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Kangouroad Movie 
 

A.D.G.
La Noire - Gallimard - 2003
 

Comme le titre le laisse supposer,  avec Kangouroad Movie on se retrouve assez loin du Berry que A.D.G.  nous avait campé dans deux romans de terroir restés assez célèbres (*). Car, c'est bien de l'Australie dont il s'agit cette fois-ci!
L'Australie de l'Ouback et du bush. Celle du nord, dans la région de Mount Isa, celle où il ne pleut que tous les 5 ans.

Mis à part des élevages gigantesques de boeufs et de moutons, résultats de générations de colons obstinés, le nord de l'État du Queensland offre peu de ressources utilisables au sein d'une nature qui semble être en pleine crise de schizophrénie, à la faune délirante et au soleil implacable. Dans cette partie d'Australie il y a encore des Aborigènes qui tentent de survivre, loin de leurs Rêves des ancêtres, mais à coup sûr trop proches des mirages de la vie dite civilisée... dans ce grand Never-Never Land.

Paddy O'Flaherty estime qu'il a finalement de la chance. Il bosse pour le gouvernement du Queensland. On lui a confié la surveillance et l'entretien de 60 kilomètres de cette immense barrière barbelée, la Dingo Fence, protection gigantesque en fil de fer barbelé contre les hordes de dingos sauvages (**) et les invasions de lapins. 5300 km selon l'axe nord-sud du pays. C'est que tout ce qui a été importé de vivant dans l'Australie des pionniers prolifère au point de devenir un problème insurmontable, et que le moindre déséquilibre provoque à son tour  la prolifération des espèces locales. Tout le monde se souvient encore des problèmes que créent les multitudes de Joeys (Joey= argot australien pour kangourou) qui envahissent certains coins, ou des bandes de dingos qui ont de quoi se nourrir avec les moutons omniprésents dans ce pays et qui survivent trop facilement.
Elle est vraiment d'utilité cette barrière barbelée!
Et puis, Paddy aime bien cette vie fruste, mais sans complications. Des semaines passées dans le bush, loin de sa vie précédente de petit soldat dans les S.A.S.(1) et loin de la famille qu'il avait fondée mais pas réussi à stabiliser. Sans parler de son géniteur qui a tellement  pesé sur la première partie de son existence, ce général abhorré, con et coincé.
Parfois Paddy se demande s'il n'a pas un peu trop hérité de la première de ces deux "qualités" du vieux...
Sur le terrain, il s'entend assez bien avec l'Aborigène que le département lui a collé comme adjoint. Pickwick-Pickwick n'est cependant pas le modèle courant: il a obtenu son bac, semble tout à fait à l'aise dans l'univers des blancs, même s'il aime jouer à l'idiot local selon le schéma réducteur que les Australiens collent aux Aborigènes.
Puis il y a aussi le Land Cruiser, un  4x4 tirant un peu sur l'antique. Un mélange de bête de somme, de monture et de camping-car qui rassure Paddy dans ses randonnées et qui est assuré de son affection sincère... On s'attache à ce qu'on peut.
 

Une nuit, tout va basculer.  Ils découvrent en pleine nature cinq cadavres près d'un van, certains ayant été massacrés, comme passés à la moulinette, et ce sera la fin de la routine des inspecteurs de clôtures. Sans compter la jeune Suissesse qui s'est cachée dans leur véhicule, et dont les récits sentent l'arnaque à plein nez.
C'est qu'en fin de compte, les pas trop futés de la police du bled voisin vont les considérer, Pickwick-Pickwick et Paddy, comme les suspects numéros un.
Et ce sera dans l'illégalité totale que les deux compères essayeront de dénouer le mystère de ces meurtres. La piste sera longue, dure, et hostile. Ce qui n'est rien en comparaison du carnage en règle qui les  attend... L'odeur de l'argent rend fou, même sous ces latitudes.

