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Plender  

(Plender -  1971)

Ted Lewis
Rivages/Noir N°258 – Editions Payot & Rivages - 1996

(réédition de 2006)

  

Le roman Plender  a été écrit par Ted Lewis juste après le succès énorme de Le retour de Carter  popularisé par l’excellent film « Get Carter » de 1970.

Cette fois-ci Lewis s’éloigne de la pègre pour se tourner vers les individus en marge des lois, sur la frontière de l’inadmissible. C’est aussi un roman plus « intimiste » qui mêle les voix des deux personnages principaux qui interviennent à tour de rôle dans l’enchaînement du récit.
Le premier, Brian Plender, ancien souffre douleur de ses condisciples d’école occupe maintenant une fonction assez équivoque, se faisant appeler enquêteur privé mais se servant de cette facilité pour se livrer à une multitude de petits chantages grâce aux pièges qu’il tend un peu à n’importe qui ayant des appétits sexuels ne correspondant pas nécessairement au manuel de la jeune mariée. Par ailleurs, il sert d’antenne de renseignement et de pression pour une organisation qui préfère rester occulte et qui mêle argent et pouvoir, pas toujours par des procédés très recommandables. Mais là aussi, Plender espère bientôt pouvoir mordre la main qui le nourrit et mettre ses talents à profit pour se débarrasser de quelques échelons de cette organisation dont il ignore le sommet.
C’est vraiment par hasard, qu’il reconnaît Peter Knott un soir dans un bar, en galante compagnie. Le Knott de sa jeunesse qui avait pris le dessus dans la bande jeunes ados du collège, qui avait organisé son humiliation systématique, et par-dessus tout, qui lui faisait sentir la différence de classe entre lui, Plender, venant d’un milieu assez populaire, et Knott et ses amis, tous de milieu aisé. Curieux il le suivra dans la nuit, jusqu’à son studio de photographe et se rendra vite compte que Knott s’est fourré dans un imbroglio mortel qu’il semble ne pas pouvoir résoudre.
C’est alors qu’au beau milieu du drame vécu par Knott qu’il refait surface, délibérément et lourdement. Son instinct lui soufflant qu’il pourra en tirer quelque chose. En aidant Knott pour le pire… Et, a en juger par ses activités pas très légales d’enquêteur, il est doué.
Mais comme s’en rendra vite compte Plender, Knott, devenu photographe commercial, semble être assagi, s’étant rangé par alliance auprès d’un milieu encore plus prospère, celui de la famille de sa femme. Bien à l’abri des besoins matériels. Reste pourtant sa libido complexe qui le pousse à rechercher les femmes très jeunes, penchant le fourrant dans des pétrins dont il a toujours difficile de se sortir. Comme  le dernier que Plender a arrangé à l’insu de Knott. Pour alimenter la vengeance de Plender qui s’insinuera de plus en plus dans la vie de son ex-condisciple d’école, dans celle de sa famille, dans son plus noir cauchemar.
Habitué à vivre de phantasmes dans sa vie sexuelle, d’affabuler pour sauver les apparences vis à vis de sa femme,  Knott ne sait plus stopper son imagination qu’il ne semble pas mieux maîtriser que la réalité qu’il vit. Le prix qu’il paye c’est l’angoisse taraudante, l’excès d’alcool, l’incohérence. Le destin qu’il entrevoit ne peut être que tragique. Sous le regard froid et calculateur de Plender, son ami autoproclamé.

 Suspense à base de psychologie, Plender  nous fait suivre l’évolution des deux personnages dans une suite de courts chapitres écrits au présent, alternant les péripéties et les réflexions des deux protagonistes racontées à la première personne pour chacun d’eux.
Comme souvent chez Lewis, une partie du monde dans lequel évoluent ici ses personnages appartient à l’interlope et au déviant. Mais l’essence du récit réside dans l’angoisse croissante de Knott, alimentée par son imagination, sa faiblesse de caractère et les agissements de Plender. Les mailles du récit à deux voix se resserrent lentement tout au long de la narration pour arriver à une conclusion rapide, violente, ironique et  noire qui ferme le roman.

Lewis arrive à maintenir l’intérêt du lecteur tout au long du parcours de ses personnages, dans un style soigné aux dialogues qui portent avec justesse. Sans empathie réelle pour aucun d’eux, Lewis nous fait souvent penser dans « Plende »r à un rapport d’entomologiste qui a assisté à un combat de doryphores. C’est aussi probablement dû à l’effet résultant de la distanciation de ces personnages en regard de leur propre vie.
On soulignera la traduction assez soignée qui adapte intelligemmant le texte de Lewis et qui réussit à nous transmettre les qualités de ce romancier. 

