livres
 
 

Le Fleuve Caché   

(Hidden River - 2005)

Adrian McKinty
Série Noire - Gallimard - 2007
 

Alexandre Lawson, ancien inspecteur des forces de police de l’Ulster, à Belfast, vit une vie insignifiante, entouré de quelques potes encore flics. Chômeur, sans intérêt bien défini, Alex se trimballe dans sa propre vie actuelle comme un badaud, simplement content de survivre. Se répétant qu’il est sauvé, à l’abri. Que la came l’a sauvée. Car Alex se drogue régulièrement, sans excès. Toujours à l’héroïne.
Dans le récit que nous fait Alex, se mêlent de bribes de passé, lui qui à 25 ans était promu parmi les officiers, destiné à une carrière brillante au sein de la police. Un surdoué, qui avait déjà traversé ses études avec des résultats assez exceptionnels. Jusqu’à la mort de sa mère.
Evénement majeur qui le décida à lâcher ses études et à rejoindre les forces de polices.
Un camouflet pour le père, un intellectuel qui, avec sa femme, a vécu selon les préceptes découlant des mouvements hippies et de la politique pacifiste.
Alex, un athée juif, dans ce Belfast des années 1980/90 toujours en proie aux luttes politiques meurtrières alimentées par le fanatisme, l’ignorance et l’opposition religieuse savamment entretenue par les services officiels, jusque dans la police. Et sous prétexte de lutte contre la vente de drogue en Ulster , Alexandre va se trouver imbriqué dans des combines à fort relents de corruptions et de manœuvres politiques. Il quittera la police, après 6 années de service,  et entrera en héroïne. Une drogue qui lui sauver la vie comme il le répète à ses amis.
Lorsqu’il apprend la mort de Victoria, une ancienne amie d’origine indienne qui travaille aux USA, il refusera d’abord d’aller, à la demande du père de la victime, vérifier sur place les étranges conditions de son assassinat car la police locale se contente d’un suspect facile, émigré Mexicain qui nie mais qui sera désigné comme coupable.
C’est sous la pression d’une enquête anti-corruption au sein de la police de Belfast qu’Alex se retrouve à nouveau pris dans l’étau des suspicions à son égard, et il comprend que quelque soit son attitude c’est la mort qui l’attend au bout du compte. Il décide d’aller aux USA, à Boulder, pour enquêter sur la mort de Victoria. Son refuge.
Accompagné par John, un ami policier en uniforme à part-temps en Ulster, il finira par pouvoir approcher les frères Mulholland, fils de milliardaire, qui dirigent une ONG de « protection de la nature » où avait été engagée Victoria ; une organisation  un peu particulière : elle prêche les restrictions raisonnées, l’écologie responsable… Pas étonnant vu ses attaches républicaines et son soutien du milieu des affaires. Si peu à peu Alex découvre des indices sur les agissements de Victoria, il se rend compte très vite que le Mexicain n’est pas coupable et que c’est du côté des frères et de l’ONG qu’il doit chercher une explication au meurtre.
Se droguant, balloté par les circonstances et ses imprudences, Alex devra rapidement passer à la clandestinité dans ce pays qui n’est pas le sien, sachant que le ou les meurtriers de Victoria ne le laisseront jamais en vie s’ils l’identifient. Avec l’aide d’un homme encore jeune qui se meurt du Sida, de John qui semble plus occupé à sa passion pour une jeune fille qu’à une enquête structurée, Alex avancera à tâtons dans une histoire de corruption ordinaire et d’ambitions dévorantes qui dégénéra pour semer mort et ravages.

