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Almost Blue 

(Almost Blue – 1997)

Carlo Lucarelli
La Noire  - Gallimard - 2001
 

Le roman nous plonge au cœur d’une affaire de meurtres abominables répétés par un serial killer qui semble changer de peau pour chacun de ceux-ci.
Dans la ville universitaire de Bologne il est fort difficile de pouvoir prévenir ou anticiper les prochains meurtres, quand on sait que pour cela il faudrait explorer la population de jeunes adultes, denrée dont regorge la ville et dans laquelle se trouve les victimes potentielles, voire le meurtrier.
Mais, c’est sans compter ce jeune aveugle, Simon, qui passe la majorité de ses journées et surtout des nuits à écouter les dialogues qu’il capte sur son scanner de fréquences avec lequel il entend la police, mais aussi les conversations de certains téléphones cellulaires, quand ce n’est pas carrément de certains fax dont il peut déchiffrer la musique en se concentrant.
Sans compter aussi sur l’acharnement de Grazia, cette inspectrice appartenant aux services scientifiques spéciaux de la police, qui utilise son instinct et son intuition pour trouver des raccourcis efficaces dans les pistes qu’elle suit.
Celui que la police finira par surnommer l’Iguane sera traqué grâce au jeune aveugle qui a fait le rapprochement entre le tueur et une voix inquiétante, inhabituelle, ce que Simon appelle « une voix verte ». Cette voix qui le hante et qu’il a entendue une nuit alors que sa chambre était baignée, comme d’habitude, de la voix en sourdine de Chet Baker qui chantait « Almost Blue » en boucle. Une voix bleue…

Almost Blue , au climat fortement onirique, est raconté par une multitude de voix utilisant la première personne à tour de rôle, amplifiant le côté irréel des événements.
Tout en étant sensible  à l’écriture de Lucarelli qui rend admirablement les univers intérieurs des personnages, surtout ceux du jeune aveugle et du serial killer, on pourra regretter que l’auteur ait un peu trop usé de l’artifice « fantastique » pour ne pas avoir à démêler le « comment » de l’intrigue, laissant celle-ci en porte à faux à la fin du roman.
Je sais évidemment quelles sont les conventions d’un récit fantastique ou de SF ou encore d’horreur, mais on pourra regretter qu’ici cela vienne en greffe sur le support bien réel de l’enquête et du Bologne décrits.
Trop réaliste pour n’être qu’un récit fantastique, trop fantastique pour s’intégrer totalement à une intrigue  "policière ",  Almost Blue  nous laissera cependant en mémoire ses pages les plus oniriques. Personnellement il me laisse aussi  un goût de frustration, comme tout rêve interrompu brutalement…
Peut-être serez vous plus heureux et pourrez rester dans la logique de ce rêve jusqu’à la fin ?  Surtout si vous rêvez en bleu…
 

EB (avril 2004)

(c) Copyright 2004 E.Borgers



 
 
 
 
 
 
 
 

Carlos Lucarelli - Almost Blue  
 
 






































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Un long et merveilleux suicide
-Regard sur Patricia Highsmith


 

François Rivière
Calman – Lévy,  2003


Basé essentiellement sur ses trois brèves rencontres avec Patricia Highsmith, ainsi que sur la correspondance qu’elle entretint avec la maison Calman-Lévy -son éditeur en France, François Rivière ne nous donne pas ici une vraie biographie de l’auteure, mais plutôt une suite d’impressions sur le personnage Highsmith que Rivière a développées à partir de quelques faits et déclarations, écrites ou orales, de celle-ci. L’ouvrage est épaissi grâce aux interprétations que nous y donne Rivière des principaux romans de Patricia Highsmith, interprétations souvent pertinentes mais qui tournent vite au système à force de vouloir tout greffer sur le même schéma de motifs psychologiques attribués à cette auteure très secrète.

C’est donc un essai que nous présente ici François Rivière, mais dans ce cas on regrettera le peu de profondeur de celui-ci, ainsi que l’absence de vraies recherches sur l’origine des démons, littéraires et autres, qui hantaient la dame…
Peut-on dire qu’on connaît mieux la face cachée de Highsmith grâce à cet ouvrage ? Je ne le pense pas !
Saura-t-on mieux comprendre la vraie valeur de cet écrivain ? Je ne crois pas. Dans l’opus de Rivière, la haute valeur de l’écrivain Highsmith y est pré-supposée, un axiome lui permettant de rédiger ce qui peut passer plus pour un hommage que pour le fruit d’une recherche profonde.

