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Envoyez la fracture !   

Romain Slocombe
Suite Noire n°13 – Editions La Branche – 2007

    

La référence à la Série Noire se fait pour ce roman de Slocombe par un à-peu-près évoquant un  titre pas vraiment très connu de la mythique série duhamelienne : Envoyez la soudure .
Dans ce très court roman de la Suite Noire, on sent que l’auteur s’est bien amusé en baladant le lecteur dans les méandres truandesques des marchands d’art, à propos d’un tabouret, mobilier d’aéroport africain au design dû à un grand créateur moderne des années 60. C’est que ce tabouret, possession d’Ambroise Fridelance, obscur et effacé illustrateur de couvertures de romans de littérature populaire, vaut bonbon… Mais notre Ambroise n’est pas vraiment paré pour se frotter à ses faux amis et vrais vendeurs/voleurs d’art. Soumis par une femme handicapée qui le culpabilise, timide et exploité par un éditeur aux dents longues, il va se laisser berner vite fait, lui qui est fait de candeur, d’innocence et de réserve. Et on assistera à une vengeance feutrée, horrible et destructrice, comme seuls les timides savent appliquer. Mais, est-ce la bonne explication pour tout ce qui arrive de gore aux petits malins qui se délectaient de la facilité avec laquelle ils avaient entubé le pauvre Ambroise…

 Lecture agréable, mêlant humour discret et un brin de fantastique, pour déboucher sur un récit qui doit tout à l’humour noir. Bref roman très bien construit, avec ce qu’il faut de mystère et d’ironie, une farce grinçante qu’on savoure. De quoi passer un bon moment… 
Mais est-ce un passe-temps innocent ?
   

EB (mars 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers



 
 







 
 
 
 

Romain Slocombe - Envoyez la fracture !
 
 



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Raclée de Verts
   
 

Caryl Féry
Suite Noire n°14 – Editions La Branche - 2007 

 
 

Michel Guichard vit à Saint Etienne en compagnie de son vieux chien Janvion. Il est un supporter absolu des Verts. Mais il y a un hic à cette situation somme toute banale : Michel ne peut s’empêcher de rechercher les « caisses noires » de dames sans défense. Ah oui, j’oubliais : il est violent, bordure méchant. Il tue aussi. Mais est-ce que la vie n’est pas un grand stade où seule la destinée des Verts importe et où il faut tout faire pour arrêter ces assoiffés de victoires faciles que sont les équipes adverses ?
Le tueur lancé dans ses meurtres à répétition oeuvrera jusqu’au bout,  malgré la malédiction, elle aussi à répétition, qui semble le marquer après chaque méfait. Vivement les vestiaires…
Mais ce n’est pas si simple, et Michel sent que la pente infernale le mène au cauchemar absolu. Son cauchemar, son inferno. Carte rouge !

 Long monologue du personnage principal dont le cerveau assez primaire ne peut se référer qu’à des détails footballistiques qui ponctuent tout le récit. Grinçant, macabre et assez noir, ce conte à rebours de Caryl Férey réussit pleinement à nous mener d’un récit parodique à un récit d’horreur totale, sans avoir l’air d’y toucher, en noircissant de plus en plus le monde vécu par son personnage central et en diabolisant ses exploits malfaisants.

On est pris par le récit assez imagé et tout à fait décalé par rapport à la réalité que nous fait Michel, le supporter des Verts. Encore plus par l’accumulation de courts épisodes devenant de plus en plus gore, limite trash, en un mot : horribles !
Pour amateurs d’humour noir et d’écritures ramassées.
Footballeurs, supporters et autres obsédés du ballon rond : s’abstenir.

 


EB  (mars 2007)  
(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 

 
 

Caryl Férey - Raclée de Verts
 
 












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Le martyre des Magdalènes    

(The Magdalen Martyrs - 2003)

Ken Bruen
Série Noire - Gallimard - 2006

 