Mélange de suspense, d’enquête et de réflexion sur la vie ordinaire et la mort,  Le Fleuve Caché  peut surprendre par son nombre assez grand d’histoires qui se télescopent et se fondent dans le récit fait par Alex, cet homme intelligent et doué dont on devine la peur devant des faits qu’il ne peut contrôler et qui risquent de le précipiter vers la mort.
Si l’intrigue qui se déroule aux USA est de facture plus conventionnelle, on peut cependant  dire que Adrian McKinty s’est évertué à rendre impossible la survie de son héros aux USA, multipliant les péripéties et avatars. Dans cette accumulation se dégage des accents de vérité qui tous viennent de peintures de milieux sociaux différents très bien cernés, avec un quart-monde made in USA plus vrai que nature, dont le personnage de Pat, sidaïque pathétique et digne, condamné deux fois : par la maladie et par la société.
Par contre, le fonds irlandais alimenté par les problèmes religieux et politiques, décrivant par petites touches la carrière d’Alex au sein de la police, ses heurts avec une réalité qui n’a que faire de conscience et honnêteté, aurait mérité un plus long développement. Surtout en présence d’un ton adéquat et efficace adopté pour nous exposer cette guerre que fait la corruption à la justice, par police interposée, au milieu d’une population qui souffre des stigmates de la guerre civile et de l’occupation.
Le personnage d’Alex, d'autre part, restera ambigu tout au long du roman : incapable de s’adapter au monde qui l’entoure, ne s’attachant à rien ni personne. Surtout personne.
Un parcours dont seule la nostalgie du passé semble insuffler à ce personnage fortement existentiel un peu de chaleur humaine, seul sur ce chemin qu’il suit à grand peine et qui ne peut que le mener à l’indifférence. Et au sentiment d’inutilité universelle.

Roman noir intéressant et ambitieux.

 

EB (juillet 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers



 
 
 
 
 
 
 
 

Adrian McKinty - Le fleuve Caché
 
 











































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La reine des connes
   
 

Laurent Martin 
Suite Noire n°15 - Editions de la Branche - 2007

 
 

Annabelle vivote et n’a qu’une idée en tête : se faire terminer le portrait en Thaïlande. Enfin le portrait et tout le reste, pour pouvoir enfin dire adieu à ses encombrants attributs masculins.
Dans l’état actuel des choses, elle n’est déjà pas mal roulée et on la traite facilement de jolie fille. D’ailleurs les michetons s’y trompent souvent, et en redemandent…
Ce qui lui manque à Annabelle, c’est suffisamment d’argent que pour paye le voyage et l’opération. Elle n est loin, doit de l’argent à plusieurs, n’ose plus vraiment taper ses parents qui ont fini par la détester et se méfier d’elle.
C’est alors que la combine rêvée lui tombe quasi du ciel : les faux billets qu’on peut racheter à vil prix. Mais il lui manque beaucoup d’euros pour la mise de fonds nécessaire. Certains de ses potes sont prêts à l’aider, de s’associer même. Du coup,la Thaïlande lui semble de plus en plus proche à Annabelle, mais notre midinette est naïve et les aigrefins commencent à pulluler dans ses eaux voisines. Des vicieux, plein d’imagination et de coups tordus, des qu’elle n’aurait même pas soupçonnés. Mais trop c’est trop, et Annabelle ira rechercher dans ce qui lui reste de testostérone le ressort qui lui permettrait de récupérer son bien. Enfin, presqu’à elle. De toute façon elle en a soupé, elle veut son pognon, elle veut s’envoler vers le pays des hommes libres…

Longue nouvelle écrite dans une prose imagée et efficace, trimballant sa pointe d’ironie nécessaire ; un récit fait à la première personne et qui nous mène sans problème vers sa conclusion noire et grinçante en passant par une scénette sanglante digne de Tito Topin (et ceci n’est vraiment pas un reproche).
Le lecteur ne demandera qu’à se faire balader par La reine des connes sur le long chemin qui devrait la mener en Thaïlande.


Note
Le lecteur aura vite fait le rapport avec Chester Himes, grâce au titre assez transparent.
Laurent Martin connaît ses classiques : l’Imabelle est devenue Annabelle, le pognon ici aussi part en fumée, disparaît,  mais par d’autres moyens… et vous pourrez trouver encore quelques autres indices faisant référence au roman de Himes.
Mais Annabelle est bien elle-même, créée par Martin, et catapultée dans un récit aux multiples arnaques comme chez Himes.

