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La contrée finale

(The Final Country - 2001)

James Crumley
La Noire- Gallimard - 2002
 

C'est Milo Milodragovitch, le détective privé que Crumley a utilisé dans plusieurs de ses romans précédents, que nous retrouvons ici.
Mais c'est un Milo vieillissant, qui pourrait enfin se contenter de ne plus rien faire, de se laisser vivre, car il bénéficie de l'héritage assez conséquent de son père et d'un magot résultant de trafics antérieurs.
Il ne s'y résout pas vraiment, et sous prétexte d'investissements (un bar accolé à un hôtel), de la fréquentation assidue de Betty sa dernière amie en date qui possède quelques terres dans le Comté de Gatlin, Texas, il finit par prendre une licence de détective privé dans cet état et est bien décidé de reprendre les enquêtes sur le terrain dès qu'une affaire se présentera. 
C'est au cours de la recherche d'une femme disparue qu'il assistera au meurtre d'un tenancier de bar qui semble avoir de nettes tendances à truander, mais ce meurtre est de fait un cas de légitime défense pour le géant noir qui en est le responsable. Sortant de prison, avec un passé de vendeur de came en gros, Enos Walker le géant noir est une proie toute faite pour la police locale qui est bien décidée à lui coller une affaire bien construite sur le dos, avec une condamnation à mort à la clé.
Avant que le noir ne disparaisse, Milo apprend qu'il est motivé par la vengeance et qu'il va rechercher d'autres personnes.
Devant la mauvaise foi des autorités de l'endroit, juges et attorneys compris, Milo s'est mis en tête d'éclaircir cet imbroglio et de disculper Enos Walker, avec pour seule piste le nom de Sissy Duval évoqué par Enos Walker. 
Mais au Texas, surtout dans le Comté Gatlin, on ne fera pas de cadeau à Milo et le ciel lui tombera vite sur la tête. Sans compter que ça ne marche plus trop bien entre lui et Betty, que la belle et trop ardente Molly a su lui faire tourner la tête, qu'il a décidé d'aider l'oncle de Betty dans sa lutte contre les bétonneurs-promoteurs qui veulent mettre la main sur ses vastes terres sauvages... Et surtout, qu'il n'est plus dans son Montana habituel et qu'il perd pied face à la coalition texane qui veut se débarrasser de lui à tout prix. De préférence définitivement...
Il faudra passer par le passé enfoui de certaines familles, le manque de scrupules et la manipulation  de certains de leurs membres, sans compter l'appât du gain qui fait agir la presque totalité des autres, pour arriver à un semblant de conclusion qui accumule les perdants.

Dans cet assez long roman on est vite pris par l'écriture de Crumley qui nous brosse un portrait attachant de ce Milo vieillissant qui estime qu'il n'est toujours pas arrivé dans sa "contrée finale"...  Milo qui fera tout ce qui est possible pour prouver qu'il sert encore à quelque chose, que sa vie n'est pas rendue bancale par la vieillesse qui s'installe.
Que, malgré sa longue existence pleine de combats souvent perdus, il croit encore  à l'amitié, à la justice directe et même à l'amour.  Sans illusions.
Sa vision est évidemment  amère, mais Milo refuse de laisser disparaître les moteurs de sa vie passée devant la vison trouble du monde que lui procure la corruption et la rapacité de ses semblables, et dans laquelle ces dames ne sont pas les plus clémentes des opposants...

Récit rugueux et magistral, très violent par moment, enveloppé comme souvent chez Crumley de vapeurs d'alcool et de relents de dope de toute nature,  La contrée finale  met Milo au milieu de luttes meurtrières, face à un monde ouvertement corrompu où l'égoïsme forcené tient lieu d'éthique journalière. 
S'il est embourbé dans ce Texas qui apparaît ici comme un condensé des États Unis actuels, il refusera obstinément d'en d'accepter les valeurs. Quel qu'en soit le prix...
Recommandé !
 

EB ( décembre 2002)

(c) Copyright 2003 E.Borgers



 
 
 
 
 
 
 
 

La contrée finale - James Crumley
 
 























































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Les brouillards de la Butte
 

Patrick Pécherot
SN 2606 - Gallimard - 2001
 
 

Sans appartenir vraiment au pastiche, le roman de Patrick Pécherot est une "continuation" de la série des Nestor Burma, détective privé,  personnage créé par Léo Malet en 1942 et qu'il  utilisa dans plus de 20 romans.
L'auteur a utilisé l'idée que Malet avait eue pour son roman inachevé qui aurait du avoir le même titre et présenter un épisode de la jeunesse de Burma dans un Paris des années 20. D'autre part Malet prévoyait de ne pas citer le nom du personnage avant la dernière page.
Pécherot utilise la même idée en ne nommant pas le personnage qui est le "raconteur" de ce roman écrit à la première personne, sauf à certains moments en lui donnant le surnom de Pipette.

