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Autopsie d'un bouquiniste  

- Menace sur Arcachon   

François Darnaudet    
Zones Noires - Éditions Wartberg  - 2015


 
Le roman se déroulant dans la région du Bassin d'Arcachon, nous présente de manière intriquée, l'évolution adulte, actuelle, d'un quatuor d'amis de jeunesse, dont les garçons étaient tous amoureux de Béa, la séductrice du groupe, ainsi que le séjour à Arcachon de l'auteur américain Noir, Chester Himes en 1953 -donc avant ses premiers succès chez Gallimard°°°Série Noire (1958).
Si Francis, quadragénaire, le seul membre du groupe d'amis qui a quitté la région d'Arcachon est revenu, c'est à l'annonce du décès assez curieux de Roger Sollers, dit Soso, tombé de son balcon. Francis qui renoue avec ses copains d'antan, Piter et Béa devenue la femme de Soso. apprend de celle-ci ses soupçons de coup fourré pour la mort de son mari, classé comme accident par la police.
Une Béa toujours aussi séductrice de nature, un Piter toujours amoureux malgré les années.
D'après elle, Soso, bouquiniste et épris de livres, était sur la piste d'un manuscrit oublié de Chester Himes écrit lors de son séjour à Arcachon, début des années 1950, avec Willa, sa compagne, une américaine blanche (la Alva des récits autobiographiques que Himes publiera par la suite). Le manuscrit serait une partie qu'il aurait réécrite pour un roman dont l'éditeur voulait ''...une fin sensationnelle !'' et qui pourrait avoir été abandonné sur place après son départ. Roman qui fait encore partie de la période durant laquelle Himes ne se consacrait qu'à la littérature générale, politique, de combat ou autre. Le roman policier alors ne faisait pas encore partie de son univers.
Soso aurait pu intéresser certains collectionneurs acharnés, et il parlait de rentrées substantielles qui allaient bientôt survenir...
Après quelques tours de piste et un début de contacts avec les gens qui ont rencontrés Soso avant sa mort, Francis est convaincu que les choses ne sont pas claires, loin de là. Il restera donc à Arcachon pour essayer de démêler les circonstances exactes de la mort de Soso et les coulisses de la vie assez chaotiques mené par cet ami toujours à court d'argent, toujours fasciné par les livres, et qui a montré ses faiblesses face à l'alcool et la came usuelle. Mais Francis recherche aussi plus que certainement les traces du jeune adulte qu'il a été à Arcachon, pour une explication plus raisonnée de ce qu'il est devenu. De ce qu'ils sont tous devenus, ce quatuor d'amis du passé .

Au delà de l'enquête sur ce qui pourrait être un meurtre, on se retrouve également dans Autopsie d'un bouquiniste, plongé dans ce qu'on pourrait qualifier d'enquête littéraire, une démarche qu'a toujours affectionné l'auteur de ce roman, François Darnaudet. Les traces dans les écrits existants, la recherche de témoignages possibles et la visite des lieux où ont séjourné Himes et sa maîtresse constituent une vraie chasse au texte qui aurait pu être oublié, à la 'curiosité' littéraire, à l'information inédite. Toutes choses qui également motivent Darnaudet à entreprendre ses propres recherches littéraires, comme celles par exemple à propos de textes perdus de Boris Vian ou encore du catalogue très fourni des Éditions du Scorpion. Et maintenant : Chester Himes...
D'ailleurs l'allusion à son double romanesque commence déjà par le nom du personnage, Francis Darnet, transparent à souhait. De même qu'au delà de l'énigme littéraire centrée sur Himes, Francis nous sème pleins de petits cailloux blancs, allant de la référence de livres policiers ou littéraires aux personnages réels liés au monde littéraire français, éditeurs, auteurs... qui tous nous mènent à François. Le tout allié à une vraie nostalgie portée par l'évocation faite d'une région de France que François Darnaudet affectionne particulièrement.
Son double, lâché dans cette recherche du texte perdu de Himes, ne reviendra pas tout à fait bredouille puisqu'il pourra détailler comment Himes a plus que probablement aidé Alva/Willa dans l'écriture et la construction de son roman qu'elle finira par publier (''Garden Without flowers''). Le fruit des recherches de François Darnaudet, captivé par la présence de Himes à Arcachon.

