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Tue chien    


Serguei Dounovetz  
Polar – Alter Books – 2013


 

En Cerdagne, dans les Pyrénées Orientales, un petit train électrique, survivant de la grande époque du rail assure toujours la liaison style tortillard entre les patelins isolés de la région.
Jaune et très connu, on le désigne sous le surnom de « Tue chien », à cause du troisième rail sous haute tension, réputé pour foudroyer les clebs imprudents…
C’est ce moyen que choisira Raoul pour échapper à la gendarmerie et essayer de passer en Espagne, sur les conseils de la jolie Roxane, amoureuse de cette ligne depuis son enfance.
Faut dire que les flics n’y comprennent plus trop rien : après un braquage de restaurant qui aurait mal tourné, Raoul s’est enfui, pistolet au poing en emmenant  Roxane, la serveuse à la crinière rouge, comme otage..
Mais l’acharnement du capitaine de la gendarmerie locale, aidé de son adjoint simple mais retors, les moyens mis en œuvre à la demande du capitaine, tout semble  disproportionné pour un simple braquage sans butin faramineux.
Simple braquage ? On peut en douter. Mais Raoul et Roxane vont développer des trésors d’improvisations pour échapper aux griffes du gendarme.
Et, jusqu’au bout, avec l’aide de « Tue chien »…

Tue chien, bref roman issu en direct de la tradition du néopolar à la française, bénéficie de l’écriture alerte et  percutante de Serguei Dounovetz qui nous entraîne dans le sillage de son héros tragique, dans une spirale de la destinée qui ne peut aboutir que dans la violence et le sang. Rondement mené, sec et imagé, c’est le récit d’un homme désespéré, ponctué par les éclairs d’affection que porte une jeune femme pour le tortillard électrique de son enfance et qui lui fait retrouver sécurité et mémoire de sa région. Les restes d’un passé bien enfoui, oublié, à l’image de ce train anachronique.
Pour la prose de Dounovetz. Pour sa poésie noire.

Note : Tue chien est la version revue du roman Mata-Gossos publié en 2003.

 


EB (juin 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Serguei Dounovetz - Tue chien
 
 
















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Quatre Corses majeurs    
 

Philippe Franchini 
Le Poulpe n° 281 - Éditions Baleine -  2013

 
 

Cette fois, Gabriel Lecouvreur dit Le Poulpe doit affronter la Corse après qu’il se soit mis en tête d’aller y éclaircir une affaire qu’il soupçonne caviardée : le soi-disant suicide d’un écrivain, Orso Pietrini, ex militant nationaliste actif, personnalité politique et culturelle qui s’est peu à peu effacée ces dernières années.
Aidé par des contacts de ses connaissances à Paris, Gabriel débarque dans le sac de nœuds qu’est devenu l’île de Beauté, au milieu des magouilles immobilières qui veulent dépecer le littoral en de juteux morceaux de béton, ou encore des soutiens au FNLC dont on ne sait jamais si les armes ont vraiment été déposées.
Se faisant passer pour le futur biographe de Pietrini, Le Poulpe n’est pas toujours à l’aise dans son rôle d’universitaire érudit, mais la couverture lui permet d’explorer les recoins de l’île et de poser toutes les questions en rapport avec l’écrivain. Même celle qui énervent. Même celles dont les réponses risquent d’être chargées de plomb… Mais il n’y a pas que lui qui pense que se suicider d’une balle dans le front n’est pas simple. Sauf si on est sympathisant des mouvements essayant de protéger le littoral corse, sauf si on a partagé des secrets avec ceux qui ne parlent pas, sauf si on a pu découvrir certaines combines. En fait, le CV des dernières années de Pietrini…

Au format des 200 pages, Quatre Corses majeurs rempli le contrat Poulpe, même si c’est en finale la Corse qui en est le personnage central, et celui sur lequel Philippe Franchini  s’attarde le plus, l’auteur ayant lui-même des attaches avec ces départements insulaires. Et c’est donc bien encadré que nous suivons l’enquêteur amateur de bière dans les méandres de l’île et dans celles de l’intrigue.
Un Poulpe de bonne compagnie, un roman tout à fait acceptable pour meubler une escapade ferroviaire. Ou maritime.. 

