son mutisme au point de déstabiliser son père pour qui elle représentait tout, pour qui il a toujours montré un amour paternel sans faille…encore maintenant, malgré les difficultés.
Que reste-t-il de sa Caitlin ? Il ne peut envisager un avenir sans sa fille retrouvée qui s’enferme et s’isole de plus en plus. Mais la route sera longue, Tom le sait et il est prêt à toutes les concessions. Même à perdre sa femme qui s’éloigne de plus en plus de lui. Jusqu’à ce que la police retrouve celui qui a plus que probablement enlevé Caitlin, cet homme âgé qui l’aurait maintenue à ses côtés durant quatre ans. De force ?

Grâce à l’écriture très soignée de David Bell, on est vite englouti dans le monde et les obsessions de son personnage, le professeur Stuart, une écriture sans coup d’éclat inutile ni effets à deux balles mais qui capte le lecteur dès les premières pages. Un climat et une construction qui alimentent un suspense qui s’installe lentement et ne fait que se développer au cours du récit à la première personne de Tom Stuart. Tous ces éléments, écriture en tête, nous donnent comme résultat une première moitié de roman assez remarquable pour ce genre de fiction.
Si on comprend que, par la suite, le professeur est de plus en plus perturbé et de plus en plus fébrile, ce qui déteint sur la manière dont il nous raconte les événements qu’il vit ou qu’il anticipe, l’écriture semble cependant devenir plus floue que nécessaire et ajoute à une certaine confusion qui s’installe dans le denier quart de l’intrigue.
A noter que la traduction française soutien admirablement le texte (surtout dans la première partie plus élaborée comme nous l’avons souligné), et donc n’est pas ici l’élément perturbant.
Afin de préserver le futur lecteur, vous comprendrez qu’on ne puisse entrer dans les détails de la conclusion, ou dans les péripéties qui y conduisent, mais elle nous est apparue un peu faible comparée à la qualité de la construction qui précédait. Soulevant même plus d’ambigüités que ce que l’auteur semblait rechercher pour sa finale.
Fleur de cimetière reste malgré tout cela un très bon thriller/suspense sombre, nettement supérieur à la moyenne, même s’il évite les profondeurs glacées et existentielles du noir absolu.

 

 
EB (mars 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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David Bell - Fkeur de cimtière
 
 























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Cognac Blues  
 

David Patsouris  
Rouergue Noir - Éditions du Rouergue - 2013

 
 

Les confessions d’un tueur à gages.
Mais ce n’est pas un tueur impitoyable, fermé et professionnel comme nous l’ont souvent mis en scène le cinéma et la littérature américaine. En fait, Charly provient du rayon du dessous, tueur presque uniquement par nécessité financière, mais appliqué, consciencieux et efficace. Sans état d’âme. Sans armes à feu. Avec un certain détachement.
Sans perdre sa lucidité, comme lorsqu’il doit tuer un des petits propriétaire de vignes à Cognac, syndicaliste acharné qui ne veut pas plier face aux ukases des grosses maisons de négoce formant cartel et défendues occultement par un homme à deux visages, un notable négociateur des intérêts des producteurs et en sous-main « facilitateur » asservi aux groupes internationaux régissant le commerce du cognac. Son patron, celui qui lui donne les ordres par personnes interposées.
Quand le notable lui suggèrera un nouvelle « action », Charly se rebiffe. Frontalement.
Il sait qu’il est une des pièces sensibles d’un jeu pourri, mais son caractère lucide prend le dessus. Malgré l’argent facile, malgré le support de ceux qui ont le pouvoir. Il sait qu’il sert un monde organisé contre lui, contre sa classe des sans ressources…
Malgré Gail, jeune femme qu’il a rencontré peu après le meurtre, qui partage son farniente alimenté par le pactole qu’il a touché, Gail dont il tombe peu à peu  amoureux fou, lui qui n’extériorise jamais ses sentiments ; malgré un attachement anormal à cette femme qui l’aime en retour et qui ignore ses vraies occupations, il continuera son chemin personnel alimenté par sa clairvoyance. Un chemin  qui devient de plus en plus dangereux. Trop de gens ont avantage à ce qu’il disparaisse. Vite….

