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Destination morgue  

(Destination : Morgue ! - 2004)

James Ellroy
Rivages/Thriller - 2004
 

Le livre, dans sa version française, est essentiellement un recueil d’articles qui avaient été publiés dans la revue américaine « GQ » auquel vient s’ajouter un longue nouvelle. (voir notre note en bas de texte**)
En cela il partage l’approche d’un recueil précédent : « Crime Wave », 1999 (Crimes en série). Par contre, l’édition française de Destination morgue  ne reprend pas les photos et illustrations qui faisaient parie de l’édition américaine, la plupart tirées de la revue qui avait publié les articles. On se demande pourquoi : aux prix abusifs où sont vendus les romans et autres livres de genre en première parution en France, un cahier de photos était quelque chose de tout à fait possible, même en respectant l’économie de l’éditeur, et il aurait illustré avantageusement le texte qui renvoie souvent à des faits américanos-américains, pas toujours très connus à l’étranger. (
pour plus de détails, voyez l’interview qu’à donné Ellroy en 2004 qui détaille ces points et d’autres traités dans le présent recueil : sa traduction est dans POLAR NOIR – chapitre Canal Noir)

Le texte, lui, est bien de l’Ellroy, avec une façon d’écrire loin des tics et d'un effet direct, percutant. Le ton qui irrite tant de ses détracteurs. Le traducteur (Jean –Paul Gratias)  a su d’ailleurs préserver le rythme de l’écriture du Grand James, qui, même lorsqu’il écrit un article en fait un morceau littéraire. Pour les mots typiques, populaires, argotiques ou inventés, il ne s’en sort pas trop mal, sans plus. Le tout étant donc assez bien restitué, il suffit de vous laisser emporter…

Il y a d’abord ces trois premiers textes où Ellroy nous reparle de sa jeunesse et de sa vie « d’avant ». Secouants, allumés, ironiques, provocateurs et faussement ingénus, le tout raconté avec un lyrisme incantatoire qui nous atteint de plein fouet. C’est plus que certainement ce que recherche l’auteur, et il faut se rappeler qu’ils furent écrits durant la période où, commençant à être très connu aux USA, les apprentis exégètes et journalistes pressés l’avaient souvent maltraité sur base de déclarations mal interprétées, sinon mal comprises. Ellroy en joua en provocateur par la suite et se diabolisa lui-même à gros traits dans les interviews publiques et présentation de livres qui suivirent.
La même chose risque d’arriver avec les trois articles repris ici, où en dehors d’une provocation évidente, Ellroy nous livre quelques clés sur ce qu’il est devenu, avec des remarques acerbes et dévastatrice sur des éléments qu’on lui attribue trop facilement afin d'en faire un épouvantail réactionnaire.
A vous de saisir les détails qui tuent… les imbéciles. Ils sont disséminés dans cette apparente litanie que sont les descriptions de diverses époques de sa vie. Et comme l’ironie est  sous-jacente dans des pans entiers de ces récits, on peut dès à présent prévoir l’incompréhension des habituels Savonarole du « penser corect »…


(Note : comme ces textes sont trois articles publiés à des époques différentes, il y a quelques  redites, mais qui ne gênent pas vraiment -et qui se coulent chacune parfaitement dans les textes différents)

Ensuite, un intermède sportif : James va assister à un combat de boxe fort médiatisé, à Las Vegas. Avant cela il nous raconte comment il a gardé un intérêt pour ce sport, après avoir subi l’influence de son père, aficionado enthousiaste de la boxe  qui avait une théorie ethnique assez ahurissante sur les combattants.
Dans la première partie de cet article, le récit d’Ellroy nous fait littéralement entendre les coups de poings gantés de boules de cuir, dans un texte rageur et incisif, fait de petits riffs. Si vous ne les entendez pas, en stéréo Dolby, c’est que vous n’êtes pas entré totalement dans le style de l’auteur… Replay !
Le compte-rendu du match moderne à Vegas n’atteint pas ces sommets, mais on y sent encore le regard acéré d’Ellroy et sa perméabilité exacerbée face aux ambiances créées par les lieux et les personnes.

