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La jambe gauche de Joe Strummer  

Caryl Férey
folio policier n°467 - Gallimard - 2007
 

 Mc Cash, le flic rugueux de  Plutôt crever ,  reprend du service dans ce nouveau roman de Caryl Férey. Cette fois, notre flic va démissionner pour pouvoir se consacrer tout entier à l’entreprise d’auto-démolition qu’il semble vouloir achever à son rythme. Crever en paix et sans soins : son dernier plan de carrière. Ancien de l’IRA, vivant seul une vie passablement ratée, son œil unique de borgne est menacé d’extinction par manque de précaution et infections jamais soignées de l’orbite aveugle.
Il apprend par ailleurs qu’une de ses anciennes conquêtes, compagne d’une brève période de sa vie vient de mourir en lui léguant la garde de sa fille, Alice. Leur fille.
Peu intéressé, il se rend malgré tout dans le patelin campagnard où la gamine a trouvé une famille d’accueil. Mais le destin l’attend au tournant : il repêche le corps d’une gamine de cinq ans dans la petite rivière aux eaux glaciales de cette semaine précédant Noel. Plus choqué qu’il ne veut l’admettre par ce qui semble être un meurtre, Mc Cash va vite se retrouver face à des tueurs expérimentés qui, comme par hasard, viennent de tuer quelqu’un qui aurait pu identifier la petite morte. Habitué aux combats expéditifs, Mc Cash sera le premier sur la liste des suspects dans ce patelin où tout le monde connaît tout le monde.
Mais Mc Cash veut mourir comme il l’entend, pas par les armes de truands ou de professionnels qui ne méritent que son mépris, sa hargne et sa vindicte.
Et ils vont le sentir passer… Lui aussi, qui ne subsiste qu’à coups de cachets de morphine et persuadé qu’il se doit de protéger Alice face à la bande de furieux qui semblent de plus en plus l’encercler. Ça déferle de partout, et même les bourgeois semblent s’y mettre.
Paix sur terre…

Roman rapide entièrement supporté par le personnage de Mc Cash, borgne, Irlandais de Belfast, hors-norme, glauque, morbide, s’imposant un calvaire dont lui seul semble connaître la faute à expier. D’une écriture rapide et pointue, violent et serré, ce récit laboure en profondeur dans les terres du hard-boiled à l’américaine tout en gardant un regard au noir européen.
Le titre faisant appel au nom de Joe Strummer, guitariste-chanteur  rock qui fut, entre autres, membre des Clash, il est donc normal de trouver dans ce roman des rappels de sa musique et certaines références aux textes du chanteur, contrepoint au tempo nerveux de l’écriture de Caryl Férey.
Si on est pris par le récit, l’intrigue de base ne débouche que sur une fin en suspension qui nous laisse un peu sur notre faim. On sent que le personnage de McCash pourrait être réutilisé ultérieurement et qu’une finale trop marquante pour le personnage était à écarter.
Caryl Férey, un écrivain de qualité qui s’offre un petit parcours libre avec La jambe gauche de Joe Strummer , un polar de consommation rapide mitonné par un vrai chef.

A noter que ce roman est un inédit et non une reprise, ce qui à notre avis est une bonne chose,  folio-policier  donnant ainsi une chance d’exister à des romans qui ne seraient pas adaptés aux nouveaux critères de la Série Noire actuelle. Et un lectorat plus immédiat et populaire, leur convenant mieux.


EB (octobre 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers



 



 
 

La jambe gauche de Joe Strummer - Caryl Férey
 
 




































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Mort d'une drag-queen  

 

Hervé Claude
Babel Noir n°12 - Actes Sud - 2007

 
 

