livres
 
 
Le jour des morts

(Día de los muertos - 1997)

Kent Harrington
Editions Murder Inc – 1999  
(republié chez Pocket, n° 10989)
 


Malgré son titre d’origine en espagnol, ce roman a été écrit en anglais par l’Américain Kent Harrington. Ce titre s’explique par le fait que toute l’action se déroule durant la fête du Jour des Morts au Mexique, pays où cette fête  - qui y est une des plus célébrées-  prend une tournure morbide due à ses racines anciennes et païennes, et durant laquelle c’est la Mort qui est glorifiée. La Mort, dont l’attrait, la fascination et sa quasi-banalisation constituent un des traits marquants des cultures hispaniques d’Amérique.

Vincent Calhoun, inspecteur américain de la D.E.A. délégué par son gouvernement au Mexique pour aider à juguler les réseaux maffieux locaux de la drogue, s’est parfaitement intégré. Trop bien sans doute, car il est devenu un des  « coyotes » réputés, récoltant des sommes importantes pour faire passer des clandestins vers les USA, dans un service personnalisé et sûr organisé par un truand étranger établi à Tijuana. La passion compulsive qui le pousse à miser tout son agent dans des paris de toute nature l’a finalement mis dans l’impasse : la chance l’a quitté et les sommes qu’il a emprunté sont énormes. Piégé, il est obligé de poursuivre le trafic fructueux pour rembourser ses créanciers, coûte que coûte. Ne pouvant laisser tomber les combines auxquelles il est mêlé, Calhoun va se voir proposer une dernière course qui effacera l’ardoise : passer un politique corrompu et immensément riche, Guzman, recherché par ses anciens associés et la police et qui sait qu’il sera abattu si on le retrouve. Il ne peut qu’accepter, sachant que lui, Calhoun, ne vaudra pas cher si on rattrape le corrompu en sa compagnie.
Il doit attendre le soir de la fête du Jour des Morts pour faire passer plusieurs illégaux de choix avec Guzman.  Entre-temps il doit récupérer trois Chinoises et les faire passer la frontière, mais le tout vire vite au cauchemar car les commanditaires l’ont doublé et la drogue fait partie du passage.
Pour ajouter à ses problèmes, son passé plus lointain semble le rattraper durant cette même journée, créant en lui un désir de vengeance qu’il ne maîtrise pas en revoyant cette jeune femme qui avait fait basculer sa vie et qu’il croyait avoir fui définitivement.
Miné par une fièvre extrême et la fatigue accumulée, Calhoun continuera son service illégal dans un état second proche de l’hébétement. Seule sa réputation locale et son  tempérament d’accrocheur hargneux prompt à se servir de son Colt .45 lui permettront de faire face aux désastres qui l’entourent et qui iront crescendo jusqu’à cette nuit de la Fête des Morts durant laquelle toute la ville semble à son tour prise de folie meurtrière,  les rues de Tijuana se retrouvant emplies d’une foule hostile se livrant au pillage, au meurtre et à la destruction. La Mort y devient omniprésente.
Mais la résistance de Calhoun a ses limites : jusqu’à quand pourra-t-il tenir le coup sans se laisser lui-même happer par la Grande Faucheuse…

Roman intéressant, le second de Kent Harrington,  Le jour des morts  contient des passages fulgurants et baigne dans une ambiance de cauchemar éveillé qui maintiennent l’intérêt du lecteur tout au long de ce récit sombre et agité.
En contrepartie, on restera un peu plus réservé en ce qui concerne la construction de ce récit qui semble à certains moments tout sacrifier à un montage « cinéma », oubliant sans doute que l’écrit nécessite d’autres focales et d’autres sortes de mises en détails que le montage filmé. Cela nuit à la cohésion du récit, mais ne la détruit pas, heureusement.

On est très loin du ratage, je le répète, mais on sort de cette lecture avec quelques regrets, car le talent dont fait preuve Harrington dans son roman nous laisse entrevoir ce qu’il aurait pu gagner en force d’écriture et en conviction si cette cohésion avait pu s’organiser en oubliant les excès de « montage visuel » dans certaines articulations de l’intrigue.
Le jour des morts, roman noir d’un intérêt certain, peut cependant être conseillé sans hésiter aux lecteurs passionnés par le genre.
Et, sans aucun doute, Harrington est un auteur à suivre.


