livres
 
 

Une saison pour la peur  

(A Morning for Flamingos - 1990)

James Lee Burke
Rivages/Noir n° 238- Éditions Payot & Rivages - 1996

(édiiton française originale chez Rivages en 1993)


 

Dave Robicheaux, ex-flic de la Nouvelle Orléans, privé à ses heures, empêcheur de danser en rond, ex alcoolique, passionné de pêche et de nature, ancien du Vietnam, n'est plus à présenter. Ce personnage central de l'oeuvre de James Lee Burke anime une des sagas les plus réussies de la littérature policière noire américaine. Le roman qui nous occupe ici, est un de ceux du début de cette saga.

Robicheaux dont la femme est morte tragiquement vit toujours à l'écart de l'agitation de la Nouvelle Orléans, avec son assistant, un Noir efficace qui l'aide à gérer sa petite exploitation de location de bateaux de pêche, et la petite fille qui fuyaitle Salvador qu'il a recueilli il y a déjà quelques temps. Assistant-sheriff dans la petite ville de New Iberia, il doit escorter Boggs, un malfrat dangereux vers une prison et se fera abattre par celui-ci. Il s'en sort de justesse, grâce à la présence d'esprit d'un jeune Noir condamné à mort faisant partie de la même expédition. Et c'est forcé par le criminel Boggs que le jeune condamné s'évadera avec lui, laissant Robicheaux pour mort.
Après trois mois d'inaction, Robicheaux récupérera mais ne pourra se défaire d'une angoisse rémanente conséquence des coups de feu qu'il a encaissés et l’avaient laissé au seuil de la mort. Un tourment qui s'ajoute à la noirceur de ses déprimes causées par l'absence de sa femme ou ses rêves récurrents sur la violence qu'il a connue au Vietnam.

Par ailleurs, il entreprendra des recherches dans les milieux noirs et paupérisés dont est issu le jeune qui l'a aidé : il est toujours persuadé qu'il est innocent et victime de négligences policières concernant l'instruction de son cas de meurtre. De plus il ne comprend pas bien l'évasion du jeune Noir alors qu'il semblait résigné et acceptant son sort de condamné.

Il acceptera aussi une mission délicate d'infiltration de la tête d'un réseau de distribution de drogue, présent en Louisiane et gérant probablement un plus vaste territoire. Le but : faire inculper le propriétaire et cerveau actif du système hyper rentable mis en place, que les services fédéraux n'ont jamais pu coincer. Son infiltration marchera mieux que prévu, au point d'avoir séduit le patron du réseau qui finit par voir en lui un homme d’exception, un confrère d'armes et ...un partenaire potentiel. C'est durant cette opération dangereuse qu'il croisera à nouveau Briggs. Pour le pire.

Le résumé factuel de ce roman assez long, souvent sombre et parfois violent, ne permet pas de faire apparaître la grande qualité du texte de James Lee Burke. C'est un récit fait à la première personne, qui, au delà d'un style de narration prenant, de descriptions concises mais envoûtantes d'ambiances typées ou de la nature environnante, véhicule en permanence, avec justesse, spleen, remords et angoisses de Dave Robicheaux, son héros atypique. Et met à nu son humanité profonde et ses contradictions.
Heureusement pour le lecteur, l’excellente traduction française de Freddy Michalsky est à la hauteur et restitue toute la substance de
Une saison pour la peur.
Un des grands romans de la saga. A lire ou a relire.
Recommandé !


EB (avril 2014)

(c) Copyright 2014 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>



 
 
 
 
 
 



 
 

James Lee Burke - Une saison pour la peur
 
 


























Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 

C'est bon mais c'est chaud  

 

Antoine De Caunes  
J'Ai Lu n° 10708 - Éditions J'Ai Lu - 2014
(fut publié au Fleuve Noir en 1990)
 
 

Bon, d'abord un aveu : si j'ai sélectionné ce roman, c'est surtout à cause du nom de l'auteur, cet ex-déjanté de la télé farfelue, roi du sketch visuel outrancier. De Caunes Antoine, donc.
Comme apparemment l'opus date de 1986, il trimbale quelques clichés de l'époque sur ce que pouvait être une parodie de roman policier de 'dur à cuire', américain de surcroît, avec un détective privé à secrétaire dévouée et clients roublards. Sans oublier ses rapports forts, parfois ambigus, avec les flics chargs d'enquêtes. Et le whisky qui coule à flots et les gnons qui ne volent pas toujours bas.

Dès maintenant vous savez à quoi vous en tenir en suivant les explots de Sam Murchison, à la recherche de la jeune femme de très riche famille qui a disparu, et ce à la demande de ses parents qui ne comprennent pas. Faut dire que la donzelle s'est éprise d'un rockeur à la mode. Aie. Et qu'en finale le rockeur, son groupe et la riche donzelle ont quitté New York pour exercer leur art à Paris.
C'est donc sur ces traces européennes que se lancera notre Sam de service. L'embrouille se compliquera, la drogue pointera son nez. Par contre si les cadavres émaillent le parcours du fouille-merde, ça ce sera depuis le début de son enquête à New York. Et ça ne finira pas trop bien pour les méchants, dans un festival d'auto-justice.

