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Mystic River

(Mystic River - 2001)

Dennis Lehane
Rivages Thriller- 2002
 

Mystic River est une sorte de parenthèse dans l'oeuvre actuelle de Lehane  dont les cinq romans précédant mettaient tous en scène ses deux flics privés récurrents, Patrick Kenzie et Angie Gennaro.
Dans une petite ville le long de la Mystic, proche de Boston (ville de prédilection de l'auteur), Lehane  se penche sur le destin chaotique de trois familles dont deux sont installées dans les quartiers difficiles des Flats, quartier réservé à la misère et au sous-prolétariat version américaine. Trois enfants d'une dizaine d'années, chacun issus d'une de ces familles,  ont l'habitude de jouer ensemble dans les rues, complicité née de la fréquentation et des  relations amicales qui lient leurs pères respectifs. L'univers des trois jeunes copains va totalement basculer ce jour de 1975 où Dave, le plus calme des trois, sera enlevé en voiture par deux personnages se prétendant être de la police, sous les yeux de ses compagnons. Si les 4 jours que durèrent la disparition de Dave le marqueront à jamais, cet incident aux implications humiliantes et effrayantes, mettra fin à l'amitié des trois enfants.

Jimmy, le plus turbulent, mais d'une intelligence pratique aigue, deviendra à 17 ans chef d'une bande de voleurs fort active, se fera pincer, et, après deux années de prison, se jure de ne plus y retourner car il veut voir vivre et grandir sa petite fille, Katie, dont la mère est morte durant sa détention. Rangé, il dirige un drugstore et a refait sa vie avec sa deuxième femme.
Sean, plus équilibré, originaire d'un milieu familial plus stable fera des études de droit, finira par choisir la police où il deviendra lieutenant de la criminelle, efficace et acharné, un des meilleurs inspecteurs de la brigade. Sa femme l'a quitté, sans raison apparente.
Dave dont l'isolement social après l'enlèvement lui colle toujours à la peau et reste grand, est lui aussi marié et a un enfant. Il vit une vie en apparence assez normale, ayant mis sa famille au centre de ses préoccupations. Mais si son passé le hante encore parfois, il l'a relégué au département des souvenirs pénibles et n'en parle jamais. 
25 ans après l'enlèvement de Dave, Katie, la fille de Jimmy âgée de 19 ans, est sauvagement assassinée en pleine rue, la veille de la fugue qu'elle avait projetée pour épouser un jeune homme qui ne plaît pas du tout  à son père.  L'assassinat  plongera Jimmy dans la stupeur, pour n'en sortir qu'empli de haine et du désir de vengeance.  Cet acte atroce sera aussi la cause de la réunion involontaire des trois familles déjà fracassées par leurs épreuves passées respectives. 
Sean, le flic, sera  chargé de l'enquête qui semble n'aboutir à rien de concret, bien que les suspects soient plus nombreux que ce qu'il croyait au départ. Et, tout glissera vite vers l'horreur, dans le télescopage de destinées maudites.

Lehane aurait pris pour point de départ une anecdote qui lui était arrivée dans sa jeunesse. Ramené chez lui par deux flics en civil après une bagarre de rues, sa mère furieuse fustige vertement le jeune Lehane. Non pas parce qu'il s'est bagarré, mais bien d'avoir accepté d'être reconduit à la maison: "...et s'ils n'avaient pas été des flics?" ne cessera-t-elle de lui répéter.
Dans Mystic River, développant les prémisses fournies par cette anecdote, Lehane mène ses personnages droit vers l'enfer selon les caprices d'un destin au jeu pervers, sans le moindre espoir de retour. Pessimisme fondamental qu'on retrouve fréquemment dans les oeuvres précédentes de l'auteur. 
Par contre, il nous semble que de ce roman aurait pu émaner plus de puissance et d'âpreté, si l'auteur n'avait pas cru bon de diluer la trame dans un torrent de descriptions des relations familiales ou sociales du moindre des personnages qui y participe. 
Des 400 pages de grand format que présente le roman actuel, une réduction à environ 250 eut été salutaire pour la densité de l'oeuvre, sans devoir pour autant sacrifier "l'épaisseur" des personnages principaux. La dilution de la trame ne rend pas du tout grâce à la qualité de l'intrigue que Lehane avait conçue pour Mystic River, ni à ses capacités réelles d'écriture. Dommage! 
La traduction française, assez molle, ne fait qu'accentuer l'impression de remplissage qu'on ressent à la lecture de ce pavé.
Mystic River reste cependant un roman noir bien au dessus de la moyenne.

