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On achève bien les disc-jockeys


Didier Daeninckx

Suite Noire n°1 - Éditions La Branche - 2006
 


La nouvelle collection "Suite Noire", dirigée par Jean-Bernard Pouy, s’est ouverte avec ce court roman de Didier Daeninckx.
En moins de 100 pages, l’auteur nous raconte  le bref cheminement d’un ex-taulard, Manu, fraîchement sorti, qui recontacte celle qui a été une « voix » durant son incarcération : Crista.
Elle tient une émission de radio libre consacrée aux détenus et qui leur donne la parole par téléphone, tout en faisant passer des infos qui sont rarement proclamée par l’Administration.
Si Crista va vite être sous l’emprise de Manu, il semble que le sentiment soit partagé.
Afin d’aider la radio qui diffuse l’émission de Crista, Manu va accepter de mettre bénévolement  au point un site Web reprenant les émissions et les archives de celles-ci. Il est doué pour l’informatique pratique, Manu, de même que pour dénicher des portables à la pointe du progrès, ce qui lui assure quelques rentrées. Mais c’est le plan de Manu pour mettre à jour les faits peu glorieux de l’Administration pénitentiaire qui va tout faire basculer.

Daeninckx  profite  de cette intrigue pour nous rappeler brièvement au passage quelques faits historiques peu reluisants liés à la prison de Fresnes et autres dérapages de l’Etat français de la seconde moitié du 20e siècle ; ce en quoi il reste dans la ligne de ses explorations récentes des injustices camouflées voire étouffées, bien que ce ne soit pas le cœur de son roman.
L’auteur nous décrit aussi avec un certain réalisme, les marginaux de la contestation sociale actuelle, qu’ils soient taulards engrangés comme du bétail dans les geôles officielles françaises, petits chanteurs de slam, survivants de la débrouille ou libertaires de la zone.
C’est dans un style clair et évocateur, avec une construction soignée, choses qui n’appartiennent qu’à celui qui est une des meilleures plumes du polar français actuel, que nous est racontée cette embrouille noire et dérisoire qui  attend Manu au tournant.

On achève bien les disc-jockeys de Daeninckx, un bon début pour cette nouvelle collection qui dans sa présentation cartonnée rappelle la mythique Série Noire de la grande période, couleurs modifiées pour éviter une trop grande confusion.

 
 

EB (juin 2006)

(c) Copyright 2006 E.Borgers


 
 




 
 

Didier Daeninckx - On achève bien les disc-jockeys



































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Quand la ville mord

Marc Villard
Suite Noire n°2 - Éditions La Branche - 2006



Ce deuxième titre de la collection « Suite Noire » nous offre un aspect différent du polar noir à la française, celui qui se penche sur les démunis, les rejetés, ces scories volontairement ignorées du monde dit moderne.
On ne présente plus Marc Villard aux lecteurs du noir. Que ce soient ses nouvelles, longues ou courtes, ses courts romans actuels. Quand la ville mord  s’inscrit tout à fait dans la branche « parisienne » de son œuvre, section Barbès, et le format court tant apprécié par l’auteur lui permet d’aller à l’essentiel (voir à ce sujet l’entretien qu’il avait accordé à POLAR NOIR, il y a peu). Une plongée dans un Paris tragique et poisseux.

Pour ce roman, on peut parler  de tranche de vie. Et de mort. Le bref récit met en scène une jeune Black, Sara la Congolaise, qui croit être douée pour la peinture mais se consacre essentiellement à rembourser sa dette pour les faux papiers qui lui ont permis de rester à Paris. Elle rembourse avec son corps, dans les coins sordides de Barbès et des environs, entourée d’accros au crack et à un tas d’autres saloperies, de SDF déboussolés et d’exploiteurs en tout genre.
Un monde parallèle avec ses lois, sa violence et son absence totale de chaleur humaine, sauf celle qu’on peut espérer de certains amis proches, les vrais, comme cet ancien éducateur des rues, Tramson, ou de Zina, qui partage la piaule minable de Sara et vit difficilement la vie de pute de bas étage et de droguée. Sara a décidé de s’en sortir et ce n’est pas le gluant Omer, gérant de sa dette et maquereau Black, qui l’en empêchera à la fin de son remboursement. Pour Sara, Paris c’est sa chance, pour sa peinture et pour le reste de sa jeune vie. Mais tout va basculer et virer au noir profond après la mort douteuse de Zina, incident tragique qui va transformer Sara en justicière allumée, impitoyable comme la mort. L’élimination des ordures. A Barbès.

Ecriture ramassée,  successions d’images, de sons et d’odeurs, ville pestilentielle et oppressante, marginaux en état second, réalité déconnectée et sordide, vies fracassées. L’univers de Villard se retrouve dans ce livre aux personnages essoufflés, ces délaissés au futur dont l’angle prospectif ne dépasse pas les 20 degrés, le tout dans une histoire racontée sans envolée mais empreinte d’une poésie aux reflets sombres. La marque de l’auteur.