EB

 

Un nouveau film tiré de « Plender » : Le Serpent

Le roman vient de donner lieu à une adaptation cinématographique qui sortira en salle (en France) en
janvier 2007 :   « Le Serpent ».

Vous trouverez des renseignements détaillés sur ce film dans les pages Web qui lui sont consacrées par la production,  à :  

http://www.leserpent-lefilm.com/

 Un concours lancé à l'occasion de la sortie du film vous permettra de gagner le roman de Ted Lewis, des entrées pour le film en salles... et une console de jeu hyper-moderne. 

Tous renseignements  pour ce concours 
sur le site du film

EB (décembre 2006)

(c) Copyright 2006 E.Borgers



 
 
 
 
 
 
 
 

Ted Lewis - Plender
 
 













































Listes livres
 
 
 

 


 
 
 
 


Chaos de famille  

 

Franz Bartelt
Série Noire - Gallimard - 2006

 
 

On connaît la prédilection de Franz Bartelt  pour le théâtre et la marionnette, ainsi que pour  un certain humour noir qui se cache souvent derrière une apparente dérision.
Aussi pour les réactions des « petites gens » engoncées dans leurs vies étriquées mais qui se fabriquent des ego plus grands que ceux de premiers ministres bien fournis… Pour
leurs univers rances qui n’ont pour limites que celles de leur imagination.
On retrouve tout cela dans Chaos de famille  mais, cette fois, le tout baigné d’un humour noir de jais qui est le ciment de tout ce petit monde décrit par Bartelt et qui est régi par ses propres règles, sa propre mécanique.
Les  axiomes étant donnés, Bartelt laisse son petit monde déjanté se développer gentiment dans le stupre, le meurtre et la folie. Mais, me direz-vous, ce que vous nous en dites ressemble tout à fait à notre univers commun, connu depuis que l’homme est sur terre ! Détrompez-vous, il n’y décrit qu’un segment de cette humanité dont nous nous targuons : les affreux, sales et méchants. Tout à la fois. Totalement barjos, qui plus est. Et, en bon mathématicien pataphysicien, il ne peut que créer son univers à quatre dimensions qu’il laisse évoluer dans les champs de la folie douce, de la dépression et de la famille suicidaire. Un corps parfait d’éléments équivoques bipolarisés. Ne peuvent s’y trouver que ceux qui y appartiennent. Ils y sont univoques de partout !

Car c’est bien de ça dont il s’agit : Plonque est marié à Camina et est privé de relations sexuelles depuis 12 ans par une épouse frigide, autoritaire et plus que légèrement sadique. Tapis dans l’ombre, la personnalité de Plonque s’est intériorisée et s’est réfugiée dans son sens de l’observation. Observer, il aime bien observer. Comme mater La Moule, vague voisine, vague amie de sa femme, qui lorsqu’elle passe à la maison est le centre de son intérêt de voyeur. Centre d’intérêt de sa luxure réprimée. Pourtant elle est rien moche La Moule, grasse, à la tronche évasive, sa jeunesse loin derrière elle. Mais Plonque la devine chaude, sensuelle et offerte.
Il faut bien dire que Plonque n’est lui-même que quelques quintaux de viande tremblante, aimant la bière et quelques alcools choisis en fonction de leur haut degré, égaré par les magazines de charme, prêt à presque tout pour baiser. Disons : à tout. Même affronter cette épouse qui le repousse à tout bout de champs. Faut dire qu’elle-même est repoussante.
Sans parler de sa famille, tous des déprimés, des survivants du psychotrope, des jaquettés chimiques de longue date. Et pourtant Plonque résiste. Lui, il n’et pas barjot, non faut pas confondre avec sa belle-famille. Il est simplement devenu obsédé sexuel ayant décidé de passer à l’action. Tout est dans la nuance. Surtout que les suicidaires familiaux vont passer à l’acte, en masse. Ce ne sera donc pas de trop que d’obtenir l’aide du croque-mort. Cet employé local des pompes funèbres qui ne rêve que d’attouchements sexuels buccaux prodigués par des femmes aux grosses lèvres. La pompe d’amour…
Comment tout cela finira-t-il ?  Surtout que Plonque est finalement atteint de paralysie flasque, « paralysé du corps et muet de la bouche », ce qui sert bien ses plans. Et lui permet de mieux connaître le docteur Maboul qui n’ampute pas que les amygdales. Mais est-ce que cela lui permettra finalement de baiser ? Suspense.
En attendant, la mortalité galopante galopera ferme dans ce petit monde made by Bartelt.