On vous l'a dit d'entrée, il s'agit d'une parodie, un texte parti de « si on faisait comme » en soulignant les travers et clichés du genre pour bien faire comprendre qu'on connait la musique .
C’est du Mickey Spillane, revu Lemmy Caution version 35 mm à la Constantine, et martelé style trads caviardées de la grande période de la Série Noire, y compris le titre au deuxième degré. Mais il faut bien reconnaître que dans
C'est bon mais c'est chaud, De Caunes y va à la louche, avec insertions constantes de périphrases goguenardes qui soulignent la coulitude de ce privé made in USA, un langage parlé argotique assez convenu, et, curieusement, peu de calembours (même s'il s'amuse beaucoup avec les mots).
Mais ne nous trompons pas... Ce roman n'a pour seul but que de divertir et ne prétend à aucun moment viser une originalité quelconque. Par cela,
C'est bon mais c'est chaud reste d'une lecture assez agréable et rempli son rôle de divertissement. En prime, il y a même une histoire et de vraies péripéties.
Que demander de plus pour en faire un excellent compagnon SNCF...

 

EB  (avril 2014)
 

(c) Copyright 2014 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>


 


 
 


 
 
 
 

antoine De Caunes - C'est bon mais c'estchaud
 
 



















Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 

Extorsion  
- Les confessions de Freddy Otash 

(Shakedown - 2012)

James Ellroy  
Rivages/Thriller - Éditions Payot & Rivages - 2014

 

Dans ce court roman (ou très longue nouvelle – novella pour les USA) le Grand James enfourche un de ses dadas dans sa vision des années 1950 aux États-Unis : manipulation et ragots sur des personnalités de l'époque, des politiciens aux starlettes de Hollywood. Avec Extorsion, il se concentre surtout sur le second aspect : ragots et chantages dirigés contres les célébrités, principalement de Hollywood.
Sans hésiter, il se met en scène lui-même, car pour préparer une série TV, Ellroy a besoin de confidences du sulfureux flic déchu de L.A., Fred Otash. Privé et maître-chanteur, spécialiste du ragot destructeur, un des grands pourvoyeurs de scandales à cette feuille qui eut un rôle de précurseur puant au début des années 50 aux USA : 'Confidential'. Une feuillr qui ouvrit la voie aux magazines à sensation ne reculant devant rien pour scandaliser...et vendre. Procédés illégaux, chantage, mais toujours des infos s'appuyant sur base réelle. Au plus ravageur, au mieux.

Comme Otash, personnage ayant bien existé, est mort au début des années 90, Ellroy ne peut que le convoquer 'mentalement' presque comme un ectoplasme, pour recueillir ses impressions et ses possibles remords. Pour Otash, toujours au purgatoire pour ses multiples péchés, cette opération avec Ellroy peut être bénéfique ; ses confessions lui permettraient d'enfin accéder au niveau supérieur du parking des âmes.
Mais la démarche est difficile et James sera en partie sauvé par la lecture des cahiers secrets de Fred Otash, lui permettant d'avoir une vue d'ensemble sur les pressions exercées par le privé sur des gens célèbres comme Ava Gardner, Montgomery Clift, Rock Hudson ou Marilyn Monroe, et l'extension des dommages qu'il a créés.
Et dans Extorsion, c'est Otash qui nous raconte le tout, y compris ses contacts avec le scribouillard Ellroy, les pugilats de pissotières, la fête au calcif et autres turpitudes découvertes ou provoquées dans ces USA des années 1950. Avec un langage rapide, imagé, argotique, souvent vulgaire et plein d'insinuations, qu'on pourrait croire directement issu du tabloïd de tous les excès.
Il est certain qu'Ellroy aime mettre à nu l’indicible hypocrisie d'une société américaine qui se veut moralisatrice, puritaine, donneuse de leçons et dont les élites ou les célébrités tombent dans toutes les turpitudes, quand ce n'est pas dans le crime de sang.
Mais la grande question que James Ellroy nous pose sans cesse en filigrane dans ce genre de récit est qu'on peut sans doute plus facilement absoudre le créateur de ragots, ce voyeur dont le vice touche presqu'à la vertu, que les dégénérés qu'il observe. Aussi pourri soit-il, faut-il vraiment tuer le messager ? Mais ce qu'il rapporte est-ce toujours des 'crimes' universels ? Illégal hier, anodin aujourd'hui... Ce qui est certain c'est qu'à l'époque les dégâts étaient bien réels sur les victimes de ces chantages qu'on retrouve le plus souvent.
Et toujours dans son oeuvre, c'est la mise en question des puissants corrompus qu'on retrouve le plus souvent ; mais là ce sont d'autres de ses histoires...

Extorsion est moins percutante que des nouvelles à cadre similaire qu'Ellroy écrivit auparavant (voir notamment le formidable Hush-Hush dans Tijuana on amour), et cette fois est desservie par une traduction de Jean-Paul Gratias qui ne s'y montre pas du tout à l'aise avec l'argot américain ou même avec le langage populaire qu'il traduit souvent par du vocabulaire très approximatif ou par de l'argot français désuet ou hors de la période évoquée, mais cette nouvelle de 125 pages petit format, nous plonge par ailleurs dans un récit plus ironique et plus distancié que les précédents.
Les fans d'Ellroy auraient tort de s'en priver.

Note :
Extorsion
fut publié en 2012 aux USA sous forme de livre digital (e-book) uniquement. 
Le présent livre publié par Rivages reprend également deux chapitres d'un roman non encore publié : « Perfidia », qui serait le premier opus d'un futur et
nouveau « Quatuor de Los Angeles ». Wait and see. En attendant, ces deux chapitres nous laissent entrevoir la bonne qualité de ce roman qu'on est impatient de pouvoir lire en entier. Malgré cela, plaqués dans ce très court volume, ces chapitres font figure de remplissage.

 
EB  (novembre 2014)

(c) Copyright 20014 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

James Ellroy - Extorsion
 
 



































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 

                                                                                                                                            Autres livres >> 


Mise à jour: 7 mai 2014