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1980  

(Nineteen Eighty - 2001)

Daniel Peace
Rivages Thriller  - 2004
 

Dans ce troisième volet de la tétralogie de l’Eventreur du Yorkshire (voir nos commentaires des volumes précédents), on assiste à une nouvelle enquête déclenchée par la découverte de la treizième victime de l’Eventreur, à Leeds dans le West Yorkshire. Leeds et sa région, où ont eu lieu la majorité des crimes précédents attribués à celui que la presse appela  l’Eventreur du Yorkshire (The Yorkshire Ripper).
Peter Hunter, directeur adjoint de la police de Manchester, se voit envoyé au West Yorkshire par sa hiérarchie pour faire une synthèse des enquêtes non abouties effectuées par les divers services de la police locale sur le tueur en série qui terrorise la région depuis des années. A la tête d’une petite équipe qu’il sélectionne, il remuera tous les dossiers disponibles, cherchant à établir les liens communs, les contradictions, des diverses enquêtes.
Les recoupements entre les divers policiers mêlés aux enquêtes donneront vite une image déformée et hideuse de la réalité de 1977, qu’on croyait définitivement close après la tentative de suicide de Jack Whitehead, journaliste impliqué.
Très vite Peter Hunter sera aspiré par une spirale infernale, faite d’exactions, de pressions et de meurtres, avec au centre les policiers du Yorkshire et deux meurtres qui eux ne semblent pas appartenir à l’Eventreur. Mais il sera aussi obligé de se retourner vers son propre fief de Manchester, poussé par des corrélations inattendues. Ne sachant plus d’où viennent les coups, Peter Hunter essayera de poursuivre les pistes qu’il a repérées et sur lesquelles il se retrouve seul, désemparé, tout en voyant de jour en jour disparaître de manière violente les derniers témoins des agissements de la police entre 1974 et 1978.
Si l’Eventreur attaque encore ses victimes à coup de marteau avant de leur infliger d’horribles sévices, Peter Hunter rencontrera une horreur plus systématique et froidement calculée qui ne recule devant aucune corruption, aucun meurtre, aucune mutilation pour protéger la progression du mal absolu dans la société pervertie du West Yorkshire. Le tout sur fond de panique entretenue dans la population, d’hiver pluvieux et morose, en ces jours de décembre 1980 qui précèdent Noël et jusqu’à la fin tragique, le 31 décembre.

Cet avant-dernier volume de la "tétralogie de  l’Eventreur du Yorkshire" (The Red Riding Quartet) est directement lié à bon nombre d’éléments qui apparaissent dans le précédent volume, 1977, et qui sont mis en lumière ou portés à conclusion dans un écheveau de faits, glacial et macabre,  dans 1980.
Le récit serré est fait à la première personne par la voix de Peter Hunter et se développe principalement dans de longs dialogues, entrecoupés de résurgences qui lui occupent l’esprit, l’ensemble entretenant un climat de réalisme figé et glauque. Glauque comme la ville de Leeds, glauque comme le West Yorkshire, glauque comme la vie de la plupart de ses habitants qui sont en pleine catastrophe sociale.
La mort, la peur, le désespoir, règnent en maîtres  dans le roman de David Peace qui fait économie de moyens pour construire sa terreur dans une réalité qui ne laisse que tragique et horreur aux participants. Avec, en filigrane, la corruption de l’autorité sensée protéger ses citoyens.
L’écriture de Peace construit cet univers par petites touches insidieuses, à peine perceptibles, mais qui, implacables, poinçonnent l’âme…
Un des auteurs marquants de cette décennie.

Recommandé (ainsi que les deux premiers volumes de la tétralogie).


EB (octobre 2004)

NOTE
Voir aussi nos commentaires pour les deux premiers volets de cette série : 1974 et 1977 dans les pages de POLAR NOIR.
Nous recommandons de les lire dans l’ordre afin de mieux percevoir la progression voulue par David Peace dans sa Tétralogie


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"1980" - David Peace  
 
 


















































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 
Bronx Boy

(Bronx Boy - 2002) 

