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L’homme de ma vie

 -Le retour de Pepe Carvalho

(El hombre de mi vida - 2000)

Manuel Vázquez Montalbán
Christian Bourgois Éditeur
- 2002
 

En cette année 1999, la fin de siècle est assez déroutante pour Pepe Carvalho, cet enquêteur bien connu à Barcelone. Aussi connu que le singe blanc de cette même ville, comme il aime le rappeler.  C’est en se sentant franchir un cap, pas celui du millénaire mais celui qu’il doit au vieillissement qui s’installe, alors qu’il fait le bref bilan de sa vie assez agitée face à un avenir aussi maigre que son compte en banque, que Carvalho voit resurgir les acteurs d’ épisodes de son passé qu’il pensait sans suites, même s’ils revenaient le hanter parmi ses souvenirs de militant de gauche et de témoin plus récent d’une Espagne qui, en pleine  convalescence du Franquisme, se plonge à corps perdu dans la corruption post-moderne, celle qui ne cherche même pas à se justifier.

S’il se sent sans avenir, il n’est pas brisé Carvalho, il a une longue habitude des désenchantements et d’avenirs incertains. Il suffit peut-être de s’économiser…
Carvalho n’a pas vraiment envie de tout laisser tomber pour Charo, son ex-amie de cœur qui resurgit dans sa vie après sept années passées en Andorre et qui vient se réinstaller à Barcelone. Se laisserait-il, par contre, tenter par Yes, la toujours splendide femme qu’il avait connue il y a vingt ans (
voir Les oiseaux de Bangkok- ndlr), lorsqu'elle était jeune, celle qu’il fit sortir de sa vie d’alors ne croyant pas qu’il pourrait vivre une histoire d’amour au long cours avec quelqu’un de si jeune, de si demandant.
Pepe, l’homme de leur vie ?

Il y a aussi les bribes de souvenirs de ses débuts à la CIA, il y très longtemps, qui lui reviennent par vagues au cours de l’enquête qu’il mène pour élucider le meurtre d’un jeune fils de famille membre très actif, et amant du très jeune chef, d’une secte vouée à Satan. C’est que le chef en question est lui aussi fils de « bonne famille ». Problème : la riche famille du chef de la secte satanique est la directe concurrente financière de celle du jeune assassiné.
Les nationalistes catalans contactent Carvalho via Charo, pour qu’il les aide à former des cellules d’espionnage et d’intoxication dont le trajet passe par l’étude et la manipulation des diverses sectes religieuses existant en Espagne dont ils croient pouvoir se servir pour contrer des manoeuvres anti-régionalistes.
Ils sont persuadés que la nouvelle Europe veut se débarrasser de ces nations sans États, Catalans, Basques, Adigeois et tous les autres, en les morcelant dans d’artificielles régions basées sur une identité économique et la proximité géographique. Les intérêts financiers en jeu sont énormes. Et le jeu pourri de ceux qui tirent les ficelles est à la hauteur. Tout est infiltré, tout tient à tout. Rien n’arrête plus les intérêts privés.
Chantages, meurtres, infiltration du politique, corruption… ils connaissent bien leurs gammes les créateurs de cet avenir à cadre neo-libéral qui veulent tout écraser sur leur chemin pavé de mauvaises intentions. Qu’ils soient Catalans ou Espagnols.
Si Carvalho n’est plus très touché par ces combats de requins, il continue cependant son enquête afin d’essayer de donner une explication à la mort d’un fils à cette vieille mère esseulée qui semble être l'unique personne à faire preuve d’une sincère affection envers la victime.
Il ira jusqu’au bout, pour découvrir beaucoup plus que ce qu’il croyait… surtout sur lui-même.

Roman crépusculaire,  L’homme de ma vie nous captive dès le début en mêlant habilement l’intrigue de base et les amours de Carvalho aux descriptions de la folie politico-économique en action dans une Espagne qui ne se cherche plus mais qui n’a trouvé que le vide. À l’image de Pepe Carvalho qui sait que sa propre décadence physique marquera l’échéance finale inévitable  d’une vie sur laquelle il a toujours promené un regard désabusé et cynique. Le seul rempart dérisoire face au nihilisme qui l’envahit est fait de son goût pour les plats cuisinés avec raffinement et  de la destruction par le feu de tous ces livres inutiles qui ne purent arrêter les sociétés folles qui suivirent. Même l’amour ou l’amitié, il ne peut les supporter que dans les termes qu’il leur impose.
Montalbán, dont les qualités d’écriture ne sont plus à souligner, nous fait totalement participer à cette balade noire de Pepe Carvalho qui semble tourner à l’errance. Mais, c’est un  Pepe Carvalho dont le regard moqueur et distant l’empêche de voir le néant vers lequel il se dirige.
La seule voie laissée aux politiquement incorrects
de son genre...

