livres
 
 

Puerto Apache   

(Puerto Apache - 2002)

Juan Martini  
Asphalte éditions  - 2015


 

Ce roman argentin datant de 2002 met en scène les habitants de Puerto Apache, une des zones en forme de bidonville de Buenos Aires, ville énorme et capitale de l'Argentine. Face à la précarité et la misère matérielle dans laquelle se débattent la plupart de ses habitants, il y a ceux qui essayent de survivre en marge ou carrément hors de la loi officielle : trafics divers, loterie illégale de numéros, prostitution, rapines...tout est bon pour ne pas rester dans le ruisseau.
Véritable petite ville, le bidonville est géré par une espèce de comité de sages qui détiennent un pouvoir reconnu, et qui gèrent les conflits majeurs ainsi que les tentatives de groupes venus d'autres bidonvilles voisins de s’immiscer, voire de rafler les bonnes combines bien juteuses que certains caids de Puerto Apache ont réussi à mettre en place et à maintenir, souvent par la ruse et la force brutale. On peut même affirmer que certains, au delà du pouvoir réel qu'ils exercent, sont riches  et ce plus que certainement à l'aune des revenus des citoyens coincés dans Puerto Apache.
Il y a aussi ces convoitises amoureuses, ces tromperies et ces filles au tempérament ravageur. Comme dans n'importe quelle autre communauté. Mais celle-ci se proclame ''Un des problèmes du XXIe siècle...'', victime de la misère économique et de la corruption ambiante (dans un pays à l 'économie ravagée deux fois par les exigences américaines d'y appliquer les préceptes, économistes médaillés servant d'alibi, du libéralisme sauvage orthodoxe sans limite et sans garde-fou, et qui menèrent cet état deux fois à la faillite- Ndlr ).
C'est dans cet univers que cet homme encore jeune, surnommé Le Rat, évolue et essaye se s'accrocher, ce taiseux discret sachant tenir sa place, ce collaborateur fidèle qui transporte enfouis dans sa mémoire d'un lieu à un autre les numéros de la loterie clandestine.
Après un tabassage en règle, la hire du Nabot sadique et les tentatives diverses qui le visaient, Le Rat est bien décidé de tirer au clair cette affaire de menaces sur sa personne : qui est vraiment derrière ce qui lui arrive ? Qui veut l'éloigner, voire pire, l'éliminer ?
Au milieu de l'effervescence créée par la menace venant de la municipalité voulant récupérer du terrain situé dans Puerto Apache, et les dissensions créées localement, surtout parmi le comité, à cause de la construction en vue d'un nouveau complexe immobilier. Le Rat, dur à cuire discret, essayant tout ce qu'il peut pour éviter la castagne, devra faire plus qu'attention s'il veut en sortir entier.
Heureusement il a sa maîtresse, belle plante érotique aimante dont le seul défaut est d'appartenir à un notable, et, heureusement, son père, Le Vieux, est un des sages du comité, mais dont l'autorité semble dernièrement avoir été mise en cause ...
Mais tout cela est-il vraiment encore d'une aide quelconque ? Pas sûr, surtout que le parcours du Rat devient de plus en plus périlleux... Mortel. Il y a urgence de compter ses amis !

Le roman de Juan Martini, auteur argentin, capte immédiatement l'attention du lecteur par les ambiances diverses qu'il crée à partir des plus petites choses de la vie quotidienne et qui peut exprimer les vraies tensions dans une continuité qui semble couler de source. Paumés et demi-sels en peuplent un univers qui reste fortement ancré dans un certain réalisme social, bidonville oblige, agrémenté d'une galerie truculente de personnages qui se fondent tous dans cet opéra de quat' sous sauce argentine, fait d'amours violentes, de jalousies diverses, d'avidité rémanente et de vendettas sans pitié.
Le style d'écriture de l'auteur sert l'ensemble avec art et discrétion, immergeant complètement le lecteur dans le réalisme de ce monde parcouru de dangers quotidiens, de volonté de survie et de violence.
Et c'est avec une même discrétion que le lecteur est embarqué dans ce qui ressemble à une enquête par le biais des recherches du Rat quant à l'origine de tous ses maux...

Pour l'ambiance créée par l'écriture, pour la sécheresse du constat social dessiné en filigrane.


EB (novembre 2015)

(c) Copyright 2015 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>



 
 
 
 
 
 



 
 

Juan Martini -  Puerto Apache
 
 


























Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 

Le premier mai tomba la dernière neige
 
 

(Tage des Letsten Schneews  - 2014)

Jan Costin  Wagner
Jacqueline Chambon/Noir - Actes Sud - 2015

 
 

Comme les romans précédents de cet auteur allemand, celui-ci a également la Finlande comme cadre. Un pays que Jan Costin Wagner connaît très bien pour y avoir vécu et y vivre encore régulièrement. Et, comme dans les autres romans déjà traduits en français (voir rubriques dans Polar Noir), il met en scène le commissaire de police criminelle de Turku, Kimmo Joentaa.

