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La femme tatouée   

(Onvoltooid Verleden - 2004)

Pieter Aspe    
Éditions Albin Michel  - 2014


 

Les enquêtes du commissaire Van In ont eu un certain succès en Belgique flamande et ce assez vite après ses débuts (premier roman en 1995) . Cela s'explique en grande partie par la rareté des oeuvres de fiction écrites en flamand (néerlandaises) et donc l'intérêt rapide que suscite ces publications auprès d'un public qui lit des traductions la plupart du temps. Et à cela s'ajoutait le contexte de la Flandre contemporaine présent dans la saga de Van In qui ne faisait évidemment que renforcer l'intérêt du public local...
De plus, la TV belge flamande a assez vite adapté le personnage et ses enquêtes pour en faire une série étalée sur plusieurs saisons qui a eu un certain succès puisque les enquêtes se passaient à Bruges – Belgique, comme les romans (bien que rarement basé purement sur l'un d'eux) et que l'acteur choisi a pu faire vivre ce personnage de manière assez plausible et attachante (à partir de la seconde saison toutefois, la première étant ratée par la faiblesse des scénarios et d'acteurs secondaires).
Il s'agit donc bien ici d'une série de romans policiers populaires, à légère tendance noire, mais essentiellement basée sur la péripétie d'enquête ; Aspe étant prolifique (fin 2014, il y a déjà 35 romans publiés en néerlandais- 2 par an) et se basant strictement sur une formule de personnages qui a fait ses preuves auprès de son public, a su fidéliser son lectorat et faire un succès de cette série. Ce qui finit par attirer l'attention de l'édition en France...

Le présent opus, écrit en 2004 et publié en France en fin 2014, met en scène les personnages habituels du bureau de police de Bruges, le commissaire, son indéfectible adjoint Guido Versavel et sa collaboratrice transie de passion pour son chef quadragénaire, sans oublier sa fidèle compagne, mère de ses jumeaux, Hannelore, juge d'instruction dans la même ville (et femme de caractère on s'en doute...). Sans oublier le chef de la police, un peu lourd et ne se préoccupant que de sa hiérarchie et peu du déroulement des affaires.
Dans La femme tatouée, l’enquête démarre au coeur de l'été qui cette fois est caniculaire, alors que Bruges est envahie par les touristes. C'est par hasard qu'à Blankenberge (ville de la côte belge toujours engorgee de visiteurs, à une quinzaine de km de Bruges seulement) Van In est présent lors de la découverte d'un corps de femme encore jeune qui obstrue l’alimentation d'un vivier d'eau de mer d'un restaurant connu. Ce qui intrigue assez vite les enquêteurs est un taouage représentant un ancien rune que le cadavre présente sur une fesse.
Identifiée comme étant Caroline Sissan, mariée à un alcoolique, elle se révèle vite avoir été assez volage et embarquée dans une relation amoureuse avec Reggie, un membre du même groupuscule néonazi que son mari. C'est ce milieu que le commissaire essaie d'infiltrer, mais sans grand succès, lorsque un deuxième meurtre a lieu au sein du groupuscule, sans traces vers de quelconques suspects. Le tatouage pourrait être lié à un groupe évoluant dans ou autour du groupuscule. Van In se perd en conjonctures mais ne trouve que peu de traces vers les meurtriers.

A cela vient se greffer une affaire louche d'adoption proche de son aboutissement car apparemment Caroline ne pouvait avoir d'enfant, alors que le couple est dans la dèche, et le mari instable.
Acharnés, les policiers vont cependant devoir tout mettre entre parenthèse car un groupe qui se nomme lui-même le Poing d'Allah menace d'exécuter un otage, personnage public gestionnaire de l'enseignement libre dans la région (en Belgique = enseignement confessionnel, essentiellement catholique et fort puissant). C'est ce qui va immédiatement provoquer une certaine panique au sein des autorités locales, à commencer par ceux qui dirigent Bruges, et peu justifiée vu le peu de musulmans vivant dans la région de Bruges, ou même dans la province concernée...
Et ce sera dans la canicule que Van In devra se débattre entre la police fédérale et les autorités locales dans une course contre la montre afin d'éviter la panique du public, un commissaire sensible au fait de l'incongruité de ces exigences en faveur des islamistes venant d'un groupe terroriste que personne ne connaît.
Mais Van In reste persuadé qu'une bonne partie de l'explication des deux meurtres dont il s'occupait réside dans les agissements des néonazis, affaire qu'il ne peut se résoudre à abandonner, tandis que les menaces des islamistes s’amplifient...

L'écriture de Pieter Aspe, assez linéaire et purement narrative, qui reste en permanence du côté de la simplicité, a le mérite d'être facile de lecture tout en livrant un roman à la construction solide et des dialogues assez bien ciblés. De quoi satisfaire un public très large, y compris celui qui ne s'intéresse pas spécialement au roman policier. Le revers de la médaille est d'y trouver à profusion des personnages assez stéréotypés, une absence de construction d'ambiances, un humour faussement bonhomme et un personnage central aux gros sabots qui lui tiennent lieu de philosophie (sans parler d'un amour de la bière qui est presque mécanique et qui vire  au placement de marque selon mon impression !). Les critiques de société restent à un niveau très superficiel et, ici, Aspe veut s'attaquer en plus à un angle politique qui serait particulier à la Flandre mais il ne fait qu'effleurer de vrais problèmes en les minimisant, notamment le rôle de l’extrême-droite omniprésente en Flandre, le populisme actif et le racisme bien implantés qui caractérisent cette région de Belgique, le tout chapeauté par un personnel politique sans vergogne qui a gangrené tout ce pays.

