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Un dernier pour la route  

(The last Quarrry - 2006)

Max Allan Collins
Hard Case Crime n°2 - J'ai Lu n°8306 - 2007
 

Hard Case Crime
« J’ai Lu » vient de créer, début 2007, une sous-collection appelée « Hard Case Crime », dont le titre est emprunté à un éditeur américain indépendant qui a lancé il y a deux ans aux USA cette collection de romans noirs « durs », de la tradition du hard-boiled made in USA, et plus précisément celle qui a fleuri dans les éditions bon-marché des années 50/60 source de nombre de classiques (voir notre article sur les Paperbacks Originals qui vous donne les détails de cet âge d’or). HCC est un mélange de romans en première publication d’auteurs contemporains (comme celui que nous examinons ici) et de romans datant d’il y a quarante ou cinquante ans, souvent difficile à trouver car jamais réédités aux Etats-Unis, mais d’auteurs classiques du genre et du meilleur de son second rayon. Et cette collection marche assez bien Outre Atlantique.

Il semble que l’éditeur français « J’ai Lu », branche de Flammarion, veuille suivre la même piste pour ce qui est des originaux publiés par HCC américain et certains des autres titres qui sont des rééditions, mais il pourrait aussi y introduire d’autres titres anciens, des traductions disponibles en  France, mais toujours dans la tradition hard-boiled/noir. « J’ai Lu » a d’ailleurs utilisé le même logo graphique que la collection américaine, mais n’a pas utilisé les couvertures dessinées aux images criantes et colorées, recrées pour la circonstance par HCC et qui était caractéristique de ces éditions de poche américaines des années 50. Par contre le genre de conception de couvertures adoptée par « J’ai Lu », ne nous semble pas du meilleur goût quant aux à-plats couleurs choisis, ni par sa conception graphique… Mais qu’importe le flacon !

( si vous lisez l’anglais, vous pourrez trouver des renseignements complémentaires concernant l’éditeur américain et sa collection HCC, à
http://www.hardcasecrime.com/    )


Un dernier pour la route
Après le meurtre de sa femme, message qui indiquait clairement qu’on cherchait à l’atteindre, Quarry, tueur professionnel, décide de se ranger et de se fondre dans un anonymat renforcé tout en menant une vie normale. Il sait que certains de ses contrats ont fait des mécontents et qu’il a avantage à disparaître. Il a donc pris ce qui semble être sa retraite, tout en exerçant une occupation de couverture dans le nord gelé du Minnesota, renonçant à ses activités de tueur. C’est sans compter sur le hasard qui le fera intervenir pour faire échouer un enlèvement d’une jeune fille, fille de milliardaire de surcroit. Le père, requin dirigeant un consortium de presse, détectera vite le côté « professionnel » de Quarry et ne tardera pas à lui proposer un « boulot ». Quarry se laisse tenter car pour agrémenter sa retraite l’argent du magnat est le bienvenu. Le problème c’est que la cible désignée est une jolie jeune femme menant une vie rangée et qui apparemment n’a rien à se reprocher. C’est ce que Quarry pourra d’ailleurs vérifier, et c’est même quelqu’un de mieux que ce qu’on lui a décrit : altruiste, honnête, généreuse, cette femme ne correspond pas aux déchets de l’humanité qui étaient ses cibles sur commandes habituelles. Tous des salopards, des morts en sursis par les haines et les rancoeurs qu’ils ont suscitées tout au long de leur vie de prédateurs. Mais ici ce n’est pas le cas semble-t-il. D’un autre côté, ce sera son dernier coup, celui qui l’aidera à se retirer des charrettes avec un pécule qui lui permettra de survivre, lui qui se sent vieillir, qui voudrait bien se mettre définitivement à l’abri de la traque qu’il subit. Mais le hasard lui a joué un tour à sa façon, et Quarry devra réunir tous ses talents de professionnel efficace pour essayer de s’en sortir sans trop de casse pour lui. Et il sait que l’addition risque d’être lourde pour tous ceux qui se mettront en travers de sa route : son 9 millimètre ne le quitte plus.  S’il veut dormir la nuit du sommeil du juste, lui laisse-t-on vraiment le choix ?