EB (avril 2003)

(c) Copyright 2003 E.Borgers



 
 
 
 
 
 
 
 

Mystic River - Dennis Lehane
 
 


































































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Conduite accompagnée
 

Philippe Carrese
Fleuve Noir - Les Noirs - 2002
 
 

Pierre-Laurent est le fils de Jean-Pierre et Martine Martin, bourgeois nantis de Marseille.
Son père, Jean-Pierre, propriétaire d'une usine pharmaceutique prospère, porte assez bien la cinquantaine et est un homme qui aime le calme, les sonates de Schumann et sa villa de luxe. Son épouse, Martine, fait ce qu'elle peut pour rester jeune et pour meubler ses loisirs de femme comblée. Tout cela ronronne sous les yeux assez complices de Pierre-Laurent qui, à 17 ans, ne sait toujours pas  annoncer à son ingénieur de père quel est le métier sérieux  auquel il consacrera sa vie, mais s'applique. S'applique? C'est plutôt la rédaction de scénarios de jeux vidéo qui lui prennent tout son temps... Un littéraire!! Comme le répète son père interloqué.

Tout cela c'est très bien, mais c'était sans compter sur le retour de François Drêche, aux allures de nain de jardin sous-doué, ou sur l'intervention enragée des équipes de réalisation de la TV, ni sur cet agronome cinghalais au béret basque qui semble attirer les emmerdes comme les mouches sur une pizza pas fraîche. 
Et, le gentil monde des Martin va partir en digue-digue, emporté par le bruit et la fureur que peut introduire une mafia russe pas trop contente, poursuivi par la police pour les destructions massives accumulées sur les parcours de divers engins automobiles pilotés par le jeune Pierre-Laurent ...qui n'a toujours pas son permis. Sans oublier les menaces de mort proférées par des portes-flingues de toutes nationalités qui semblent s'abattre sur leur parcours plus vite que les plaies sur l'Egypte.
Et monsieur Martin dans tout cela? Jean-Pierre fait ce qu'il peut, au grand étonnement de son fils qui n'en croit pas ses yeux! Surtout que Mercedes n'avait pas vraiment prévu le transport de cadavres dans le coffre de ses modèles de luxe... Même enveloppés de tapis persans.

On l'aura deviné, dans ce roman, Philippe Carrese a choisi l'humour déjanté pour nous raconter les avatars du  jeune Pierre-Laurent, dit Pilau, et de Jipé, son papa. Ça remue dans tous les sens, c'est parfois proche du dessin-animé à l'Avery ou de la BD qui se laisse aller, mais c'est drôle... Lecture facile et, pourquoi le nier, agréable, même si Carrese n'atteint pas dans Conduite accompagnée la concision ni l'humour noir d'un Tito Topin, par exemple.
Par contre, nous assistons, assez pantois, à son règlement de compte avec les équipes prédatrices de la TV hexagonale (qu'il doit connaître vu ses activités de scénariste) et à son combat à mains nues avec l'imparfait du subjonctif. Horrible et sanglant.
Carrese l'emporte cependant haut la main, et balaie ces deux fléaux  par ses envolées rigolatoires!!

Polar marseillais? Si vous y tenez... 
Polar marrant? Yyessse!...