Qu’est-ce qui fait la fascination, souvent malsaine, qu’exerce certains de ses romans ?
Pourquoi Patricia Highsmith était encore plus antipathique que l’image qui peu à peu se dégagea d’elle tout au long de sa carrière ?  Etait-ce un écrivain à la réputation surfaite, parfois verbeuse, souvent inconsistante ? Ne voyait-elle dans la comédie humaine qu’un grand zoo transformé en annexe psychiatrique par les pulsions de déviants qu’elle examinait d’un regard d’entomologiste ?
Pour découvrir les diverses facettes de Patricia Highsmith vous devrez vous rejeter sur les exégètes anglos-saxons qui les examinèrent plus en détails. Sans oublier l’autobiographie de cette ancienne compagne et amante – Marijane Meaker- qui vient d’être publiée en anglais (2003) et qui retrace une époque-clé de la vie de Highsmith.

Si vous ne connaissez pas bien Patricia Highsmith,  Un long et merveilleux suicide  peut être une première introduction à son œuvre (d’autant plus qu’il ne s’agit que de 250 pages dans un format poche), tout en sachant qu’il vous faudra lire plus d’écrits de celle-ci et chercher des indices probants dans d’autres sources que François Rivière, pour établir un portrait complet en clair-obscur de cette auteure hautement misanthrope et de son œuvre.



 

EB  (mai 2004)
 

(c) Copyright 2004 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 

 
 

François Rivière - Un long et merveilleux suicide  
 
 







































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R&B
Le Gros Coup

(The White Arrest – 1998) 

Ken Bruen
SN 2704 – Gallimard – 2004



 Premier volet de la trilogie appelée, dans sa version originale, « The White Trilogy » qui met en scène deux flics anglais, Roberts et Brant, qui ne procèdent pas toujours selon le code de bonne pratique. C’est le moins qu’on puisse dire…
Leur manque d’orthodoxie leur vaut une sale réputation et, même si ils ont des résultats, leur réussite n’est qu’au niveau de la rue, dans des affaires minables qui n’intéressent pas grand monde en dehors des victimes. Leurs bavures accumulées deviennent trop visibles et  R&B comme on les surnomme dans tous les milieux - les mêmes initiales que Rythm and Blues, devraient se trouver et résoudre une affaire bien saignante qui ferait préférablement la une des medias, pour redorer leur blason. Ça ferait oublier toutes leurs conneries passées, les rendraient à nouveau blancs comme neige, ce serait « the white arrest », le nouveau départ, l’indulgence plénière. Et ils en ont foutument besoin. 

Roberts, Inspecteur Principal, 62 ans, est à deux doigts de la retraite ; s’il garde la forme, il gueule et patauge un peu trop souvent pour que cela fasse du bien à ses états de service. Brant, le sergent Brant, savait qu’on voulait de débarrasser de lui, l’évacuer de la Police Métropolitaine de Londres. C’est vrai qu’on aurait pu le confondre avec un pitbull au premier abord, ce qui était pure médisance. Il était pire que ces canins joviaux…
Ses interrogatoires plutôt virils donnaient vite des résultats et il arrivait qu’il prenne l’argent là où il le trouvait. Et, pas toujours très futé, il était loin de faire l’unanimité. Mais Roberts, son patron, avait confiance en lui.
Une sacrée équipe de bouseux.

Leur grosse affaire ils l’auront finalement sous forme d’exécutions sommaires de dealers de drogue, dont le premier est retrouvé pendu à un lampadaire. L’horreur banalisée s’installe, ce qui n’est pas pour déplaire à R&B qui retroussent leurs manches et pataugent joyeusement dans la fange de ces  meurtres sordides.

Ce premier épisode de la trilogie s’arrête brutalement sur une dernière péripétie importante laissant supposer une suite immédiate du récit. C’est à rapprocher de la construction éclatée du roman qui ressemble souvent à un assemblage de faits épars et n’ayant pas toujours une longueur de description en rapport avec leur importance. Cela donne un curieux effet de non-achèvement à l’écriture, parfois de bâclage. Tout ceci, malgré un ou deux fils conducteurs qui se développent tout au long du récit et qui y trouvent leurs conclusions.
Mais Bruen sait retenir l’attention du lecteur :  si ses deux flics, plus vrais que nature, n’inspirent pas toujours la sympathie, il y a une composante pathétique dans leur rage de survivre avec pour seuls moyens leurs ressources individuelles, même si celles-ci sont limitées. Très limitées.