Cette fois, le commissaire sera mêlé à deux affaires très dissemblables, un double meurtre dans lequel on retrouve un homme et une très jeune femme, morts allongés dans le parc qui jouxte des ensembles neufs d'appartements de luxe, et de l'autre un accident de circulation en fin de journée qui s'est soldé par la mort de la fille du conducteur, alors que l'autre véhicule a pris la fuite.
Dans les recherches, le commissaire se retrouve face à une douleur profonde et les remords de ce père qui se croît seul reponsable de la mort de sa fille et Joentaa mettra tout en oeuvre pour ne pas bousculer ce père, trouvant en lui les ressources humaines qui évitent d'agraver l'état dépressif de ce père inconsolable.
Le double meurtre, assez obscur par le manque de liens entre les victimes et le lieu où on les a retrouvées, se complique par le fait qu'il s'agit d'étrangers aux identités incertaines. Il découvrira assez vite que la jeune femme mène une double vie, entraîneuse dans un bar de la ville certains soirs, jeune femme entretenue par ailleurs.
En dehors des enquêtes, le récit ouvre assez vite des clés au lecteur, plongeant celui-ci au coeur du spleen des parents ayant perdu leur petite fille, en ce mois de mai où la neige persiste et où les Finlandais se remettent vaille que vaille de leur hiver long, obscur et anxiogène...
Il y a aussi ce banquier qui entretient Réka, une très jolie jeune femme originaire d'un pays de l'Est, rencontrée lors d'un de ses voyages d'affaire en Belgique et dont il tombe vraiment épris et qu'il installera à Turku, bien que continuant sa vie d'homme marié. Et il y a encore, dans une autre temporalité, ces échanges de mails entre ce qu'on devine être un homme et une femme, un échange qui va glisser vers le discours de psychopathe discret, et qui ouvre une voie vers une troisième avenue du mystère et du mal dans ce roman. Nous ne pouvons en dire beaucoup plus, au risque de déflorer la construction et les péripéties des intrigues croisées. 
Sans parler de Joentaa, qui comme à l'accoutumé se bat avec sa solitude et sa tendance à la mélancolie noire dès qu'il est inactif, lui qui n'a plus aucune nouvelle de cette femme attirante, aux occupations équivoques, qui régulièrement atterrissait dans son appartement (voir les volumes précédant pour ce personnage féminin récurrent).

Les récits se pénètrent de plus en plus au cours du déroulement du roman, tous suivant leur évolution à un rythme assez lent, au fil du temps et des saisons, comme cet hiver qui ne veut pas mourir. Wagner multiplie les points de vue qui nous racontent les récits, joue avec la concordance ou pas des diverses actions dans le temps, temps dans lequel certains va-et-vient pourraient perdre les lecteurs les moins aguerris.
Comme auparavant, nous retrouvons dans Le premier mai tomba la dernière neige l'écriture très soignée de Jan Costin Wagner, avec cette fois une construction de roman beaucoup plus complexe qu'à son habitude, et même si cette construction est maîtrisée et ajoute à l'ambiance diffuse que distille le roman, on a dans la seconde moitié une impression d'artificialité dans certaines des constructions.
Sans parler des destinées transformées par des manipulations du hasard, procédé dont l'auteur se sert malheureusement à répétition dans la dernière partie.

Par la qualité d'écriture, par cette musique romanesque évoquant en permanence la sombre mélancolie et l'isolement des individus (traits souvent trouvés parmi les Scandinaves et repris par leur littérature, y compris leurs romans noirs et policiers), ce thriller au ralenti reste nettement au-dessus de la moyenne actuelle. Il contentera également tous les amateurs de romans policiers qui les plongent totalement dans le spleen nordique.

 
EB  (décembre 2015)
 

(c) Copyright 2015 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>


 


 


 
 
 
 
 
 
 
 

Jan costin Wagner - Le  premier mai tomba la dernière neige
 






















Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 

Amnésie  

Serge Radochévitch  

Borderline - Éditions Territoires Témoins - 2015

 