Mais ne vous y laissez pas prendre, Francis n'est pas tout à fait François... Ou vice-versa.
La Pipe de Magritte !

Par ailleurs, le bouquet de personnages secondaires ou essentiels, qui gravitent autour et interfèrent dans les péripéties centrées sur la période actuelle, évoluent à leur allure et se révèlent parfois plus complexes que prévu. On soulignera que les personnages féminins se débattant dans cette période contemporaine sont toutes manipulatrices, insidieuses, dissimulatrices et porteuses de drames envers ceux qu'elles côtoient, surtout les mâles. Peut-être pas fatales, mais toujours destructrices...

Roman à la construction subtile, mêlant époques et intrigues, Autopsie d'un bouquiniste prendra rapidement le lecteur dans les filets de sa double enquête, truffés de détails intéressants à propos de Chester Himes (jusqu'à la reconstitution de la rencontre Himes/Duhamel en 1956); Himes, ce grand auteur Noir qui n'a pas reçu toute la reconnaissance méritée dans son propre pays. De gauche, Noir combattant le racisme ambiant, réaliste et mordant, avec un tel handicap il ne pouvait vraiment pas avoir du succès dans ce royaume des illusions que sont les USA, et qu'ils étaient déjà, mais en plus sinistre, durant toute sa vie.


EB (mai 2015)

(c) Copyright 2015 E.Borgers 

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François Darnaudet - Autopsie d'un bouquiniste
 
 























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Nuit d'orage à Copacabana
 
 
(Espinosa sem Saida  - 2006)  

Luiz Alfredo Garcia-Roza  
Actes Noirs - Actes Sud - 2015

 

Une nouvelle enquête du commissaire Espinosa.
Pour ceux qui ne connaîtraient pas bien le commissaire en question, nous suggérons qu'ils se reportent aux commentaires de notre première chronique sur le policier Brésilien qui éclairent le personnage.

Chargé d'enquêter sur la curieuse mort d'un espèce de miséreux aux allures de SDF, un cinquantenaire unijambiste de surcroît, Espinosa ne parvient pas à croire qu'aucun témoin ne l'ait vu gisant la nuit où il a été abattu d'un coup de feu. Surtout sachant qu'un club huppé est proche et qu'une des maisons abritait un dîner bourgeois avec une volée d'invités plus ou moins friqués,leurs voitures garées dans cette rue pentue en cul de sac ! De plus Espinozsa, 43 ans, connaît bien le quartier pour y avoir trainé durant sa jeunesse, il y a longtemps...
Malgré le peu d'intérêt porté au mort par les autorités, vu sa condition sociale, Espinosa va poursuivre ses interrogatoires, ses flâneries dans ce quartier bourgeois, ses luminescences d'un passé lointain surgit droit de son enfance...
Ce n'est pas le témoignage du jeune architecte mondain, à la femme issue d'une famille très riche, qui freinera ses élans d'enquêteur, surtout que ce dernier parait confus semble avoir de véritables trous de mémoire, des absences inquiétantes. Et lorsque certains témoins finissent par admettre la présence du cadavre, ce qui fait rebondir l'intérêt de Spinosa secondé de Weber,son fidèle adjoint, une affaire étrange, autant que celle en cours, sinon plus, éclate ; la très jolie femme de l'architecte, qu'il avait déjà rencontrée et interrogée à propos de son mari, est retrouvée assassinée dans son cabinet de psychothérapeute situé dans un des luxueux quartiers d'Ipanema...