A.D.G. dans Kangouroad Movie fait osciller son roman entre récit d'aventures et polar, et en profite pour y glisser de l'info sur tout ce qui est typiquement Aussie(***).  Loin d'être inintéressantes, car bien documentées, ces digressions aident à mieux comprendre la spécificité de la nature et de certains des habitants de l'Australie de ces régions du nord. Le récit s'en trouve allongé, sans être vraiment alourdi. C'est dans ce decors bien planté qu'evolue Paddy, son personnage central, dont le profil est assez réussi. Paddy est campé en brute contrôlée de modèle anglo-saxon, pas vraiment une pointure de l'intellect, Irlandais par ses origines, catholique et en proie au doute, le tout tempéré de traces flegmatiques- cette caractéristique essentielle, l'empreinte marquant toute société au passé britannique récent. Sans compter le regard  à l'ironie douce-amère que lui porte A.D.G. ce qui achève de nous le rendre attachant.

On est loin des ratages de A.D.G. lorsqu'il produisit ses romans "kanak" qui avaient la Nouvelle-Calédonie comme cadre et comme sujet.
Avec Kangouroad Movie , il refait dans l'exotisme, mais cette fois cela lui réussit mieux : L'Australie, avec son ciel d'un bleu éclatant, ses terres d'un rouge déroutant, ses oiseaux colorés d'arc-en-ciel, assaisonnée d'une bonne pointe de noir (courtesy of A.D.G.), nous donne un roman intéressant et ironique. 
Welcome back A.D.G. !

EB (juillet 2003)
 

(1) S.A.S. - ici le sigle ne doit rien à la ccélèbre compagnie aérienne scandinave !
Special Air Service (SAS): Unité militaire de commandos d'élite destinés aux diverses actions directes difficiles.
La formation, l' entraînement et les interventions des SAS relèguent les US Marines dans la catégorie des joyeux organisateurs de jamborees scouts...
Existent en Australie, calqués sur le modèle britannique d'origine.
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(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 

Kangouroad Movie - A.D.G.
 
 
 



(*) romans de terroir
il s'agit de deux romans se déroulant dans un Berry rural digérant mal la pagaille qu'y apportent les "étrangers".
Déjantés, à l'humour jubilatoire et ravageur. 
Une vraie réussite, spécialement le premier: "La nuit des grands chiens malades"-1972 (dont l'adaptation cinématographique "Quelques messieurs trop tranquilles" de Georges Lautner  - 1973- fut assez molle, ne rendant pas justice au bouquin, malgré les charlots de service).
Le second, "Berry Story" (1973) reste malgré tout un excellent roman d'humour grinçant, d'un noir aux accents ruraux.            (EB)
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(**)dingo
chien sauvage d'Australie. A l'origine il fut importé par l'immigration des Aborigènes venant d'Asie, et fut le premier mammifère à s'installer dans le pays. A partir du 19e siècle, certains de ces chiens sauvages furent domestiqués pour usage local. Pullulent actuellement en petites bandes prédatrices dans de nombreuses régions de ce gigantesque pays. Pays qui est un vrai cauchemar "éco-systémal" de  par la surprotection naturelle et immémoriale que lui procurait son isolement, et dont a jouit l'Australie jusqu'à l'arrivée des Aborigènes puis des Européens        (EB)

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(***)Aussie
mot familier pour austalien (adjectif), ou Australien (les habitants). On utilise aussi Oz (vient de la phonétique de l'abréviation Aus. pour Australia). Aucune connotation négative pour ces deux mots.
Enfin, il faut savoir que Down Under est le sobriquet qui désigne le pays lui-même, et qui signifie à peu près "Là tout en bas". Rappelez-vous la position australe de... l'Australie !            (EB)

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J'étais Dora Suarez 
-Un roman en deuil-

(I was Dora Suarez - 1990)

Robin Cook
Rivages/Thriller - 1990
(fut republié en Rivages Noir -poche- - no 116)
 
 