Il semble que ce sixième volume de la série Quarry, ancien du Vietnam reconverti en tueur à gage indépendant, sera le denier de la saga. Le titre anglais étant plus clair : "The Last Quarry", un double sens qui veut dire « la dernière cible », qu’on peut aussi comprendre « le dernier Quarry ». Quarry (qui veut dire proie ou cible) étant le surnom  adopté par le tueur qui change continuellement d’identité dans cette série qui fut initiée par Max Allan Collins dans les années 1970, à ses tous débuts d’écrivain prolifique et doué.
 Un dernier pour la route  est un court roman dont l’écriture, les personnages et les ambiances doivent tout au hard-boiled américain, branche dure, avec des accents à la Mickey Spillane et du Parker de Donald « Richard Stark » Westlake. Le style direct d’écriture participe à la sécheresse du ton et à l’impact des actions, avec des personnages mis sur des rails pour la durée du récit, selon la tradition de ce genre de roman. Il faut cependant reconnaître, que sous le behaviourisme minimaliste de ce type d’écriture, le personnage de Quarry, sous ses dehors conventionnels, est plus travaillé, plus riche,  qu’il n’y paraît en première approche.  
Même si on peut lui préférer la série des Nat Heller, du même Max Allan Collins,  Un dernier pour la route  reste un bon roman de la veine hard-boiled qui capte l’attention du lecteur et qui intéressera les amateurs du genre. Par contre, on regrettera la traduction française souvent bâclée.

EB (mai 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers



 


 
 
 
 
 

 
 
 

Un dernier pour la route - Max Allan Collins
 
 


































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Balistique du désir  
 

Max Obione
Éditions Krakoen - 2007

    

Les « 21 histoires » de ce recueil sont noires. Certaines très très noires,  mais ce qui lie ces nouvelles c’est sans aucun doute le talent de conteur de Max Obione. De conteur et de nouvelliste. Ici, les nouvelles sont toutes de la mouvance du noir policier, au sens étendu que ces termes peuvent prendre pour un public francophone, et la plupart d’entre elles happeront le lecteur dès les premières phrases.
Enfances dévoyées, onirismes de cauchemar, émotions mortes de psychopathes qui s’ignorent, survivants plus blêmes que la mort, et j’en passe, servent ces courts récits faits souvent à la première personne. En quelques pages, ces chroniques de la mort assurée, racontées sur un ton détaché,  vous mènent droit vers vos pires angoisses. Le tout servi par un style élaboré mais dense qui en renforce l’impact.
Marc Villard, dans la préface de ce volume, nous rappelle que James Ellroy considère que la nouvelle noire est un art à l’intérieur d’un autre art ;  si quelqu’un l’a parfaitement compris, c’est bien Max Obione. Il nous fourni dans Balistique du désir  des tranches d’histoires qui se suffisent à elles-mêmes, suite d' instantanés du désastre saisis au vol jusqu’à leur final macabre et noir. Pour chacune d’elles, en une dizaine de pages tout est dit.

Le petit légume  mêlant horreur et surréalisme noir est certainement un des fleurons de ce recueil, tout comme l’horreur glaciale de l’exemplaire et ultra-noir  Destin de Bobbie .
Je me dois de citer aussi :  L’insecte  à l’écriture impeccable et behaviouriste,  Le pont  et son misérabilisme existentiel,  Mon gu  avec son langage imagé au  ton audiardesque pour un récit baignant dans l’humour noir, La saignée  et son rationalisme noir de l’enfant qui se découvre une vocation de psychopathe.
D’autres nouvelles mériteraient que je m’attarde, mais je préfère  laisser au lecteur la découverte de ce recueil blême et percutant.
Un recueil par lequel Max Obione fait mouche, en plein dans le cœur noir de la cible.
Recommandé !

Note
Sur les 21 nouvelles de  Balistique du désir , 15 nouvelles sont inédites et 6 nouvelles furent publiées antérieurement.
Max Obione a également publié cinq romans chez Krakoen.

 

EB  (octobre 2007)  

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 



 
 
 

Balistique du désir - Max Obione
 
 

























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Dictionnaire du roman populaire francophone   

Sous la direction de Daniel Compère 
nouveau monde éditions  - 2007

 

Si nous présentons ici ce dictionnaire, c’est en premier lieu pour illustrer les racines populaires du roman noir policier, ce roman que nous défendons dans POLAR NOIR.
La branche noire trouve certainement une racine importante dans les « romans-feuilletons » du 19e s. qui déjà mélangeaient mystères, aventure, police et critique sociale dans des récits souvent emprunts de tragédie ou de pessimisme. Le roman noir tel quel doit certainement son existence en partie aussi aux récits « gothiques » qui viennent de la fin du 18e s., et au roman d’horreur qui en fut la prolongation, et à bien d’autres choses. Le roman noir policier est aussi redevable à ces « romans judiciaires » qui fleurirent depuis Vidocq. Sans parler de l’influence majeure des auteurs américains des années 1920 et suivantes, qui firent de l’école « hard-boiled » un des tenants majeurs de l’édifice noir moderne et dont on retrouve les influences dans la littérature francophone.
On peut continuer ainsi à décortiquer ces racines et les influences qui ont fait de la littérature noire ce qu’elle est de nos jours, et ces analyses sont souvent éclairantes. Sans parler du risque de découvrir des auteurs que nous ignorions…
Tout ceci, et encore plus, vous le trouverez dans le Dictionnaire du roman populaire  francophone .