Servi par le style soigné de l’auteur, manieur de mots, montreur de phrases, cette farce noire et déjantée se lit avec un certain plaisir. Pour ajouter à la confusion créée par les personnages, si les pensées et descriptions de  Plonque, qui nous expose le récit, sont souvent faites avec ses propres expresssions correspondant à sa condition intellectuelle, on est frappé de retrouver aussi des mots assez choisis dans certaine des phrases, mots ou tournures qui ne devraient pas faire partie de sa couche sociale dont la seule « ouverture » culturelle est l’écran de la télé du salon. Mais ce déséquilibre linguistique participe pleinement à la création de cet espace narratif qui vient d’ailleurs, alimenté par des personnages allumés aux agissements imprévus et incontournables, nimbé d’érotisme obscène et d’instincts primaux. La mare aux barjots du  Chaos de famille .
Peut-être pas pour tous les goûts comme disent nos amis anglo-saxons, mais pour ceux qui savent apprécier un humour d’un noir surréaliste, les mécaniques jusqu ‘au-boutistes et l’horreur implacable. Ainsi que la mathématique pataphysique…

 

Note à l’intention des suiveurs de la Série Noire

Nous savons que c’est Marcel Duhamel, fondateur de la Série, qui décida d’y injecter des romans assez inclassables, ne participant pas directement à la ligne éditoriale qu’il essayait de suivre, le hard-boiled et le noir policier en tête. Bien lui en pris, car nombre de ces atypiques sont des publications cultes, et souvent très noires, de la Série.
 Duhamel les appelait : les « moutons blancs » par contraste avec l’habituel. Ici, avec « Chaos de famille » de Franz Bartelt, on y est en plein. Je dirais même plus : l’est tondu le mouton. L’est d’un blanc dont rêvent les Omoistes.

 
EB  (décembre 2006)
 

(c) Copyright 2006 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Franz Bartelt  -  Chaos de famille
 
 



































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Vendetta en Vendée  

Jacques Syreigeol
SN 2220 - Gallimard - 1990
 
 

Revisite de ce premier roman d’un auteur français dont on ne peut que déplorer la disparition inopinée en 1992. Ce premier volume du triptyque laissé par Syreigeol nous frappe d’entrée par sa justesse d’écriture et son économie de moyens au service d’une puissance d’évocation rarement rencontrée dans le polar français. D’alors et de maintenant.

Marc Martin vit sa vie de bouseux vendéen, seul animateur de sa ferme perdue dans les Marais Breton, aux côtés d’une femme qu’il indiffère, de trois filles peu présentes et d’un beau-fils absent, fruit des amours de sa femme avant qu’il ne la connaisse.
Criblé de dettes, aux revenus modestes,  Marc persiste dans cette vie qu’il ne peut imaginer autrement. La ferme et le marais sont toute sa vie, sa respiration, son souffle, comme un deuxième corps qu’il habite. Jusqu’au jour où une jeune fille prise en stop un soir de canicule lui renversera les sens et se jettera littéralement à son cou. Pour le pire.
Accusé de viol par la donzelle et sa famille, Marc va se retrouver en prison, sans trop bien savoir pourquoi. Durant cette détention préventive, ces nombreux mois  perdus, sa femme et sa belle-famille en profitent pour le dépouiller. La ferme périclite, la famille s’éloigne … Il sait que sa vie sombre mais Marc ne peut que penser au Marais. La justice, la prison ne le touchent pas. Il se retrouve contemplateur figé, tout se déroulant indépendamment de lui. Ses pensées ne dérivant que sur sa Vendée, avec de temps en temps une ouverture vers cette Marie à qui il doit pourtant de se retrouver en tôle. Seul, au milieu de ses compagnons de cellule.
Dans la deuxième partie du roman, on assistera à une vengeance froide et improvisée de Marc Martin, fermier sans terres qui a pu cependant revenir au pays. Mais partout dans le récit que nous fait Marc, flottent les senteurs du marais, les impressions de la terre gorgée d’eau, les racines d’un homme qui ne peut exister que dans son Marais natal. Obstinément, avec cette dignité naturelle qui sera le moteur de son destin et qui le mènera aux confins les plus noirs de celui-ci, droit dans une tragédie de fait divers. Inéluctablement.

 
Devant la simplicité efficiente du récit et sa focale entièrement centrée sur le personnage de Marc Martin, on ne peut qu’évoquer un certain naturalisme présent dans tout le roman allié à une description de comportement tout à fait contemporaine. Mais ce ne serait pas faire justice à Jacques Syreigeol, dont le style d’écriture et la justesse des dialogues font de  Vendetta en Vendée  un roman noir de première valeur, un captivant roman de la solitude, un roman brillant du reflet qui n’appartient qu’aux vrais auteurs.

Recommandé !

EB  (décembre 2006)

(c) Copyright 2006 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Jacques Syreigeol  -  Vendetta en Vendée
 
 
































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Mise à jour: 26 décembre 2006
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