 
Cognac Blues, aurait pu s’intituler « les états d’âme d’un tueur occasionnel » face à ce récit fait à la première personne. Mais les reproches exacerbés exprimés par le personnage central et un décor  bien planté de luttes sociales autour des exploitations de cognac ainsi que le déclin de la ville de Cognac, donnent d’emblée une couleur différente aux confidences de Charly. Comme aussi le ton rageur que prend le récit aux moments de lucidité du tueur. Charly, ce personnage emprisonné dans ses propres limitations, ses incohérences froides et raisonnées. Sa médiocrité. Et qui s’en rend compte…
Si l’écriture attentive et travaillée de David Patsouris soutient très bien les diverses tonalités du roman, il faut souligner que par moment elle dérive vers l’exercice de style, surléché, conventionnel et clinquant. Heureusement ce n’est pas la règle de tout le roman, rapide, direct, qui, répétons-le, a su trouver la plupart du temps un ton personnel et un style. Ainsi qu’une approche intéressante.
Un très bon premier roman.

 
 

EB  (mars 2013)
 

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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David Patsouris - Cognac Blues
 
 


























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Pliera bien qui pliera le dernier   

Margot D. Marguerite  
Le Poulpe n° 280 - Éditions Baleine - 2013

 
Une contorsionniste qu’on retrouve « suicidée » dans un aquarium de 40 sur 60 cm, c’est pas courant. D’autant plus que Le Poulpe l’a connue. Charnellement. Avec un service spécial post coitum, durant lequel un gros bras lui avait fait la grosse tête, alors que la belle disparaissait. Pour réapparaitre dans les canards, rubrique faits très divers… Gabriel va se lancer illico sur la piste  du cirque mené par Godon Zola qui avait employé la belle. Dans le Lot. Et ce ne sera pas le gros pour notre Poulpe qui va s’en prendre plein les tentacules, à commencer dans le campement du cirque à  Chafouille-Moiletillac, pour finir dans les pattes expertes de la police qui essaye la méthode de choc vintage, label années 50, pour lui faire avouer deux meurtres.
Pas le temps de glander pour Le Poulpe qui s’accroche et mord la piste des assassins. Et il sait qu’en bout de course il n’aura aucune belle, même pas sa Cherryl qui s’est mise aux délices du lesbo, avec son assistante en salon de beauté… Mais c’est un têtu, Gabriel Lecouvreur.

Jeux de mots nageant dans l’à-peu-près, blazes dignes de L’Épatant et des belles images, intrigue prétexte qui ose les outrances de langage, un style et une écriture  qui tricotent l’humour verbal et scriptural, quelque chose entre Audiard (Michel) et Antonio (San, première période). Avec aussi des morceaux de violence musclée, qui, si elle se veut parodique, entre malgré tout dans le saignant. Un Poulpe éloigné du canon tout en y adhérant par principe. Une fin très ouverte mais qui évite les courants d’air…
Notre justicier dans Pliera bien qui pliera le dernier est embarqué dans des aventures qui se télescopent à tout berzingue, préoccupé de justice, bien sûr, mais englué dans un récit que l’auteur a voulu d’abord d’humour, et il y réussit. Le comique qui vous fera sourire et souvent rire, est dans l’orientation donnée au langage du texte, vous l’aurez compris, et pas tellement dans les situations, ni les personnages.
Un bon petit Poulpe qui remplit son office et comblera ceux qui apprécient l’humour non guindé penchant parfois vers le surpoids.

