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Chroniques cinéma   
-Les yeux de la momie


Jean-Patrick Manchette 
Rivages/Noir (n° 976)- Éditions Payot & Rivages - 2015


 

Ce petit volume de 170 pages ne contient qu'une partie de l'édition originale des chroniques cinéma de J-P Manchette qui elle, publiée fin des années 1990 chez Rivages, faisait 500 pages de grand format. Donc malgré son sous-titre ces Chroniques ne sont pas une réédition des Yeux de la momie (1997) mais bien la reprise de certains textes sur le cinéma ainsi qu'un nombre réduit de chroniques du cinéma tirés du recueil original, chroniques que Manchette avait publiées hebdomadairement dans Charlie Hebdo (et parfois dans d'autres titres de la presse publiée par le même éditeur que Charlie) pendant environ 30 mois de 1979 à début 1982.

Le recueil de 2015 s'ouvre d'emblée sur 57 notes sur le cinéma, textes tirés du Journal de l'auteur. Textes intéressants et révélateurs pour l'éclairage nécessaire concernant les démarches théorisantes et rationalisantes que Manchette appliquait à ses réflexions sur le cinéma comme art et comme moyen de propagande, son déclin et ses contradictions. Fortement empreintes de certaines idées du situationnisme par rapport aux arts de masse contemporains, et soulignant la dichotomie qu'a su introduire le monde capitaliste et de l'argent-roi en créant des films qui sont les hérauts du système tout en véhiculant en même temps la critique de ce qui ne marche pas dans ce genre de société  (ce que Manchette appelait 'le négatif des films').

Je serai un peu plus réservé en ce qui concerne la sélection des critiques hebdomadaires qui suivent qui, si elles contiennent ici et là des traits de fulgurance en parlant de certains réalisateurs et films, n'offrent pas une vue réelle du comportement de Manchette face aux films.
Ces textes touchent même par moment à l'hermétisme et au narcissisme, trop éloignés du champ de la critique, même élargie.
Pour se faire une bonne idée du fou de cinéma qu'était Manchette, de ses éclairs de génie dans l'approche de certains films, je crois que se plonger dans le premier volume de son « Journal- (1966-74) » apportera un meilleur éclairage sur ses goûts et son évolution (voir à ce sujet ma chronique de ce volume dans PN). Et il nous faut aussi souligner les rapports ambigus que Manchette entretenait avec la réalité du 7e art, allant d'adaptations ratées, à des films de seconde zone auxquels il participait au niveau du scénario, une curieuse face de son activité professionnelle qui aurait mérité un article documenté.
Par contre, je me dois de reconnaître que l'interview de 1991,
Littérature et cinéma, qui clôt le recueil actuel, aborde brillamment les problèmes d'adaptation au cinéma, les hésitations et renoncements de Manchette qui s'y dévoile. Un texte des plus intéressants.

Chroniques cinéma, un petit recueil révélateur pour tout ceux qui s'intéressent de près à Manchette, auteur majeur du polar moderne, un livre qui aide à cerner le personnage et ses démarches ; un opus qui peut aussi intéresser par ses éclairages fort dirigés sur le cinéma certains amateurs eux-même... déjà fortement éclairés sur les théories de cet art devenu majeur au fil des ans !


EB (mai 2015)

(c) Copyright 2015 de E.Borgers 

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J-P Manchettr - Chroniques cinéma  (2015)
 
 


























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L'Homme noir    
 
(L'uomo nero - 2012)

Luca Poldelmengo 
Rivages/Noir (n° 981) - Inédit - Éditions Payot & Rivages - 2015

 
 

Filippo ne se plaint pas. Il est même reconnaissant à Gabriele Gaglirdi, directeur-gérant et maître absolu du journalier de cet hôtel de luxe à Rome, qui l'a engagé il y a déjà quelques années comme garde du corps armé et chauffeur personnel. Sans vraie formation, sauf celle reçue dans les services spécaiux de l'armée, Filippo ne pouvait espérer beaucoup mieux. Mais le voilà fourré dans des trucs pas très clairs à cause de dettes qu'il ne peut rembourser. S'il est payé correctement il ne roule pas sur l'or et seul ce salaire alimenta sa famille, sa femme poursuivant ses études, espérant mieux pour le futur. Très attaché à sa femme et sa petite fille filippo fera tout ce qu'il faut pour ne pas tomber dans la dèche. Il fera surtout ce qu'il ne faut pas...
De fil en aiguille, le destin va s'acharner sur lui, il perdra son job...Et c'est la chute libre.
Jusqu'à cette vraie seconde chance donnée quelques mois plus tard par son ex-employeur, alors que Filippo ne fait que s'enfoncer dans les difficultés et l'illégalité.
Prêt à tout pour sortir du trou où il s'est fourré, Filippo va accepter un job de confiance un one-shot avec un emploi doré à la clé en cas de réussite ! Juste ce qu'il lui faut... même si ce qu'on lui demande fait appel à sa face la plus sombre, cet homme en noir qui sommeille en lui.
Et risque de le mettre sur le chemin de la police criminelle. Même si ce n'est aue Marco qui est chargé d el'enquête, ce fils du chef de la police qui n'avait aucune ambition, qui ne recherche aucune gloire, mais qui voudrait se libérer de l'emprise de Gagliardi, relation encombrante qui le manipule pour obtenir « de petits services » toujours proches de l'abus de pouvoir.
Tout est en place, et sans le saoir ce sera une vraie machine infernale que le destin et le hasard mettront en travers du futur de Filippo. Et de quelques autres.