Rien à priori ne semble lier ces deux affaires, mais Spinosa cette fois insiste, s'obstine et s’accroche.
Redouble d'astuces pour aller plus loin dans l'enquête sur le meurtre de l'unijambiste.
Se pourrait-t-il qu'un lien existe ? Qui veut cacher quoi malgré divers alibis ?
Personne cette fois n'essayera de le freiner : la famille de la jeune morte est trop influente...
Cette enquête, s'il y met tout son talent, s'étale avec langueur comme une après-midi sieste estivale réussie, l'auteur prenant tout son temps pour suivre les circonvolutions de l'intrigue et les flâneries éclairées de Spinoza. Ses recherches de nourriture goûteuse et simple, ses journées amoureuses en compagnie de Saida cette femme aimée qui ne partage son intimité que les jours libres, son célibat journalier, ses souvenirs au coeur de ce Rio qui l'a vu grandir. Un Rio d'Ipanema et de Copacabana qui au rythme d'Espinosa palpite de vie et d'ambiances réussies dans ce roman
Et le lecteur y est embarqué sans difficulté par le pouvoir de conteur de Luiz Alfredo Garcia-Roza.

Il y a évidemment du Simenon dans les approches d'Espinosa, on le sait, mais aussi une part de Camilleri et son commissaire Montalbano, avec cependant une amplification de l'élément psychologique propre à Garcia-Roza, élément important qui sous-tend la plupart du temps le coeur de ses intrigues. Une intrigue ici habilement menée, bien agencée, qui finit pourtant assez abruptement. 
Tout en démêlant l'écheveau des faux-semblants, des non-dits, des faux coupables et des vraies victimes qu'est Nuit d'orage à Copacabana.

EB  (mars 2015)  

(c) Copyright 2015 E.Borgers 

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Garcia-Roza - Nuit d'orage à Copacabana
 
 












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Ne deviens jamais pauvre !  

(Don't Ever Look Back - 2014)

Daniel Friedman 
Éditions Sonatine - 2015  

 

On retrouve le personnage de Buck Schatz, flic de Memphis à la retraite depuis une trentaine d'année, qui a la particularité d'être vieux, très vieux. Et juif.

On est en 2009 et il a fêté il y a peu son 88e anniversaire ! Ce qui ne l'empêche pas de vouloir de l'action... enfin ce qu'il peut encore se permettre car sa forme physique s'est encore dégradée suite à une mauvaise blessure récoltée dans l'épisode précédant (Ne devient jamais vieux!- voir commentaires dans PN) premier volume de la saga que semble lui consacrer l'auteur.
Les conséquences en sont aussi qu'il a perdu de la mobilité, qu'il demande une attention et des soins suivis pour sa rééducation physique, que les gestes normaux du quotidiens deviennent pénibles.

En conséquence, sa femme a décidé qu'ils s'installent à deux dans un petit appartement dans une maison de retraite médicalisée, et a vendu leur maison.
Mais Buck reste persuadé qu'il peut toujours s'occuper d'affaires mal résolues ou oubliées qui le concernent. Tout pour ne pas rester dans ce home qu'il a en grippe, et qui le coupe de ses racines !

L'opportunité sera la brusque réapparition d’Élie, espèce de génie du coup tordu et des cambriolages de haut vol, truand responsable de plusieurs meurtres, jamais coincé par la justice et que Buck avait coursé en 1965, lors de grèves de Noirs tournant à l'émeute alors qu’Élie préparait un coup fumant contre une banque locale, à Memphis. C'est le même Elie qui soudain fait surface en 2009 dans la vie au ralenti de Buck. Et c'est pour lui demander de l'aider à trouver une protection de la police, car on veut le tuer et ne pense plus pouvoir échapper à ses poursuivants. En contrepartie, Élie est prêt à avouer ses combines passées, aider à la résolution des cas classés par la police, dénoncer les bandes de truands qui l'ont aidé, en contrepartie de la protection de la police et d'un statut de repenti qui devrait amortir les foudres de la justice le concernant.
Estimant que ce criminel mérite la prison depuis longtemps, Buck acceptera de l'aider, mais refuse l'argent que le malfrat lui propose. Il se souvient rop bien de la combine de Elie qui voulait recruter des agents juifs dans la police comme indicateurs et complices, en 1969, comment Buck après avoir refusé avait compris que Élie, manipulateur, voulait se créer un réseau juif estimant qu'il pouvait mieux le contrôler, étant lui-même de la même confession et issu de la même tradition sociale. En plein milieu d'années où le racisme faisait encore rage, contre les Noirs, mais aussi alimentant un antisémitisme latent chez beaucoup d'Américains. Et Buck ne voulait pas qu'on puisse crier au complot juif et rallumer les anciens bûchers de la haine...
C'est donc circonspect, méfiant et d'une vigilance acérée sur toutes les interprétations possibles des actes auxquels Élie est mêlé en 2009, ou à propos des situations qu'il déclenche, que Buck va tenter de stopper ce vrai génie du mal et les morts que ses combines finissent toujours par semer.