EB (septembre 2004)

(c) Copyright 2004 E.Borgers



 
 
 
 


 
 
 
 

Le jour des morts - Kent Harrington  
 
 





















































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Le mort à vif  
 
(Dead Man Upright – 1993)

Robin Cook
Editions Rivages - Rivages/Thriller – 1993
(fut réédité en Rivages/Noir, n° 241)
 
 

  Le cinquième et dernier volume de ce qu’on a pu appeler le cycle de l’Usine (l’Usine étant le surnom donné au commissariat de Poland Street à Londres) remet en scène le sergent Sans Nom plongé une nouvelle fois dans la poursuite d’un tueur à répétition aux rites macabres et désincarnés. Les femmes d’un certain âge, aisées, semblent être la proie de ce tueur dont personne n’avait repéré de trace, ni trouvé les victimes, jusqu’au jour où un ancien flic, renvoyé de la police il y a plusieurs années, alcoolique et déboussolé, est pris d’un soupçon alimenté d’abord par son instinct et ensuite par les agissements curieux de ce célibataire approchant de la soixantaine, Jidney, qui habite le même immeuble que lui.
Le sergent du Service des Décès Non Éclaircis laissera assez vite tomber ses affaires courantes après quelques vérifications sur l’identité du mystérieux locataire qui ne mènent à rien et après avoir contacté la dernière conquête de ce suspect on ne peut plus discret.

S’entêtant, et contre l’avis de sa hiérarchie pour qui il n’y a pas d’affaire car aucunes traces tangibles de meurtres, le sergent remontra les diverses pistes qui mènent aux femmes que côtoyait l’étrange Jidney : l’ancien flic avait raison, les femmes semblent avoir disparu comme par enchantement autour de ce sexagénaire impassible.
Pendant ce temps, le tueur continue son œuvre macabre alliant meurtre à abus sexuels et mutilations innommables, son délire n’étant jamais que momentanément assouvi. Les cassettes filmées durant ces massacres ritualisés l’aident à apaiser ses démons mais ne peuvent faire disparaître l’envie de possession totale et de meurtre ancrée au plus profond de lui…

Dernier volume de la série,  Le mort à vif  nous fait assister une fois encore à la traque du Mal et à ce désir forcené de réhabiliter les victimes pitoyables et obscures de ces meurtres que la société préfère oublier, comme si la perversion du tueur avait contaminé la victime. Traque obstinée faite par ce sergent, exorciste de la Mort, voulant rester dans l’ombre et expiant sa propre vie fracassée il y a quelques années par un destin aveugle. 
Robin Cook ne nous mènera plus sur ces chemins d’horreur et d’angoisse qui débouchent tous sur  la vraie nature de l’homme, en nous obligeant de fixer le regard insoutenable de l’humanité pervertie, son décès en 1994 mit un point final à ce cycle de l’Usine et à l’œuvre d’un des grands écrivains du roman noir moderne.

EB

(septembre 2004)


NOTE
Voyez les analyses des autres romans  du cycle de l'Usine  de Robin Cook, ce grand auteur britannique,  dans les pages de Polar Noir


 

(c) Copyright 2004 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le mort à vif - Robin Cook  
 
 







































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Satan dans le désert  

(God is a Bullet – 2000 )  
-u
ne fois de plus, aucune indication du titre original ni de sa parution dans ce volume, manquement dont cet éditeur semble coutumier

Boston Teran 
Editions du Masque - 2004

 