PS : L’arme de poing très floue a à nouveau frappé. Comme l’auteur le répète souvent et que pour chaque arme, se voulant précis, il décline le calibre qu’elle tire, nous signalons que l’arme de James Bond, de petite taille était le Walther PPK, et non le Walther PP qui était un pistolet venant de la même époque mais plus grand et plus lourd que le modèle K…
Page 226 : «Je replace mon petit Walther PP chambré en 22LR de James Bond dans la ceinture… » ; le même genre de description apparaît, morcelé, bien plus tôt dans le texte, et à répétition.
Nous ne pouvons que conseiller la lecture de notre article ‘La valse des calibres’, dans POLAR NOIR, qui parle en détail de la maltraitance des armes de poing dans le polar... et  illustre le PPK.

 

 

EB  (mars 2013)

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Margot D. Marguerite - Pliera bien qui pliera le dernier
 
 



























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Le Poulpe
 
Fauves entre eux   
 

Claude Charles 
Dépendances - Territoires Témoins - 2013
 
 

Une petite unité française de production d’électronique spécialisée est dirigée par une des filles du fondateur décédé, Isabelle, dont la sœur plus frivole, détachée des affaires, est mariée à Mathias, l’ingénieur des recherches et  mises au point qui fait évoluer la boîte ; une firme qui prospère gentiment sous la houlette assez rigide, mais rationnelle d’Isabelle.
Mais tout sera perturbé par l’accident de voiture en montagne d’Alice dans lequel elle meurt carbonisée.
En dehors de la redistribution des cartes qui font de Mathias un des actionnaires principaux, Jean-Luc, le mari d’Isabelle, parvient à se positionner comme second de la hiérarchie revue parIsabelle. Mais tout n’est pas pour le mieux, ni pour la firme ni pour le jeune veuf : les tiraillements incessants entre son beau-frère Jean-Luc, arriviste envieux, et lui-même ne lui permettent pas de voir l’avenir sereinement : la femme qui était tout pour lui est morte, le laissant désemparé, son travail ne l’intéresse presque plus.
C’est en découvrant son journal intime, que Mathias se rendra compte qu’Alice entretenait une liaison torride avec son beau-frère. Et beaucoup d’autres choses abjectes qui le détruisent… C’est alors qu’il laisse entrevoir au beau-frère qu’il sait que sa femme, Alice, n’est pas morte d’un accident mais d’un meurtre organisé, planifié.
Les conséquences seront dévastatrices et l’édifice maintenu par la PDG Isabelle sera sapé par la base. D’autant que maintenant, à cause de Jean-Luc, son mari, une enquête de police est lancée …
Mais qui sera coincé sous les décombres de la vie professionnelle et familiale si bien contrôlée de la PDG? Quelles seront les victimes  de la bombe à retardement déclenchée par Mathias, ce beau-frère jusque là si réservé?

Court roman habilement construit autour d’une idée de vengeance machiavélique, agrémentée d’un chaudron familial en pleine ébullition où trahison, amour et cupidité s’entrechoquent allégrement.
Si les personnages secondaires sont souvent esquissés sans profil propre, penchant vers le convenu, les personnages principaux ont une consistance suffisante que pour étayer le récit central, dont une bonne partie tient du suspense. Récit qui capte le lecteur assez vite et le maintient intéressé. Ce en quoi l’écriture fonctionnelle de l’auteur aide, en ne surchargeant pas inutilement le texte. Par contre la platitude des courts textes expéditifs de jonctions entre les « chapitres » surprend, par rapport au restant. Et c’est un peu dommage.
Vu l’originalité du mécanisme romanesque mis en place par Claude Charles, on peut regretter sans doute l’ultime fin du roman qui semble un peu trop expédiée et attendue, bien que restant tout à fait plausible.
Fauves entre eux, un bon petit polar qui tient son lecteur jusqu’au bout.
Un très bon compagnon SNCF.

 

 

EB  (septembre 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Claude Charles - Fauves entre eux
 
 



























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Mise à jour: 7 avril 2013