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Mémé goes to Hollywood   


Nadine Monfils     
Belfond - 2014




Quand Mémé Cornemuse s’est mise en tête qu’elle épouserait Jean-Claude Van Damme, son idole, les chemins pour qu’elle y arrive sont des plus tortueux. Croyez-moi !
Ça passe par un fritkot très à la belge qui doit la rendre riche, par un bateau du Havre qui devrait la mener vers les US of A où son Jean-Claudeke est le King ! En attendant elle sait Mémé que JCVD n’attend qu’elle, qu’ils sont faits pour s’entendre et forniquer jusqu’à en tomber de son suss. Donc c’est officiellement son fiancé, le pauvre as de la savate ravageuse qui n’en demandait pas tant, ce roi de la torgnole en gros plan, ce tof ketje qui laisse la Mémé toute paf dès qu’elle pense à lui.
Comme même les meilleurs plans ont une faille, ça passe aussi par Knokke le Zoute ce trou plein de stoeffers, par le kidnapping du beau Jean-Claude, et même une tentative de détournement de festival de ciné. Bref, ça remue et on ne vous parle même pas des dommages collatéraux que la Mémé tueuse inflige autour d’elle partout où elle passe.
Vous n’y comprenez pas grand-chose ? Pas de panique : elle non plus, mais elle s’entête, Mémé Cornemuse, et jusqu’au bout…

Dans ce quatrième (*) opus de la saga de Mémé Cornemuse qui trimballe sa belgitude et son amoralité à tous vents, on retrouve la verve malicieuse de Nadine Monfils qui de l’absurde va au deuxième degré  puis plonge dans  l’humour noir, le tout pour entraîner le lecteur dans l’univers kitsch et débridé de cette Mémé indigne, ravagée et dangereuse.
Comme pour les autres volumes, expressions belges, dialecte bruxellois et folklore détourné essaiment le récit allumé de Mémé goes to Hollywood. Avec ici, en prime, les vraies citations du vrai Van Damme, des textes tirés de la philosophie parlée de la vraie vie de JVCD, ces aphorismes verbaux indescriptibles planant dans le troisième degré absolu et la fumée de moquette…
C’est dire si on vous gâte dans ce boekske, bande de snuls !
Allei, Nadine, encore une tourneie… on en reveut !

 (*) tous les autres sont aussi repris dans Polar Noir, ici



EB mars2014)

(c) Copyright 2014 E.Borgers 

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Nadine Monfils - Mémé goes to Hollywood
 
 















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Baignade surveillée   



Guillaume Guéraud     
 
La Brune - Éditions du Rouergue - 2014

  

Dans ce court roman, Guillaume Guéraud, auteur spécialisé dans les romans pour adolescents(*), fait une incursion dans le roman généraliste, ici à coloration noire et policière.  

Tandis qu’Estelle s’éloigne de plus en plus de son mari, le paisible Arnaud, homme encore jeune, perclus de routines et d’habitudes,  docker et syndicaliste, durant leur séjour annuel en camping au Cap Ferret avec leur jeune fils Adolphe, Max, le frère d’Arnaud, vient les rejoindre sans être invité. Ce frère parfois facétieux, souvent limite malfrat, et perpétuellement engoncé dans des ennuis de toutes sortes, sait qu’il peut compter sur Arnaud qui s’est toujours senti responsable de lui.
Celui qui appréciera le plus la compagnie de Max sera le jeune Adolphe, qui voit dans son oncle un compagnon de jeux transgressif, amusant et imprévu, face à l’océan où le garçon essayait jusqu’ici d s’occuper seul.
Si Arnaud sent que quelque chose ne va pas pour Max, ancien détenu qui prétend s’être reclassé, ce sera cependant un nouveau coup foireux qui fera tout basculer et Max cherchera une nouvelle fois la compagnie d’Arnaud. Mais ce ne sera que pour retarder une échéance inéluctable.

Raconté à la première personne par Arnaud, on est vite pris dans Baignade surveillée par l’efficacité du style dépouillé de Guéraud, qui place ses ambiances par toutes petites touches et parvient à nous faire entrevoir le désarroi du personnage sans soulignements inutiles.
Il s’en dégage une certaine mélancolie fataliste diffusée dans un récit aux allures fortement existentielles. Le destin immobile d’Arnaud s’y dessine aussi sûrement que celui en dents de scie catastrophiques de son frère. Le naufrage de leurs enfances a fait définitivement place pour chacun d’eux à une vie d’adulte étranglée, quasi vide de sens.
Un court roman (125 pages) intéressant qui reste dans son propos tout en parvenant à plonger le lecteur dans ses ambiances de sombre nostalgie.

