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L'automne des chimères 

     
Yasmina Khadra

Instantanés de Polar No 120
Éditions Baleine
- 1998
(fut republié en folio-Policier no 166)
 


Le décès de personnes qui lui sont chères ramèneront le commissaire Llob un peu plus près de ses racines, de ses amis de longues date, des personnes qui lui servirent de famille lors de sa jeunesse en Kabylie. Tous subissent la terreur et l' anarchie  que crée l'Intégrisme musulman en action, victimes et spectateurs d'un monde ensanglanté au nom de principes pervertis. Même Llob dans son boulot de flic n'est pas épargné.
Rien de l'Algérie n'est préservé. L'horreur n'a plus de repos...
C'est au milieu de son ressourcement que Llob se trouve dans le collimateur de la hiérarchie des fonctionnaires qui contrôlent tout et tout le monde selon leur bon vouloir.
Le bouquin publié par le commissaire n'a pas plu à tout le monde: c'est un roman policier mais qui décrit très bien l'ambiance de son temps faite de corruption et d' horreurs quotidiennes que doit subir l'Algérie. Faire le constat de l'échec des potentats en place ne peut que déranger. Crier la misère morale et physique de ses compatriotes les moins bien nantis, les oubliés du régime, les victimes des affairistes et des Intégristes, déplaît au plus haut point...
Pour cela, Brahim Llob, 58 ans, marié avec enfants, au service de son pays et de ses idéaux
depuis plus de trente ans, se voit anticipativement mis à la retraite.

Dans ce roman qui est le dernier de la trilogie du commissaire Llob, nous assistons au déambulement de ce personnage à la recherche de sa vérité dans un lent pèlerinage dont il sort persuadé qu'elle n'existe que dans son passé.
Il est tout aussi prisonnier que le restant des algériens, son courage et sa ténacité n'ayant servis qu'à amplifier l'impact qu'a sur lui  l'horreur sordide imposée à l'Algérie, car c'est avec les yeux grand ouverts que Llob a fait tout son voyage au bout de la nuit.
Et, ce sera sans aucune illusion qu'il  accepte de se retirer de la traque du Mal qui a occupé la plus grande partie de sa vie.

"
L'automne des chimères, roman crépusculaire de Yasmina Khadra, poignant et désespéré, dans lequel les chimères anciennes sont remplacées par des gargouilles modernes grimaçantes, ruisselant du sang de tout un peuple, lui volant son âme...

 

EB (décembre 2003)

(c) Copyright 2003 E.Borgers



 
 


 





  

L'automne des chimères - Yasmina Khadra  
 
 

































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Histoire du roman policier
 

Jean Bourdier
Éditions de Fallois – 1996

 

Ce qui frappe en lisant ce livre qui se veut un essai, c’est l’aspect biaisé et équivoque de certains des choix de Jean Bourdier, son auteur, aspect qu'on retrouve aussi dans ses commentaires et ce tout au long de sa chronique du développement du roman policier.

Pour mettre les pendules à l’heure, il aurait d’ailleurs dû appeler son livre « Développement  du roman policier traditionnel » ou mieux : « Les différentes périodes et formes du roman policier et ce que j’en pense ». C’eut été plus honnête vis-à-vis des acheteurs potentiels de l’opus !
Il ne s’agit pas ici d’un essai historique, car c’est trop partisan dans ses opinions et cela manque de la rigueur nécessaire pour y distinguer les étapes importantes du développement de ce genre de littérature. Il ne s’agit pas  plus d’une histoire critique, car l’aspect littéraire du genre n’est pas abordé avec le détachement nécessaire qui nous permettrait d’y trouver un avis éclairé.
Par contre, s’il s’agissait de produire un livre d’humeur  dont la destination était de pourfendre les genres polciers qui n'intéressent pas  M.Bourdieu… et de fustiger les auteurs dont il n’a compris ni les buts ni les moyens (ce qui me semble être la bonne explication dans le cas qui nous occupe), alors là, oui, ce bouquin remplit tout à fait son rôle !
D’autre part, le genre qui nous occupe dans POLAR NOIR  -le roman policier noir-  est tout à fait méprisé par l’auteur, et lorsqu’il donne son avis  dans ce domaine il a l’art de se tromper avec une telle constance qu’on se demande si cet exégète de pacotille a lu au moins quelques romans du genre qu’il critique ou pire, a lu les auteurs qu’il essaie de ridiculiser. A commencer par Hammett dont il est évident qu’il n’en saisit ni ne comprend le pourquoi du  style direct et instantané de cet auteur,  un des grands fondateurs du polar noir. Apparemment M. Bourdier n’a aucune excuse car il aurait même pu lire les ouvrages de ce fondateur incontournable qu’est Hammett dans leurs versions d’origine, puisqu’il se targue de pratiquer l’anglais si j’en juge par la bibliographie sommaire (très...) qu’il donne.
Et il y a tous les autres, y compris la majorité des auteurs français modernes de l’après-guerre, qui sont balayés d’un revers de main dédaigneux par un historien de salon de thé incapable de voir l'évolution ni les origines du roman noir. Seul Albert Simonin, du côté français, trouve grâce à ses yeux ; on se demande bien pourquoi. Raymond Chandler aussi. Mais on respire, tout s’explique pour M.Bourdier : Chandler est partiellement d'origine anglaise…