Jerome Charyn

Haute Enfance - Éditions Gallimard - 2004

 
 Troisième et dernier volet de la biographie romancée de la jeunesse de Jerome Charyn, qui , adulte, deviendra l’écrivain de romans noirs bien connus tels : Marilyn la dingue,  Kermesse à Manhattan  et bien d’autres.
Cette enfance dans le quartier juif du Bronx à New York se termine en ce début des années cinquante, car Jerome « Baby » Charyn passe l’année de ses treize ans au milieu de sa bande de copains qui se retrouvent dans l’association de petits voyous de quartier dont la bande se fait appeler  les Bronx Boys.
Comme dans beaucoup de quartiers, les mineurs d’âge, interdits de bars et de cafés, se réunissent dans leur candy store (
littéralement : magasin de confiserie- Ndlr) pour boire des sodas, manger des glaces, rêver de zip-guns (arme de poing bricolée, revolver à élastique ou ressort- Ndlr) et préparer le prochain coup tordu. Baby Charyn est emballé par tout ce décorum et par les traditions truandesques des bandes de quartier, spécialement en étant le gosse favori de Tully Holland, un  adulte chef occulte de leur petite bande, qui tient un de ces candy-store et qui lui apprend les finesses liées à la confection de shakes au chocolat préparés au comptoir. Et il est doué, Baby… au point d’être sélectionné pour un concours de préparateurs de mokacaos dans un établissement réputé du Bronx. Concours régenté par Meyer Lansky, le Petit Homme, ce maffieux bien établi qui contrôle tout dans le Bronx et les quartiers avoisinants de Manhattan, de l’illégal au marginal.
Malgré l’excitation que lui procure la fréquentation des Bronx Boys et de pouvoir arborer leur blouson « Noir sur Noir », Jerome est conscient que l’enseignement secondaire peut lui apporter un avenir tout aussi intéressant, lui qui est fasciné par les raconteurs d’histoires et des auteurs tels Dostoïevski et Flaubert.
Maman Charyn, Faigele, d’origine russe croit en l’éducation et est prête à épauler son fils pour arriver à entrer dans un lycée de grande qualité à Chicago, comme boursier. Aidée en cela par Monsieur Samuelson, polisseur d’œufs de profession et employeur sporadique du jeune Jerome, homme cultivé et intelligent et qui soutient avec enthousiasme les démarches de la famille Charyn. Mais les tentations et ses réussites matérielles immédiates, ajoutées à son charisme, feront vite basculer le jeune Jerome.
Attentif, diplomate et arrangeur de bidons de première qualité, le jeune Charyn fera sa grande entrée chez les richards juifs du quartier de Crotona Park, grâce au soutien de monsieur Vladimir Roth lui-même, qui le sent plus intelligent et plus attentif que son propre fils, le violent Basil. Et ce sera l’ascension de Baby Charyn, au sein de la famille Roth.
En parallèle, il acceptera de devenir l’homme de confiance de Tully Holland, camé et souteneur, qui lui confiera la surveillance journalière et la protection de Sarah Dove, sa femme, qui vend ses charmes aux commerçants du coin. Sarah est certainement celle qui émeut le plus Jerome et dont il attend les faveurs avec la fidélité d’un caniche patient.
Mais, Baby Charyn est tout aussi efficace au service des Roth allant jusqu’à sauver la bat mitzvah  de la jeune Anita, la jolie nièce des Roth, en aidant Faigele, sa mère adorée, belle et courtisée, à regagner son statut de croupière pour jeux de cartes mondains. Malgré la cécité qui gagne Faigele de jour en jour... Il deviendra aussi le protégé de Marsha Roth, la belle épouse de Vladimir, grâce à ses talents de conteur dont elle ne peut plus se passer.
Tout cela l’occupant jour et nuit, il semble qu’il n’y ait plus de place pour les rêves d’éducation qui hantaient Jerome. D’autant que ce salopard de Meyer Lansky se fait de plus en plus pressant, de plus en plus envahissant et ses gros bras, aux feutres ornés d’une plume bleue, de plus en plus présents dans le quartier de Jerome, ce coin du Bronx qui est toute sa vie.


Placé sous le signe de l’ambiguïté, le récit que nous fait Jerome Charyn de son adolescence dans le Bronx séduit le lecteur tout au long de ce « bio-roman » à l’écriture claire et lumineuse. Le mélange permanent du réel, du vécu et de l’imaginaire présenté par Charyn comme le récit de sa jeunesse est une réussite, dont les buts, modestes en apparence, sont pleinement atteints. L’air de ne pas y toucher il désamorce une histoire qui aurait pu être sordide et glauque, en en faisant un récit proche du conte réaliste. Proche, car il me semble évident que par moment ce sont les affabulations, fantasmes d’adolescent, et les rêveries éveillées de « Baby » Jerome que Charyn nous fait vivre, certaines intimement mêlées aux agissements des personnages du Bronx qu’il nous décrit : ce que Jerome vit et ce que Baby rêve de faire avec ceux qu’il côtoie. Certains des personnages sont imaginés ou récupérés, et d’autres sont très réels tel Meyer Lansky. Lansky, personnage ayant existé, maffieux notoire qui a survécu à tous les meurtres et monstruosités dont il fut responsable, s’éteignant paisiblement en Israël à plus de 80 ans ! Et il en y a certainement d’autres, moins connus, que Baby croise au long de sa saga picaresque.
Le résultat pourrait être qualifié de « candide-noir », de roman dévié d’apprentissage de la vie, de biographie onirique, mais cela ne change rien à l’attrait du livre de Charyn.
Loin de la facilité dont certains ont trop vite taxé le présent opus, Bronx Boy est un récit court et vivant, raconté avec style.