Troisième roman mettant en scène Ashe, ex-enquêteur de compagnie d’assurance, un Français installé en Australie. Vivant de ses rentes, il quittera sa retraite de Perth pour aller enquêter à Sydney, et dans des coins plus obscurs de l’Australie, pour essayer de découvrir  le passé et les anciennes relations d’une drag-queen, Charlène-Chris,  assassinée sur une plage près de Perth. Comme les traces de la vie antérieure du travesti dépassent la juridiction de Perth, le commissaire Ange Cattrioni a préféré demander à Ashe, son ami  très proche, d’opérer officieusement quelques vérifications hors de son territoire, persuadé que le meurtre de la drag-queen ne va pas beaucoup agiter les polices externes dans une Australie qui a gardé pas mal d’homophobie malgré son apparent libéralisme des moeurs. De plus, Ashe, comme Cattrioni, appartient à la communauté gay, ce qui devrait faciliter ses recherches.
Tout s’emballera dans l’enquête d’Ashe lorsque quelques jours plus tard une jeune drag-queen débutante qu’il avait contactée à Sidney sera également retrouvée assassinée. Si tout dans le meurtre de Charlène pointe vers un passé impliquant rugby et période universitaire, le manque d’éléments tangibles forcera Ashe à plonger de plus en plus profondément dans les divers cercles fréquentés par des gays de tous bords. Les tous cuirs, les bikers, les masos, ceux qui fricotent avec l’illégal… Pas toujours aisé de se frotter à ces clans. On y rencontre de vrais durs, des dangereux, et pas rien que des folles de caricatures. Ashe le sait bien et c’est presque sur la pointe des pieds qu’il explorera ces sphères réservées. La jeunesse et le passé lointain de Charlène lui donnent encore plus de fil à retordre : personne ne semble prêt à vouloir détailler quoi que ce soit. De plus, que vient y faire cette vedette du rugby reconvertie dans le sport d’escalade après un coming-out  qui avait coulé sa carrière de rugbyman ? D’étape en étape, parcourant l’Australie, en passant même par la Nouvelle-Zélande, Ashe persiste, avec peu de résultats, à extraire petit à petit les détails de destins glauques qui se sont croisés au mauvais moment.
On regrettera cependant que la fermeture de l’intrigue, bien construite, se fasse par une queue de poisson mettant fin au récit.

Hervé Claude parvient à nous faire plonger dans son histoire  bien construite, répétons-le, d’enquête assez traditionnelle où passé et présent des personnages se télescopent pour produire désastres et vie gâchées. Il est certain que les décors donnés par l’Australie renforcent l’étrangeté de l’ensemble pour le lecteur francophone, de même que la plongée au cœur d’un monde gay réel et non tiré des clichés  de la méconnaissance ordinaire, comme c’est souvent le cas. Le fait qu’Hervé Claude, auteur français, vit en Australie,  appartient à la communauté qui sert d’ossature à tout son roman, sont les garants d’un certain vécu et d’un regard exercé sur ces deux univers. Par ailleurs, je me dois de souligner que Sydney est effectivement la ville gay par excellence, laissant parfois par ses débordements les autres centres favoris des homos sur la touche. La fête gay annuelle de Sidney, avec cortège et rassemblement de masse, dure de deux à trois jours, la parade étant diffusée intégralement en direct à la télé et même relayée en Nouvelle-Zélande. Le rassemblement, mêlant danse, musique …et rencontres, dure une journée et une nuit, dans une zone réservée à l’occasion et seul le bruit est le souci du voisinage…
Un deuxième monde typé  y est évoqué, celui du rugby, sorte de religion populaire australienne qui draine un argent considérable, des vedettes du sport comme seuls les anglo-saxons savent en construire. Avec toutes les dérives qui accompagnent ces univers factices et exhibitionnistes. Le rugby, symbole mythique de la virilité et du combat, reste le symbole d’une simplicité de vie que revendiquent encore nombre d’australiens.
Et dans Mort d'une drag-queen, c’est sur ces arrière-plans bien cernés que Claude fait évoluer son détective occasionnel, Ashe, qui trimballe en permanence une espèce de nonchalance et de laisser-aller, traits qui ne semblent cependant pas lui donner accès à la douceur de vivre australienne. Personnage en bout de course, sans vraies aspirations, à la recherche d’une vie qu’il ne semble pas trouver dans ce pays du  bout du monde austral. L’Australie, pour ce cinquantenaire, reste un parking agréable  d’où il peut se laisser aller à contempler le reste de son âge, encore parfois pris par son émotion, mais sans but réel. Parfois éveillé par sa sexualité, parfois pris par son désir de justice, le personnage d’Ashe dans ses recherches d’enquêteur erre d’abord à la recherche de lui-même.