 (*) des romans de grande qualité pour les adolescents, dont un bon nombre publiés dans l’excellente collection doAdo (Rouergue) et où aussi il inaugura la série doAdo Noir avec son roman très remarqué : Je mourrai pas gibier

  

EB  (mars 2014)
 

(c) Copyright 2014 E.Borgers 

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Guillaume Guéraud -  Baignade surveillée
 
 


















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Le double portrait   

(The Double - 2013)

George Pelecanos
Robert Pépin présente... - calmann-lévy  - 2014 

 

Deuxième roman de ce qui apparaît maintenant comme une nouvelle série mise au point par Pelecanos autour de son personnage Spero Lucas (voir : premier roman commenté dans Polar Noir). Lucas, cet ancien Marine ayant combattu en Iraq, pas vraiment marqué de manière dommageable par les horreurs qu’il a côtoyées et parfois provoquées lors de ses tribulations guerrières. S’il n’est pas déboussolé, voire handicapé par la guerre qu’il a vécue, il n’est pas non plus redevenu le citoyen lambda, s’étant reclassé à Washington, sa ville, comme enquêteur occasionnel pour un avocat ou encore à titre personnel à la recherche d’objets de valeur dérobés.
Et plus que tout, de l’épisode guerrier de sa vie il a tiré un sens aigu de la survie : ceux qui lui veulent du mal, ou pire le tuer ou l’agresser, c’est l’ennemi. Et il combat au finish tout ce qui le menace… C’est ce qui lui a permis de survivre à la guerre.

Chargé par l’avocat de la défense de retrouver des traces qui permettraient d’introduire le soupçon vers d’autres suspects dans une histoire de meurtre crapuleux un peu trop vite attribué à un personnage proche de la victime et au passé douteux, Lucas se fait parfois aider par des vétérans qu’il continue de côtoyer et dont la plupart ne s’en pas aussi bien sorti que lui. Une recherche longue et minutieuse qui l’accapare et le lance sur des pistes très ténues.
C’est presque par hasard qu’il rencontrera Charlotte, une femme active, cadre de grosse firme, mariée, au tempérament amoureux certain, mais mariée et ne fonctionnant que selon ses propres critères. Pour ajouter à son désarroi, Lucas en tombera finalement amoureux, d’une passion qui le submerge. Mais il sait que Charlotte ne veut changer sa vie dorée sous auun prétexte. Même si son attachement à Lucas semble sincère.
En parallèle, il se lance sur les traces d’une espèce de gigolo quinquagénaire, violent et cynique qui a dérobé une toile de grande valeur à une dame de ses connaissances. Dangereux, habile, entouré de petits malfrats sans envergure, le gigolo mènera la vie dure à Lucas et à ses acolytes lorsqu’il sent que Lucas commence à le serrer de trop près. La violence montera de deux crans et tous les coups semblent permis à l’escroc sadique qui est prêt à éliminer tous ceux qui compromettent ses combines ou le mettent en danger d’arrestation.
Mais Lucas sait ce que riposter veut dire. Il le fera méthodiquement.

Ici encore, Pelecanos fait étalage de nombreux détails citant à profusion  marques, noms de rues, enseignes, etc. ; a part souligner la rigueur d’observation du personnage central, ces énumérations sont souvent lassantes et participent très peu à l’avancement de l’intrigue ou de l’ambiance.
Si c’est le côté « désarroi » intérieur qui est le plus intéressant dans le personnage de Lucas, ainsi que son gommage de ses actions à l’armée, sauf par rapport à ses compagnons d’armes,  et malgré ce que Lucas semble en penser, on pourrait en déduire que Pelecanos veut nous montrer ce qu’est devenu cet ex-combattant pour s’adapter et survivre, gardant toujours une violence latente qu’il met ici au service de la justice. De sa justice.
Cependant, la violence telle que parfois décrite dans le roman, fort graphique et dont l’extrême ne sert aucun propos, nous semble personnellement proche d’une certaine complaisance. Il en découle une ambigüité que le lecteur aura difficile à résoudre vraiment…

Il reste l’expérience de romancier de talent de George Pelecanos, mise ici au service d’un récit nerveux et assez bien mené dans un style direct, et qui, au delà des intrigues « policières », a tout du thriller d’action. Le milieu Noir de Washington, intelligemment incrusté dans le récit, ainsi que  les déboires des vétérans dans la vie civile, restent deux éléments récurrents fort intéressants dans les diverses intrigues développées dans Le double portrait.

Par contre l’ensemble est desservi par une traduction française assez floue, et qui devient très souvent imprécise dans les termes « techniques » qui abondent -utilisés pour décrire fonctionnement de véhicules ou de tout autre appareillage. Et ne parlons pas des revolvers se transformant en pistolets, voire en fusil ! (*)

Si ce roman n’est pas un des meilleurs de Pelecanos, nous pouvons cependant dire (comme du premier volume de la série) qu’il s’git d’un thriller d’action, sombre et violent, d’une qualité au-dessus de la moyenne du genre.

  
(*) nous ne pouvions parler de cet aspect sans citer une nouvelle perle armurière (pg 172) : le magnum de combat… !! Nous subodorons que le texte original parlait d’un Combat Magnum qui est le nom d’un ancien modèle de revolver en calibre .357 Magnum, produit par Smith & Wesson.Pour vous rendre compte de la légèreté de certaines traductions en polar et la soupe qui s’en suit, consultez notre article :
La valse des calibres

  
EB  (novembre 2014)

(c) Copyright 2014 E.Borgers 

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George Pelecanos - Le double portrait
 
 



































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Mise à jour: 28 mars 2014