Suivent trois reconstitutions d’enquêtes qui ont marqué l’Amérique. Deux  de ces cas ne furent jamais résolus, et les deux articles correspondants font un résumé de faits contenus dans les dossiers de police et donnent les éléments d’une contre-enquête faite plus tard, à laquelle Ellroy assiste en partie.
Une continuation de l’exorcisme qu’Ellroy applique au cas non élucidé du meurtre de sa mère, et de la frénésie qu’il développe devant des cas réels du même genre. Une recherche continuelle de la réalité… qu’Ellroy ne semble pouvoir apaiser que par la fiction et ses romans. Il nous laisse assister ici au début du processus à l’état brut, à ses recherches, et c’est là l’intérêt premier de ces textes.
La troisième examine le cas qui semble avoir mené à la condamnation d’un jeune Noir à la peine capitale, sur base d’un seul témoignage et elle forcera Ellroy à se poser les bonnes questions, par des voies qui lui sont propres, et malgré le passé criminel et la dangerosité sociale du condamné. On y retrouve une certaine sincérité et l’honnêteté des opinions affichées - typiques de l’Ellroy tel qu’en lui-même -  face au doute et à la révision.

Le recueil se termine par une longue nouvelle : Un baisodrome à Hollywood  (Hollywood Fuck Pad). Il s’agit d’un récit fait à la première personne par Richard W. Jenson, un inspecteur fraîchement nommé, en 1983,  à la section criminelle du LAPD en charge de Hollywood ; on le surnomme  Rhino Rick à cause de son penchant pour exhiber des cuirs de rhino (faux pour la plupart). Peu après sa nomination, il tombera follement amoureux,  d’un actrice encore en début de carrière, Dana Delany (ce personnage est une transposition fictive de l’actrice contemporaine Dana Delaney, toujours en exercice) qu’il  rencontre sur un lieu de tournage, près de l’Académie de police, où elle tourne des séquences d’un  films pour la TV dans lequel  elle joue le rôle d’une fliquette. Un meurtre aura lieu un soir de tournage, dans les terrains avoisinants, parmi les voitures qui  viennent régulièrement dans ce lieu, rendez-vous notoire des homosexuels de toutes les extractions. Dana, sur le plateau de tournage, a pu voir un homme s’enfuir, probablement l’assassin. Très concernée par sa préparation d’actrice pour ce personnage en uniforme, Dana participera finalement à des évènements dramatiques dont elle n’aurait pu rêver, en compagnie de Rick, plus ou moins chargé de la protéger.
Dans cette longue nouvelle, James Ellroy nous fait bénéficier de son style d’écriture difficilement imitable tout en nous décrivant une section active de la police de Los Angeles, imbue de son pouvoir, surfant sur la délinquance et se vautrent dans la boue de cette faune interlope et pas très respectueuse de la loi qui hante les quartiers de la ville. Et de Hollywood. Ils incarnent cette loi, ils sont flics, on a besoin d’eux, ils choisissent ceux qui ont le droit de vivre. Les rois du monde. C’est, qu’en passant, ils font quand même leur boulot, mais dans les conditions et avec les mêmes effets que la peste : tous n’en mourraient pas, mais tous étaient atteints.
Lisez cette nouvelle, laissez-vous emporter par l’écriture d’Ellroy, proche de l’hallucination, faite d’exaltation et d’incantations, d’inventions verbales, d’images surflashées comme dans les anciennes gazettes et les tabloïds américains. Une ville crue et délirante avec des flics du même calibre. Et sans oublier son humour fait de dérision, souvent plus noir que la chevelure des Latinos : rien que son refuge pour chiens de la police de LAPD, avec ses collections de clebs plus mastards les uns  que les autres et ses gardiens à la noix, vaut l’exploration.
La chronique d’une ville. Le regard d’un grand auteur de fiction.

 

EB (avril  2006)

(c) Copyright 2006 E.Borgers


(**) Note sur l ‘édition française -  
        Rivages/Thriller, 2004


Rivages nous refait le coup de  Meurtres en série  (Crime Wave) en nous livrant le recueil  Destination morgue  amputé d’une bonne partie de ses textes.
Qu’on ne me dise pas que certains articles repris dans la version originale américaine étaient trop « américains » pour un public francophone !!  J’en doute fort. Et même si c’était le cas, les notes et les préfaces resituant un texte dans un contexte historique ou factuel ne sont pas faits pour les chiens…
Pire, la partie « fiction pure » qui se trouve dans la deuxième section du recueil (titre de cette deuxième partie : « Rick Loves Donna ») a été amputée de deux nouvelles qui, avec Un baisodrome à Hollywood , forment un cycle consacré à Rhino Rick, flic de la section Homicide amouraché de la belle actrice Donna (la Dana de l’édition fr.).
En tout, il ne reste que 8 textes dans la version française de Rivages, alors que l’original en compte 14. Une paille…
Et, je le répète, au prix où Rivages/Thriller lâche ses bouquins brochés (20 euro et plus), cela frôle l’arnaque, quelles que soient les bonnes (?) raisons que l’éditeur pourrait nous asséner.
     
