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De bons voisins   

(Acts of Violence - 2009) 

Ryan David Jahn    
Babel Noir n° 86 – Actes Sud - 2013
(publié en 2012 dans la collection Actes Noirs)


 Le parti-pris de la construction et le ton neutre donné à chaque segment font l’essentiel de l’originalité de ce premier roman (couronné lors de sa sortie par la Crime Writers Association de Londres).
Un crime est commis en pleine rue du New York, une nuit de 1968 : une femme est poignardée alors qu’elle s’apprêtait à entrer dans son domicile, au sein d’un ensemble de petits immeubles à appartements. Mal en point, tombée au sol, elle semble cependant survivre tout en perdant beaucoup de sang.
Mais pourquoi aucun secours n’arrive ni même la police, alors que nombre de ses voisins ont manifestement vu ou deviné que la femme est victime de violences. Les plus concernés se disant que quelqu’un a déjà dû alerter la police…

De bons voisins, c’est le compte-rendu en temps réel de ce que font les voisins, le flic qui patrouille dans le quartier et même des ambulanciers, et aussi de ce qui se passe d’autre d’étrange ou de délictueux dans le voisinage, alors que le criminel prépare son assaut, que sa victime est poignardée, puis abandonnée agonisante.
Le récit passe de couples échangistes, à un couple à mixité raciale perturbé par un incident de roulage, à un flic véreux et à un couple d’amis, tous pris par leurs propres activités, le passage se faisant selon le procédé de la « ronde » : un élément commun, un objet, ou la présence dans même lieu, sont les traits qui relient les divers récits et personnages, tous périphériques et parallèles à l’action principale qu’est le crime et le destin de la jeune femme poignardée. 
On assiste dans ce court roman à une idée comparable à celle qui guidait « Fenêtre sur cour » (Rear Window- 1954), un des meilleurs films d’Afred Hitchcock, basé sur une nouvelle de Cornell Woolrich (alias William Irish) , mais ici inversée car il ne s’agit plus d’un homme isolé témoin fortuit et voyeur des agissements de ses voisins qui soupçonne qu’un meurtre se serait déroulé dans un des appartements de ces gens bien tranquilles qu’il passe son temps à observer. Ici, vous l’avez compris, le crime est commis et personne ne veut s’en occuper. L’auteur et son lecteur sont dès lors les seuls observateurs de tout ce qui se passe.
 La distanciation froide des divers personnages vis-à-vis du drame sanglant est encore accentuée par des narrations proches du behaviourisme. L’indifférence, même pas coupable, étant ce qui transparaît tout au  long des actions des divers protagonistes proches du lieu de l’incident, fort accaparés par leurs petites vies.
La base de l’histoire racontée par Ryan David Jahn , le crime et l’indifférence des témoins potentiels, fut un fait divers réel en son temps…

Un roman intéressant, interpellant, renforcé  par sa construction et son écriture solide.


EB (mai 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Ryan David Jahn - De bons voisins
 
 























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Premier Homme   
 

Xavier-Marie Bonnot
Actes Noirs - Actes Sud - 2013

 
 

Ce thriller construit autour d’un tueur récurrent qu’a déjà affronté une dizaine d’années plus tôt le commandant de Palma, plonge ses racines dans la préhistoire, le meurtre rituel, le chamanisme …et la folie. Le policier marseillais se voit confronté à Homme Primitif, ce meurtrier qu’il avait fait emprisonner, une suspicion qui se précise suite à une série d’événements commençant par la mort suspecte d’un plongeur archéologue lors d’une plongée de reconnaissance de traces d’hommes préhistoriques dans des grottes noyées du littoral proche de Marseille et à l’accès dangereux.
Si les indices ramènent toujours à ce meurtrier, de Palma se retrouve sur des pistes vieillies, des témoignages évanescents d’événements ayant eu lieu dans la vie de celui-ci, gagné depuis son enfance par une folie dangereuse et surveillée par des internements et des médecins spécialisés. De plus, la sœur du meurtrier, complice de celui-ci, archéologue éminente dans les domaines de la préhistoire rituelle, doit bientôt sortir de prison.
Mais au cœur de la vie tourmentée de ce Premier Homme, de Palma retrouve toujours les mêmes éléments : la sœur fusionnelle, l’archéologie déchaînant les passions, une famille aux lourds secrets et la disparition il y a des années de cet « Homme à la tête de Cerf », petite statuette fort ancienne, une des premières représentations magiques de l’homme primitif.
A quelques semaines de la retraite, de Palma se voit aspiré par cette affaire qui le concerne directement et qui l’accapare plus qu’il ne voudrait. Il sait maintenant que la piste de Premier Homme risque de l’entraîner loin de la recherche classique, vers les tréfonds du primitivisme et de la folie. Dans les replis de l’âme.