Dans ce livre,  il apparaît en filigrane que pour Jean Bourdieu ce qui importe c’est uniquement la métamorphose du roman policier
de détection traditionnel  dont il veut retrouver  les diverses formes, ainsi que leurs filiations modernes. Pour autant que ce roman policier reste littérature de divertissement, de mystère et de détection, et avant tout anglo-saxon d’Angleterre. Un roman policier traditionnel dont la consécration officielle serait le feuilleton TV ou le film… 

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de pousser plus avant une analyse quelconque de cet amusant ouvrage de fiction.
A ne pas mettre entre toutes les mains.

Amateurs débutants : s’abstenir !
 

EB  (décembre 2003)
 

(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Histoire du roman policier - Jean Bourdier  
 
 







































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Arizona kiss

(Arizona Kiss - 1991)

Ray Ring
SN 2298 - Gallimard - 1992

 


Macky est photographe, journaliste-photographe. Il aime les reportages un peu dangereux, au cœur de l’action, comme celui qu’il vient de terminer sur les conditions dans lesquelles ces mineurs de l’Arizona sont exploités dan une mine vétuste et dangereuse où tout le monde s’entend comme larrons en foire.
Expérimenté et réaliste,  il a le virus de l’actualité,  celle  qui vous poursuit comme la moissonneuse-batteuse d’un mauvais cauchemar : vous ralentissez et elle vous broie. C’est ça courir l’information : jamais ralentir le rythme.

Découvrant l’histoire d’Alice, Macky pense qu’il a enfin trouvé un sujet qui le propulsera sur l’avant-scène de la profession, qui lui donnera le Pulitzer, ce prix Nobel du journaliste américain. La jeune femme lui révèle  la vraie nature qui se cache derrière la personnalité d’un Juge retraité de la région, personnage craint et inflexible, défenseur de la morale publique et du bon droit.
Elle est prête à guider Macky dans l’underground des combats de chiens organisés, spectacles  interdits mis sur pied pour une foule de parieurs avides de sang et de bestialité. Un des organisateurs de combats féroces de pit-bulls qui déchirent et dévorent, qui luttent à mort, ne serait autre que le Juge lui-même !
Cela ne lui déplairait pas a Macky de déboulonner ce pilier de société bien-pensante, pourri et hypocrite, car dans l’histoire d’Alice les chiens ne seraient que péché véniel comparé aux autres exploits du dignitaire. Tout à l’image de l’Arizona…
La hargne du Juge, les supporters agressifs, les dents de leurs pit-bulls… il est prêt à  affronter tous ces dangers bien réels, car il veut ramener des photos des ces combats et dénoncer le Juge par son futur article.  A n’importe quel prix. C’est son ticket vers la gloire, Macky en est persuadé.
Mais, ce sera quelqu’un d’autre que ce Juge vieillissant et peu reluisant, quelqu’un de perfide et d’inattendu, qui le poussera peu à peu vers un vrai cauchemar.
En chute libre.

Très bon roman noir, issu en droite ligne de la meilleure tradition hard-boiled (dure) américaine, dans lequel Ray Ring parvient à maintenir constante l’attention du lecteur en construisant une intrigue habilement articulée. Le tout dans un récit au ton  direct raconté à la première personne, ce qui en renforce  la tension. Une réussite.

Ce n’est pas sans raison que certains ont évoqué James M. Cain à propos de Arizona kiss, car on y retrouve certaines constantes des meilleurs romans de Cain : la destinée inéluctable, le tragique construit à partir du quotidien et d’ambitions hors de portée, la femme fatale,  combinés ici dans un récit haletant.
On est cependant loin du pastiche, car Ray Ring garde un ton et une écriture qui lui sont personnels, et c’est d’autant mieux. En prime, il nous livre en toile de fond  un portrait peu flatteur de l'Arizona, cet état de l'Ouest américain qui semble pourrir tout ce qui y vit, à commencer par ses habitants qui y sont décrits  comme les dépositaires d'une mentalité réactionnaire, étroite et destructrice, faite d'hypocrisie, de férocité et de justice expéditive. Le baiser d'Arizona.

Avec Arizona kiss, Ray Ring nous donne un roman noir de qualité, en forme de suspense tragique qui débouche sur la folie et le meurtre.
Recommandé !


EB  (novembre 2003)

(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Arizona Kiss - Ray Ring  
 
 



































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Mise à jour: 26 décembre 2003




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