Avec sa traduction française honorable et souvent de meilleure qualité que l'original (nous avons personnellement lu deux des romans de la même période que celui-ci, en VO, et avons pu constater que la simplicité y côtoie souvent la pauvreté d'écriture), La femme tatouée se révèle être un roman accrochant par ses nombreuses péripéties, d'accès très facile et très proche de la littérature d'évasion, un roman à vocation SNCF et plages diverses.

EB (novembre 2014)

(c) Copyright 2014 E.Borgers 

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Pieter Aspe - La femme tatouée
 
 


























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Du vide plein les yeux  

 

Jérémie Guez 
Éditions J'ai Lu - n° 10864 - 20014  
(fut fut publié chez La Tengo en 2013)
 
 

Ce troisième volet du triptyque consacrée par Jérémie Guez aux aspects noirs du Grand Paris met en scène un des archétypes les plus populaires du roman noir policier moderne: le détective privé.
Ce mythe d'origine américaine et qui a participé à la création de quelques unes des oeuvres fondatrices du roman noir, de celles de Chandler et Hammett à celles de Spillane et Crumley.

Idir, homme encore jeune a assumé ses conneries impulsives et a purgé 6 mois de prison alors qu'il avait 24 ans pour une sombre affaire de coups et blessures de laquelle il n'avait pas voulu se dépêtrer en dénonçant des complices. Il vivote maintenant en exerçant le métier de détctive privé, surtout impliqué dans des cas de divorce ou de fugue. Pour les friqués, la plupart du temps, car comment coulez-vous que les autres se payent un larbin-renifleur au tarif actuel...
C'est d'ailleurs un de ces friqués qui réapparaît dans sa vie, à un moment où ses fonds sont plus bas qu'un front de nationaliste, et ironie, c'est l'héritier d'une grande fortune qui fait appel à lui car son demi-frère a disparu. Ironie, l'Oscar Crumley qui veut l'engager est celui à qui il avait démoli le portrait !
Mais Idir a besoin d'argent, même dans sa petite vie étriquée sans éclat. Il accepte et se trouve très vite mêlé à un imbroglio qui dépasse ses espérances, face à des mecs sans scrupules.
Cette recherche s'étirant plus que prévu, et lui faisant renouer avec des personnes connues qui datent d'avant la prison, des femmes qui l'ont balancé, des hommes qui ne lui voulaient pas que du bien, il se laisse tenter par la nouvelle recherche qu'on lui propose oudinement: une super bagnole hors de prix a disparu, son propriétaire plein aux as lui propose une somme incroyable pour la retrouver vite grâce à ses contacts dans la pègre. Idir n'hésite pas: il a des amis qui peuvent l'aider... Cette deuxième affaire flirtant plus que nécessaire avec l'illégalité mettra Idir et ceux qui l'aident en grand danger. Immédiat.
Se débattant, essayant de survivre, Idir se raccroche à cette jeune femme à la beauté éclatante qui semble lui promettre la lune, malgré sa position de femme richement mariée. Mais elle est tellement convaincante, qu'Idir est prêt à tout faire pour la conserver. Trop.
D'autant plus que ça s'est mis à flinguer avec excès et à imploser partout où il passe ! Pour encore combien de temps ?

Post-moderne mais pas tout à fait déconstruit, le personnage de Idir, privé d'origine musulmane, loser et débrouillard, en bute à son propre destin, s'inscrit tout à fait dans la lignée des ancêtres américains de ce genre de antihéros, mais ici légèrement retouché néo-polar à la française tout en ne reniant pas ses origines.
Épaulé par des amis rugueux mais de parole, ne tournant pas le dos à sa famille, Idir n'hésite jamais non plus à se plonger au plus profond de ce Paris populaire dans le quel il vit et dans certains des milieux interlopes de Paname qu'il connaît d'expérience. Il a d'ailleurs besoin de toute l'aide qu'il peut trouver, obligé de payer de sa personne et de prendre les coups plus qu'à son tour, à la recherche d'un semblant de justice, d'une accalmie du destin. En digne petit-fils de l’école hard-boiled du roman noir policier...

Ecrit à la première personne (ce qui rejoint le mythe et renforce son personnage), dans le style direct et générateur d'ambiance que nous connaissons des romans précédents de Guez, Du vide plein les yeux ferme avec brio le triptyque de Paris. C'est d'ailleurs cette qualité d'écriture qui constitue la composante majeures de la réussite de ce roman aux échos sombres et désabusés.
Un auteur qui confirme ce talent que nous avions détecté, une des voix attachantes du roman noir français actuel.
Recommandé.


EB  (octobre 2014)
 

(c) Copyright 2014 E.Borgers 

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Jérémie Guez - Du vide plein les yeux
 
 


































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Mise à jour: 26 novembre 2014