 EB-


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James Ellroy - Destination morgue (2004)  
 
 




























































































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 
Festival de came
 

Philippe Colin-Olivier

Babel Noir n°3 - Actes Sud - 2006 <

 
 

Par le dos de couverture on apprend qu’il s’agit du quatrième volume des avatars du duo de pieds nickelés mis au point par Philippe Colin-Olivier, les enquêteurs privés Costes et Bernstein. Comme ils évoluent en France, ils ne peuvent que se targuer de tenir une officine de « recherches », mais les embrouilles et leur vive imagination n’arrêtent pas de les plonger dans des cauchemars agités, dignes des pires P.I. à l’américaine.
Dans le cas présent, au bout de leurs maigres ressources, proches d’une situation pécuniaire qui devrait en faire des SDF dans l’heure qui suit, le duo va accepter de bosser pour un délégué de la DEA (Drug Enforcement Agency- agence américaine de répression du traffic de la drogue) à Paris. C’est que leur nouveau boulot a tout du chasseur de primes, mais dans le milieu de la drogue, qu’il soit français, corse ou américain, c’est un permis de chasse qui fait plutôt des victimes du côté des chasseurs : les lapins tirent à tout va, roulent en limousine et dorment sur des tas de dollars.
Bernstein et Costes sont bien conscients du danger de toute l’idée de la DEA : vendre de la drogue aux malfrats français et les coincer. Une manoeuvre suicidaire. Mais n’ayant pas le choix, ils s’embarquent dans un essai d’infiltration du banditisme corse, réputé pour son transport efficace d’héroïne vers les USA. Le réseau serait  en panne de came destinée à New York, et surtout de sources fiable d’approvisionnement par laboratoire local.
L’instinct et l’esprit assez tordu de Bernstein feront que lui et son comparse n’iront pas à l’aveuglette  dans leur plan-marketing à destination du  Nouveau Monde. Si les primes de la DEA semblent alléchantes, le paquet d’euros impliqué dans une transaction mise au point par l’administration américaine pour piéger les transporteurs et leurs sources, l’est encore plus. Sans parler du gros sac de came qu’ils devraient livrer…
Comme tout doit transiter par le duo de faux-nez, ceux-ci vont rêver assez vite de paradis tropicaux et fiscaux. Blouser les deux partis de cette transaction leur paraît être  un beau plan, simple, efficace. Et dangereux. On ressort donc Smith &Wesson, on roule les mécaniques, on recrute des anciens potes plus dangereux que des tarentules en rut, des escrocs aux réflexes mortels, et on plonge dans la mare aux canardage.  Avec délectation.
Mais aussi avec des surprises : Schlenck, le délégué de la DEA semble pris de désir d’indépendance, les corses tirent à tout va et manifestement ne veulent pas que Costes et Bernstein durent jusqu’à l’âge de la retraite. Cela laisse peu de marge à nos deux chasseurs de primes qui vont se transformer en doigt du destin, en anges de la mort et retors vicieux. Question de survie.
C’est que des tordus, ils en ont vu dans leur carrière !
A force, ça déteint.

Dans ce bal de marionnettes qu’est ce roman de Pierre Collin-Olivier, tout le monde essaye d’entuber tout le monde dans une frénésie de retournements des intrigues et de plans machiavéliques à souhait où les cadavres parsèment vite le parcours des deux charlots qui ne veulent pas lâcher leur plan carrière. 
Il m’est difficile de répercuter ici quelques péripéties afin de préserver, pour le futur lecteur, une histoire qui fait des cumulets à tout bout de champ. La seule chose qui m’a semblée un peu abrupte, par contre, c’est la page finale- numérotée 229-  qui laisse tout en suspens, même si on comprend l’humour de la situation et de la dernière répartie.