EB  (octobre 2007)
 

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 
 
 
 
 
 

Mort d'une drag-queen  -  Hervé Claude
 
 







































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Pointe Rouge    

Maurice Attia
Babel Noir n°13 - Actes Sud - 2007

 
 Paco Martinez, inspecteur de police, pied noir rapatrié d’Algérie, fait équipe avec un flic local, Tigran Khoupigian, dit Khoupi, Français d’origine arménienne, dans une unité de Marseille. Fin décembre 1967, cinq ans après les événements décrits dans l’excellent Alger la Noire  (voir analyse détaillée dans Polar Noir). Paco essaye tant bien que mal de s’adapter à sa nouvelle ville, Marseille, qu’il ne connaît pas bien et dans laquelle il semble ne pas s’intégrer complètement. Heureusement son service de police est dirigé par le commissaire Morand, flic intègre et énergique, ce qui permet à Paco de se noyer dans son métier auquel il consacre la majeure partie de son temps. Ce qu’il peut en sauver est consacré quand il le peut à sa maîtresse de longue date, Irène, la modiste de Bab El-Oued, flamboyante, toujours indépendante et meurtrie par leur passé algérien. Bien que qu’encore attirée par son amant, celle-ci sent que Paco ne sacrifie rien ou très peu de son univers personnel pour entretenir leur relation, tout en voyant se poindre un amour qu’elle a peur de qualifier de vieillissant. Pourtant elle sait que Paco est sincère. Peut-être est-ce là le prix de leur indépendance ? Celle d’Irène surtout…
Ce sera dans cette ambiance d’éloignement et de regrets qu’ils passeront cette fin d’année morose, une ambiance pesante pour leur couple, une nouvelle année, 1968, qui ne s’annonce pas très bien. Mais, vivre au jour le jour est devenu depuis longtemps leur grande spécialité à tous deux.
Avec son co-équipier, Paco sera chargé d’une enquête d’apparence banale : suite à une altercation, dans un appartement de  cité universitaire, un homme est tombé du balcon. Ce qui semble être un accident, confirmé par plusieurs témoignages d’étudiants habitant la cité, se complique vite par la disparition , après sa garde à vue, de Sénegalia, ce serrurier impliqué dans la dispute qui sous-louait l’appartement où a eu lieu l’accident. Et que son compagnon de travail et ami, le vieux Michel Agopian est trouvé assassiné dans des circonstances atroces. C’est en retrouvant Sénigalia, qui manifestement se cachait par peur d’autre chose que des suites judiciaires, que Paco se fera abattre et basculera dans un coma à l’issue incertaine.
Khoupi, continuera son enquête car il veut coincer à tout prix les tueurs qui ont froidement abattu Paco et faire la lumière sur le meurtre du vieux serrurier. Il foncera tête baissée dans un labyrinthe où la politique semble de plus en plus présente, avec Sénégalia fréquentant les milieux trotskystes, le défenestré ayant des accointances avec des membres du SAC, le vieux Agopian qui s’était constitué un dossier détaillée sur le génocide arménien, le frère de Khoupi, affairiste qui monte et qui veut se rapprocher des socialistes qui dirigent la ville. Il devra aussi compter avec Eva,  cette jeune femme qui a des sympathies de gauche, aime la fumette et dont on semble retrouver des traces chez nombre de personnes impliquées de loin ou de près dans cet imbroglio sanglant. Elle est petite, menue, on la surnomme La Fourmi. Et il en tombe follement amoureux. Lui, Khoupi, le solitaire, le taiseux.
Tout est en place pour une tragédie. Et elle aura lieu. Sur fond de Mai 68, de bourbier politique gaulliste et en percutant de plein fouet les protagonistes.

Raconté en canon à plusieurs voix, le récit nous est rapporté par les principaux protagonistes, Paco, Irène et Khoupi en tête. Ces divers points de vue qui se chevauchent et se complètent, donnent une explication immédiate à des aspects relationnels ou intimes des personnages, divers éclairages sur les même événements, et par cela enrichissent l’ensemble par un panoramique fait de gros plans. Le foisonnement de Pointe Rouge s’en trouve accru et on ne peut qu’être aspiré par le récit, fasciné par un ensemble qui nous parvient  plus grand que la somme de ses parties. Emmenés dans une spirale de plus en plus large nous faisant participer en plein aux désespoirs des personnages, à leurs luttes et leurs échecs, face aux ressorts de leurs vies gâchées par un destin aveugle et par la furie destructrice des hommes de pouvoir, par le Mal habitant cette humanité destructrice.
Paco, usé par ses démons personnels, ne se trouve plus qu’une vague légitimité grâce à son métier de flic, un métier qu’il sait la plupart du temps soumis à toutes les compromissions, métier qu’il s’entête à mener dans le sens de la justice… Mais pour combien de temps encore résistera-t-il à la tentation de s’ériger en juge? Khoupi, ce policier dont le seul crédo est l’honnêteté sera forcé de découvrir un pragmatisme fait de transgressions et d’esprit de vengeance, seuls moteurs qu’il reste capable d’envisager pour atteindre un semblant de justice. Irène pour qui l’amour semble être la seule justification, ne résistera ni à l’usure ni à l’aliénation que demande une relation durable.
Sans grandes illusions, sans échappées possibles, face à leurs vies gâchées, ces personnages restent cependant portés par l’instinct de vie et une recherche de  justice. Seules explications de leurs existences qui perdurent face au chaos…