Approche intéressante de personnages ultra-représentés dans la littérature policière, il faudra attendre la suite de la saga des deux flics ringards de Bruen pour savoir si le potentiel qu’ils représentent sera bien utilisé.
En attendant, lisez « Le Gros Coup » et découvrez cet univers glauque, narquois et cynique de R&B, malgré une écriture qui n’est pas toujours à la hauteur. Vous ne manquerez pas d’être pris par cette ambiance d’urgence et cette rage de survivre que distille le roman.
Et cela vous sera probablement utile aussi pour mieux cadrer les deux romans suivants de la série : Taming the Alien (1999) -à paraître sous le titre Le mutant apprivoisé- et The McDead (2000), cette trilogie d’un auteur irlandais connaissant un succès certain en Grande-Bretagne et dont la réputation ne fait que grandir actuellement aux USA.

 
 

EB  (mai 2004)

(c) Copyright 2004 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Ken Bruen - Le Gros Coup  
 
 












































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Cul-de-sac
 
(The Dead Heart – 1994) 

Douglas Kennedy
SN 2483 – Gallimard – 1998 (réédition 2002)
 
 


Ce premier roman de Douglas Kennedy, auteur qui devint par la suite assez rapidement un auteur  à succès et publia des romans n’ayant rien à voir avec le polar, est effectivement un roman noir tirant sur l’ironie et l’humour noir.
Assez agréable à lire, on a cependant du mal à croire que ce volume de la SN s’est déjà vendu à plus de 100.000 exemplaires car on est loin d’un renouveau ou d’une œuvre de qualité exceptionnelle lorsqu’on la juge à l’aune du polar noir.
L’explication doit dans doute se trouver dans un effet boomerang (ce qui s’impose pour ce roman prenant place en Australie) provoqué par le succès des publications de Kennedy dans le domaine du roman conventionnel qui amena sans doute une partie de ce lectorat français à se rabattre sur ce polar SN d’un genre atypique pour cet auteur, un Américain ayant vécu en Irlande et établi à Londres.

Nick, proche de la quarantaine, s’ennuie dans sa petite vie de journaliste provincial , et sur un coup de tête renonce à son nouvel emploi en Ohio et engloutit une partie de ses économies dans un voyage en Australie qui le conduit à Darwin.
Sous la chaleur écrasante du nord de l’Australie, il prend une décision qui changera sa vie : il veut voir à quoi ressemble ces grands vides sur la carte d’Australie et décide d’acheter une antique camionnette VW et de se lancer sur la route de Broome, ville distante de 1000 km et qui traverse des contrées absolument désertiques. Obligé de s’arrêter dans une petite ville pour réparer sa grille de radiateur, il y rencontre Angie jeune australienne de 21 ans qui semble prise de fénésie sexuelle à son contact. En plein voyage improvisé elle-même, elle est d’acccord d’accompagner Nick vers Broome, ce qui lui semble être une très bonne idée. Mais ce sera à Wollanup qu’il se réveillera trois jours plus tard, dans le bled d’origine de Angie, perdu au milieu du désert près d’un site de mine désaffectée… et marié. Le mauvais rêve continue car ce qu’on lui décrit verbalement comme une toute petite colonie utopiste revenue à la nature pour échapper aux déboires de la vie moderne,  lui apparaît n’être qu’un bidonville merdeux où même la bouffe infâme est rare et les plaisirs autorisés strictement familiaux. Tout est réglementé, difficile et ringard, sous le contrôle malveillant de son chef absolu, Daddy qui, comble de muise, est le père de la donzelle. D’Angie, cette furie. Sa femme…
En dehors du sentiment  nauséeux d’être la victime d’un « shotgun mariage », Nick sait que sa vie à Wollanup aura tout de l’enfer organisé. Noir et sans fond…

Le canevas et les données de base de l’intrigue auraient pu donner lieu à un roman montrant plus d’originalité, mais Kennedy n’en sort qu’une espèce de scénario assez convenu de téléfim.
L’humour grinçant, si il est présent dans tout le bouquin, sombre vite pour n’être plus qu’une soupape désamorçant ici et là les situations qui auraient pu virer au noir intégral ; l’ironie y est plus une grimace qu’une morsure.
C’est agréablement écrit, je le répète, mais l’ensemble manque de consistance et n’ose s’engager ni dans l’humour noir débridé ni dans le roman noir pur et dur. Et Kennedy n’a pas la magie nécessaire qui lui aurait permis d’en faire un cocktail. Ni le style.

Un bon roman ferroviaire. A emmener lors de votre prochain déplacement en train ou en avion. Sauf si vous volez vers l’Australie.

 
 

EB  (mai 2004)

(c) Copyright 2004 E.Borgers


 


 
 
 
 

 
 
 

Douglas Kennedy -  Cul-de-sac  
 
 













































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Mise à jour: 4 juin 2004
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