A l'évidence, Pécherot a utilisé les péripéties bien connues de la jeunesse réelle de Malet qui seront ici attribués au personnage central (Pipette) pour la trame générale et certaines articulations de son récit, tout en y greffant une intrigue policière de son propre cru. Et, le mélange fonctionne. Les débuts du très jeune Burma à Paris...

Mêlé au milieu anarchiste des années 20, Pipette vit un vie précaire et miséreuse à Paris, où il collabore parfois aux actions de "récupération directe" de deux compagnons.
C'est lors de la "récupération" d'un coffre-fort chez une grande famille bourgeoise qu'ils auront la surprise de leur vie: l'intérieur ne contient qu'un cadavre inconnu en décomposition.
Ce sera le point de départ d'une recherche d'explication, dans laquelle Pipette finira par s'investir quasi totalement. Tout en rencontrant le Groupe des Surréalistes de Paris et en aidant à la publication et à la distribution de canards anarchistes, Pipette retrouvera la piste du mort, piste qui le mènera droit au sac de noeuds fait maison. De chantages en indélicatesses, en passant par le meurtre de plusieurs personnes, l'écheveau que Pipette essaye de démêler le conduira à une découverte percutante, pour le mener en finale à une conclusion amère et révoltante.

Le genre d'intrigue, les personnages secondaires, auxquels s'ajoutent  les traits d'humour et d'ironie dont Patrick Pécherot  parsème son récit -comme l'utilisation de certains personnages réels (tel Auguste Breton) qui agissent dans la partie fictionnelle - font de ce roman  un réel hommage à Léo Malet.
Il n'y a pas de vrai pastiche du style d'écriture de Malet dans ce livre, et c'est tant mieux, car l'écriture directe de Pécherot évoque très bien, à sa manière, certaines atmosphères et types de péripéties qui étaient propres à Léo Malet.
Une réussite dans son genre.
Recommandé à tous les fans des aventures de Burma, et aux autres...
 

EB  (décembre 2002)

(c) Copyright 2003 E.Borgers



 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les brouillards de la Butte - Patrick Pécherot
 
 





































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On n'est pas des chiens
 

A.D.G.
 Folio policier No 189 - Gallimard - 2001
(SN original: 1982)
 

Qu'est-ce qui rend si périlleux la tenue d'un refuge pour chiens errants? 
Est-ce la proximité d'un labo d'expérimentation sur animaux vivants ou les gitans des environs qui semblent être les pourvoyeurs en animaux "frais", ou on ne sait quel pelletier nostalgique...? Surtout que la voisine de Jeanne  est découverte égorgée peu de temps après que  celle-ci, tenancière bénévole du refuge pour chiens, ait contacté un journaliste local pour remuer un peu plus l'opinion publique face à l'apathie des flics  devant les disparitions de chiens. Là, la police est toute émue et le journaliste se transformant en enquêteur devra résoudre plus que la disparition des cadors ou le décès de la voisine. C'est qu'on ne veut pas que du bien à la gentille Jeanne, ni à sa colonie de chiens,  à cette jeune femme que le journaliste fréquente maintenant assidûment. Et à qui il pardonne volontiers sa conviction végétarienne et son obstination à ne boire que de l'eau.

Court roman qui met en scène le journaliste Serge Djerbitskine, dit Machin vu la complexité de son patronyme, et son ami l'avocat Pascal Delcroix, deux personnages qui apparurent dans plusieurs romans plus anciens de A.D.G.
Et c'est toujours Blois et le val de Loire qui servent de toile de fond au récit où Machin déploiera ses talents de penseur tout ce qu'il y a de plus polycarburant.

Comme souvent, facilité d'écriture, ironie, humour noir, jeux de mots sont au rendez-vous dans cet ultime polar  de A.D.G.  à avoir  encore de la tenue. Ce qui suivra dans sa production, après un silence de 5 années, ne sera hélas plus de qualité, ce qu'on regrettera d'autant plus venant d'un des auteurs français les plus doués de sa génération.
Mais, ici on ne sera pas chien: j'admets qu'on peut encore prendre un plaisir certain à lire ce roman, même si quelques uns des calembours que glisse A.D.G. dans son texte sont du niveau des pires délires de l'à-peu-près que se permettait  Frédéric Dard, dit San-A...

EB  (décembre 2002)

(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 

On n'est pas des chiens - A.D.G.
 
 

















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Mise à jour: 16 janvier 2003 1