Vous l’aurez deviné, l’humour est l’ingrédient principal du livre dont les buts se limitent à divertir. Il y réussit d’ailleurs,  avec en prime un humour parfois noir mais toujours logé proche du second degré. La caricature, même si elle est assez outrée et toujours en bordure de parodie,  n’est pas poussé aux limites du genre, ce qui nous permet  de suivre encore avec intérêt les péripéties qui surviennent aux divers protagonistes et méchants à mitraillette. L’accumulation des retournements de situations tordues est un des moteurs comiques de l’ensemble et constitue dans  Festival de came  la parodie la plus marquée de ce qui fait l’essence de certains thrillers et romans noirs d’action. Ajoutez-y les personnages centraux, Bernstein et Costes- caricatures de tout ce dont vous pouvez  vous souvenir comme enquêteurs privés des romans policiers modernes, plus un langage parlé familier et imagé, le tout servi par un texte simple et efficace, et vous avez un roman d’humour évoluant dans un milieu appartenant au  roman policier noir, dont le but premier est de faire rire et sourire. Et il y parvient.
Un parfait compagnon de voyage.


 

EB  (mars 2006)
 

(c) Copyright 2006 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Philippe Colin-Olivier  -  Festival de came  (Babel Noir)  
 
 























































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Folie douce

(The Right Madness - 2005)

James Crumley
Fayard Noir - 2005

Dans ce  roman de Crumley, on retrouve son détective occasionnel récurrent C.W. Sughrue, un peu vieillissant, mais toujours l’éternel contestataire qu’il était resté tout au long son âge adulte. Il tape un peu moins dans la dope et les pilules de toutes les couleurs, mais face au pot de m… dans lequel il a glissé le doigt, tout en sachant bien ce qu’il faisait, il se remet à fumer ! Du tabac de chez tabacco ! On sent bien que C.W. a tourné une page et qu’on est loin des excès de toutes sortes auxquels il se livrait dans son récit le plus allumé à ce jour, Le canard siffleur mexicain, de cauchemardesque mémoire.
Mais l’intérieur du mec est toujours du même métal. Indomptable. Un peu fataliste, mais prêt à affronter toutes ces choses dont on ne parle pas trop dans les cercles selects : le drame, le meurtre et … la folie. Car une fois de plus Sughrue devra affronter la folie destructrice des hommes, celle qui n’a pas beaucoup de sens face au côté obscur de l’existence et de la destinée humaine, mais qui est déclenchée par l’envie, le désir de puissance et l’appât du gain à n’importe quel prix. Quand ce n’est pas tout cela en même temps. Même chez ces friqués où il est obligé d’évoluer, c’est la même chanson. La folie n’est jamais loin. Ni le sang. Ni le meurtre. Rien de bien neuf pour Sughrue : La folie, c’est les autres.

Se sentant redevable, surtout par le lien d’une amitié réelle qui le lie à ce psychiatre de Meriwether (Montana), le docteur MacKinderick,  Sughrue acceptera de faire les enquêtes que le docteur lui suggère, suite à un vol de dossiers médicaux. Ce même docteur à qui il avait déjà évité le pire  il y a quelques années,
lorsqu'il avait accepté de s’occuper de  la recherche d’un témoin pour tirer le psy  de son procès difficile pour faute professionnelle.  C'est alors qu’il l’avait côtoyé pendant de nombreuses semaines, et qu’il avait appris à le connaître au cours de cette enquête longue et scabreuse, une aventure dont Sughrue était sorti, à l'époque, un peu plus sombre et un peu plus amoché.
A nouveau établi à Meriwether, avec son épouse Whit, mais craignant des embrouilles sans fin comme lors de sa première enquête pour Mac, c’est un peu en traînant les pieds que C.W. entreprend  pour le compte du psychiatre une véritable recherche  dans le plus pur style des privés fouineurs et suiveurs de couples. Ce genre de job ne l’amuse plus depuis longtemps; par contre, la prime considérable que lui promet son ami n’est pas malvenue, pour raisons familiales diverses.
Sughrue sait aussi que s’il veut découvrir si oui ou non les clients de MacKinderick sont à l’origine du vol des dossiers de patients , ou sont les futures victimes d’un chantage, il doit passer par les filatures et autres fantaisies du manuel du bon détective.
La liste des personnes faisant l’objet des dossiers d’analyse disparus le mènera directement vers les univers de gens aisés, professions libérales et le toutim. Mais aussi dans celui de laissés pour compte, ceux du bas de l’échelle, ceux qu’il rencontre souvent dans ses bars de prédilection. Par contre, le lien entre ces diverses personnes, en dehors du cabinet médical de son ami Mac, est loin d’être clair.
Il ne faudra pas longtemps pour que ses simples filatures tournent au cauchemar, dans des scènes d'horreur sanglantes mettant fin prématurément à la vie de certains patients ou de leurs proches.
Sughrue ne pourra qu’être le témoin involontaire de ces drames dignes du grand guignol le plus élaboré, face à ces suicides équivoques, à ces morts atroces et violentes.
Embarqué malgré lui dans une  danse de la mort qui semble sans fin, il s’accrochera tant bien que mal à ce qui lui reste de raison, au milieu de drames qui lui rappellent que trop ses périodes de dope et de poursuites hallucinées, de vengeance aveugle et de sauvagerie, qui ponctuèrent tout un pan de sa vie passée. L’éternel recommencement.
Et à tout cela, s’ajouteront la sarabande de l’épouse de Mac, jeune, très jeune, jolie, trop jolie, nympho, très nympho,  la disparition de Mac alors que C.W. est en plein bourbier, sans oublier le ratage de son dernier mariage- échec qui lui semble presque normal. Whit, sa femme,  s’est établie à Minneapolis pour sa carrière :  un coup de plus qui s’ajoute à ceux qu’il prend de plein fouet depuis le début de ses recherches.
De scène de meurtre en scène de meurtre, il se retrouvera face au FBI dont le duo de pieds nickelés, chargés d’une partie de l’affaire, est tout sauf accommodant.
Et Sughrue parcourra à nouveau les routes, de ville en ville, à la recherche d'un début d’explication, fuyant ses démons qui le rattrapent à toute allure... Dans un road trip plein d’alcool, de clopes, de fumettes et pilules occasionnelles, seuls remèdes à sa lente glissade vers la perte de raison.