Bien écrit, bien construit, manipulant un concept intéressant quant à l’origine quasi psychanalytique et certainement psychiatrique des pulsions meurtrières de son Premier Homme venues du tréfonds des âges, période très mal connue,  sont tout ce qui en font un roman attachant.
Il est certain que la personnalité de de Palma et des autres intervenants « normaux » est assez conventionnelle, mais ne cède pas à la facilité grossière. Ce qui renforce l’acceptation du récit par le lecteur, et les circonvolutions familiales qui l’émaillent.
Pour notre part, nous regrettons que l’auteur n’explore pas mieux le côté sombre et noir de son tueur qui n’est que suggéré par les péripéties de sa vie et son parcours de fou furieux ; on aurait pu être fasciné par une introspection plus détaillée de ce cerveau affolé, pourri et illuminé et ses connections avec les pouvoirs magiques qui sont évoqués dans le roman.
Evidemment, bien mené  cela aurait pu déboucher sur du très noir, ce qui n’était pas semble-t-il le but de l’auteur.
Mais Premier Homme reste néanmoins un thriller au dessus de la moyenne, et un roman sombre, quasi fataliste, qui se lit avec intérêt.

 

 
EB  (juin 2013)
 

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Xavier-Marie Bonnot  -  Premier Homme
 
 



























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Vade Retro Dimitri   

(Ostras para Dimitri - 2012)

Juan Bas
Rouergue Noir - Éditions du Rouergue - 2013 

 

Avec Rouergue Noir, leur nouvelle collection, les Éditions du Rouergue ont eu la bonne idée de regrouper romans noirs et thrillers sous une même bannière, bien que cette maison éditait déjà de manière éparse des romans de qualité appartenant à ce domaine.
Accélérant quelque peu leur cadence de publication, ils nous livrent ici un roman traduit de l’espagnol qui mélange allègrement humour débridé, roman noir et récit picaresque (c’est espagnol…). A noter qu’on y  retrouve aussi cet humour bien particulier, qui par ses outrances et son ton narratif a tout de la farce, de l’humour noir et du déjanté, caractéristiques qui semblent de plus en plus être la marque des auteurs hispaniques (comme Carlos Salem, Bernardo Fernandez ou Rolo Diez, entre autres) qui se lancent dans le roman noir d’humour… Et n’oublions pas le macabre et le surréalisme léger qui souvent les accompagnent tout au long de leurs récits. Comme c’est le cas avec Vade retro Dimitri.

Pacho Murga, d’origine basque, sauve la vie d’un caid maffieux, Dimitri Uroz, en prison, et sa vie va basculer…
D’abord dans cette prison espagnole infernale, lui, le rien du tout devient une espèce d’intouchable privilégié, mais le plus surprenant c’est que le caïd d’origine navarraise, vivant en Russie et sévissant un peu partout va transformer Pacho en amulette porte-bonheur et en homme à tout faire (ou tout subir) dès sa sortie de prison. Barré, tout puissant et cruel, Dimitri continue son petit bizeness criminel juteux et international avec Pacho à ses côtés et du sang partout. Si Dimitri, milliardaire, se croît gastronome, Pacho l’est et rêve d’ouvrir un restaurant de luxe fiancé par Dimitri. Les huîtres sont leur point commun, un des plats favoris de Dimitri. Et celui-ci ne se prive pas de faire courir Pacho, de l’exploiter et de lui promettre du gastronomique à soon nom. Mais jusqu’à quand ? Pacho sent bien que Dimitri n’est pas très sérieux. Et très dangereux.

Récit fait par Pacho tandis que lui et d’autres intervenants émaillent le tout de récits dans le récit, selon une technique ‘à tiroirs’ qui a fait ses preuves et qui maintiennent la pression et le second degré apparent de nombre de péripéties. Et quand cela s’explique, c’est encore plus fou ou plus allumé que ce que vous aviez d’abord compris. Ponctué de scènes d’un réalisme violent qui basculent souvent dans l’horreur, c’est pourtant l’humour qui est le ciment de ce roman, comme nous l’avons souligné d’entrée. Et aussi le bavardage de Pacho, voix off jamais à court de citations ou de références.
Un roman habilement construit, d’une écriture très efficace et domptée, avec un chapitre d’ouverture mémorable de réalisme halluciné ; on suit avec  un amusement certain  les déambulations de Pacho dans les excès de toute nature que nous offre Vade retro Dimitri, fruit des délires feuilletonesques et imaginatifs de Juan Bas.
Un excellent compagnon estival.

 

 
EB  (mai 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Juan Bas - Vade retro Dimitri
 
 

























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Mise à jour: 17 juin 2013