Troisième volume de la série  Jack Taylor, ce roman met en scène pour sa trame principale des faits qui sont liés à un scandale social bien réel, dont toute l’ampleur n’a  été connue que très récemment. Dans l’Irlande arriérée et bigote des années 50 et 60, l’Eglise catholique avait encore toute la main sur le contrôle « moral » de la population locale. Au point que les jeunes filles-mères étaient condamnées et envoyées en maison de redressement, dans un couvent contrôlé par des sœurs pas si bonnes que cela. Un vrai bagne, déglinguant les âmes et les corps. Il semble invraisemblable qu’il ait fallu attendre la fin des années 90 pour faire toute la lumière et recueillir les témoignages des victimes, mais la peur face à l’emprise du clergé sur la vie politique et morale de cette nation avait fermé bien des bouches, le lavage de cerveau qu’elles avaient subies en vue de les culpabiliser et de les broyer durant leur captivité étant le premier rempart qui permit au scandale de rester occulte.
Il existe par ailleurs un excellent documentaire de la TV irlandaise qui, récemment, a recueilli les témoignages croisés de certaines victimes, devenues adultes et souvent incapables de vivre une vie familiale normale. Sans parler de leur vie sexuelle détruite. Ou des suicides. Poignant.
Un témoignage du calvaire de celles qu’on surnomait les « Magdalènes », les Marie-Madeleine, par analogie avec la pécheresse emblématique du Nouveu Testament.

Si Jack Taylor apprend certains détails sordides de la vie des pensionnaires de l’établissement à la sinistre réputation, c’est en recherchant la trace de Rita Monroe, femme qui aurait aidé la mère d’un truand local lors de son passage dans ce pénitencier, à Galway.  Redevable de certains services, il se voit obligé de continuer ses recherches pour le truand vieillissant adepte des méthodes musclées et qui distribue la mort comme d’autres des réprimandes…
S’il accepte facilement la situation, c’est par prudence, aidé en cela par le fait que pour la première fois depuis longtemps, il y a plusieurs semaines qu’il est sobre. Plus de cocaïne non plus. Il a même arrêté la cigarette.
En parallèle, un jeune yuppie, produit de cette Irlande new-look qui se prostitue au capitalisme le plus fondamental, lui demande d’enquêter sur sa belle-mère qu’il soupçonne  d’être la meurtrière de son père dont le décès est pourtant classé comme mort naturelle. Comme le père était fortuné, le fils craint que sa belle-mère n’ait agit que pour s’approprier les biens de la famille. C’est assez bien payé, et même s’il n’encaisse pas vraiment l’arrogance de ce nouveau client, il acceptera ; il faut dire que ses premiers contacts avec la veuve sont positifs pour Jack : une libido débordante, proche de la nymphomanie, l’attrait de l’alcool ou de produits chimiques plus puissants ne faisant que renforcer l’intérêt du détective occasionnel, ancien flic défroqué de la garda irlandaise, pour la belle Kirsten.
Et au long de ses deux enquêtes qui se chevauchent, le parcours de Jack va se détériorer. Le suicide d’un ex-collègue n’est pas étranger à la nouvelle dégringolade de Jack Taylor, ça et sa nature profonde d’alcoolique. La chute sera d’autant plus dure qu’il renoue aussi avec les médicaments bien connus des « speedés ».  
Ce qu’il découvrira à propos des Magdalènes et de Rita Monroe ne pourront qu’accélérer la déchéance…

Si on est toujours ici captivé par les réels talents de conteur de Ken Bruen, si on est pris par les atmosphères qu’il construit avec peu de moyens mais avec une redoutable efficacité, si les personnages secondaires sont toujours aussi saisissants de vérité, on ne peut s’empêcher d’éprouver un sentiment de bâclé, une fois le roman fini. Et pourtant, on ne peut qu’être pris par le récit des avatars de Jack Taylor, personnage complexe, parfois ambigu, et l’écriture de Ken Bruen est travaillée, ses constructions plutôt élaborées.
Je crois que dans  Le martyre des Magdalènes  on se rend compte en finale que l’intrigue principale n’est pas exploitée complètement, que les intrigues secondaires sont beaucoup plus fortes. Tout en étant un bon roman, dans lequel Jack Taylor colporte son habituelle noirceur et son mal de vivre, ce troisième volet n’atteint pas la réussite ni l’intensité du premier volume de la série Delirium Tremens  (voir analyse dans nos pages).
Peut-être sommes-nous trop exigeants, peut-être sommes nous trop pris par ce sentiment qui nous pousse à attendre de l’auteur des romans toujours mieux réussis. Trop sensibles à son réel talent qu’il semble parfois brider.

A souligner : 
les notes explicatives du traducteur (Pierre Bondil) sur les spécificités irlandaises, présentes tout au long des pages sont les bienvenues; une vraie aide pour ceux qui ne connaissent pas en détail la Verte Irlande 

 

EB  (mars 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Ken Bruen - Le martyre des Magdalènes
 
 
































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Mise à jour: 30  novembre 2007
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