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Belleville Barcelone 


Patrick Pécherot
SN 2695 - Gallimard - 2003 


 

Paris, 1938. L’agence Bohman est chargée de rechercher Aude, fille de famille qui aurait disparu au bras de Pietro, son amant prolétaire. La paie est bonne, et c’est tout à fait dans les cordes de Nestor qui se trouvera vite sur la piste de la jeune disparue.
Mais, tout n’est pas aussi simple qu’il y paraît et Nestor sera rapidement soupçonné par les flics du meurtre du jeune Pietro, prolétaire d’origine italienne, soupçonné de courir la dot.
S’il n’y avait que cela, la vie de Nestor serait simple. Mais, sur les pistres de ses recherches s’agitent les milices de l’extrême droite française, les agents fascistes, les communistes et une poignée d’idéalistes tendance anar. Anars qui eux pensent encore pouvoir faire pencher la balance en faveur des républicains espagnols qui perdent pieds sous les assauts répétés des franquistes et par les manœuvres des communistes locaux aidés par l’URSS.
Drôle de printemps pour Nestor, d’autant plus que la liste des cadavres s’allonge sur son parcours.
C’est pourtant dans Paris qu’il cherchera la vérité sur cette affaire embrouillée qui se cache derrière la tragédie politique s’installant dans l’Europe des années trente. Il retrouvera certains copains de jeunesse des milieux anarchistes qui l’aideront, il découvrira la nature cachée d’Yvette, secrétaire de l’agence, et, imperturbable, il remontera la filière qui passe par le trafic d’armes destinées à la République espagnole déchirée par la guerre civile, pour enfin trouver la solution du puzzle mortel dont la jeune Aude était la première pièce. Sans oublier André Breton lui-même, prêt à aider les républicains Espagnols et à soutenir Nestor, entre deux de ses tirades sur l’amour fou et un éloge de Benjamin Péret.
Mais, pour Nestor, le printemps est pourri. Seule la mort en sort gagnante.
Décidément, le fond de l’air est foutument noir en ce début de 1938…

Patrick Pécherot récidive en mettant une nouvelle fois en scène une enquête du jeune Nestor surnommé Pipette, après nous avoir fait faire connaissance avec le personnage dans son précédant roman,  l’excellent Les brouillards de la Bute 
(voir nos commentaires dans Polar Noir à propos de ce roman).
Dans  Belleville Barcelone  Pipette (alias Nestor), un peu plus âgé, travaille pour une agence de renseignements à Paris et évolue dans le cadre de l’année 1938 agitée de tous les remous politiques et querelles meurtrières sévissant entre les peuples d’Europe.
Comme dans le premier roman, des éléments de la vie réelle de Léo Malet se détectent au cours du récit, renforçant l’ambiguïté de Nestor, personnage central, dont la dualité se voit confirmée dans les dernières pages.

Nouvelle réussite de Pécherot avec ce roman qui capte l’attention du lecteur jusqu’à sa conclusion amère, dans une reconstitution valable de l’univers de Léo Malet qui évite servilité et  plagiat.
Recommandé.


EB (janvier 2004)

(c) Copyright 2004 E.Borgers



 

Belleville Barcelone - Patrick Pécherot  
 

Anarchistes et communistes   

Le communisme traditionnel, débouchant sur le stalinisme soviétique et ses dérivés totalitaires, a toujours combattu l’anarchisme et tous les mouvements libertaires organisés. Parfois jusqu’à l’élimination physique de ces derniers, comme ce fut le cas en Russie révolutionnaire, en Espagne républicaine et ailleurs en Europe. Cet antagonisme ira jusqu’à certaines chasses dans lesquels les communistes aideront la droite et l’extrême droite à éliminer les libertaires, par stratégie. Dans des alliances contre nature, mais qui s’inscrivent directement dans la ligne du communisme totalitaire. Tout ceci prenant place essentiellement de 1910 jusqu’aux années 50.

Par la suite, cela se résume à une opposition ouverte en politique de terrain. On peut, par exemple, encore détecter cette volonté communiste de ne jamais soutenir les libertaires durant les luttes de mai 68 en France.

Des relents de l’attitude des communistes en Espagne- qui bénéficiaient alors du support de l’URSS- s’opposant aux comités et syndicats anarchistes espagnols (pourtant majoritaires en 1936, lorsque éclate la guerre civile espagnole) sont évoqués par Pécherot dans son roman.

EB

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 Chroniques  
 

Jean-Patrick Manchette
Rivages/Noir no 488 – 2003
 
 
 

Recueil des diverses chroniques et articles que Manchette publia dans la presse française de 1976 à 1995, principalement dans Charlie Mensuel et Polar (dans les deux séries de cette revue). C’est essentiellement  un assemblage des critiques de Manchette sur les nouveautés polars de l’époque,  mais on y trouve aussi  de courts essais et des commentaires fort intéressants sur et autour du polar et de ses auteurs.
Manchette, formidable auteur de polars modernes, fut un grand défenseur de cette littérature qu’il aimait passionnément (surtout sous ses formes hard-boiled et noire), et son jugement sûr lui permettait de séparer les perles noires des amas de détritus de l’édition française.

