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La théorie des cordes   

(Zigzag - 2006 - Espagne)

José Carlos Somoza
Actes Sud - 2007
 

 Elisa Robledo, très jolie jeune femme  professeur de physique théorique dans une université de Madrid, est prise d’une crise d’angoisse qui semble incontrôlable. Armée d’un couteau, paniquée, elle se rendra chez un confère et ami de longue date, Victor Lopera. Nous sommes en 2015, une nuit de mars.
Comme si elle devait se décharge d’un terrible secret, elle racontera à Victor, le début d’une histoire qu’elle a vécu en 2005 et qui selon elle a bouleversé sa vie à jamais. Pour le pire.
De même que la vie de certains de ses scientifiques, participant tous avec elle à un projet confidentiel dirigé par le professeur Blanes.
C’est  son admiration pour Blanes, ce spécialiste et innovateur dans la théorie complexe des cordes, ainsi que son désir de faire partie de son équipe qui furent à l’origine de tout ce qui suivra. En 2005, élève surdouée, au sortir de ses études en physique moderne, elle est invitée à participer à une épreuve de sélection rassemblant les meilleurs élèves en physique, récemment diplômés, épreuve qui déterminera qui d’entre eux sera incorporé à l’équipe de Blanes pour son projet de pointe. Son principal rival, est le jeune Ric Valente, physicien d’exception, sûr de lui, cynique et arriviste.
C’est sur une île dans l’océan Indien, en 2005, que se dérouleront les expériences de Blanes. Les scientifiques de diverses disciplines rassemblés sont conviés au captage d’images du passé lointain pour les commenter et les analyser. Les premières expériences de Blanes, grâce à ses théories du temps qui découlerait de la forme des cordes, ces supports d’énergie qui seraient la base de tout l’univers, les éléments primaux constituant tout : des particules à la gravitation universelle, furent des expériences prometteuses laissant comme preuve un cliché du passé rapproché.
Peu après les premiers essais de captage d’images du passé lointain, des événements horribles vont se dérouler en cascade : disparition, meurtres et cadavres déshumanisés.
C’est  alors que tous les membres de l’équipe présent ressentiront ce qui avait été plus ou moins prévu, l’Impact, un effet secondaire lié aux clichés recueillis et qui affecte directement le psychisme des individus. Peut-être aussi générateur de panique psychologique et de visions.
Sans vraiment savoir ce qui s’est exactement passé sur cette île en 2005, Elisa avouera à Victor qu’elle subi encore et toujours ces crises de terreur indicibles qui la projettent dans l’horreur pure et apparemment elle n’est pas la seule. Plus angoissant encore : une composante d’hallucination à forte connotation sexuelle accompagne souvent ces crises, et c’est sans doute la partie la plus difficile à exprimer de ce qu’Elisa vit depuis dix ans.
Elle a besoin dans l’immédiat de l’aide de Victor pour échapper à ce qu’elle identifie comme un isolement forcé mis au point par les commanditaires du projet Blanes, empêchant aux survivants de communiquer entre eux, commanditaires dont elle trouve de plus en plus de traces dans sa vie personnelle car elle se sent observée, espionnée en permanence.
Paranoïa ? Fantasmes ? Elisa est pourtant persuadée qu’elle pourra mettre fin à son calvaire si elle peut recomposer ce qui s’est passé dans l’île, il y a dix ans.