Note :
On saura gré à la traduction d’avoir su faire passer la voix et le style de Charyn sans distorsion, malgré les difficultés que le traducteur rencontre avec le vocabulaire populaire américain appliqué à des objets ou à certains concepts n’ayant pas d’équivalent directs en France.
 

EB  (décembre 2004)
 

(c) Copyright 2004 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Jerome Charyn - Bronx Boy  
 
 































































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Shutter Island  

(Shutter Island  - 2003)

Dennis Lehane 
Rivages/Thriller - 2003

 
 Teddy Daniels, US marshal,  et son coéquipier Chuck Aule, spécialement choisi par Daniels, vont en mission un peu particulière, en cet été 1954, sur l’île appelée Shutter Island, située au large de Boston,  et qui sert de lieu d’enfermement pour malades souffrant  de graves troubles mentaux, tous auteurs de meurtres et réputés très dangereux.
Ils sont chargés d’enquêter sur la disparition d’une patiente de cet Hasheclifffe Hospital, Rachel Solano, dont on ne retrouve aucune trace dans la  petite île, malgré les gardes et le système de haute surveillance qui y est pratiqué en permanence.
L’inspection des facilités de l’hôpital, le comportement étrange du personnel infirmier et de la direction, ainsi que les rumeurs à propos du vieux phare servant de périmètre spécial pour des expériences médicales de pointe, font vite soupçonner  aux deux inspecteurs fédéraux que des agissements non avouables pourraient expliquer la disparition de la patiente.
Mais, compliquant leur enquête, Teddy, qui ne supporte pas bien les voyages en mer et en a la phobie,  est à nouveau en proie aux migraines épouvantables qui l’assaillaient quelque fois. Tout cela et l’ambiance étouffante des bâtiments de l’hôpital, où les deux policiers doivent prendre leurs quartiers, entament quelque peu la clairvoyance nécessaire dans une recherche aussi délicate à laquelle, apparemment, ni les services de sécurité ni le personnel soignant n’apportent une véritable aide. Sans parler de l’interdiction qui leur est faite d’accéder aux dossiers des patients et même du personnel, alors que cet hôpital dépend de l’autorité fédérale et est donc sous la juridiction des marshals.
Les déclarations de quelques détenus, faites au comble de leur délire, ne font qu’augmenter la méfiance de Daniels et de son collègue : les méthodes appliquées par les médecins psychiatres d’Hashecliffe pourraient être entachées de barbarisme sous le couvert d’expérimentations commanditées par certains départements du gouvernement.  Savoir que sa mission a été épaulée par un sénateur, cela conforte Teddy et le pousse à continuer ses investigations malgré les aléas énormes qu’il rencontre et ces cauchemars liés à la mort de sa femme.
qui le hantent à tout instant.
Pourtant, héros médaillé de la deuxième guerre mondiale qui fut  attaché aux forces spéciales, il n’a pas vite peur physiquement, et s’il a souvent affronté la mort il a aussi dû souvent l’infliger. Mais le cauchemar que Teddy  vit sur cette île va vite déraper vers l’horreur durant la nuit et la journée de tempête extrême qui y sévit, et durant laquelle Chuck, son coéquipier, disparaîtra.
Ce ne sera qu’au bout du quatrième jour, et en présence du mystérieux Docteur Lester Sheehan, que l’envers du décor et une réalité implacable sera enfin appréhendée. Au plus grand désespoir d’Edward Daniels.