Souvent acerbe envers ceux qu’il soupçonnait de « fabriquer », Manchette eut des coups de gueule salutaires au bon moment, de même qu’il eut le flair de défendre les auteurs injustement ignorés ou fustigés par une critique souvent aveugle. Tout le monde se souviendra, par exemple, du support efficace qu’il donna à James Ellroy en France en 87.
Ayant étudié l’anglais en formation universitaire et traducteur de romans, il ne manquait pas de fustiger les traducteurs de polars qui bâclaient et qui étalaient une méconnaissance crasse de la langue anglaise et de sa variante américaine. On retrouvera dans ces textes certains de ses célèbres coups de griffes envers ceux-ci.
Parfois injuste envers certains auteurs, mais assez courageux que pour changer d’opinion par la suite, Manchette demeurait avant tout honnête envers lui-même.
On n’oubliera pas que ses critiques furent souvent faites en forme de polémique et dans l’urgence, maniant l’ironie et le subjectif, ce qui explique sans doute quelques dérapages. Mais le bilan reste nettement et majoritairement positif : Manchette nous entraîne ici avec sûreté et talent sur la route du polar de qualité.

« Chroniques » est un recueil de textes pertinents qui nous éclairent sur la vision de ce grand auteur -un des fondateurs du polar moderne à la française, textes qui nous interpellent aussi par une certaine vision du monde que Manchette nous y livre en filigrane.
Ouvrage indispensable aux fouineurs du polars, essentiel pour ceux qui n’ont pas vécu le foisonnement de la fin des années 70 et des années 80, période durant laquelle on prit enfin conscience que le roman noir policier est une littérature à part entière, le reflet dérangeant de la réalité vécue.

 

Note
« Les yeux de le momie » est un autre recueil intéressant de chroniques de Manchette, centré sur le cinéma -essentiellement policier, bien entendu. Manchette, grand amateur de cinéma -pour lequel il élabora par ailleurs quelques scénarios, nous y livre ses coups de cœur.

EB  (janvier 2004)
 

(c) Copyright 2004 E.Borgers


 


 
 
 


 
   
 
 

Chroniques - J-P Manchette  
 
 




































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Les dieux de Cluny
Précédé de : Le fantôme d’Orsay


François Darnaudet
Nestiveqnen Éditions – 2003 

 

On retrouve dans Les dieux de Cluny les mêmes protagonistes que dans le premier volume, Le fantôme d’Orsay : le commissaire  Couput, Eric Bernadi éternel étudiant se spécialisant en sémiologie et la belle Odile.
Ce deuxième roman   prend comme point de départ un événement atroce se produisant dans un lieu de la culture officielle :  les Thermes de Cluny à Paris,  et il est le prolongement du premier volume qui, lui, démarrait par un horrible massacre inexplicable ayant lieu dans le Musée d’Orsay.
Si le secret des maléfices réveillés lors du premier épisode semblait trouver son explication dans les destructions de bâtiments durant l’insurrection de la Commune de 1871, c’était bien dans le Paris de l’an 2000 qu’une section de la police criminelle se débattait pour essayer d’arrêter les massacres en chaîne qui avaient lieu au Musée d’Orsay, avec l’aide d’Eric Bernadi, alors gardien de nuit du musée.

Dans Les dieux de Cluny, Eric sera mis en contact avec une confrérie ésotérique dont les membres se proclament « gardiens des fissures », agissant dans toute l’Europe. Certains de ses membres viennent de constater une activité maléfique anormale, fruit d’entités inconnues, dans plusieurs villes qu’ils contrôlent en Europe. A Paris, ce sont des meurtres, inhumains par leur violence, qui se sont produits dans l’enceinte de Thermes de Cluny et par leur barbarie ils  pourrait bien être liés aux phénomènes étranges constatés par les « gardiens » en Italie.
Le commissaire Couput et son équipe, mis sur l’enquête ne savent par quel bout l’aborder et piétinent dans le vague absolu. Seuls les « gardiens des fissures » détiennent un début d’explication puisée dans leur tradition transmise à travers les siècles.
Les gardiens de Paris, d’Italie et de Bruxelles  finiront par mettre en lumière l’origine maléfique des entités qui sèment la mort et la terreur, ainsi que  la manière précise de les contenir dans leur univers souterrain.
Mais, à la dernière page du second volume, se pose la vraie question : le danger terrible qui vient des temps anciens, de la période des ténèbres, est-il vraiment éradiqué ?...

Si ce n’est pas indispensable, il reste malgré tout conseillé de lire les deux romans dans l’ordre afin de saisir les origines exactes des personnages centraux et le crescendo  des maléfices mis en scènes.
Le récit rapide de François Darnaudet, nous plonge plus dans le monde de l’ombre que dans celui du roman noir. Il est certain que des passerelles à allure gothique reliant ces genres peuvent exister -comme on le constate aussi ailleurs, dans certaines littératures les mélangeant-  mais elles restent fragiles.
L’auteur évite heureusement le grand guignol et les excès du gothique, pour ne retenir que des ambiances et une épouvante  baignées de fantastique, souvent plus proches d’un Jean Ray que d’un film d’horreur à l’américaine.
Tout en maintenant le centre de l’action de ses deux courts romans fermement ancrés dans notre monde bien réel du 3e millénaire.

 
Note
J’ai personellement bien aimé la fonction « réelle » qu’attribue François Darnaudet au PALAIS DE JUSTICE (1883) de Bruxelles, ce gigantesque édifice dominant la ville du haut du Galgenberg (Mont des potences) et dont l’aspect titanesque, mélange de laideur, de mégalomanie,  de néo-classicisme byzantino-bourgeois du 19e siècle, laisse pantois.
Ce n’est pas pour rien qu’à Bruxelles, l’insulte suprême en dialecte local est : architekt ! Il faut aussi savoir que pour construire cet édifice colossal, une grande partie des Marolles, un des vieux quartiers populaires de Bruxelles dont le tracé existait depuis le Moyen Âge, fut rasée et on en chassa les habitants… qui forgèrent l’insulte.   Clairvoyance du petit peuple bruxellois!


EB
  (décembre 2003)

(c) Copyright 2003 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

François Darnaudet - Les dieux de Cluny  
 
 












































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Mise à jour: 28 janvier 2004



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