Si le roman se base sur une situation souvent exploitée dans le domaine du roman policier : le manuscrit détourné/volé et la substitution d'auteur, il y a cependant ajouté un élément des plus intéressants en rendant le voleur de manuscrit amnésique avant son appropriation et qu'il ne se fasse passer pour l'auteur.
Par ailleurs, Julien Renouart, l'amnésique total fraîchement sorti de l'hôpital découvre petit à petit que par le passé il était loin d'être angélique... Manipulateur, coureur de jupons divorcé, alcoolique chronique, menteur...et probablement raciste si on enjuge par les propos et convictions d'un couple, proches amis de Julien.
Michèle, la jeune journaliste qui s'intéressait au cas d'amnésie totale de Julien est celle qui le persuadera de publier le manuscrit dactylographié trouvé chez Julien, vu sa grande qualité. En fait, c'est un roman qu'il avait reçu à prêter d'un copain qu l'avait écrit, Daniel, et à qui il avait promis de le lire. Problème : il ne 'a pas lu, oublié, et Daniel semble avoir disparu. Il ne fera rien pour lever la confusion, se faisant passer pour l'auteur, et bien déterminé à jouer ce rôle après qu'un éditeur décide de publier le roman ; lui aussi persuadé de la qualité de ce texte et du succès potentiel qu'il représente. De toute façon, les pseudo-conférences qu'il donnait, basées toutes sur son cas d'amnésie ; un moyen facile de s'asurer une subsistance confortable commençaient à lasser, à ne plus intéresser les cercles divers de personnes nanties, ni leurs associations.
Et ce fut un succès critique et par les ventes, un roman qu'on s'arrachait.

Avec le grand succès, vint aussi de fortes rentrées matérielles, un statut envié d'auteur célébré et une vie assez facile pour Julien dans ce rôle improvisé. De toute façon, il jouait les innocents et se cachait derrière son amnésie dès que les questions devenaient trop précises. Mais Julien joue-t-il aussi à l'amnésique dans sa vie courante, n'a-t-il pas récupéré certains de ses souvenirs sans vouloir l'avouer? Michèle devenus proche, est elle aussi intriguée par certains de ses comportements et affirmations.
Le temps passant, éditeur en tête, on réclame à Julien un second livre dont l'ébauche ne convaincra personne, et finit par même rendre Michèle -qui partage sa vie- de plus en plus soupçonneuse et inquiète.
C'est alors, que sorti de nulle part réapparaît Daniel, le véritable auteur.
C'est aussi la période ou on ne trouve plus traces de Michèle...
On finira par la retrouver, morte dans une carrière sur son parcours de jogging dans la nature.
Accident, concluera la police
Par ailleurs, l'éditeur et d'autres ont des sentiments de plus en plus mélangés quant à cet auteur qui semble jouer un rôle, qui ne sait pas écrire...
Ce sera la soeur de Michèle, Lydia Stanik, prise de soupçons après que sa soeur est retrouvée morte en bordure du terrain appartenant à Renouart, qui contactera Simon Bielik, journaliste d'investigation pour essayer de trouver des éléments de preuves pour une explication à cette mort qu'elle pense être le résultat d'un meurtre !
Cette enquête se révélera vite assez embrouillée. Mais Bielek s'entêtera car bientôt une autre disparition curieuse aura lieu. Le tout face à un Julien, de plus en plus agressif, pervers, au comportement confus et agité.


Dans ce thriller à forte connotation psychologique, l'auteur veut nous mettre face à un individu proche du psychopathe, brutal et pervers dont le handicap mental qui devrait être passager, l'amnésie, ne parvient pas à gommer tout à fait l'être maléfique qu'il peut abriter en lui et qui resurgit avec plus de force au long du récit. Pour cela, l'auteur se sert assez habilement de changement de voix narrative entre plusieurs de ses personnages dans le récit qui nous est fait, en quittant souvent la voix intérieure du personnage central, Julien. On remarquera aussi les tentatives de changement de ton,voire de style d'écriture sensés appuyer les transformions de l'esprit de l'amnésique au cours du récit tel qu'il le vit. Mais le résultat global obtenu ici est d'introduire de la confusion et du piétinement dans la progression du roman, surtout vers son milieu.
L'apparition de l'enquête du journaliste (Simon Bielik, personnage déjà rencontré dans les deux romans précédents de Serge Radochévitch) relance cependant l'intérêt, mais ce sera pour déboucher en finale sur un foisonnement du récit qui donne une impression d'approximatif et qui n'aboutit pas vraiment.

De bonnes idées peut-être trop rapidement emballées et un manque de dramatisation de moments qui auraient pus (et dus) être forts, sont, nous semble-t-il, les handicaps de ce roman noir psychologique qui l'empêchent d'accéder à un niveau supérieur à la grande moyenne parmi les thrillers actuels.
Mais cela reste un roman très lisible, à l'intrigue intéressante, un parfait compagnon de voyage.


 

EB  (décembre 2015)

(c) Copyright 2015 E.Borgers 

Retour vers sommaire PN    >>>

Retour vers la liste des livres  >>>


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Serge Radochevitch  -  Amnésie
 
 



































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 

                                                                                                                                            Autres livres >> 


Mise à jour: 23 décembre 2015