EB  (mars 2003)
 

(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Conduite accompagnée - Philippe Carrese
 
 



































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Cradoque's band
 

A.D.G.
SN 1493- Gallimard - 1972
fut republié en CN - 1980
 

Un des romans importants de A.D.G., auteur emblématique des années 70, dont le véritable nom- Alain Fournier- était sans doute une prédestination à l'écriture...
Mais, avec A.D.G. nous sommes loin des espaces romantiques d'une adolescence en éveil car Cradoque's band  raconte la dérive des jeunes des bidonvilles, ces enfers du deuxième niveau proches des cités de banlieue,  cauchemars miséreux organisés par les hypocrisies sociales et les dérives autoritaires d'États pervers.
C'est dans ce milieu à la misère criante que A.D.G. nous montre des jeunes de tous âges qui essayent de survivre parmi les abus de la police, les assauts d'une muise noire et l'imbécillité de la plupart des pensionnaires de la cité toute proche. Et, malgré les dangers rencontrés dans les bidonvilles mêmes où rapines, attaques et dangers de tout ordre sont générés en permanence, atteignant ses habitants en premier lieu.

François, jeune chineur, essaye de s'en sortir comme il peut tout en protégeant sa jeune soeur. "Les Loups", jeunes loubards ne se déplacent qu'en groupe et en mob, ont déjà compris qu'il ne leur reste que la violence et la délinquance, et ce n'est pas Steph, leur chef, hargneux barjot castagneur, qui pourrait leur montrer une autre voie.
Il y a aussi Marco, injustement accusé de meurtre,  qui se terre avec la complicité de ses compagnons de misère. Il y a aussi ces gitans qui s'entraident, ou  ces quelques femmes âgées qui servent parfois de mères de substitution. Ou encore ces gauchistes qui se décarcassent pour amener nourriture et secours aux habitants du bidonville, et qui sont pourchassés sans relâche par la police, voire par les sympathisants de partis traditionnels de gauche.
Il y a aussi Lucien, jeune poète dévoyé, chanteur et mythomane, véritable schizophrène, qui ne reculera devant rien pour aller faire sa vie à Paris, là où selon lui la vraie vie devrait l'attendre. Il échouera dans la cité proche du bidonville, et restera  persuadé qu'il y accomplira son destin, destin qui passe par le fric qu'il est bien décidé de se procurer à tout prix. Mais c'est la mort et l'horreur qui seront au rendez-vous. 
"Ca c'est Paris!..."

L'équilibre très instable qui régissait  les groupes humains dans le  bidonville et les  petites gens habitant les cités avoisinantes, va imploser sous la pression créée par  les événements horribles qui les frapperont, vent noir de folie, de haine et de meurtres,  duquel Lucien n'est pas étranger.
Et, c'est à Marseille, en cavale,  que finalement il rencontrera son destin dérisoire de malfrat minable. 

Le langage de A.D.G. dans Cradoque's band oscille entre parler familier et argot dans un récit tendu d'une noirceur extrême, noirceur  renforcée par la misère et la crasse des milieux décrits: pour ces êtres forcés de vivre dans ces véritables poubelles sociales il n'y a pas d'échappée possible.
On hésite à parle d'humour noir pour les moments déjantés du récit, le ton étant  plutôt proche du ricanement,  accompagnement ironique  des actes souvent destructeurs de ces loubards qui tentent d'échapper à leur futur.

Le titre est, de toute évidence, une évocation célinienne. Pourtant, si l'ambiance d'une grande partie du roman de A.D.G. rappelle celle du Céline de Mort à crédit, il n'est pas un pastiche de l'écriture de ce dernier.
Dans le roman noir français,  Cradoque's band  de A.D.G. -publié en 1972- fait figure de précurseur en mettant en scène une banlieue démunie et opprimée socialement, à la fois victime et criminogène, révoltée et explosive. 
Il faudra attendre encore quelques années pour que des écrivains de talent tels Vautrin, Varoux ou Siniac ne fassent entrer cette banlieue en force dans le "neo-polar" noir à la française.
On se demande d'ailleurs pourquoi ce roman noir de qualité qu'est Cradoque's band, n'a toujours pas été réédité depuis sa republication en 1980 dans la série poche de Gallimard, "Carré Noir"?

EB  (avril 2003)

(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Cradoque's band -  A.D.G.
 
 























































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Mise à jour: 26 avril 2003 1