Ouvrage de 490 pages grand format qui a été rédigé sous la direction de Daniel Compère, avec une équipe comportant 70 contributeurs, le dictionnaire aborde tous les aspects de la littérature populaire de fiction francophone, entre autres : les genres, les auteurs, les éditeurs, les collections, les personnages, les distributeurs.
Ceci en 500 entrées, donnant un panorama de cette littérature depuis la fin du 18e s. jusqu’à nos jours.
Parmi les romans de genre abordés, on citera : le roman policier et roman noir,  SF et fantastique, horreur et gore, aventure et voyages, historique, jeunesse, romance, guerre, western. La liste complète est longue.
Le dictionnaire examine également les apports venant de Belgique et du Québec.
Sa présentation soignée et sa reliure cartonnée fait de cet ouvrage de référence un outil pratique, permettant la consultation rapide. On notera tout particulièrement des tables mises en annexes qui donnent la liste nominative des contributeurs, la liste de toutes les entrées (fort pratique lors de recherches « aveugles »), ainsi que de précieux Index donnant la liste des genres, des personnages et des auteurs traités dans le dictionnaire.
Un cahier central en couleur reproduit nombre de couvertures de romans et revues typiques.

Il est évident qu’un dictionnaire n’est pas une encyclopédie, ni un ouvrage exhaustif. Par conséquent, tout n’est pas développé et tout n’est pas examiné, mais ce qui l’est dans les 500 entrées est fait avec assez de détails et de précision que pour constituer une bonne introduction, et parfois plus, au sujet examiné. Les articles permettent aussi d’aiguiller les recherches vers des sujets connexes et vers des ouvrages spécialisés ciblant l’ensemble d’un domaine. Le rôle de tout dictionnaire informatif.
Comme souvent avec ce genre d’ouvrage, on peut regretter que certains sujets n’y soient pas traités. Pour ma part, je reste persuadé qu’un petit article sur Francis Lacassin aurait été le bienvenu, ce précurseur qui oeuvra pour la diffusion de la littérature populaire en ciblant directement le public même de ce genre de littérature dans ses essais, vulgarisations et rééditions de trésors oubliés. Et ce depuis les années 60.On aurait aussi aimé, par exemple, y retrouver Francis Carco, qui, s’il est analysé dans des ouvrages plus généraux, reste par ailleurs un des grands auteurs de romans populaires, dont une partie de l’oeuvre fut essentielle quant à l’évolution du roman criminel et noir.
Assez curieusement, et même si l’article est instructif, on est étonné par certains choix d’auteurs analysés, telle Maud Tabachnik, qui, si elle représente un genre du roman policier actuel, n’en est pas une représentante  type ni hors du commun. De plus, pourquoi elle et pas d’autres auteurs du même calibre. Voire d’un meilleur calibre ?
Du côté littérature générale, on peut s’étonner au même titre du choix de Didier Van Cauwelart, par exemple, et même de son appartenance en plein à la littérature populaire…
Nous sommes par ailleurs bien conscients de ce que le volume d’information traité doit se limiter, pour des raisons économiques bien compréhensibles, et que ce qui est présent est toujours le  résultat d’un choix, comme l’explique d’ailleurs Daniel Compère dans son introduction.

Le Dictionnaire du roman populaire francophone  est un outil précieux pour tout amateur éclairé et un kit de dépannage utile à tous les passionnés de  littérature populaire. Bourré d’informations solides, c’est un ouvrage de référence nous donnant un tableau étendu de la littérature de fiction populaire francophone.
Il participe aussi à mieux faire connaître une littérature qui, jusqu’à il y a peu, était ignorée dans le meilleur des cas, vilipendée et méprisée la plupart du temps. Une littérature dite populaire  qui a su préserver la richesse du conteur d’histoire et de l’imaginaire, qui a souvent été plus en prise sur la réalité sociale que ne le fut la littérature officielle et qui se renouvelle à chaque génération tout en ne reniant pas son héritage… Une littérature à part entière, qui, en ce début de 21e s., est entrée à l’Université, elle qui vivait du colportage avant de se retrouver consignée « en gare » durant plus d’un siècle.
Un ouvrage incontournable.

 
Note
Bien qu’ayant participé à quelques entrées de ce dictionnaire, je me sens libre d’exercer ici une analyse personnelle qui reste désintéressée, car ma participation fut plus que modeste au regard de l’ensemble que constitue cet ouvrage. EB.

 

EB  (septembre 2007)

(c) Copyright 2007 E.Borgers


 


 
 
 
 
 


 
 
 
 
 

Dictionnaire du roman populaire francophone - Daniel Compère
 
 





























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Mise à jour: 31 octobre 2007
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