Mis à pied indéfiniment pour avoir brisé la mâchoire d'un officier de police au cours de son enquête dans l'affaire Mardy (voir: Comment vivent les morts) l'inspecteur sans nom, au chômage depuis un an, se voit rappelé à la section A14 de l'Usine et réintégré dans la police. 
"Décès Non Éclaircis"... c'est le  nom officiel de la section dans laquelle il travaillait et qu'il va retrouver uniquement parce que les deux meurtres que vient de découvrir la police sont encore plus effrayants qu'à l'accoutumé, les deux femmes massacrées des victimes encore plus obscures et insignifiantes que celles des cas sordides que la police refilait d'habitude à la section A14.
L'inspecteur sans nom veut être seul sur l'enquête, ne se faisant aider de temps à autre que par un jeune collègue en qui il a confiance. Il s'investira totalement dans la reconstitution de la vie d'une des deux victimes: une jeune prostituée, Dora Suarez, manifestement au bout du rouleau et qui semblait attendre son bourreau le soir de sa mort. 
La vieille dame désuète de plus de 80 ans, Betty Carstairs, qui vivait depuis longtemps dans ce quartier chic de Londres une pauvre vie précaire et solitaire, avait été toute heureuse d'offrir à Dora de vivre chez elle. Deux destinées solitaires qui s'épaulent, deux femmes seules sans autres personnes qui pourraient se préoccuper de leur vie ou de leur mort...
Dora fut massacrée à la hache, partiellement débitée, profanée de manière ignoble, retrouvée exsangue. La vielle dame disloquée par un choc violent qui l'avait fracassée contre la grande horloge de la maison.

L'horreur visible est le moteur qui anime l'inspecteur dans sa recherche de détails et d'ambiances qui lui permettront petit à petit de reconstituer un profil suffisant du psychopathe responsable de l'horreur mortelle qu'a vécu Dora alors qu'elle  était déjà en phase terminale d'une terrible maladie qui lui rongeait le corps depuis des mois.
Ce sera avec rage et désespoir que l'inspecteur foncera au travers des obstacles qui freinent son enquête: supérieurs, truands, financiers véreux, marchands de filles... rien ni personne ne l'arrêteront sur ce chemin de croix de l'horreur. C'est qu'en dehors des deux meurtres, ce qu'il découvre comme perversion et malignité dans les individus mêlés de loin ou de près à la vie de Dora Suarez  ne feront qu'accroître la charge d'inhumanité  qui le hante et le convaincre de l'urgence de sa mission.
S'il s'identifie de plus en plus à la victime pour mieux  découvrir son monde sordide, pour ressentir son martyre, il  sait que le temps presse s'il veut se trouver face à face avec le tueur.
Ses propres démons referont surface au cours de ce parcours de pitié, lui rappelant que la démence n'est qu'une des formes que peuvent prendre l'horreur et le mal  dans l'humain, comme ce fut le cas pour sa femme qui, en crise de folie schizophrénique  pure, massacra leur petite fille. Souvenirs d'un passé déjà lointain, il ne cesse de les revivre en écho à l'horreur des meurtres qu'il doit résoudre.
Mais, le regard du Mal n'est plus soutenable  et  l'inspecteur ira jusqu'au bout de la mission d' Ange Exterminateur qu'il s'est assignée... prêt à en payer le prix.
La dignité de Dora Suares sera finalement restaurée. Le but ultime, ce qu'il voulait par dessus tout!.
Mais, dans ce cas-ci, où sera sa victoire?
 

Roman prenant, J'étais Dora Suarez  au sous-titre évocateur: Un roman en deuil, est effectivement d'une noirceur totale. Le récit de la traque de l'inspecteur, fait à la première personne, assez animé et direct,  auquel sont  entremêlés les témoignages de la vie passée de Dora Suarez, donnent à l'ensemble  une dimension proche de l'onirisme
Comme souvent chez Robin Cook, ces rêves ne sont que des cauchemars éveillés révélant des corps mutilés et la déshumanisation des coupables autant que des victimes. 
L'aboutissement ultime de l'horreur sera cependant encore ailleurs.  Dans le regard vide que fixe le traqueur du Mal,  ce regard qui le mène de l'autre côté du miroir où il n'apercevra rien d'autre que l'humanité mise à nu. 