Thriller, sans aucun doute, ce roman de Lehane chante noirceur et pessimisme, mais je me garderais de le qualifier de roman noir. Ou alors, dans la veine gothique (où le qualificatif noir est historique, mais diffère de signification comparé au qualificatif moderne). Une veine ici assagie, dont le sanglant est réduit au minimum. Dans laquelle une partie de la pression et de l’horreur se veut purement psychologique.
Le succès remporté par Shutter Island auprès du grand public américain, puis français, vient plus que certainement de l’annonce de la vente des droits pour une adaptation cinématographique rapide (avant même que le roman ne sorte aux USA !) et d’une intrigue bâtie de telle sorte qu’elle puisse  passer pour innovante face à un public américain ne lisant que du « divertissant ». Le tout s’ajoutant au succès du roman précédent : Mystic River (voir commentaires dans nos pages) et de son adaptation cinématographique filmée par Clint Eastwood.
L’entreprise de Lehane est plus proche ici d’un  Stephen King (…dans ses œuvres moyennes)  que d’un auteur d’importance du roman noir. J’ai même vu des « critiques » en France rappeler le lien de « cette œuvre de qualité majeure » avec le roman noir de haute qualité, allant pour l’un d’entre eux jusqu’à citer Chandler comme référence de filiation.   Et pourquoi pas James Joyce tant qu’on y est !
De fait, ce ne sont que trucs et ficelles, jusqu’à cet orage/tempête qui est censé renforcer  l’aspect frissonnant du récit et coupe à bon escient toute source d’électricité. Ouais…
Les quelques péripéties qui semblent intrigantes existent presque toutes dans les romans et nouvelles que nous a offert, il y a longtemps, la SF moderne, département fantastique, de même que l’horreur fabriquée qui les accompagne.
C’est souvent du déjà lu, et on devine, dès le milieu de l’opus, quelles sont les deux ou trois issues « extraordinaires » possibles laissées au récit de Lehane.
Le « shocker »  tant proclamé des dernières pages, l’inattendu de la finale, n’étonnera que les distraits ou ceux qui lisent peu. Et est tout à fait invraisemblable dans sa justification « rationnelle » bâclée.
En conclusion : un thriller peu innovant, écrit professionnellement, qui ne débouche sur rien et a tout du décaféiné.
Qu’il intéresse un public vite étonné, ne me dérange pas. Qu’on le mette au même rayon que la littérature d’évasion, me semble justifié.
Qu’on l’encense comme étant un ouvrage d’exception, m’étonne.

 

EB  (décembre 2004)

(c) Copyright 2004 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Dennis Lehane - Shutter Island  
 
 



























































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La mouche du coche  
 
(The Busy Body – 1966)

Donald Westlake
Rivages / Noir  n° 536 - 2004
(initialement publié en SN - n° 1068-  sous le titre "Les cordons du poêle")

Aloysius Engel, dit Al, avait bien de la chance, jusqu’à cet enterrement en grande pompe de ce pied-plat de Charlie, ce pion sans importance de l’Organisation. Lui, Al, il était le bras droit de Nick Rovito qui dirigeait la mafia locale. Oh, c’est un peu par hasard qu’il était parvenu à ce poste. Suivant les traces de son père dans l’Organisation, il n’était qu’un pion de plus quand les circonvolutions de sa carrière sans grand intérêt lui permirent de sauver la vie de son patron. D’où accession directe à un poste de haute responsabilité, à la droite de Nick. Un rêve. D’autant plus que jusque là il n’avait dû tuer personne sur commande ni créer de vrais drames pour le compte de Nick. Mais c’était sans compter sur la distraction d’un des soldats : mort de mort naturelle, Charlie avait été enterré avec son veston bleu auquel il tenait tant… Macache ! Le veston était doublé de 250.000 dollars d’héroïne ! Colère du boss et paranoïa de l’entourloupe. Nick ne peut que confier à Al, son second, la délicate mission de déterrer le cadavre.
Rebelote : la tombe est vide, Charlie semble s’être fait la malle. Avec son veston bleu.
Et la recherche entreprise par Al ne sera pas facile : une veuve surgit de nulle part lui flanque les flics au cul. Toute une escouade le coursant en pleine rue… Sans compter sa mère qui lui téléphone sans arrêt pour le régenter, le croque mort qui devient  plus muet qu’unetombe, la veuve de Charlie qui ne sait rien, la veuve de nulle part qui en sait trop… Mais qu’a donc fait Al pour mériter un schproum pareil ? Lui qui a tant l’esprit de famille, lui qui ne ferait pas de mal à une mouche…

Agréable lecture que ce roman humoristique de Westlake, dans la veine du Pigeon d’argile, autre comédie policière légèrement teintée de noir de cet auteur, et qui date de la même période. Car il s’agit ici de la reprise d’un roman déjà publié en SN (n° 1068) en 1966 sous le titre de Les cordons du poêle, dont la traduction aurait été "complétée " pour rétablir les amputations de l’édition en Série Noire. On peut se demander la réelle nécessité de procéder à ces corrections tardives, car on n’est pas face ici à un des grands romans de Donald Westlake, alors qu’une telle démarche était par contre indispensable pour rétablir le massacre de romans importants de Raymond Chandler, par exemple (et qui fut appliquée par Gallimard sur le tard). Mais si cela pouvait justifier la présente réédition du roman de Westlake, pourquoi pas ?  Surtout qu’on n’a pas envie de bouder le plaisir que procure La mouche du coche, amusant et distrayant. L’art de Westlake y est pour beaucoup.


EB  (décembre 2004)

(c) Copyright 2004 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 

 

La mouche du coche - Donald Westlake  
 
 































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Mise à jour: 23 décembre 2004

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