Roman assez court, L'homme noir est proche du synopsis développé d'un film dans sa forme, et par son style très minimaliste, presque behaviouriste, tout en livrant habilement un thriller en forme de suspense, avec des personnages qui sont presque tous ballottés par la vie, victimes de leurs erreurs, voire peu réactifs ; les autres seront des assoiffés de pouvoir ou d'argent, souvent des deux, ayant des attitudes de despotes, voire de brutes, prêts à tout.
L'auteur met en place dans son roman une construction assez recherchée qui oblige le lecteur à l'attention permanente. Un auteur qui se permet également de le mener à des conclusions amères, ironiques et assez sombres pour la plupart des personnages principaux, tout en jouant avec des hasards malveillants qui enchaînent les personnages les uns aux autres dans une espèce de ronde folle livrée au ralenti. Avec en filigrane, jamais souligné, un monde où le mal triomphe mais où les actions illégales, malveillantes et fondamentalement mauvaises ne peuvent en finale pas profiter à leurs auteurs. Suprême ironie...

 

EB  (mai 2015)
 

(c) Copyright 2015 E.Borgers 

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Luca Poldelmenge - L'Homme noir
 
 

























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L'arc-en-ciel de verre   

(The Glass Rainow - 2010)

James Lee Burke  
Rivages /Thriller - Éditions Payot & Rivages - 2013
réédité en juin 2015 dans la série Rivages/Noir (poche)

 

Dans ce 18e volume de la saga consacrée à l'ex-inspecteur de la police de la Nouvelle Orléans, Dave Robicheaux, devenu shérif-adjoint dans le petit district de New Iberia en Louisiane, ce personnage rongé par ses démons, alcoolique repenti, y vit toujours avec sa seconde femme et sa fille adoptive Alafair. Cette dernière poursuit des études universitaires mais semble aussi côtoyer avec asiduité Kermit Abelard, l’héritier d'une de ces fortunes du Sud classique de la région, bâtie sur l'abus de pouvoir et le féodalisme, ce qui n'est pas pour plaire à son flic de père, méfiant et instinctivement hostile à ce genre de milieu. Encore plus car il sait comment le grand-père Abelard a maintenu son pouvoir et les exactions qui en découlèrent. De plus, l'amitié amoureuse qui semble lier Alafair à Kermit le trouble profondément, comme père, mais aussi comme policier, car Kermit, écrivain ayant déjà une réputation a dans son entourage proche un ex-détenu, Robert Weingart, sois-disant repenti et que Kermit défend à cause de la conversion du détenu en auteur à succès...
Tout se compliquera lorsque Alafair qui s'essaye à l'écriture romanesque depuis peu, trouve un allié de poids auprès des éditeurs dans la personne de Kermit et ce ne sont pas les affrontements de Robicheaux avec l'écrivain pour essayer de le pousser dans ses retranchements qui arrangeront les choses entre Alafair et son père. Sans compter l'esprit cynique et pernicieux de Wingart toujours prêt à rabaisser tout ceux qu'il rencontre.