On saura  gré à Maurice Attia d’avoir mis en scène dans son roman un des côtés les plus sombres de la politique intérieure française sous le gaullisme : le SAC, ce « comité » barbouzant et mafieux qui avait gangréné toute la France de droite, avec la bénédiction et le soutien du gouvernement ; son existence, de 1960 à sa dissolution forcée en 1982, a laissé une empreinte indélébile de méfaits, meurtres, crimes divers et  protectionnismes abusifs, un fait historique qui met à mal l’hagiographie gaullienne qui se met en place depuis le début du 21e s. Dans ce sigle SAC que certains font mine de ne plus connaître, il est ironique de se rappeler que le « C » y était pour « civisme ». Ce qui laissait entrevoir de quelle nation rêvaient les politiciens qui étaient alors au pouvoir, et leurs associés du SAC qui se recrutaient en majorité dans les services de police, les anciens de l’armée, la pègre organisée, à côté de militants de base ayant le « bon esprit »…
On mettra aussi en parallèle les événements historiques majeurs qui font écho au désarroi des personnages des deux romans du cycle  Paco Martinez, et dont ils brisent une partie de la vie. Pour  Alger la Noire ,  le détournement gaulliste du support populaire qui l’avait porté au pouvoir en 1958 et qui créera une deuxième tragédie dans le prolongement de la guerre : le rapatriement des Français d’Algérie pour pouvoir accorder l’Indépendance.
Dans  Pointe Rouge , titre symbolique, c’est le mouvement étudiant et Mai 68, conséquence du conservatisme outrancier imposé au pays par un pouvoir gaulliste qui ne veut pas muter ni se moderniser, une révolution en devenir basée sur un utopisme voué à l’échec, et dont les idéaux seront reniés par une bonne partie de ceux-même qui le prêchaient. Dont l’héritage réel et les mutations sociales qu’il a réussies seront niées, bafouées, dans un futur qui est notre présent actuel. Et qui, à l’époque de Paco Martinez,  justifiait tous les débordements, toutes les haines d’un pouvoir contre son propre peuple, et ce à n’importe quel prix. Au prix de vies gâchées, de meurtres et de pouvoir aux aspirations totalitaires. Au mépris de la justice.
Malgré de petites invraisemblances dans ce parcours marseillais de Paco Martinez, laissez-vous aspirer par ce roman noir prenant et son tableau d’époque. 
Recommandé.

EB  (octobre  2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers                                                                                        


 

 


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Pointe Rouge - Maurice Attia
 
 


























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King Bongo    

(King Bongo - 2003)


Thomas Sanchez 
folio policier n°479 - Gallimard - 2007 
(fut publié en Série Noire - 2005)


