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La femme aux fleurs de papier    

(La donna dei fiori de carta - 2012)

Donato Carrisi   
Calmann Lévy - 2014


 
Vous avez certainement entendu parler depuis 2010 de Donnato Carrisi, auteur italien de thrillers tout à fait dans l'air du temps, acclamé par un vaste public. Seules une écriture un peu plus serrée et une construction solide semblent le distinguer de la meute actuelle.
Si c'est ce Carrisi-là que vous viendriez chercher dans ce court roman, passez votre chemin...

La femme aux fleurs de papier est plus proche du texte onirique que du thriller et se présente sous la forme d'un conte dans lequel divers récits appartenant au genre sont emboîtés, le fil conducteur étant la recherche de l'identité d'un prisonnier italien dans les montagnes bordant l'Autriche, en 1916, en pleine guerre.
C'est le médecin de guerre, Jacob Roumann, humain et décalé dans ce milieu militaire rigide et absurde de l'armée autrichienne, qui est chargé d'extorquer l'identité du prisonnier que le commandement espère pouvoir échanger s'il est gradé... Il a une nuit pour le faire. Autrement l'Italien sera fusillé.
Le parallèle avec Shéhérazade qui doit raconter des histoires pour rester en vie est évident, puisque tout au long du roman les gens racontent pour capter l'intérêt et proposent des récits décalés et imagés, des contes de conteurs à partir de données qui pourraient être bien réelles, et qui le sont parfois (comme la guerre 14-18, ou le Titanic qui pointe son nez à plusieurs reprises) pour déboucher dans la fantaisie de l'imaginaire.
On y découvre aussi un jeu sur l'identité (qui touche presque tous les personnages racontés), la recherche de celle-ci, et la futilité de la réalité, son incongruité à peine plus crédible que les fantasques histoires rapportées par l'Italien... A cela s'ajoute l'importance quasi magique donnée par l'auteur aux coïncidences de dates et de destins croisés qui soutiennent tout le roman.
Ou aux petites choses de la vie, à certains détails normalement insignifiants mais qui permettent d'échapper à la réalité, comme fumer une cigarette, un cigare

Mis à part le suspense créé par la recherche de l'identification de l'inconnu italien, et les quêtes diverses de certains des personnages dans un monde proche de l'imaginaire, on est loin du récit policier, mais on peut le créditer de noir vu le pessimisme sous-jacent et une espèce d'interrogation existentielle qui tourne au leitmotiv. C'est d’ailleurs ce que fait habilement l'auteur dans sa note en postface qui clôt le livre et que le lecteur ne devrait pas sauter.
Un roman de réalisme onirique... où tout échoue ou presque, où les femmes sont un territoire lointain, intouchable et capricieux.
Certaines parties du récit nous ont semblé un peu trop artificielles et faites à l'emporte-pièce, malgré l'alibi de la fantaisie fantasque, et ce avec une écriture devenant raide ampoulée pour l'occasion.

On pourrait voir dans ce roman une tentative de déconstruction dilettante du roman policier et de sa quête explicative opérant dans un monde conservateur et fermé sur lui-même. On pourrait.
C'est peut-être lui faire trop de crédit, ou alors c'est peut-être passer à côté des intentions de l'auteur ?...
Que le futur lecteur se fasse sa propre opinion, tout en sachant qu'avec La femme aux fleurs de papier il lit un texte atypique de Carrisi.


EB (septembre 2014)

(c) Copyright 2014 E.Borgers 

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Donato Carrisi - La femme aux fleurs de papier
 
 


























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Midnight Alley   


 (Midnight Alley  - 2012)

Miles Corwin  
Robert Pépin présente... -  Calmann-Lévy  - 2014 
 
 

Dans ce roman se passant dans le Los Angeles actuel, l'enquête de la police qui occupe le centre de l'intrigue est menée par un inspecteur de la Felony Special(*), une section du LAPD (police de Los Angeles), Ash Levine. Comme son nom l'indique, ce dernier est Juif, mais avec la particularité d'avoir vécu en Israël et d'avoir été parachutiste dans l'armée de ce pays.
Dans les jours qui précèdent Noel, l’effectif policier n'est pas au complet et on le rapelle de son congé pour aller enquêter sur la mort par balles de deux jeunes Noirs, dont l'un fils de politicien s'étant toujours opposé à la police, les attaquant à tout bout de champ pour racisme et refusant de voter les crédits nécessaires. D'où la réticence d'un tas de policiers du service, y compris le patron de Ash qui a choisi ce dernier pour ses compétences d'enquêteur à résultats ; parce qu'il sait qu'Ash n'agit pas toujours de manière prévisible, il s'inquiète aussi de ne pas faire grossir les relations houleuses entretenues par le père de la victime qui met toute la pression sur la hiérarchie policière de la ville...

Mais très vite, Levine sera certain que la cible du crime crapuleux n'était pas le fils du politicien, mais l'ami de celui-ci retrouvé mort au même endroit. Un homme jeune, sorti récemment de l'armée, sans histoire, ayant servi loyalement en Irak et en Afghanistan...
Flic obstiné, sa qualité première, intègre mais pragmatique, combatif mais respectueux des limites essentielles de la loi, Levine va se retrouver au coeur d'un imbroglio sanglant dont les pistes remontent vers un groupe maffieux russe et dont l’origine est l'Irak.
Il se heurtera vite aux menaces de trafiquants atypiques aux rentrées juteuses, et à l'élimination systématique des gens qui l'aident. Se retrouvant de plus en plus isolé, poussé dans des pièges machiavéliques, Levine,solitaire par instinct aura difficile de trouver de vrais alliés et semblera aller droit au désastre. En roue libre...

Avertissement : je conseille au futur lecteur de ce roman de ne pas consulter le résumé de la 4e de couverture, qui, à mon avis, est trop révélateur de l'intrigue.

Ce roman de Miles Corwin se lit agréablement grâce à un style clair et cohérent, tout en étant plus soigné qu'il n'y paraît, style qui parvient aussi à faire oublier la longueur de l'ouvrage (380 pages).
Malgré certaines données de l'intrigue, et les relations maritales du personnage central, assez convenues que contient Midnight Alley, l'auteur parvient à très vite nous suspendre au déroulement de son roman. Et c'est souvent dans la description des personnages secondaires très bien amenés et dans leurs interventions qu'on trouve le talent réel de Miles Corwin.

Si l'ensemble bénéficie d'une excellente construction, on s'étonnera de la fin un peu trop longue, à rebondissements d'actions successifs lorgnant vers le thriller et qui viennent alourdir la conclusion du roman - mon sentiment est qu'elle fut plaquée sur le restant, comme si on avait imposé à l'auteur de faire s'agiter les personnages principaux pour le final, avec une conclusion d'intrigue hâtive qui ne me semble pas en ligne avec le restant.
Il en reste un « police procedural » intéressant, bien documenté et d'une écriture au dessus de la moyenne. De quoi satisfaire un public varié, comme les connaisseurs.

(*) Note : Felony Special – Ici felony n'est évidemment pas à prendre au sens de 'trahison'...etc, mais bien au sens de crime important, crime majeur.

 

EB  (septembre 2014)  

(c) Copyright 2014 E.Borgers 

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Miles Corwin - Midnight Alley
 
 

































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Mise à jour: 25 septembre 2014