Dans une petite ville du sud de la Californie, le flic en service Bob Hightower va devoir faire face à une tragédie qui lentement emplira sa vie assez terne d’Américain plus que moyen.
Son ex-femme Sarah et Sam, son compagnon, sont assassinés dans les jours précédant  la Noël 1995. Le compagnon de Sarah a été atrocement torturé et mutilé avant de mourir. Par contre, pas de trace de Gabi la fille de Bob, une adolescente de 14ans.
Ne pouvant que présager le pire, Bob devra lutter contre son propre abattement pour ne pas se satisfaire de l’enquête de John Lee, le sheriff local..
C’est en somnambule hanté par le sort probable de Gabi qu’il est mis en contact avec Case, une jeune droguée sortant lentement d’une addiction profonde qui a duré plusieurs années.
Bob toujours méfiant se servira d’elle pour retrouver certaines traces des tueurs, car Case est convaincue que le massacre de Sam porte les mêmes stigmates que des meurtres rituels auxquels elle à assisté lorsque, jeune adolescente abusée, violée, avilie  et maintenue dans un état second par l’abus de drogues, elle avait été forcée de suivre une secte se réclamant de philosophie satanique primaire, application directe du Mal et de la Destruction.
Elle en deviendra part intégralement, misérable objet manipulé par  Cyrus, celui qui règne en maître absolu sur  de cette bande.
Bob laissera tout tomber pour se consacrer à une recherche désespérée de sa fille Gabi que plus que jamais il redoute de ne plus retrouver. Avec l’aide de Case, instable, fragile, mais qui se révèlera aussi dure que la lame de son poignard  face à ses anciens tortionnaires, Bob se verra obligé de perdre ses propres valeurs,  pour survivre dans leur long périple en forme d’errance dans les parties désertiques de la Californie du sud.
Une traque mortelle et morbide, dans un univers de folie vampirique, dont l’issue est ce que redoute Bob plus que tout : la vie ou la mort de sa fille.

Ce long roman de 370 pages de grand format est d’une violence extrême dans les épisodes les plus sanglants liés à l’hystérie destructrice de la secte démoniaque,  mais on a vite l’impression que la violence est décrite plus par voyeurisme, et en posture racoleuse, que par la nécessité absolue d’une intrigue parfois confuse. D’autre part, pour être certain qu’on comprenne bien qu’il n’y a pas de violence plus horrible que celle décrite, on fait appel aux notions de sectes sataniques, de meurtre gratuits… sous l’emprise de la drogue, du mal, du démon. Un peu comme ces spectacles où les participants sont affublés de chapeaux idiots pour être certain qu’on comprenne qu’il s’agit de rigoler.
Pas vraiment convainquant, une manière de confiner le mal et l’horrible dans des territoires d’exception.  Et de l’y circonscrire. Alors que le matériau humain n’a pas besoin de back-up exceptionnel pour se montrer performant dans l’horreur, une horreur sans nom, sans motif matériel et sans limite !

Note
J’avais lu, en 2000 avant sa parution, les premiers chapitres de ce roman américain titré " God is a Bullet" (Dieu est une balle – d’arme à feu…)  titre difficilement traduisible en français en lui gardant son impact. Je n’avais pas été emballé et mon impression était que Teran dans ce premier roman recherchait plus le scandale et le choquant qu’une exploration de l’horreur, et ce dans un style d’écriture qui, dans ces premiers chapitres, essayait de se faire remarquer sans vraie adéquation avec la tournure du récit.
En lisant le roman complet en 2004, je conserve la même impression qui me met un peu mal à l’aise, non à cause du sujet, mais à cause de son traitement. De plus, le manque d’épaisseur donnée à la plupart des personnages, tant pour  Bob le principal que pour Cyrus l’important, ne fait que renforcer l’impression de construction artificielle. Seule Case est mieux cernée et mieux « construite » parmi les autres qui ne sont souvent que l’ombre d’eux-mêmes…
Pourtant l’utilisation du présent, au lieu du classique passé narratif, donne souvent une force supplémentaire à l’écriture, une écriture qui, en rupture de ton avec le début du roman, nous fait découvrir dans certaines pages réussies de la seconde moitié du roman une facette  plus positive du talent de Boston Teran, pages pleines d’une ambiance forte qui ne doit rien à l’artifice du récit.
L’ensemble restant cependant fort inégal comme déjà souligné.
Vu que le second roman de cet auteur (Méfiez-vous des morts) est loin d’être une réussite, je reste sur mes conclusions et en opposition avec une certaine presse américaine qui avait encensé Teran pour son premier opus,  "God is a Bullet" (Satan dans le désert). Un très mauvais service rendu à l’auteur… Mais je pense que c’est plus l’attrait un peu scandaleux et vite racoleur de Satan dans le désert  (God is a Bullet)  qu’avait retenu cette presse,  confondant cet aspect avec innovation réelle- probablement par manque de références dans le domaine du roman noir.
Comme Teran joue à cache-cache, ne donne pas d’interview, on ne connaît pas sa position ni sa défense, ni ses approches du
monde de l’écriture. Tant pis.
 

EB  (septembre 2004)

(c) Copyright 2004 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Satan dans le désert - Boston Teran  
 
 



























































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Mise à jour: 28 octobre 2004
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