Recommandé !


EB (novembre 2003)

(c) Copyright 2003 E.Borgers



 
 
 
 
 
 
 
 

Manuel Vázquez Montalbán-L'homme de ma vie  
 
 

























































Listes livres

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Pour venger pépère
 

 A.D.G.

SN 1806 – Gallimard – 1980

(fut réédité en folio-policier No 153)
 
 

Un des romans intéressants de A.D.G. dont le personnage central, Pascal Delcroix, jeune avocat au barreau de Tours se verra emporté par un désir de vengeance et d’auto-justice dans la recherche hargneuse des meurtriers de son grand-père.
Très vite Delcroix se rend compte que le barjo qui a mitraillé sans raison son pépère au cours de la fuite du trio qui avait commis un hold-up foireux est un certain Jouax, l’ancien promoteur d’une communauté ratée établie dans la région et dans laquelle l’argent ne semblait pas être le problème jusqu’à il y a peu.
Delcroix ne pourra compter que sur l’aide se son ami journaliste, Machin, pour débrouiller les pistes laissées par l’assassin et ses deux complices. Ces pistes semblent impliquer un peu trop de monde dont ce fils de famille, Gérard Cétieux, au père politicien local influent qui semble considérer la région comme son fief.
Le fils de famille est une belle ordure, et ce n’est pas son goût immodéré pour les petits garçons qui le rendra plus attachant aux yeux de Delcroix et son copain.

Le ciel va vite lui tomber sur la tête à Delcroix, et  au plus il avance dans ses recherches, au plus l’ambiance tourne au sanguinaire. Lui et Machin sont pourtant  persuadés que  la piste de Jouax passe par ce visqueux de Cétieux… Mais qui a laché les deux tordus habillés de cuir qui bastonnent et mitraillent à tout va ?
Même Machin va trinquer, et cette fois-ci ce ne sera pas un petit blanc bien frais, boisson dont il est plus que coutumier…
Delcroix  sentira  la moutarde lui monter au nez et ce sera avec le vieux 16 à
double canons  de pépère et ses cartouches de chasse faites maison qu’il poursuivra sa traque de l’assassin de son vieux pote. De son pépère qui n’avait jamais fait de mal à personne…

Roman attachant de A.D.G.,  où on retrouve Serguie Djerbitskine, personnage récurrent -mais ici en tant que personnage secondaire-  celui que ses amis et connaissances appellent Machin pour simplifier les rapports. Le journaliste est monté en grade dans le canard qui l’utilise, mais sa soif de tout ce qui titre plus que 3° sous forme liquide lui colle encore au corps et il vit toujours en célibataire sa vie de cétacé anarchisant de l’information.
La nostalgie tourangelle et du pays de Loire qu’y insuffle l’auteur soutient admirablement l’intrigue et souligne les états d’âmes du personnage orphelin de son grand-père, orphelin dont le passé de petit garçon de la Loire est à tout jamais lié à ce  vieil ouvrier aux plaisirs simples.
A lire.


EB  (octobre 2003)
 

(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

A.D.G.-Pour venger pépère  
 
 







































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Un manifeste pour les morts

(Manifesto for the Dead – 2000)

Domenic Stansberry
SN 2696 – Gallimard – 2003

 

Los Angeles, 1971. Jim Thompson, 65 ans, se sent au bout du rouleau. L’argent se fait rare. Plus personne ne le contacte que ce soit pour lui réclamer un scénario ou lui commander un roman. Il se demande si ce n’est pas la fin, face à sa triste réalité qu’il n’affronte plus qu’imbibé de whisky.
Pour essayer de conserver son grand appartement dont la terrasse lui permet d’observer l’océan, et pour regagner l’estime d’Alberta, sa femme, il accepte décrire un livre qui devrait servir de promotion pour un film en gestation et dont le scénario semble déjà exister.
Le producteur veut une histoire bien saignante, celle d’un trio infernal avec la femme fatale et tout le toutim. Le seul problème c’est que Jim sait fort bien d’où sort ce Billy Miracle, producteur désargenté,  au passé peu glorieux fait d’expédients et de combines foireuses.
Mais Miracle prétend que l’actrice qui fut très célèbre puis mise sur la touche par un ex-mari, Jack Lombard, producteur réputé, accepte de participer… Elle est en pleine phase de réconciliation, ce qui pourrait inciter l’ex à injecter un peu d’argent dans le projet qui en a bien besoin.
Jim finira par rencontrer Michele Haze, l’actrice vieillissante mais encore belle, qui confirme que Jack Lombard s’est brouillé avec la jeune beauté qui l’avait remplacée dans sa vie  et qu’elle est certaine qu’il la soutiendra pour le film.