Entre-temps, Robicheaux est accaparé par une enquête sur la mort d'une jeune fille de la région, Bernadette Latiolais, égorgée et dont on ne retrouve pas trace des agresseurs. Il rapproche cet assassinat à ceux d'une série de jeunes filles dans les régions environnantes, tout aussi énigmatiques, sauf qu'il sait qu'ils ont face à eux un assassin en série... ou plusieurs. La liste s'allongera d'une 7e victime, retrouvée sommairement enterrée, une jeune fugueuse venant du Canada. Le seul point commun : toutes de jeunes fugueuses, sauf Bernadette, étudiante et fille sérieuse sans histoire.
Face à l'incrédulité que Robicheaux subit tout au long de son enquête, même au sein de la police, certains rapprochements d'indices vont lui faire croiser des personnages peu clairs, malfrats pourris ou dangereux et ne pourra compter que sur la présence à ses côtés de son ami de toujours, Clete Purcell, ancien flic, sorte de détective privé trop remuant et toujours sur le bord obscur de la loi. Cet ami réel permettra à Robicheaux de sortir d'impasses mortelles, de combats douteux et de traquenards infernaux. Pas toujours légalement, souvent avec pertes et fracas, mais vivant. Ce Clete profondément honnête ne plaît pas: trop dangereux, alcoolique, belliqueux, prompt à l'auto-justice et sans aucune pitié pour les malfrats agressifs. Ce qui ne fera qu'ajouter à la liste de tous ceux qui veulent se débarrasser de ces deux policiers hors normes et incontrôlables.
D'autant que certains indices de Robichaux mettent au jour des connections entre la jeune Bernadette assassinée et une fondation gérée par Kermit, que certains investissements prévus dans l'immobilier prédateur en pleine nature inviolée remettent sur son chemin les Layton, mari et femme, arrivistes sans scrupules, nouveaux-riches arrogants et pervers. Et toujours l'ombre du vieux Abelard, prédateur historique. Les cadavres vont s'accumuler parmi les personnes contactées durant l'enquête, apparemment toujours sans lien entre elles ou avec les séries de meurtres de jeunes filles.
Robichaux fera face, tout en essayant de soustraire Alafair à l'emprise pernicieuse du mielleux Kermit qui reste collé à son fielleux et dangereux Robert Weingart.
Quand sa famille sera directement menacée, Robicheaux déjà dans ses retranchements, sans alliés en dehors de Clete, ne pourra que se déchaîner et provoquer tout ceux qu'il soupçonne, qu'il rejette ou qu'il sait du mauvais côté de la justice. Un combat sans fin, mortel...

On retrouve dans L'arc-en-ciel de verre cet univers propre aux romans de la série Robicheaux, où la nature luxuriante, souvent sauvage et dévastatrice forme l'essentiel du décors du coin de Louisiane où ce personnage vit et agit , une nature omniprésente dans les descriptions du romancier. James Lee Burke parvient à chaque fois à créer des ambiances prenantes et une présence physique de cette nature démesurée qui répond souvent aux tensions du récit, lui répondant et le complétant. Dans un style d'écriture formidable de justesse, sensuel et évocateur.
Mais il n'y a pas que la nature, il y a la stature du personnage central qui évolue tout au long de la saga, mais qui porte toujours les traces de son combat avec lui-même, avec le mal qui régit le monde, face à son métier de policier qui le met directement sous le regard de la Bête. Trimballant toujours le poids de ses erreurs passées, ne renonçant jamais au combat contre le mal incarné dans nombre d'aspects de nos sociétés et dans leurs puissants dévoyés.

Dans le présent roman, outre les attaques contre le racisme endémique et banalisé du Sud, l'exploitation des petits Blancs et d'une population noire délaissées, Burke souligne dans plusieurs chapitres, réflexions et arguments à l'appui, les ravages opérés par une classe dominante au-dessus des lois, prédateurs autojustifiés malades de pouvoir et d'individualisme, exploiteurs protégés par le restant de leur classe en place aux commandes officielles. Un constat amer et révolté, et s'il n'était pas d'un Américain, on pourrait même prétendre que l'auteur s'attaque au système de classes instaurés aux USA.
Sans compter les dégâts insensés sur la nature, un des commentaires récurrents dans les romans de Burke, saccage criminel mettant l'équilibre de l'homme en danger, fléau imposé par le profit, le dieu tout-puissant et incontestable des US of A.

Dans cet assez long roman (440 pages grand format) la poursuite des coupables et des malfaisants, s'accompagne de péripéties riches en épisodes violents autour de Robicheaux, justicier blessé et meurtri qui avec son Colt .45 ACP ira les chercher jusqu'en enfer. Avec la peur continue de sombrer dans ses propres fantasmes ou de passer de l'autre côté du miroir à jamais.
Riche en contenu, d'une écriture puissante passant de la première personne à la troisième selon le narrateur, le roman se heurte à une fin brutale dont la soudaineté tranche sur l'ampleur du reste.

L'arc-en-ciel de verre n'a pas subi l'effet de série et reste un roman noir captivant obligeant le lecteur à s'interroger sur le monde qui l’entoure, sur la nature humaine et la finalité de l'action du rebelle. Un roman noir au lyrisme baroque, envoûtant, truffé de scènes qu'il n'oubliera pas de si vite... 
Recommandé.


EB  (juin 2015)

(c) Copyright 2015 E.Borgers 

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James Lee Burke -  L'arc-en-ciel de verre
 
 






Edition Rivages/Noir - 2015

Edition Rivges/Noir

(juin 2015)

























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Mise à jour: 10 juin 2015