 
 

EB  (juin 2006)
 

(c) Copyright 2006 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Marc Villard - Quand la ville mord
 
 



































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Le débarcadère des anges


Patrick Raynal

Suite Noire n°3 - Éditions La Branche - 2006

  

Cette fois c’est au tour du vieux complice (pourquoi vieux ?) de Pouy, Patrick Raynal, de s’atteler à la Suite Noire, cette nouvelle collection dirigée par J-B.  Big Pat (pourquoi gros ?) s’y colle et nous donne dans la volée un Corbucci  bien torché, direct et plein d’action, du classique.
C’est que Raynal n’a jamais caché son admiration pour Chandler, son privé et ses ambiances. Idem pour ce qui est d’Hammett et Spade.
Avec des références pareilles, on écoute…

On assiste ici aux débuts de Corbucci comme enquêteur privé. S’il s’installe à son compte, c’est en désespoir de cause, pour ne pas aller grossir les rangs des « demandeurs d’emploi » de sa chère cité niçoise. Et très vite il va tomber sur des affreux qui lui en veulent, des gros bras qui agissent d’ordre et pour compte. Mais il se doute un peu d’où viennent les coups, même s’il ne peut mettre de noms sur les commanditaires, ceux  qui essayent de cacher la responsabilité d’un docteur local et la complicité d’une clinique connue.
Copinage en haut lieu et main basse sur la ville, voilà contre quoi se heurte Corbucci. C’est dire si le camp adverse à peur. Autant que d’un cancrelat égaré dans un congrès d’entomologistes…
Mais fidèle à sa cliente, il persiste et va bille en tête forcer le passage.
Ca passera ou ça cassera. En tout cas, ça fonce.

Comme la collection Suite Noire se veut parente héritière de la quasi défunte Série Noire, période classique et cartonnée, on ne peut que confirmer que ce court roman de Patrick Raynal remplit le cahier des charges. C’est rapide, mais ça tient la route. C’est écrit en français, mais l’auteur s’amuse à « galliciser » quelques expressions typiquement US, sans parler du style direct et peu introspectif, la marque des paperbacks des années 50.
Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas une parodie, même si le personnage de Corbucci colporte, en plus d’une certaine nostalgie évoquant un certain type de romans made in USA, une légère dose de pastiche et de satire du privé conventionnel, et même si certaines ficelles évoquent les rebondissements des romans « hard-boiled » qui faisaient l’armature de la série à Duhamel, le tout carbure ici dans une histoire dont la base est loin d’être rigolote ou faite pour l’éclat de rire ; loin s’en faut.
Jusqu’au titre : évocateur de Nice certes, mais surtout d’un des grands classiques de la SN (qui venait de la Blême, en fait).
Le Débarcadère des Anges  ? Contrat rempli. Un heureux complément aux nouvelles qui mettaient déjà Giuseppe Corbucci en scène.
 
PS : Mais pourquoi, page 44, faut-il que Raynal nous parle de « table d’algorithmes ». Là, c’est dur… Je suppose qu’on devait faire appel à la « table de logarithmes » pour s’en sortir.
On peut m’avancer que c’est de l’humour car Corbucci a fait Lettres (et Raynal également si je ne me trompe). D’accord, mais alors c’est de l’humour h2 , comme les équations du même calibre.
On pourrait aussi invoquer la « coquille ». On pourrait…

 
 

EB  (juin  2006)

(c) Copyright 2006 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Patrick Raynal - Le débarcadère des anges
 
 




































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Enfanticides
 

Léo Lamarche
Illustrations: Myriam Chauvy

l'embarcadère éditions - 2005
 
 

Ce mince recueil a l’enfant pour sujet. Les 6 nouvelles de Léo Lamarche mettent toutes l’enfance bouleversée et meurtrie au cœur de leurs récits sombres.
L’isolement, les mauvais traitements, la peur, quand ce n’et pas la mort, sont le journalier de ces enfants moralement abandonnés par ce monde d’adultes qu’ils ne comprennent plus. Ou alors trop bien, tout en voyant leurs vies précipitées vers un enfer qui n’épargne rien ni personne. Même pas les enfants.

Petit livre de présentation impeccable, grâce aux illustrations de Myriam Chauvy et à l’excellent travail de mise en page du collectif  de graphistes « Entrez sans frapper », Enfanticides  est vendu au profit de l’association d’aide à l’enfance : « La Voix de l’Enfant ». Alors, achetez cet objet noir et brûlant, en sachant que vous aiderez l’enfance en difficulté et que vous lirez des textes de qualité, directs et pointillistes, qui vous plongeront au cœur de ces enfances assassinées.

(
avertissement : si l’enfance est le sujet des nouvelles, il ne s’agit d’aucune façon d’un recueil destiné à la jeunesse)

Vous pouvez contacter l’éditeur pour vous procurer le recueil (12 € en France) si vous ne le trouvez pas près de chez vous :

L’embarcadère
8, rue des Bohémiens
F- 95590 Nointel

Site Web :  www.lembarcadere.net


Si vous voulez aider l’association par un autre moyen, contactez :

La Voix de l’Enfant
76, rue du Faubourg Saint Denis
75010 Paris
Tél : (+33) 01 40 22 04 22
e-mail :    info@lavoixdelenfant.org

 
 

EB  (mai 2006)

(c) Copyright 2006 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 

Léo Lamarche - Enfanticides
 
 






























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Mise à jour: 30 juin 2006

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