Cuba, nuit du Nouvel An. A peine 1957 se pointe que le Tropicana, lieu nocturne mythique de La Havane, est secoué par l’explosion d’une bombe artisanale.
A un peu plus d'un an avant sa prise de pouvoir en 1959, Fidel Castro bénéficie d’un large soutien dans la population locale, avec des aides financières venant de l’étranger, et pas rien que des pays socialistes.
La population de Cuba, surtout la partie Noire de celle-ci, souffre plus que jamais de l’indifférence sociale propagée par le dictateur Batista, sa clique et ses appuis américains. C’est que l’île est financièrement aux mains des USA, qui contrôlent sa politique, son avenir et son économie. De plus, depuis les années 1940, c’est  le repère choisi de l’argent mafieux américain, rachetant casinos et maisons de jeux avec la bénédiction intéressées des autorités locales, et du gouvernement US qui ne s’émeut pas de l’afflux de corruption créé par le Syndicat, cette mafia que Hoover, du haut de son FBI, déclarait ne pas exister.
La Havane était d’ailleurs connue dans les années 40 et surtout 50 comme « le bordel de l’Amérique ». Tout ce que la prude et hypocrite Amérique blanche condamnait au nom de la morale se pratiquait largement à Cuba, avec une clientèle essentiellement …américaine. Les bordels de luxe étaient mondialement réputés, toutes les exactions pouvaient s’acheter, l’argent des classes riches servait d’huile aux rouages de la corruption généralisée.
Ce qui faisait office de jet-set américaine avant la lettre s’y éclatait en toute impunité. Le luxe le plus outrancier côtoyant une misère qu’on a peine à imaginer aujourd’hui, avec une population noire dans le rôle de parias de la société : rejetés par un pouvoir autoritaire dès les années 1910, la présence américaine dès les années 30 importa avec elle son racisme anti-noir primaire et dévastateur, venant renforcer celui déjà instauré par le pouvoir local. Les enfants meurent de faim ou faute de soins, et seuls des emplois sans qualification, sous-payés et soumis à l’arbitraire le plus total, sont accessibles à ceux qui ont la peau trop foncée.
Voilà ce qu’il faut se rappeler en abordant  King Bongo , roman qui utilise des bribes de ce tableau historique et beaucoup de la coloration sociale de l’époque, loin des clichés de l’idylle tropicale des cartes postales et de celui des rythmes endiablés de la musique cubaine. En y ajoutant ce qu’il faut de connotations politiques, sans ostentation ni discours inutiles
La sœur de King Bongo, fille splendide, danseuse noire vedette du show présenté au Tropicana pour le Nouvel An a disparu juste après l’explosion. Elle n’est pas dans les victimes et son frère jumeau, aussi blanc que sa sœur est noire, percussionniste virtuose au bongo- ce qui lui vaut son surnom de King Bongo, représentant d’une compagnie d’assurance locale va se mettre à sa recherche. Les pièges et les diversions qui l’attendent sont nombreux, dangereux et certains irrémédiablement mortels. Zapata, capitaine de la police spéciale du régime, celle qui fait disparaître les opposants et les gêneurs, est attiré depuis toujours par la beauté de la jeune noire et se met en chasse à sa manière ; une manière que Bongo vomit de toute son âme, comme il vomit ce capitaine tortionnaire au pouvoir étendu. Une belle et riche Américaine, veut savoir pourquoi son mari se détourne d’elle : curieux et exotique comme demande… mais Bongo accepte car il est enquêteur à ses heures. Trois jeunes filles ont également disparu la fameuse nuit de l’explosion : Bongo les recherchera dans l’intérêt des familles. En parallèle, le Syndicat a envoyé à La Havane un des meilleurs tueurs à gage made in USA : il y a du complot dans l’air…
Sexe, argent et musique viennent habilement relever le plat, qui exhale rapidement un parfum de triste tropique, au milieu des paillettes et des touristes qui n’explorent les bas-quartiers de la ville que pour s’encanailler. Normal que la Mort et la putréfaction soient du festin.

Si l’intrigue de base est assez mince et si elle paraît assez conventionnelle, on assiste cependant  par celle-ci au déballage d’une ville frémissante avec ses habitudes, ses ruelles sombres et son petit peuple qui n’est qu’un fantôme aux yeux du visiteur et du nanti, comme ce Singe, cireur de godasses depuis ses six ans, qui entend tout et que personne ne voit. L’auteur en profite pour dresser quelques portraits souvent grinçants mais toujours assez réussis de personnages traversant le récit ou y participant, comme ce Mauvais Acteur, amateur d’adolescentes très jeunes, se déplaçant en voilier, vedette de l’écran à la fine moustache au physique qui s’empâte, dans lequel on reconnaît sans peine l’acteur Errol Flynn. Ou encore PayDay, cet Américain qui débarque et sa femme, incultes, vulgaires et pas du tout intéressés par ce qui les entoure, qui sont à Cuba comme ils seraient à Palm Beach : une certaine efficacité et l’argent étant leurs seules justifications.
Dans King Bongo, Thomas Sanchez réussit aussi à nous faire participer au foisonnement de La Havane en 1957, à sa vie artificielle, ce au risque d’allonger un peu le roman qui est cependant très bien servi par une écriture relativement dense et des dialogues finement calibrés.
Sur fond de Révolution inéluctable. Et de cuba-libre qui coule à flots.

EB  (octobre 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 




 
 
 
 
 

Thomas Sanchez - King Bongo
 
 





























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Mise à jour: 19 octobre 2007
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