Et il en aura plus que pour son argent, le vieux Buck, qui même au ralenti retrouve ses réflexes d'antan : on tire et on discutera après. Si c'est encore possible. Et il est prêt à tout pour stopper la carrière de cet Elie sans scrupules qui au fil des ans semble toujours s'en sortir.

Le deuxième volume consacré aux tribulations d'un enquêteur de police made in USA, de la vieille école, qui fut adepte de l'intimidation et des méthodes percutantes tout au long de son métier de flic. Un Buck Schatz en pleine déroute due à l'âge mais qui agira ici aussi avec les mêmes principes, gardant une certaine équité voire une éthique qui l'ont accompagné durant toute sa carrière, des valeurs qu'il n'applique presque jamais aux malfaisants, aux tireurs de ficelles sales, aux corrompus... sa liste est longue. A cette attitude ferme et virile, il faut souligner que Buck sait aussi se servir de sa cervelle. Activement et en finesse... Facultés de réflexion et de déduction qui ne l'ont pas quittées, même si la mémoire est maintenant parfois paresseuse !

Si on ne retrouve pas pleinement dans Ne deviens jamais pauvre ! le cynisme mordant et l'ironie ouverte du pépé flingueur qui nous avait tant réjoui dans le premier roman, Daniel Friedman parvient à lui garder son profil de mauvais coucheur et de partisan de la flexibilité des lois, tout en pratiquant sa justice personnelle, expéditive ou retorse. Le côté dérangeant et parfois proche de la méchanceté de Buck appraîssant ici plus d'une fois dans ses agissements
Et réflexion faite, après avoir refermé ce deuxième roman, c'est l'auteur qui a raison... Il évite de faire de Buck Schatz une marionnette de comédies vite mécaniques tout en gardant le côté grinçant et teigneux du personnage ayant un pied dans la sénilité.
Il faut dire que le résultat est à la hauteur car, sans avoir l'air d'y toucher et sans effet de manche, le lecteur est mis face au vrai racisme et à un démontage de son mécanisme primaire, aux ravages de l'exploitation des hommes, à l'ineptie des orthodoxies religieuses de tout poil, et à des commentaires qui font mouche sur ces sujets. Le tout parfaitement intégré au récit, subtil et efficace, sans temps mort.
Friedman se paie au passage le luxe de nous mêler aux habitudes sociales et à la tradition juives, et aussi à un combat entre la notion de bien et de mal sans Dieu avec un satan/Elie perfide qui se justifie comme étant le nécessaire révélateur de la réalité et de l'hypocrisie du monde. Le tout en captant l'intérêt du lecteur et sans prêchi-prêcha de la part de l'auteur .

Un roman intelligent, narquois et sombre par sa vision du monde, avec un personnage central qui gagne en profondeur et complexité. Un roman noir policier d'action nettement au-dessus de la moyenne actuelle.

 

EB  (avril 2015)

(c) Copyright 2015 E.Borgers 

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Daniel Friedman - Ne deviens jamais pauvre !
 
 



































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Mise à jour: 10 mai 2015