Mais, peut-on exorciser l'humanité toute entière?
Robin Cook est mort avant d'avoir pu nous donner les réponses.

A lire!

EB  (juillet 2003)
 

(c) Copyright 2003 E.Borgers



NOTE
Voyez les analyses des autres romans  du cycle de l'Usine  de Robin Rook, ce grand auteur britannique,  dans les pages de Polar Noir
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

J'étais Dora Suarez - Robin Cook
 
 






































































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Les derniers Mystères de Paris 
 

Noël Simsolo
Série Pierre de Gondol, no 7
Éditions Baleine - 2002
 
 

Il s'agit en fait d'une des enquêtes "littéraires" effectuée par Pierre de Gondol,  le libraire des Douze Maîtres Carrés, la plus petite librairie de Paris.
Dans cette série de romans  écrite à plusieurs mains, le volume de Simsolo se réfère en permanence aux décors et à certaines péripéties issus des Nouveaux Mystères de Paris  (la série des 15 romans cultes de Léo Malet dans lesquels il nous raconta certaines des enquêtes de Nestor Burma, son détective de choc, chacune se déroulant dans un arrondissement parisien différent). 

C'est que le tueur en série qui sévit dans la capitale pourrait laisser des traces volontaires sur les différents lieux de ses crimes, sous la forme d'objets insolites que l'on retrouve sur les cadavres, ou autour de ceux-ci. C'est ce que comprend assez vite de Gondol quand son ami le commissaire Yèble lui fait part de la série de meurtres non résolus dont la police s'occupe, série qui vient de compter une victime de plus: une cliente de sa librairie.
 Par quelques détails, le libraire conclut que le tueur suit les arrondissements qui furent utilisés par Malet, tout en évoquant les titres des romans ou par allusion à certains personnages qui apparaissent dans leurs trames.  Il s'efforcera donc de décoder les indices insolites de chacun des 11 meurtres répertoriés par Yèbre, pour vérifier son hypothèse et pour essayer de comprendre la mécanisme intellectuel qui guide le tueur dans son itinéraire noir et sordide.
Cependant la vraie question reste: le tueur  va-t-il s'arrêter? Va-t-il continuer jusqu'à obtenir 15 références liées aux Nouveaux Mystères de Paris  de Malet? Va-t-il aussi s'en prendre aux 5 arrondissements qui manquent dans la saga de Nestor Burma?
Et, c'est une course contre la montre que de Gondol va entreprendre, se prenant au jeu des références, aidé par sa grande culture en littérature générale et populaire. Il s'y appliquera pleinement et  aidera Yèble à suivre la trace du tueur... mais est-ce que les deux compères pourront vraiment arrêter cette série de crimes?

Simsolo nous raconte tout cela dans Les derniers Mystères de Paris, sur un rythme de surexcitation intellectuelle,  avec un de Gondol qui n'est  passionné que par la connaissance de références insolites concernant la littérature, les auteurs et leurs personnages. Concernant Malet, évidemment, mais aussi à propos d'une foule d'autres auteurs pour lesquels Simsolo donne  nombre de détails divers et  de curiosités dont il nous abreuve tout au long du récit. Il est certain que Simsolo a bien préparé les références  réelles qu'il aligne dans le roman à tout bout de champs, étalant avec elles une érudition évidente (en dehors de Malet), mais qui devient un peu lassante  par l'effet d' accumulation.
Heureusement,  des références bidons à propos d'ouvrages ou d'auteurs connus  viennent égayer la liste. Par contre, qu'on se rassure, les références de Simsolo nous renvoyant à Malet  - Burma et le restant de son oeuvre -  pour les nécessités du roman, sont bien toutes réelles. 

Il reste un roman agréable à lire, un peu superficiel, mais qui intéressera tous les amateurs de Malet.

EB  (août 2003)

(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les derniers Mystères de Paris - Noël Simsolo
 
 










































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Mise à jour: 16 septembre  2003 1