 

 EB  (juin  2007)   

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Laurent Martin - La reine des connes
 
 










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La musique de papa   

José-Louis Bocquet
Suite Noire n°17 - Editions de la Branche - 2007

 
Les malheurs d’argent  lui bouffent presque tout son temps au producteur K. spécialisé dans les disques de musique pour les jeunes, un des derniers indépendants de la place. Pourtant il s’en était fait des tonnes d’argent, mais à l’heure actuelle quelques productions malheureuses l’ont mises presque sur la paille. Il doit fuir les huissiers, les découverts bancaires et même ce con de Miquet, rappeur borné à qui il doit aussi du fric.
Il vit avec son fils, Jules, adolescent un peu déboussolé qui ne pense pas beaucoup au futur. Jusqu'à moment où ledit Jules se prend d’amour pour la guitare électrique et que son père, conciliant, lui offre rien moins qu’une Les Paul. Et ce sera la révélation : quelques semaines plus tard, Jules émerge avec un petit groupe de trois autres musiciens, enragés de Rock pur et dur. Un premier concert public confirme l’intérêt suscité par le groupe, au point que K. leur propose d’enregistrer leurs compositions sur CD. Une vague rentrée de droits venant du Japon devrait pouvoir dépanner le producteur. Tout semble donc aller mieux pour le couple père-fils. Mais la musique modrne adoucit-elle vraiment les mœurs ?

 Si cette novella se lit sans déplaisir, le récit plutôt convenu de  La musique de papa , au-delà de l’anecdote, ne nous touche pas vraiment. De même que l’appel fait au poids du destin et à sa soudaineté aveugle ne nous semble pas justifier une certaine complaisance présente dans tout le récit. Le personnage de K., et certains milieux qu’il côtoie, y sont cependant bien rendus, le tout menant à une fin brusque sans grande surprise.
Mais répétons-le, cela se lit facilement. Un bon compagnon ferroviaire.


EB  (juin 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

José-Louis Bocquet -  La musique de papa
 
 









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Noir roussillon   

Quinze nouvelles policières

Collectif dirigé par François Darnaudet
Les polars catalans - Ed. Mare Nostrum - 2007
 
 

Si le recueil annonce la couleur, comme souvent avec la littérature noire le côté policier peut ici être ténu, voire inattendu. Le sous-titre pourrait donc dérouter les lecteurs s’attendant à du policier traditionnel. Mais oublions les classifications et même ce dernier y trouvera des nouvelles qui le contenteront, avec la possibilité pour lui d’y découvrir aussi les portes qu’ouvrent le récit noir, les territoires inattendus qu’explore cette approche de la littérrure policière.
On ne répétera jamais assez que la nouvelle est un art en soi, exigeant et moins simple qu’il n’y paraît. Et policière ou non, cette exigence  reste d’application.

Dans  Noir Roussillon , le lien entre  les quinze nouvelles est le Roussillon évoqué directement ou indirectement dans chacune d’elle. Les auteurs par contre ne sont pas tous de la région, certains étant même du Nord.
On retrouvera avec plaisir les plumes de Serguei Dounovetz, Gil Graff, François Darnaudet, Gilbert Gallerne, et du Maître Pouy. Pour compléter la liste, les autres auteurs ayant participé au recueil sont : Guillaume Clavaud, Eric Dardill, Gildas Girodeau, Daniel Hernandez, Gérôme Leroy, Michel-Julien Naudy, Francis Pornon, Catherine Rabier, Bernard Revel, Philippe Salus.

Si tout n’est pas du même niveau de réussite, on ne peut cependant que saluer cette initiative mettant la nouvelle en vedette, genre assez délaissé en francophonie et  hantise des éditeurs bien établis. Sans parler du manque criant de supports qui permettraient d’en publier régulièrement, manque encore plus criant en ce qui concerne la nouvelle policière, tels: journaux, magazines, revues littéraires.

 

EB  (juin  2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 

Noir Roussillon - recueil de nouvelles
 
 












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Mise à jour: 18  juillet 2002
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