 

EB  (juin 2013)
 

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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Philippe Franchini - Quatre Corses majeurs
 
 















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Polarama   

(The Serialist - 2010)

David Gordon 
Actes Noirs - Actes Sud - 2013

 

New York, printemps 2009. Harry Bloch est un écrivain de métier, spécialiste forcé des genres dits populaires, nègre à ses heures, il a tâté de tous les mauvais genres, y compris le porno, notamment dans une revue connue des amateurs, « Chaud Lapin », où il signait « L’Homme qui murmure à l’oreille des salopes ». Un écrivain qui, malgré ses multiples talents,  remet toujours à demain des projets d’écriture plus ambitieux, et qui est toujours à court d’argent. Malgré le succès relatif de sa série SF, Zorg, ou du succès grandissant de ses histoires de vampires. Mais, éditeurs gloutons et directeurs de collection retors, auxquels s’ajoute sa propre négligence,  font que ses rentrées restent bien en deçà de ses besoins pourtant très modestes.
Au point de devoir se rabattre sur des boulots de prof payé à l’heure par des parents aisés, et donner des cours particuliers de littérature et de langue. A la recherche de ce complément de revenus, il rencontre Claire, 15 ans, intelligente, bonne élève, volontaire et organisée mais qui, à ses dires, ne trouve plus de temps pour certains des travaux littéraires imposés… et dont le père, très riche paye des sommes exorbitants toute aide à l’éducation de sa fille. De plus, Claire pourrait l’introduire auprès de ses amies, de milieux tout aussi aisés, pour des arrangements similaires.
Coincé par le manque d’argent, Harry finira par accepter pour constater que cette collaboration marche mieux que prévu, que l’intelligence de Claire amoindri les risques et que ses revenus couvent enfin ses besoins… En bonus, Claire, un peu esseulée, passe de plus en plus de temps avec Harry, chez lui, en tout bien tout honneur, devenant une amie attentive et rationnelle. Cela la conduit rapidement à mettre de l’ordre dans la carrière littéraire de Harry, dans ses rapports avec les éditeurs, et à le forcer à se concentrer sur sa série de vampire, qu’il signe d’un pseudo féminin pour raison de marketing… C’est elle aussi qui le persuadera de répondre positivement à la demande d’un criminel en série, aux meurtres de femmes odieux et sanglants, avec mise en scène, Darian Clay, qui, emprisonné,  va bientôt être exécuté : Il a repéré Bloch, sous pseudo, en lisant le magazine porno, se dit grand fan de ses textes publiés dans celui-ci. C’est pour çà que Clay veut qu’il aille visiter quelques unes des femmes sélectionnées dans le volumineux courrier qu’il reçoit en permanence. Lettres d’amour, érotiques, gothiques, émanant souvent de vraies barjots… Mais Claire, plus que lui, flaire la bonne affaire, puisque si Harry écrit pour Clay des nouvelles détaillées sur chacune des personnes visitées, Clay est d’accord de lui raconter sa vie et de lui céder les droits de publication.
C’est sans vraiment le savoir que Harry et ceux qu’il côtoie vont alors basculer dans un monde sanglant, un cauchemar éveillé, où même les flics son de dangereux allumés.

Le bref résumé donné ici ne permet pas de déceler l’élégante ironie avec laquelle l’écrivain de mauvais genres va nous raconter les situations et les rebondissements feuilletonesques dignes des textes qu’il produit, SF exceptée. La clairvoyance ‘intellectuelle‘ du conteur (le roman est à la première personne) est toujours entamée par ses manques de décisions ou ses mauvais choix, ou carrément contredite par les événements.
Dans ce roman, certains poncifs du thriller, et du polar, sont habilement revisités par l’auteur, David Gordon, certains poussés aussi dans leurs derniers retranchements jusqu’à des explosions qui font basculer le récit dans l’extrême. Avec talent.

Vu le genre qu’il illustre, humour et second degré discrets, ce  premier roman est une réussite de qualité !
Bien écrit, très bien construit, gardant toujours une certaine distance vis à vis du lecteur, imposant un détachement de bon aloi dans les digressions de son personnage central d’auteur raté, Polarama est un roman qui arrive très facilement à faire oublier sa longueur et tient le lecteur jusqu’à la fin.
Intelligent, sarcastique et ironique- mais sans soulignements inutiles, gardant son ton détaché et empreint d’un humour souvent discret… On est tenté d’en redemander !


 

EB  (juin 2013)

(c) Copyright 2013 E.Borgers 

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David Gordon - Polarama
 
 



































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Mise à jour: 22 juillet 2013