Le titre de ce roman, La folie douce, est tiré du titre d’un recueil du poète et ami de James Crumley, Richard Hugo : The Right Madness on Skye  (Folie douce sur l’île de Skye).
Le reproche que certains faisaient à James Crumley, concernant une absence d’intrigues marquées - ce qu’ils croyaient être une carence impardonnable-  dans son roman précédent :  La contrée finale , ne pourra plus être faite pour Folie douce  !
Des intrigues et des circonvolutions dans une trame touffue, ils en ont plein un panier dans ce dernier, pour former un roman structuré et palpitant, qui se lit sans répit malgré le nombre de pages.
Mais tout ceci  n’est que le premier degré de cette œuvre de fiction, dans laquelle, comme souvent avec James Crumley, on retrouve une écriture brillante, incisive et poétique. Un style personnel qui nous touche et nous marque. Aussi un personnage central consistant d'homme démoli, animal existentiel en crise perpétuelle d’ajustement au genre humain, dont le physique torturé et délabré n’est que l’image de cette folie avec laquelle il se bat tous les jours. La folie des autres.
Avec obstination et sans grande illusion. Avec constance et résignation, sachant que les seules ressources qui l’aideront, il devra les trouvera en lui-même… Peut-être.

Un excellent roman où l’éclat noir de l’hallucination n’est que le reflet de notre propre folie. Où on ne peut qu’espérer que cette folie soit douce.
Sur l’île de Skye et partout ailleurs.

Recommandé.

Note :  Pan sur les traducteurs ! Encore et toujours

Page 324 de ce roman, on retrouve la légèreté avec laquelle certains traducteurs traitent les textes, qui, ici, sont du genre policier.
Eh bien, le traducteur affairé utilisé pour ce texte croit que  "barrel ", parlant d’une arme à feu, désigne le… barillet. Pitoyable.
"Barrel", en anglais, signifie : canon, et Crumley parle d’un revolver Colt .357 à canon court. Car pour raccourcir le barillet, il faudrait que le polyglotte utilisé par Fayard m’explique comment qu’on fait ?
Est-ce qu’un traducteur de livres sur la pêche pourrait se permettre de ne pas savoir comment on traduit « hameçon » ?
La bourde « révolveresque » de la page 324 est du même …tonneau.

Tout ceci étant dit, et il fallait le dire, la traduction française, souvent molle, diffuse et « floutte » par moment la force du texte original. Je me dois cependant de confirmer que dans le tiers central du roman, l'adaptation est meilleure, ce défaut y étant moins présent.
 

 

EB  (avril 2006)

(c) Copyright 2006 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

James Crumley - Folie douce  
 
 
















































































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Mise à jour: 4 mai 2006





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