 Vu la vocation du récit de Somoza, je ne peux révéler quoi que ce soit de plus,  ni même évoquer les données de la dernière partie de ce roman bâti en thriller de grande dimension.
Il est certain que l’auteur se sert de SF « légère » pour la base de son intrigue, tout en y ajoutant une pointe de fantastique, et une bonne dose d’horreur qui se veut quasi-gothique.
Avec une composante psychologique qui devrait participer à l’angoisse et augmenter l’horreur de l’ensemble.
Si le roman peut intéresser les amateurs de thrillers sensés faire peur, et reste une lecture assez facile malgré certaines découpes temporelles parfois inutiles, il laissera sans doute le lecteur plus exigeant sur sa faim. Voire dans le dépit.
Pour les premiers,  La théorie des cordes  reste une bonne lecture de divertissement, avec cependant une fin ouverte qui pourrait les déconcerter.
De manière plus générale, la longueur du pavé (500 pages) me semble tout à fait injustifiée et donne lieu à des redites et à un effet de dispersion mal venu pour maintenir une ambiance équivoque et une certaine angoisse, buts principaux du roman.
Une coloration noire pointe ici et là, essentiellement due à la composante gothique et le pessimisme des personnages, personnages qui rarement prennent vraiment corps, ne suscitant ni empathie ni antipathie… On reste un peu en surface, spectateur rarement concerné. Et le style d’écriture adopté reste purement descriptif la plupart du temps, ne participant pas à la création d’une vraie ambiance. La traduction française, molle et souvent vague, ne faisant qu’accentuer la lézarde. Enfin, on regrettera que l’auteur n’ait pas examiné de plus près ce qui se fit en SF de qualité pour l’imagination, et en fantastique pour l’ambiance et l’horreur, voire l’écriture : cela lui aurait fait comprendre tout ce qu’on peut tirer de bonnes idées.
Comme Somoza a souvent déclaré qu’il ne faisait pas de littérature de genre « refusant les étiquettes », à la fois pose et inexactitude,  on serait tenté de dire que son roman n’est tout simplement pas à la hauteur de ses ambitions.
Nous sommes les premiers à le regretter.

Et les cordes ?
Revenant à la théorie des cordes, une théorie de la physique de pointe bien réelle, on peut conseiller la lecture de L’univers élégant  de Brian Greene  qui résume très bien l’état actuel de cette théorie et son potentiel incroyable si on parvient à en trouver une trace matérielle (les superaccélérateurs de particules en construction seraient les outils nécessaires pour en trouver dans le monde physique). Sur les traces des supercordes, un univers à 11 dimensions ne peut que faire rêver…
Si vous hésitez car vos connaissance en physique sont fort limitées, recherchez le formidable documentaire de vulgarisation de la BBC, sous la supervision de Brian Greene :
 Ce qu'Einstein ne savait pas encore (2004-trois films de 45 min. chacun). 

Les traducteurs nous surprendront encore longtemps
Page 175 on a droit à des « verres en carton » ( ?), qui deviendront un peu plus loin des « bols ». Détail ? Peut-être, mais qui laisse augurer pour le vocabulaire. A ma connaissance « gobelet en carton » fait partie du langage courant

EB (avril 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers



 
 
 






 
 
 
 
 

José Carlos Somoza - La théorie des cordes
 
 





































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Laura de Rimini  

 (Laura di Rimini - 2001 )
 

Carlo Lucarelli
SN 2682 -  Gallimard - 2003

   
Laura n’aime pas les polars. Laura est une jeune fille sage qui vient de passer son examen de deuxième année de Littérature italienne à l’Université de Bologne. Avec mention.
Pressée d’aller rejoindre sa famille à Rimini pour les vacances d’été, elle n’a pas le temps de se rendre compte que son petit sac à dos qui l’accompagne partout n’est pas les sien. Similaire, oui. Mais pas le sien. Pourtant un tas de gus le savent très bien que ce sac c’est pas le sien. Des obstinés. Des malfaisants. Qui tous la pistent.
Elle va assez vite se rendre compte qu’on essaie de la coincer, Laura, et ça va même commencer à flinguer à tout va autour d’elle. Grâce à sa présence d’esprit, elle en sort indemne et parvient même à rejoindre l’auberge familiale. Présence d’esprit ? Vu les saccages qui s’accumulent sur son parcours, une équipe d’anges gardiens doit s’occuper de Laura à temps plein et en trois pauses ! Surtout que ça reprend de plus belle depuis qu’elle est à Rimini. Tueurs, flics pas clairs, Russes… trop de monde aux basques de la jeune Laura. L’été est chaud. Trop chaud pour notre jolie étudiante.

Petit roman nerveux, très bien construit, qui soutient l’intérêt du lecteur. Un suspense galopant sous le soleil de l’été italien, d' une écriture parfaitement adaptée mêlant une ironie certaine à une intrigue assez sanglante vécue par un Candide féminin au QI de compétition.
Laura de Rimini, une petite réussite. Un plaisir de lecture.