Jim avait déjà loué une chambre dans un hôtel bon marché, comme il le fait toujours dès qu’il se met à écrire. Seul avec sa portative, sa bouteille de Jack Daniels et le vieux flingue qui lui venait de son père. Une relique. Son talisman. Il y avait directement produit les premières pages du roman. Cristal lui avait donné un titre : Un manifeste pour les morts.
De toute façon Jim avait déjà dit oui à Billy Miracle. Il accepte donc de signer le contrat pour le bouquin finalement  présenté par Billy et Michele. C’est qu’il a foutument besoin des 1000 dollars d’acompte qu’il parvient à soutirer de Jack. Peut-être pourra-t-il épargner à Alberta de devoir déménager vers un appart miteux dans un quartier oublié.
Comme tous les efforts de Jim semblent insuffisants, Alberta lui demande d’aller l’attendre dans l’appartement qui sera leur nouvelle adresse, dans ce quartier  qui le désole. Le déménagement aura lieu dans quelques jours.  
C’est là, en attendant Alberta, qu’un type énervé et suant, que Jim avait vu arriver dans une vieille Cadillac, essaie de le persuader d’accepter la livraison qu’il doit faire, le confondant avec un certain Wicks. La nouvelle adresse de Jim est indiquée sur le papier du type. Jim n’y comprend rien et lorsque le bonhomme se tire par peur de la police qu’il entend patrouiller dans les rues, il se rend à la vieille bagnole, lève le couvercle du coffre pour y découvrir le cadavre récent d’une jeune femme. L’alcool ne l’aide certainement pas à distinguer la réalité parmi le chaos d’images et de sensations qu’il trimballe à longueur de journée, mais sa seule préoccupation est de faire disparaître la vieille Cad et son contenu. Tout oublier et se concentrer sur son bouquin, sa seule planche de salut…  
Et tout basculera pour Jim Thompson qui regrettera vite de ne pas vivre que ses hantises privées, face à cette réalité qui se transforme en cauchemar éveillé qu’il ne contrôle pas et qui le précipite dans une tourmente qui semble sans fin. Cauchemar qui semble sorti droit du foutu bouquin qu’il écrit pour le film.  
Il sait qu’il n’en sortira qu’encore plus vieilli, encore plus diminué…plus éloigné d’Alberta.
Mais, est-il certain d’en sortir ?

Qu’on se rassure, Domenic Stansberry ne s’en tire pas trop mal en nous présentant le vrai Jim Thompson vers la fin de sa vie, face aux péripéties factices de son roman.
Tout ce qui n’est pas l’intrigue est respecté et reste conforme aux détails de la vraie vie de Jim Thompson, auteur génial de romans noirs qui marqueront à jamais l’histoire de cette littérature, auteur qui finira alcoolique et oublié dans son propre pays.
Si les quelques courts chapitres du livre dans le livre ( Un manifeste pour les morts, roman fictif du film fictif dont les chapitres sont parsemés au fil du récit de Stansberry ), sensés être écrits par le Jim Thompson de l’intrigue, essaient de retrouver la patte de cet auteur, le roman de Stansberry, lui, ne s’essaie qu’à une recomposition plausible de l’univers Thompsonien.
Et c’est très bien ainsi.
Les pastiches de l’écriture d’auteurs célèbres ont le don de m’énerver. Et je ne crois pas être le seul. Sans parler des intrigues recyclées par des faiseurs à court d’inspiration misant sur la réputation de l’auteur qu’ils pastichent ou sur la renommée de leurs personnages mythiques.
Mais, répétons-le, il n’en est rien ici.
Bilan positif donc pour ce roman de Stransberry qui captive notre attention dans un parcours noir et ironique comme ceux dans lesquels  le Grand Jim aimait  nous plonger.

EB  (octobre 2003)

(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Domenic Stansberry - Un manifeste pour les morts  
 
 

























































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Mise à jour: 21 novembre 2003


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