 
EB  (avril 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 

Carlo Lucarelli - Laura de Rimini
 
 
















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Les derniers jours d'Il Duce   

(The last Days of Il Duce - 1998)

Domenic Stansberry
SN 2647 - Gallimard - 2002

  

“Je m’appelle Niccoló Jones et j’écris ces lignes dans le préau du pénitencier de Coldwater. Trois personnes que je connaissais sont mortes. Deux que j’aimais, une que je détestais- même si je suis moins sûr de la différence entre ces sentiments ces derniers temps."

C’est avec ce paragraphe que s’ouvre le roman de Domenic Stansberry qui nous conte une tragédie moderne dont les protagonistes sont des déracinés, inadaptés aux changements qui les entourent, leurs vraies racines dans un passé qui n’existe plus, perdus dans ce monde où ils ne peuvent que compter sur eux-mêmes. Sur pas grand-chose.
Nick Jones, avocat miteux, vivant à la petite semaine de boulots d’huissier pour propriétaires immobiliers dans le North Beach de 1986 en mutation par l’arrivée en nombre de famille chinoises dans ce quartier populaire de San Francisco qui était traditionnellement occupé par les immigrants italiens. Bouleversé par la mort de son frère Joe, apparemment assassiné dans un deal de drogue selon la police. Nick, resté Niccoló Abruzzi, du nom de famille de sa mère italienne, pour les habitants d’origine de North Beach, va se lancer dans une recherche sur les vraies causes de la mort de son frère Joe et va ré-explorer une partie de ses souvenirs des années 50, lorsqu’il côtoyait le personnage important du quartier, l’avocat en pleine ascension Micaeli  Romano, ami proche de sa mère, lorsque- plus tard- lui et son frère rêvaient de la jolie Marie qu’il n’avait pas su retenir: elle avait fini par épouser son frère dont elle avait finalement divorcé. Cette période "italienne" de sa vie où dans le quartier se racontait encore l’histoire des derniers jours d’Il Duce. Nick, avec le recul, se rendra compte d’ailleurs que beaucoup de traces du fascisme italien subsistent dans la communauté italienne de North Beach : les admirateurs d’Il Duce, les réfugiés ex-fascistes, certaines manières de raconter les dernières heures du dictateur. C’est dans cet écheveau de relations communautaires et dans l’exploration du passé de son frère que surgiront certains liens. Mais à l’enterrement de Joe, Marie réapparaît, toujours belle, tache d’ombre sur son âme; il ne peut plus cacher qu’il l’aime encore. C’est alors que surgitra la surprise pour Nick : l’avocat Romano lui propose un partenariat pour un développement d’affaire immobilière. Un autre monde, un monde étranger.
Ne voulant pas renoncer, toujours à l’affut d’indices et de pistes qui devraient le mener à l’explication de la mort de son frère, Nick s’enfoncera dans un itinéraire infernal qui le mènera à la conclusion finale, plus désespérée que ce qu’il avait pu vivre jusqu’alors. Et qui n’épargnera personne.

Excellent roman dont l’écriture soignée et l’ambiance prenante construite par Domenic Stansberry ne peuvent que captiver. Elles soutiennent parfaitement cette plongée dans le passé faite de mélancolie amère, de destins ratés et de rage contenue. Les pulsions amoureuses sous-jacentes, mais toutes aussi importantes pour le déroulement de l’intrigue, sont l’autre composante importante de ce roman, qui alliée au sentiment de vengeance ambigu de Nick, personnage central, forment le moteur d’un récit sombre qui débouche sur le meurtre et l’autodestruction de ce personnage. Sur fond d’Italie émigrée, d’Amérique violente, d’enfance perdue, de relents du fascisme d’Il Duce et de ses suiveurs. L’échec du rêve américain vécu par les enfants de ceux pour qui il était leur dernière chance.
Dans Les derniers jours d’Il Duce , Domenic Stansberry renoue avec les grands classiques du roman noir américain. Avec talent. Avec style.


 

EB  (mars 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Domenic Stansberry - Les derniers jours d'Il Duce
 
 



































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Mise à jour: 19 avril 2007
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